Catégorie : Echo de la Parole

  • Deux échos

    Deux échos

    Ce dimanche, il n’y avait pas de prêtre disponible pour célébrer, nous avons organisé pour notre petite communauté une A.D.A.L. (Assemblée Liturgique Animée par des Laïcs). Il m’est revenu d’y donner un écho à la Parole.Et même deux : un sur la 1° lecture du livre de Zacharie et l’autre à partir de l’évangile du jour.

    1- Prophétie de Zacharie

    Zch 09,09-10

    Une fois n’est pas coutume, quelques mots sur cette lointaine et superbe prophétie.

    Un peu d’histoire …

    L’existence de l’Israël ancien reposait sur 4 piliers : la Terre Promise, la Royauté, le Temple et la Torah.
    Les 50 années d’exil à Babylone (587 – 538 A.C.N.) ont représenté une épreuve majeure pour le peuple d’Israël, car il avait perdu tout cela. Ou presque tout.
    • La Terre Promise, le peuple en était éloigné.
    • Le Temple, il a été profané, pillé, saccagé, incendié.
    • Le Roi a vu assassiner ses fils devant lui, puis on lui a crevé les yeux et on l’déporté à Babylone.
    • Seule restait la Torah, l’enseignement du Seigneur. Les exilés s’y accrocheront. Ils remplaceront les sacrifices au Temple par des liturgies de la Parole célébrées le sabbat à la synagogue. Ces célébrations, ils les appelleront ‘sacrifice des lèvres’.

    Quelque 50 ans plus tard, une autre grande puissance émerge : la Perse, mettant fin à la domination brutale et dure de Nabuchodono-sor, roi de Babylone. Cyrus, roi de Perse a une tout autre manière de gouverner son empire. Le peuple d’Israël va donc retrouver peu à peu ses 4 points d’appui … Ou presque !
    • La Torah, ils l’ont toujours gardée comme un précieux trésor.
    • Les exilés sont désormais autorisés à rentrer en Terre Promise, à relever les ruines de Jérusalem.
    • Ils peuvent reconstruire le Temple et restaurer le culte.
    • Mais il n’y a plus de roi. Ce sont donc les prêtres qui vont prendre les choses en mains.

    Le prophète Zacharie.

    C’est dans ce contexte postexilique qu’intervient Zacharie (ses débuts vers 520-518 ACN). Son nom signifie ‘Dieu se souvient’ car jamais il n’oublie les siens, ni son alliance ; on peut donc compter sur Lui.
    Prophète, Zacharie appartient, semble-t-il, à une famille sacerdotale et, à ce titre, fut sans doute actif dans ce chantier de reconstruction de Jérusalem.

    La prophétie de ce jour.

    Et voilà que Zacharie annonce la venue d’un roi : le retour donc de ce 4° pilier manquant. Son intuition est assez inouïe et inattendue : un jour viendra, dit-il, où un nouveau roi fera sa joyeuse entrée, mais il sera totalement différent des rois de ce monde.
    a) Son style de vie sera simple : rien d’ostentatoire. La ‘sobriété heureuse’, dirait-on de nos jours. Pas de chichis : il vivra comme Mr et Me Tout le monde, se déplacera non pas à cheval, mais à dos d’âne. cheval !
    b) Il ne préconisera pas de s’équiper militairement. Au contraire ! Il fera disparaître tout l’arsenal de guerre. Fini le temps de la guerre, non seulement pour Israël, mais aussi pour toutes les nations.
    Alors règnera la paix. Oui, la Paix ! Alors, réjouissons-nous dès à présent. Oui, joie et cris de joie !

    Mais ce roi promis, c’est Jésus !!!

    Toutefois, ce roi d’un genre nouveau tardait à venir. On avait presque cessé de l’attendre.
    Mais voilà qu’après la mort de Jésus et la prise de conscience que désormais il était Vivant en Dieu, les premières communautés ont fait un travail de relecture de sa courte vie : à la lumière des Ecritures, elles ont vu en lui la réalisation de cette prophétie de Zacharie.
    • N’était-ce pas sur un ânon que ses parents étaient descendus en Egypte pour fuir le massacre des innocents (Mt 02,13-15) ? 
    • Et, lors de sa montée vers Jérusalem pour célébrer la Pâque juive, n’était-il pas entré dans la ville monté sur un ânon ? (Mt 21,01-11) ?
    • Et la foule, n’avait-elle pas reconnu en lui l’homme grâce à qui que le Règne de Dieu s’était enfin vraiment approché ? Ne l’avait-elle pas acclamé comme son roi ?!! (Mt 21,01-10 et Jn 12,12-16).
    • Et, lors de son procès, Pilate ne l’avait-il pas interrogé à ce sujet (Jn 18,33) ?

    Oui, pour premiers chrétiens, Jésus est le Roi annoncé par Zacharie et c’est Lui que nous sommes invités à accueillir dans nos vies !
    Cette prophétie de Zacharie était décidément bien choisie pour introduire la page d’évangile de ce jour !

    2- Premier des tout-petits

    Mt 11,25-30

    Oui, comme le suggère le prophète Zacharie, Jésus fait partie de pauvres et des tout-petits. Nous sommes tellement habitués à parler de lui avec de multiples titres impressionnants : Christ/Messie, Fils de Dieu, Fils de l’Humain, etc, que nous en oublions qu’il est l’un des nôtres et que sa vie fut loin d’être un long fleuve tranquille.
    • Né loin de chez lui et placé dans la mangeoire d’animaux, menacé de mort par Hérode dès sa naissance, il a ensuite vécu dans cette petite bourgade, presque inconnue, de Nazareth. « De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? » (Jn 01,46).
    • Sa famille n’appartient pas aux classes privilégiées qui, le plus souvent, vivent à Jérusalem ou dans d’autres villes.
    • Il n’est pas compté au rang de docteurs en théologie ou en Bible qui n’ont pas besoin de révélation car, eux, ils savent …
    • Au contraire, il prend rang d’esclave (Ph 02,06-08), se mettant autant que faire se peut au service de la vie, de l’amour, du pardon, lavant les pieds de ses disciples (Jn 13). Jusqu’à mourir sur une croix, supplice notamment des esclaves.

    Un père aimant

    Dieu se révèle à lui comme un Père tout aimant.
    Oui, Jésus fait partie de ces petits auxquels Dieu se révèle. Alors qu’il est au tournant de la trentaine, voilà que Dieu le gratifie d’une révélation inattendue, extraordinaire : « Tu es mon fils bien-aimé. En toi, j’ai mis tout mon amour » (Mt 03,16-17). Révélation inouïe, au sens propre comme au sens figuré !
    Voilà qui change tout ! Cette nouvelle, cette heureuse nouvelle, il ne peut la garder pour lui-même, il faut l’annoncer, il veut la partager partout. Non point pour se mettre en avant ! Mais pour que d’autres, pour que chacune et chacun, se sachent aimés à ce point-là !
    Moment charnière : il plaque tout, laisse les siens, et se met à sillonner les routes de Galilée pour clamer cette révélation sur tous les toits. La tâche est immense, tellement grande qu’il s’adjoint d’autres ‘petits’ (Mt 04,18-21).

    « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre … »

    Jésus est un homme de prière, le plus souvent dans la solitude. Mais, dans le passage de ce jour, chose extraordinaire, on le voit et on l’entend prier devant tous, laissant exploser sa joie et clamant son merci à son Père.
    Pourquoi ? Parce qu’il constate que Dieu se donne à connaître à d’autres ‘petits’ que lui. Ils le découvrent alors Tout Autre, tellement différent de ce que disent pour docteurs de la Loi et scribe.
    Toutefois, Il se révèle à qui a le coeur ouvert, disposé à l’écoute, à se laisser surprendre ! Les sages et les savants aux yeux du monde n’ont souvent aucun besoin de révélation ; ils savent tout, ils connaissent déjà Dieu, du moins le pensent-ils. Pas sûr pourtant…

    « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau … »

    Prière de louange et merci, puis invitation : « Venez à moi ! »
    Multiples peuvent être nos fardeaux : poids du quotidien, solitude, maladie ou handicap, fragilités, dépression, soucis de toutes sortes, parfois très matériels.
    Mais nous ne sommes pas seuls pour porter ces fardeaux. Jésus est là – nous le croyons – qui chemine à nos côtés, souvent discrètement, silencieusement, tout autant que nous, ses disciples, nous apprenons à marcher avec Lui, à L’accompagner.

    Cependant, ce n’est peut-être pas ce fardeau-là que Jésus évoque. Dans la Bible, en effet, la Torah et la Sagesse sont comparées à un joug (Ecclésiaste 51,26-30). Reprenant cette symbolique, Jésus voit dans l’enseignement des scribes et des pharisiens un ‘lourd fardeau à porter qu’eux-mêmes ne remuaient pas du doigt‘ (Mt 23,04). Et, de fait, ces savants en Israël développaient les 10 recommandations fondamentales en 633 préceptes. Jésus, lui, ramène tout à deux recommandations majeures : l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain comme pour soi-même (Mt 22,34-40). Quelle liberté, quelle légèreté !
    Ecouter Jésus, chercher à mettre nos pas dans les siens nous ramènera toujours à l’essentiel et allègera ce qui pèse sur nos épaules.

    Questionnement personnel.

    Dans lequel de ces deux groupes est-ce que je me range ?
    • Dans celui des savants qui croient très bien savoir qui est Dieu ? Dans celui de ces sages qui, pire encore, imposent de lourds fardeaux à autrui, au nom même de leurs convictions religieuses ?
    • Ou dans celui des tout-petits, conscients de l’infinie grandeur de Dieu et de son immense bonté ?
    Peut-être sommes-nous, tour à tour, un peu dans chacun de ces deux groupes, selon les circonstances …
    Alors, osons, oui, osons nous poser quelques questions.
    • Ai-je à cœur, comme Jésus, d’être toujours à l’écoute de ce Dieu qui, parfois, se dévoile de façon nouvelle, inattendue ? Puis-je encore Le laisser me surprendre et mettre en question ?
    • Suis-je aussi à l’écoute de cette part de révélation qui, parfois, m’advient par d’autres croyants ?
    Laissons ces questions nous travailler et labourer le coeur !

  • De la dynamite

    De la dynamite

    Vous savez que j’aime souvent rappeler que l’Évangile, c’est de la dynamite, que cette Parole ne peut pas nous laisser indifférents et qu’elle n’est sûrement pas là pour nous brosser dans le sens du poil. Eh bien, je me dis qu’aujourd’hui, Jésus vient une fois encore nous provoquer : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ». Dieu est-il à ce point tyrannique qu’il exigerait un amour exclusif ?

    « Qui veut garder sa vie la perdra », mais n’est-ce pas tout le contraire de nos aspirations les plus profondes ? … 

    La grande tentation serait alors de ne pas s’y arrêter, de faire marcher notre filtre qui élimine si facilement ce qui nous apparaît comme impossible et de ne garder que ce qui nous semble réalisable. 

    Pourquoi ne pas plutôt s’interroger sur ce que Jésus veut nous dire au-delà de ces formules provocantes ? … 

    Jésus nous invite-t-il à rejeter nos parents, nos enfants, ceux qui nous entourent ? Bien sûr que non, il ne vient pas pour rejeter les commandements que son Père a donnés au peuple d’Israël, il ne remet pas en question le commandement d’honorer son père et sa mère. Il viendrait même plutôt pour nous appeler à aimer davantage ; et d’ailleurs, n’est-ce pas l’amour qui est au cœur de sa mission, au cœur de la bonne nouvelle qu’il annonce. Alors quoi, où veut-il en venir ?

    Jésus nous invite peut-être à mettre des priorités. Ne nous demande-t-il pas de mettre l’amour de Dieu à la première place ? Et pourquoi donc, allez-vous me dire, ne faut-il pas d’abord aimer sa famille, son conjoint, ceux qui nous entourent.

    Non, nous dit Jésus, aime d’abord le Père et tout le reste suivra. C’est tout le paradoxe : plus nous aimerons le Père, plus nous aimerons les autres, car c’est le Père qui est la source de l’amour, c’est lui qui nous fera découvrir ce que c’est qu’« aimer », ce qu’est l’amour qui fait grandir et qui rend libre, cela en nous proposant d’accueillir celui qui est son visage, son Fils Jésus.

    Et Jésus va dans le même sens quand il nous dit de renoncer à nous-même pour grandir, non pas que nous devons nous dévaloriser, mais il nous invite à tourner notre regard et notre cœur vers les autres comme lui l’a fait, plutôt qu’à le tourner vers nous-même.

    Jésus nous invite à un décentrement qui n’a rien de facile ; croire qu’en misant sur le Père, on va décrocher le gros lot, non pas celui de 100 millions de la loterie nationale, mais le gros lot de la vie éternelle dès aujourd’hui, c’est-à-dire une vie qui bien évidemment n’évitera pas les problèmes et les chutes, mais une vie qui sera habitée d’une joie profonde qui nous aidera à reprendre le chemin jour après jour.

    Alors que nous allons tous bientôt partir en vacances, oserons-nous tenter l’expérience : miser davantage sur Dieu et croire qu’il nous comblera au-delà de nos attentes ?

  • Formation

    Formation

    Dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous assistons à la formation des apôtres, Jésus forme ses amis pour qu’ils puissent, un jour, à leur tour être témoins de la bonne Nouvelle, comme lui-même l’a été.
    Et ce matin-là, en reprenant le travail, Jésus voit des têtes jusque par terre ; visiblement, les apôtres n’ont pas le moral ; et pour cause : la veille, Jésus les a tous un peu refroidis, en leur annonçant qu’ils auraient à vivre de dures persécutions. Oh ! bien sûr, il leur a dit qu’il les accueillerait dans le Royaume, au soir de leur martyr, mais avouez quand même qu’il n’y a pas de quoi être emballé par la perspective de mourir en croix, ou d’être tué à coup de pierres, ou je ne sais de quelle autre manière.
    Alors Jésus déclenche l’opération ‘bonhomme Michelin’ : il vient regonfler ses troupes ; stop à la peur et la déprime, et place à la confiance et à l’enthousiasme !
    Quatre fois, Jésus dit : « N’ayez pas peur ».
    Jésus nous demande d’oser dire notre foi, notre confiance en Dieu.
    Allez sur les toits et criez que Dieu vous fait vivre, qu’il est source de bonheur pour vous.
    D’ailleurs, qu’avez-vous à craindre ? Des railleries du style « ça va, grenouille de bénitier », « tu crois encore à ça, toi, c’est pour les vieux, la religion… » ; au moins, ça veut dire que vous posez question, que vous interpellez.
    « Mais vous croyez que ça a été comme sur des roulettes pour moi, et la croix alors ; je ne vous demande pas de réussir votre mission, je vous demande juste d’annoncer, d’éveiller ; le reste, je m’en occupe… »
    « Vous avez peur de la mort… » ben oui, bien sûr…
    Craignez plutôt d’avoir un cœur mort, d’avoir une foi morte ; craignez plutôt ceux qui vous feraient douter de vous, ceux qui vous feraient perdre votre dignité, comme l’ont fait les nazis dans les camps de la mort…
    Jésus nous invite à être fier d’être chrétien.
    A ce propos, un jeune cadre dynamique disait un jour à un ami prêtre : « Je t’estime beaucoup, tu sais, et je sais ce dont tu es capable, mais je ne comprends pas comment tu peux te consacrer à une cause aussi débile et dépassée ».
    Et son ami prêtre lui a répondu : « J’espère que tu comprendras un jour… »
    C’est vrai que ça va pas de soi de faire une place à Dieu dans sa vie, que l’image que les médias donnent de l’Eglise n’est pas toujours des plus flatteuses, que les chrétiens ne sont pas à l’abri d’erreurs, …
    Mais qu’est-ce que ça fait du bien de se savoir aimé de Dieu, de se sentir accompagné, de se savoir sauvé et pardonné, de découvrir un sens à sa vie, de se sentir pris au sérieux, …
    A tous ses apôtres, à tous les chrétiens apeurés devant l’hostilité du monde, Jésus invite à la confiance : « Vous avez du prix aux yeux de Dieu » ; 10 euros pour un oiseau, 30 pour une petite boule de poils, mais ce n’est rien en comparaison de vous, parce que vous valez bien plus que tout l’or du monde. Même si les hommes vous rejettent, il y aura toujours quelqu’un pour voir les richesses que vous portez en vous et pour oser croire en vous : Dieu lui-même.
    Alors, allez-y, laissez-vous aller à la confiance, et croyez-moi, nous dit Jésus, ce n’est pas en vain que vous aurez travaillé à la mission, votre trésor sera grand dans le Royaume de Dieu.

  • Disciples

    Disciples

    Ils sont peu nombreux encore : douze. On connaît déjà les noms de cinq d’entre eux : Pierre et André, Jacques et Jean que Jésus a appelés à le suivre (Mt 04,18-22). Il y aura aussi Mathieu (Mt 09,09). Le jeune rabbi de Nazareth, ils l’ont rencontré il y a peu : il vient à peine de commencer sa mission, mais il leur a fait forte impression. Nouveauté : il les a invités à se mettre à son école, à être de ses disciples. Appel exigeant, réponse qui engage : être disciple, c’est l’accompagner, faire route à ses côtés, cheminer avec lui ; certains « quitteront tout pour le suivre ».
    Cette exigence, toutefois, ne se mesure pas au nombre de kilomètres parcourus ; c’est d’abord un cheminement intérieur : apprendre – oui, apprendre – à regarder chaque personne, chaque situation avec ses yeux à lui. C’est pourquoi le Maître prend le temps de leur faire découvrir son chemin, s’adressant en même temps à la foule (Mt 05,01 – 08,01). « En marche vers le Bonheur » : quelle nouveauté !
    Le regarder vivre, écouter sa parole, l’écouter encore et encore, surtout le regarder, lui, prodiguant attention et soins aux blessés de la vie, voilà qui va leur permettre, voilà qui nous permettra de devenir ses disciples. Jour après jour nous laisser façonner par lui : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » (Mt 04,19).

    Prière et mission

    Et voilà qu’à peine appelés, Jésus les envoie en mission. Si vite ! Audace ? Folie ? Pourquoi ? Tout simplement parce que la tâche est immense, tant la détresse des gens est omniprésente. Jésus en est tout retourné : beaucoup semblent s’épuiser dans une existence sans béatitude, sans vraie joie. Oui, la tâche est immense, trop grande pour un seul homme. Hier comme aujourd’hui.
    « Priez le Maître de la moisson, d’envoyer des ouvriers pour la moisson ». Jésus prie avec eux, avec nous. Oui, désormais, les ouvriers, ce sera aussi eux ; ce sera aussi nous, vous et moi. Oui, comme lui et avec lui, nous sommes envoyés pour prodiguer attention et soins aux blessés de la vie que nous rencontrons : aux possédés, ces personnes qui ne sont pas encore devenues pleinement elles-mêmes ; à ces personnes éteintes, en qui la Vie qui est comme endormie, anesthésiée par la recherche de tant de futilités, … Réveiller la Vie, lui permettre de jaillir en chacun et de lui rendre force et espérance.

    Envoyés deux par deux.

    Un détail m’a frappée : quand les noms des apôtres sont énumérés, ils sont égrenés deux par deux. Marc d’ailleurs précisera : Jésus les envoya ‘deux par deux’ (Mc 06,07). Pourquoi ? Ne serait-ce pas parce que la mission -le témoignage à donner à l’Heureuse Nouvelle – est essentiellement une manière d’être en relation et que, dès lors, elle n’est pas d’abord individuelle, mais communautaire ? « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).
    Chacun de nous est porteur d’un peu de lumière et beauté, celles de Dieu et de son Evangile. Lumière et beauté qui nous débordent et nous dépassent. « Deux par deux » : comment mettre en œuvre cette disposition du Seigneur, aujourd’hui, dans nos communautés chrétiennes ? Comment conjuguer nos différents ‘charismes’ ?

    « Vous avez reçu gratuitement »

    Jésus leur ‘a donné autorité’, il leur a permis de trouver en eux assez de confiance, de force et de dynamisme, pour oser être missionnaires de l’Evangile. Mais chacun a encore reçu tant d’autres bienfaits. Tout cela, « vous l’avez reçu gratuitement » (Mt 10,01), ajoute-t-il. Mais ont-ils conscience de ces cadeaux ? Ne nous a-t-on pas trop exclusivement appris à donner, et tellement peu à recevoir ? Dieu donne et se donne : « Dieu est gratuit », titrait un livre du théologien espagnol, J.-M. Gonzalez-Ruiz.
    Sommes-nous conscients de tout ce que nous recevons de Dieu, à travers Jésus tout d’abord, mais aussi par nos frères et soeurs. Nous arrêter, prendre le temps d’égrener tous ces cadeaux, toutes ces ‘grâces’, de nous en émerveiller, sans oublier de rendre grâce (càd. de ‘faire eucharistie’). Ne serait-ce pas une façon de vivre en conscience, de décupler en nous la force des bienfaits reçus, … avant de les offrir à autrui, ‘gratuitement’ ? Car « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35).

  • Le pain que je donnerai

    Le pain que je donnerai

    « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? ». Voilà une question qui rejoint celle de bon nombre de nos contemporains, y compris de chrétiens. Parmi ceux-ci, en effet, certains se sentent ‘nourris’ par la liturgie de la Parole, elle leur ‘parle’. Il leur est plus difficile, en revanche, d’entrer dans la liturgie eucharistique : le rite de la consécration et celui de la communion ne leur parlent pas. Dans le premier, ils voient un acte de magie ; dans le second une forme d’anthropophagie. Ajoutez à cela des prières à forte connotation biblique, un langage qui leur est devenu étranger. A ces difficultés, d’autres chrétiens donneront une réponse qui peut paraître trop facile : ‘c’est un mystère’. L’un ou l’autre éclairage s’avère nécessaire ; j’espère y contribuer.

    Eclairages.

    Et d’abord qu’est-ce qu’un mystère ? Nous, Occidentaux, qui avons une approche très positiviste des choses, nous entendons par là une réalité qui nous échappe totalement, que nous ne pouvons pas comprendre. Les Orientaux, eux, ont une tout autre compréhension du mystère : il s’agit d’une réalité tellement profonde, tellement riche que nous n’aurons jamais fini d’en pénétrer le sens. Et si c’était comme cela qu’il fallait approcher « ce grand mystère de la foi » ?!
    A ce premier éclairage s’en ajoute un autre. Il concerne notre compréhension de ce qui est vrai et réel. Très souvent, nous réduisons la réalité à ce que nous pouvons toucher, à ce qui se constate, s’observe, s’expérimente, se vérifie. Dans pareille logique, il n’y aurait de vérité que scientifique et historique. C’est oublier une autre dimension de nos existences : la vie ne se laisse pas réduire à la vie biologique. Sa profondeur ne peut être évoquée, suggérée qu’à travers des symboles, des images : c’est tout l’univers de la poésie. Celle-ci nous permet d’apprivoiser une autre dimension de la réalité, plus profonde, invisible, ‘la plus fine pointe du réel’ (Chr. Bobin).
    Ajoutons que nous avons perdu de vue la dimension symbolique de notre langue. « Je suis au fond du panier », « complètement noyé » ou, au contraire, « au septième ciel » : autant d’expressions que, bien évidemment, nous ne prenons pas au pied de la lettre. Ainsi en est-il du langage biblique : il est essentiellement d’ordre symbolique. Ainsi en va-t-il aussi de l’eucharistie : y est évoquée une autre dimension de la réalité, proprement ‘sur-naturelle’. Seul un langage symbolique nous permet d’accéder à son sens et à sa vérité.
    Enfin, une information qui ne manque pas d’intérêt : dans la Bible, le mot ‘chair’ ne fait pas d’abord allusion à nos chairs parfois meurtries par un accident, une opération, … ; le terme évoque l’être humain dans sa totalité, soulignant alors sa fragilité, sa faiblesse, son caractère mortel aussi.

    Le pain que je donnerai

    « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la Vie du monde ».
    Partant de l’événement du pain partagé qui avait nourri toute une foule (Jn 06,01-15), l’évangéliste place sur les lèvres de Jésus une longue méditation. Celle-ci nous fait part du regard qu’il porte à la fois sur l’ensemble de la vie de Jésus et sur le repas que les chrétiens partagent ‘en mémoire de Lui’.
    L’évangéliste nous présente ainsi Jésus comme celui qui apaise en nous une faim plus essentielle que la faim de de nourriture. Par ce qu’Il est en profondeur (‘Je suis’), Il nourrit en nous une autre vie que celle de notre corps mortel. Sa personne – à travers sa présence, sa parole et toute sa vie – nous est donnée comme un pain nourrissant destiné à fortifier en nous la ‘Vie’ qui a saveur d’éternité. En fidélité à son ‘envoi’ (v. 57) par le Père et à sa mission, Jésus ira jusqu’à consentir à la mort ignominieuse sur la croix : il s’est vraiment donné à fond, jusqu’au bout.
    Méditation et regard profonds qui invitent à un déplacement intérieur pour découvrir à la fois qui est Jésus au regard de Dieu et qui il veut être pour chacun de nous. Mais avons-nous vraiment faim de cette Vie-là ? Dans un monde qui invite à consommer et à s’éclater – une façon moderne de traduire l’expression latine ‘du pain et des jeux’ -, cette faim essentielle ne se trouve-t-elle pas comme anesthésiée ?

    Je demeure en lui

    « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. »
    C’est avec bonheur que les premières communautés chrétiennes ont repris les gestes et les paroles de Jésus lors de son dernier repas et que l’Eglise nous encourage à participer aussi régulièrement que possible à cette liturgie.
    A la lumière de l’éclairage donné ci-dessus, la consécration n’apparaît peut-être plus comme un tour de passe-passe. Paroles et gestes – notamment celui de la fraction du pain – se conjuguent pour signifier et rendre présent, avec toute la force du symbole, ce que Jésus fut et ce qu’Il veut être pour toujours : vie rompue et donnée jusqu’au bout, tel un pain partagé, et désir d’être à jamais Présence pour nous.
    Et même Présence mutuelle, ‘Lui en nous et nous en Lui’. C’est l’autre moment fort de la liturgie eucharistique : celui de la communion à Sa présence. Accueil au plus intime de nous-mêmes de Celui qui est notre unique essentiel. Rencontre unique, car nous nous découvrons accueillis en Lui, accueillis tels que nous sommes, y compris avec nos fragilités, nos blessures, nos errances. Apprendre à faire corps avec Lui et désirer devenir ce que nous recevons – le Corps du Christ donné et livré pour la Vie du monde – et le faire ‘en mémoire de Lui’. Devenir Corps du Christ, personnellement certes, mais aussi – comme nous y invite S. Paul – en communion avec celles et ceux qui partagent avec nous ce repas d’alliance. Comment dès lors ne pas Lui chanter :

    Que serai-je sans Toi qu’un coeur au bois dormant,
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre ?
    Que serai-je sans Toi que ce balbutiement ? » (J. Ferrat) 

  • Dieu a tant aimé le monde

    Dieu a tant aimé le monde

    Le contexte : la rencontre de Jésus avec Nicodème.

    Situées dans leur contexte, ces quelques paroles de Jésus n’en recevront que plus de force. Il fait nuit. Tout est calme, la journée est terminée, la soirée très douce. La lourde chaleur du jour a fait place à une brise légère. Ils sont deux à échanger ce soir-là : Nicodème, le sage et le théologien qui compte parmi le groupe des pharisiens, et Jésus, trentenaire selon la tradition, donc bien jeune encore. Il vient ‘de nuit’, c’est plus discret, mais la précision ne nous informe pas seulement sur l’heure de jour ; elle exprime aussi l’étonnement et les questions qui travaillent le cœur de cet homme.
    Chose étonnante, c’est Nicodème, l’aîné, qui vient trouver Jésus. C’est en quelque sorte le monde à l’envers : on s’attendrait à ce que ce soit, le jeune rabbi – à savoir Jésus, qui vienne trouver le théologien chevronné. C’est l’inverse qui se passe. Nicodème le reconnaît : Jésus est autre, sa parole impressionne ; il l’exprime avec grande humilité : Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. ».
    Ils se parlent, échangeant à partir des questions de Nicodème et de l’expérience de foi de Jésus. Et nous, venons-nous à Jésus avec nos interrogations, nos doutes ? Y pensons-nous ?

    « Dieu a tant aimé le monde … », dit Jésus à cet homme.

    Combien d’entre nous ont grandi avec, dans leur arrière conscience, la peur d’un Dieu Juge, prompt à condamner et à punir et qui, comble du sadisme, s’en féliciterait ? 
    Et voilà que, s’adressant à Nicodème, membre d’un courant spirituel qui cherche à observer fidèlement les 613 préceptes de la loi mosaïque, Jésus lui parle de Dieu comme de Quelqu’un qui aime passionnément l’humanité ; qui l’aime non pas de façon impersonnelle et globale, mais – au contraire – avec une attention toute personnelle à chacun. Quand l’un de nous se perd, empruntant des chemins sans issues, Il s’en soucie, tant Il désire que chacun de nous vive à fond de la Vie qu’Il nous offre. Quelle révélation !
    Qui de nous n’a besoin d’amour, de tendresse et d’amitié, de reconnaissance (au double sens d’attention à sa valeur personnelle et d’expression d’un merci) ? Certains, nous le voyons parfois, ressentent un tel manque d’amour qu’ils le cherchent partout où ils peuvent : dans le perfectionnisme, dans les honneurs ou la vantardise. De toute façon dans l’extériorité ! Ce qui ne peut que les décevoir. Nous savons aussi d’expérience combien un mot marqué par l’animosité peut blesser, tuer l’espoir et la vie, alors qu’une seule parole, un seul geste porté par un amour profond peut remettre debout. Dans les moments de détresse profonde, pensons-nous à nous tourner vers ce Dieu qui aime tant le monde’, non de façon théorique et lointaine, mais au contraire de façon très proche et toute personnelle ?

    Les trois ‘visages’ de Dieu pour nous : Père, Frère et Fils, Souffle saint.

    En lui-même, Dieu est inconnaissable. Dans les contrées les plus reculées de Chine, on L’appelle  » l’Au-delà de l’au-delà « . D’autres Le désigne comme l’Etre qui transcende tout’, ou comme la Source de Vie qui toujours nous échappe. « Dieu, personne ne l’a jamais vu » est-il écrit dans la première lettre de Jean (01,18).
    Dieu est pourtant en relation avec nous, par moments nous en faisons l’expérience. Sa Présence affleure parfois dans nos existences. Elle peut y prendre trois ‘visages’, trois manières d’être en relation avec nous que nous évoquons de façon anthropomorphique, à partir de nos expériences humaines.
    Ce ‘Dieu qui est Amour’ (1Jn 04,08 et 16), nous découvrons qu’il nous donne la Vie, cette Vie qui a saveur d’éternité. C’est pourquoi, comme Jésus et à sa suite (Lc 11,02), nous l’appelons ‘Père’. Remarquez, on pourrait aussi parler de Dieu comme d’une Mère, car ses entrailles se retournent quand les siens se perdent, comme le dit Isaïe 49,15 : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas ».
    Ce Dieu qui est tout Amour, nous le rencontrons aussi à travers Jésus. Lors de son baptême par Jean, il s’est découvert ‘Fils bien-aimé’ (Mt 03,17) : un fameux tournant dans sa vie ! Dès lors, par sa parole comme par ses actes, il n’a eu de cesse que de manifester l’Amour d’un Dieu qui, loin de nous juger et de nous enfoncer, nous guérit, nous relève, nous sauve. Cet homme de Nazareth, nous le confessons comme ‘Fils de façon absolument unique’. Frère universel par excellence, nous le regardons comme cadeau de Dieu car, à travers Lui, nous nous découvrons fils, nous aussi.
    Enfin, ce Dieu tout Amour se donne encore comme Souffle qui donne force, dynamisme, audace ; qui fait entrer toujours davantage dans la Parole de Jésus ; qui est là au plus profond de notre coeur pour nous apporter réconfort et conseil, nous guider par le juste chemin.
    Telle peut être notre relation à ce Dieu d’Amour, à la fois Un et Trine. Etre en relation avec ce Dieu-là, accueillir son Amour, le Lui rendre et le partager avec nos frères et soeurs, c’est une nouvelle naissance : c’est ‘naître d’En-haut’, selon la parole de Jésus à Nicodème.

  • L’ Amour… c’est quelqu’un

    L’ Amour… c’est quelqu’un

    « Eh ! m’sieur l’curé, c’est la fête du pigeon aujourd’hui. Du pigeon ?… Ben oui, l’oiseau qui vole au-dessus de Jésus à son baptême…  Ah, la fête du Saint-Esprit, tu veux dire. Oui, c’est ça. »
    Anecdote, vous allez me dire ; oui, mais elle est tellement révélatrice de notre méconnaissance de monsieur Saint-Esprit comme l’appelle Jade dans le livre : « Jade et les sacrés mystères de la vie », parce que l’Esprit Saint est bien une personne, au même titre que Jésus et le Père, même s’il est probablement le grand méconnu, le grand oublié de notre foi.
     Le plus souvent, on le connaît par son action ; alors prenons le temps de le redécouvrir.
    Dans la Parole d’aujourd’hui, on retrouve onze hommes avec quelques femmes dont Marie la mère de Jésus qui sont rassemblés dans une pièce à l’invitation de Jésus. Ils sont complètement déboussolés, même si le Ressuscité leur est déjà apparu. Imaginez-vous, Jésus leur demande d’aller convertir le monde, alors qu’ils se sentent nuls, qu’ils ont laissé tomber leur ami et qu’ils sont menacés par ceux qui ont condamné Jésus. Bref, ils sont perdus et remplis de peurs !
    Et puis, tout à coup, un vent de tempête, puis des flammes qui se posent sur leurs têtes, et les voilà métamorphosés, re-vitaminés, gonflés à bloc pour sortir et partir à la conquête du monde. Ceux qui étaient sans formation, les voilà qui font des enseignements, les peureux voilà qu’ils tiennent tête à ceux qui veulent les persécuter.
    Tout cela, grâce à quelqu’un, l’Esprit Saint.
    Il est souffle, nous dit la Parole, à l’image de ce souffle de vie que Dieu insuffle dans l’homme lors de la création ; l’Esprit Saint, il est celui qui nous redonne vie, qui nous recrée, qui nous refaçonne à l’image de Dieu ; il est celui qui donne la paix intérieure dans les moments les plus chahutés de notre vie.
    Il est souffle, l’Esprit Saint, vent de tornade, qui retourne la marche des événements, rappelez-vous la chute du mur de Berlin, toutes ces révolutions non sanglantes, la conversion de saint Paul et tant d’autres.
     Il est feu nous dit la Parole, feu de Dieu, feu ardent de l’amour du Père et du Fils.
    Quand on écoute deux époux parler de leur amour, ils en parlent comme de quelqu’un : « notre amour a grandi, il a vécu des moments difficiles. » Eh bien ! l’amour qui unit le Père et le Fils, c’est quelqu’un, l’Esprit Saint, qui se donne comme objectif de faire jaillir l’amour dans le cœur des hommes.
     Mais l’action de monsieur Saint-Esprit ne se limite pas à cette pentecôte il y a deux mille ans, son action est présente depuis la nuit des temps et elle se poursuivra jusqu’à la fin des temps. Il était là pendant ces milliards d’années où la terre était en train de se former, atome après atome, molécule après molécule, cellule après cellule, pour former des êtres vivants, puis pour former des êtres humains capables de réfléchir, de construire, capables d’aimer.
     Et il est là aujourd’hui, ce 24 mai, dans le cœur des hommes, chaque fois qu’une parole est prononcée pour amener à la communion plutôt qu’à la division ; il est là chaque fois que je sors de moi-même et que je m’ouvre à l’autre, pour entrer en communication avec lui ; il est là chaque fois que le pardon fait place à la rancune ; il est là chaque fois que les hommes réalisent des ponts entre eux pour vivre en frères et sœurs ; il est là lors de chaque découverte qui fera reculer la souffrance, il est là partout où l’humanité grandit ; il est là chaque fois que l’homme s’ouvre à la présence de Dieu qui lui court derrière à temps et à contre temps, il est là chaque fois que je rends compte de ce Dieu qui me fait vivre et me libère.
     Recevez l’Esprit Saint, nous dit Jésus aujourd’hui. Donne-nous de l’accueillir et de le laisser nous guider. Donne-nous de le laisser s’exprimer en nous, pour que notre cœur batte au rythme du cœur de Dieu.

  • Unique et importante

    Unique et importante

    Voici une prière que l’évangéliste place sur les lèvres de Jésus à l’approche de sa passion et de sa mort ! Moment dramatique s’il en est. Des expressions telles que ‘gloire’, ‘donner’, ‘connaître’, ‘monde’, ‘Vie’, ‘Parole’, ‘prier’, s’y trouvent répétées, révélant autant de points d’insistance. Dans les lignes qui suivent, je me limiterai à en mettre seulement deux ou trois en évidence.

    « Moi, je t’ai glorifié sur la terre» (v. 04).

    A partir de sa racine hébraïque, le mot ‘gloire’ a une tout autre résonance que dans le français et dans nos sociétés actuelles. La ‘gloire’ au sens biblique du terme n’a rien à voir avec les honneurs, les préséances, la richesse, le pouvoir, et toutes les ‘mondanités’ et futilités d’ici-bas. Elle évoque plutôt la valeur intrinsèque d’une personne, de toute personne, ce qui la rend à la fois unique et importante.
    Le mot ainsi compris, Jésus a bien cherché à ‘glorifier’ Dieu, attirant l’attention sur l’importance de son Père, sur ce qu’Il a d’unique et de tellement différent des idoles et des faux dieux que nous nous élaborons parfois. Bien de ses prises de parole vont dans ce sens : « J’ai manifesté Ton nom aux hommes » (v. 06) ; « La Vie, celle qui a saveur d’éternité, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu » (v. 01).

    « Maintenant, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de Toi » (v. 05)

    Lors de son baptême, Jésus a découvert la valeur unique qu’il avait aux yeux de ce Dieu qu’il appelle ‘son Père’. Il a aussi découvert la mission que Celui-ci lui confiait, et s’y est engagé totalement. Mais, à cette heure dramatique, il est confronté à l’échec de sa mission, à la haine et à une hostilité croissante, abandonné de tous, y compris par certains de ses proches (Jn 16,33). Moment de doute, moment de peur peut-être aussi, semblable à celui vécu à Gethsémani. Dès lors, quoi de plus compréhensible qu’à cet instant, Jésus se tourne vers son Père, Le priant et L’implorant : « Glorifie-moi » càd. « Toi, rappelle-moi la valeur que j’ai à tes yeux ». Prière qui peut être la nôtre aux jours de détresse, de doute, de questionnement.

    Néanmoins une telle prière pourrait en mettre quelques-uns mal à l’aise : la ‘gloire’ serait-elle réservée à Dieu et à Jésus ? en serions-nous exclus ? Détrompons-nous, il n’en est rien ! Un peu plus loin, en effet, Jésus poursuit sa prière avec ces mots : « La gloire que Tu m’as donnée, je la leur ai donnée » (v. 22). Et, de fait, Jésus n’a cessé de nous dévoiler que chacun de nous était unique et important aux yeux de Dieu ; que chacun de nous avait pour Lui de la valeur. Chacune de ses rencontres, chaque attention et soin donnés aux malades en témoignaient. L’aveu de Dieu au peuple d’Israël, Jésus l’a signifié à chacun de nous : « Tu as du prix à mes yeux, tu as de la valeur et moi, je t’aime » (Is 43,04). Accueillons cette parole, laissons-la résonner au plus profond de nous-mêmes : en nous, elle sera source de Vie.

    « Moi …auprès de Toi avant que le monde soit » (v. 04) – « Et moi, je viens vers Toi (v. 11).

    Ces derniers temps, une chose m’a frappée : l’évangéliste insiste à plusieurs reprises sur le mouvement de la vie de Jésus : venu de Dieu, il retourne à Lui (ainsi en Jn 13,03 ; 16,05 et 28). Soit dit en passant, son ‘Ascension’, que nous célébrons ces jours-ci, c’est bien cela : le Jésus terrestre définitivement hors de notre portée et pleinement réintégré en Dieu (symbolisé par l’immensité du ciel). Ces mots de l’évangéliste évoquent ainsi la place absolument unique qu’a tenue Jésus dans le dessein de Dieu et dans l’histoire du salut. Telle est précisément sa ’gloire’.
    Mais – me suis-je demandé – en parlant ainsi, l’évangéliste ne dit-il pas aussi quelque chose de notre destinée à nous ? D’une certaine manière, ne sommes-nous pas, nous aussi venus de ce Dieu-Source et destinés à retourner en Lui par-delà notre existence terrestre ?
    Plus j’approfondis le quatrième évangile, plus cette question s’impose et se fait conviction : ce qui y est dit de Jésus, se vérifie pour chacun et chacune de nous. A une différence près, mais elle est essentielle : lui a réalisé sa vocation profonde et sa mission personnelle de manière exemplaire. A tel point qu’il fut très tôt reconnu comme ‘l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute la création’ (Col. 01,15).

    « Comme … ».

    J’appuie notamment ma conviction sur un petit mot de cet évangile :’comme’, conjonction qui y revient si souvent. En voici quelques exemples :
    • « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés (…). (Jn 15,09) ;
    • « La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée » (Jn 17,22) ;
    • « Comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21).
    Cette conjonction, on le voit, représente bien plus qu’une comparaison, elle dessine un mouvement qui part de Dieu pour rejoindre Jésus et qui, à travers lui, cherche à rejoindre l’humanité entière. Mouvement qui nous engage, nous aussi : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », ajoute Jésus un peu plus loin (v. 12).
    Superbe vocation que celle-là : nous aimer les uns les autres, manifester la valeur et l’importance de chacun, nous envoyer mutuellement pour poursuivre la mission initiée par Jésus. Oui, vocation superbe, mais combat ô combien difficile, qui a mené Jésus jusqu’à la croix ! Faisons nôtre la foi, la confiance de l’évangéliste qui sait que le Ressuscité ne nous laisse pas seuls : « pour nous, il ‘prie le Père’ (v. 09) et promet de nous envoyer son Souffle saint. Attendons-Le avec ferveur !

  • Si vous m’aimez…

    Si vous m’aimez…

    « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. »
    En amour y a-t-il des commandements ? Voilà en effet une étrange association, tant ces deux termes semblent antinomiques ! L’amour n’est-il pas communion, écoute de l’autre, accueil de son désir, prévenance, plutôt qu’observance de commandements ? Cette phrase ne pourrait-on l’entendre prononcer par un gourou ? Pourtant, le quatrième évangile y insiste : en deux chapitres, l’association revient à quatre reprises (Jn 14,15,21,23 ; Jn 15,09-15). Est-il possible que Jésus se soit exprimé ainsi ?
    Petit rappel. Les évangiles n’ont pas été écrits durant la vie de Jésus, ni même aussitôt après son passage parmi nous, mais – au plus tôt – après une quarantaine d’années. En ce temps-là, pas d’enregistreur, ni de smartphone, très peu d’écrits car papyrus et parchemin coûtaient trop cher. Demeurait alors la mémoire, celle du cœur : ‘apprendre par cœur’, une bien belle expression. Dans les évangiles, surtout dans le quatrième, on trouve ainsi, placés sur les lèvres de Jésus, de longs discours : ils partent d’une parole de Jésus qui a touché l’évangéliste, qui l’a profondément marqué, et que sa méditation personnelle déploie en fidélité. Occasion de me demander : quelles sont les quelques paroles de Jésus qui me tiennent particulièrement à cœur, qui nourrissent ma prière, donnant sens à ce qui se cherche en moi, à ce que je vis ?
    Autre rappel, tout aussi essentiel. Comme tout bon Juif, Jésus a cherché à vivre selon la Torah qui constitue le cadre de référence du judaïsme. Au coeur de celle-ci, se trouve ‘le Décalogue’, càd. les ‘Dix Paroles’. Jésus les a résumées à un essentiel : l’amour de Dieu et l’amour du prochain comme de soi-même : « A ces deux commandements, toute la Loi est suspendue, ainsi que les Prophètes » (Mt 22,37-40). C’était sa règle de vie à lui, et toujours il la proposait à celles et ceux qui voulaient marcher à sa suite.
    Dernière précision : Jésus n’a pas formulé de nouveaux commandements qui lui seraient propres. Il a balisé le chemin du vrai bonheur et s’y est engagé lui-même, invitant qui veut à le suivre. Il disait être venu ‘non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie’ (Mt 20,28) et il en a donné un exemple : ainsi lors du Lavement des pieds (Jn 13,01-17). A travers ses moments de prière en solitude, dans l’attention et l’accueil qu’il réservait à chacun, il s’est fait ‘Chemin’, nous montrant comment vivre les deux grands commandements : donner leur juste place tant à Celui qu’il appelait ‘Père’ qu’aux frères. Mais il a aussi invité à la vigilance, attirant notre attention sur des impasses. Dans ce cadre-là, il a formulé des ‘recommandations’ (tel peut être le sens du mot grec trop souvent traduit par ‘commandements’), jamais des ordres ou des consignes. L’évangile selon S. Jean les résume : « Ma recommandation à moi, c’est que vous vous aimiez les uns les autres’ (Jn 15,12).

    Une double promesse, … et peut-être une troisième !?

    Pour soutenir la marche de ses disciples sur ce chemin exigeant, Jésus promet une double Présence. D’abord celle, tout intime, du « Souffle de vérité qui demeure déjà auprès de vous et qui sera en vous » (v. 17). Il sera là tel un ‘Paraclet’, expression qui signifie ‘appelé auprès de quelqu’un’ pour conseiller, défendre, consoler, soutenir.
    Jésus évoque encore une autre Présence, la sienne, mais qui sera autre : Ressuscité et Vivant à jamais. Le grec utilise deux termes pour évoquer la vie : ‘bios’ pour parler de la vie biologique ; ‘zôè’ pour évoquer ‘la vie éternelle’, non pas au sens d’une vie par-delà la mort, mais à celui d’une qualité et intensité de vie telles qu’on voudrait que cela dure toujours. Bref, comme j’aime le dire, une ‘vie qui a saveur d’éternité’. « Je vis déjà de cette Vie-là », dit-il, « et vous en vivrez aussi », promet-il (v.19).
    Peut-être une troisième promesse se cache-t-elle encore dans cette parole de Jésus, une promesse qui alors nous engagerait. En effet, évoquant le Souffle saint, il parle d’un ‘autre Paraclet’, lui-même étant le premier. Or, chose étonnante, le texte grec utilise ici non pas le terme ‘hétéros’, càd. ‘autre de deux’, mais bien ‘allos’, ‘autre de plusieurs’. Peut-être est-il ainsi suggéré que nous tous, soutenus par le Ressuscité et le Souffle Saint, nous serions invités à être ‘Paraclet’ les uns pour les autres …

    « Vous connaîtrez que vous êtes en moi, et moi en vous. »

    ‘Connaître’ : non pas au sens d’un savoir théorique s’imposant au terme d’une longue réflexion, mais connaissance intime qui naît de l’expérience. Connaissance qui se donne au cœur même de la rencontre avec Jésus Ressuscité et de la marche à sa suite. L’évangéliste évoque ainsi les intenses moments de présence mutuelle et de communion que lui a connus : « vous en moi et moi en vous ». Moments de fulgurance, rares et toujours fugitifs. Moments donnés et accueillis, impossibles à provoquer. Des moments comme il peut s’en vivre au coeur de la relation conjugale, d’une grande amitié, parfois dans le partage inattendu avec quelqu’un jusqu’alors inconnu, ou dans la contemplation de la nature.
    Mais comment, moi aussi, pourrais-je vivre dans une telle communion ?, demanderont certains avec une pointe de frustration ou de déception. De fait, ce n’est pas très facile dans un quotidien dévoré par un rythme de vie soutenu, la recherche de performance, un constant bruit de fond, les incessantes interactions via les réseaux sociaux, … Rappelons-nous alors les tout premiers mots de notre passage : « Si vous m’aimez ». Cette communion s’offrira à qui désire rencontrer Jésus, à qui cherche à l’écouter, à qui garde au cœur sa parole. Moments et espaces de silence et de solitude nous y conduiront. Recherchons-les !

  • Via, veritas, vita.

    Via, veritas, vita.

    Même dans l’Evangile il y a des paroles difficiles à entendre, comme celle que nous venons d’entendre : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Quelle prétention de la part de Jésus ! Parole étonnante qui ne colle pas du tout avec sa personnalité. Il n’a jamais été du genre à se mettre au centre ! C’est d’autant plus surprenant que, comme le précise St Jean, « C’est à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père ». Or, nous savons que ce qui précède la mort de Jésus, son tout dernier geste avec ses apôtres, c’est le lavement des pieds.

    Pour comprendre cette parole, nous devons savoir qu’elle est d’abord un acte de foi des apôtres après la résurrection. Cette conviction était tellement grande qu’ils la mettront dans la bouche même de Jésus.

    En latin cela se dit : « Ego sum via, veritas et vita ». C’est-à-dire 3 V, le V de la victoire, la victoire de la résurrection.

    Les apôtres présentent donc Jésus comme le chemin. La semaine passée avec la parabole du bon berger, Jésus était comparé à la porte, une porte qui ouvre vers les bons pâturages, une porte qui permet d’aller et venir. Jésus ne se présente donc pas comme le but, le terme à atteindre, mais seulement comme un passage, un passage pour aller vers le Père : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi ».

    De même, lorsque Jésus dit « Je suis la vérité » cela semble aussi très prétentieux. Remarquez qu’il ne dit pas « J’ai la vérité » mais « Je suis la Vérité ». En mettant ces mots dans la bouche de Jésus, les apôtres nous font comprendre que la vérité n’est pas une simple question de parole « dire la vérité », mais avant tout une manière d’être.  Jésus par sa manière de vivre a été l’expression parfaite du Père.

    Autrement dit, le moyen le plus direct pour aller vers le Père, pour connaître le Père, c’est sans doute d’écouter sa Parole, mais surtout d’agir comme lui.

    Avancer sur ce chemin, découvrir le visage d’un Dieu Père qui nous rappelle sans cesse le visage de nos frères, conduit à la vraie vie. A la vie en plénitude dit aussi St Jean.

    Mais cette parole de l’Evangile nous concerne aujourd’hui parce qu’elle est une invitation à devenir à notre tour chemin et à devenir vérité et vie pour les autres.

    Nous avons tous besoin de connaître le chemin, sans chemin on est perdu ! On erre sans destination, sans but, sans projet, la vie devient absurde ! Comme des parents offrent à leurs enfants l’exemple d’une vie réussie, une vie épanouie et heureuse, bref, une vie d’amour, Jésus nous propose de devenir à notre tour chemin de vie pour les autres.

    Nous sommes aussi invités à devenir Vérité, par l’authenticité de notre manière d’être devant les autres, sans masque, sans essayer de paraître. Devenir par notre manière d’être le visage le plus ressemblant de celui du Père.

    Alors nous serons Vie, c’est-à-dire lumière au cœur de l’obscurité, de la haine, du mépris et du non-respect de l’homme, nous serons joie où est le désespoir, réconfort là où il y a de la souffrance et apaisement là où il y a de la tristesse.

    A la suite de Jésus nous serons chemin, vérité et vie, chaque fois que dans la charité nous nous mettrons au service de tous nos frères et de nos sœurs.

  • Je suis…

    Je suis…

    Parabole d’une richesse extraordinaire, susceptible de plusieurs lectures selon que l’on concentre l’attention sur tel ou tel élément. Entre autres choses, il y est question d’une bergerie et de sa porte, de bandits et de voleurs qui y pénètrent par effraction ou du vrai berger qui, lui, entre par la porte, d’un portier qui lui ouvre et, bien sûr des brebis qui, connaissant la voix de leur berger, l’écoutent et le suivent, … Pas simple de déchiffrer ce que cachent ces images ! Perplexité d’hier : « Eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait » (v. 06). Sans doute aussi perplexité de nos jours… C’est pourquoi Jésus prend le temps de déployer le sens de cette parabole, en s’y mettant en scène. Il le fait dans deux directions principales : « Je suis la porte » ; « Je suis le beau berger qui donne sa vie pour ses brebis ».

    « Je suis … »

    L’avez-vous remarqué ? Dans le quatrième évangile, l’expression « Je suis … » suivie d’un attribut se trouve souvent sur les lèvres de Jésus : « Je suis le Pain de vie descendu du ciel » (06,41), « Je suis la Lumière du monde » (08,12), « Je suis la Résurrection et la Vie » (11,25), « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (14,06), « Je suis la Vraie Vigne » (15,01). Ici, Jésus l’utilise à deux reprises : « Je suis la porte » (vv. 07 et 09) et « Je suis le bon/beau berger » (vv. 11 et 14). Voilà qui est très fort ! Pourquoi ? Parce que Dieu s’était présenté ainsi à Moïse et au peuple hébreu : « Je suis qui je suis » (Ex 03,14), « Je suis le Seigneur qui t’ai fait sortir » (Ex. 06,07), « vous saurez que Je suis le Seigneur, votre Dieu » (Ex 16,12), … Ce « Je suis » divin exprimait à la fois une plénitude d’être, une présence à leurs côtés, et la promesse de les faire sortir de la terre d’esclavage et de les accompagner au long de la route de l’Exode.
    Et voilà que Jésus se présente ainsi ! Révélation ! Une question s’impose alors : qui donc est cet homme qui parle ainsi de lui-même et de sa mission ? Qui donc est cet homme auquel on a donné tant de titres. J’en évoque quelques-uns dans le quatrième évangile : le Verbe de Dieu (01,01), l’Agneau de Dieu qui porte et emporte le péché du monde (01,29) ; le Christ ou Messie (04,25), le Prophète (07,41), mon Seigneur et mon Dieu (20,28), etc. Question qui s’est imposée aux contemporains de Jésus et qui les a divisés : « les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles » (v. 19). Question que les disciples eux-mêmes se sont posée maintes fois. Question qui s’impose aussi à nous qui, aujourd’hui, redécouvrons cette parabole.

    « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits. » 

    Au moment même où il se présente comme la Porte, l’évangéliste met sur les lèvres de Jésus ce reproche très dur ! Ces mots font référence à des situations précises. La première est ancienne, évoquée par des prophètes dans l’Ancien Testament, Jérémie (23,01-04) et Ezéchiel (Ez 34,01-06) entre autres. Dieu reproche vertement aux bergers de son peuple – rois et prêtres – d’avoir conduit les siens dans une impasse, celle de l’exil à Babylone (587-538 ACN) ou de la dispersion dans d’autres pays voisins. Reproche, toutefois, suivi d’une bonne nouvelle : Dieu annonce qu’il sera lui-même le berger de son peuple, un berger soucieux de son bien comme de la vie de chacune de ses brebis, et qu’il lui donnera des bergers dignes de ce nom. Nombreux sont dans l’Ancien Testament les passages où Dieu est présenté comme le Berger de son peuple : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23).
    L’autre situation est celle que vit Jésus lui-même : critiqué, diffamé, rejeté, exécuté par les autorités religieuses de son peuple. Il mettra les foules en garde à l’égard des scribes et des pharisiens « qui ferment le Royaume des Cieux devant les hommes » (Mt 23,13). Situation que vont aussi affronter les premiers chrétiens qui seront exclus des synagogues, et même du judaïsme, le livre des Actes en témoigne.
    Bien des questions commencent alors à se poser à nous : pour ne pas m’égarer, qui écouter ? à qui faire confiance ? comment ne pas me laisser attirer par des mirages ? ou me croire assez fort pour affronter seul toutes sortes de difficultés ? Et si j’ai une responsabilité dans la communauté chrétienne, comment ne pas induire autrui en erreur ? Comment ne pas lui indiquer de fausses pistes ?
    Mais surprise ! Pour que nous puissions recevoir et savourer « la Vie en abondance », Jésus se présente à nous et nous invite : venez, ‘Je suis le Chemin’, ‘Je suis la Porte’ qui introduit dans la bergerie. Hésiterons-nous à lui faire confiance ?

    « Je suis la porte … ».

    Il y a une porte à cette bergerie. Et même un portier ! Qui pourrait bien se cacher derrière la figure du portier ? Ne pourrait-on y voir le Père prêt à nous accueillir dans son Royaume ? Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un gardien qui, à sa guise, ouvrirait ou fermerait l’accès à ce domaine ; il s’agit d’un Père qui nous aime et ne nous veut que du bien.
    Jésus, lui, se présente comme la porte qui donne accès à ce Royaume de Béatitude, de Vie, de Paix, de Compassion, ce Royaume ouvert à tous. Pourquoi se présente-t-il ainsi ? C’est qu’il le constate, beaucoup manquent la porte. Parfois parce que, se croyant plus malins que les autres, ils pensent trouver par eux-mêmes le bercail, le chemin qui y mène et la porte qui y donne accès. Ou encore parce qu’ils se laissent engluer par des préoccupations tellement éloignées du Royaume. Et, Jésus le sait, il l’a précisé ailleurs : « Elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la Vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. (Mt 04,13-14). Il le sait d’expérience, lui qui a payé de sa personne, « qui a donné sa vie » jusqu’à mourir cloué sur une croix.

    « Je suis le beau/bon Berger ».

    Jésus est bien plus que la Porte, il est le bon Berger ! Il se fait Présence ! Celle de quelqu’un qui nous connaît en profondeur, comme seul le Père nous connaît. Il est la voix qui nous appelle, celle du berger parti à la recherche de ses brebis parfois perdues, maltraitées, découragées, épuisées. A la recherche de chacune d’entre elles. Il leur permet d’aller et venir en grande liberté et ouvre devant elles un chemin de vie. Ressuscité, il est désormais cette Présence à nos côtés, jour après jour.
    Nous voilà donc invités à L’écouter, à Lui faire confiance, à nous laisser guider par Lui, à faire chemin avec Lui, sûrs qu’il nous mènera au but. La foi, n’est-ce pas tout simplement cela ?

  • Une rencontre lumineuse

    Une rencontre lumineuse

    Difficile quand on vient de perdre un proche – conjoint, parent ou ami – de ne pas repasser en boucle ce que l’on a vécu avec lui, ou à ses côtés dans ses derniers moments ! Surtout si ceux-ci furent marqués par la souffrance ou, pire encore, par la violence, comme ce fut le cas pour Jésus. Difficile aussi, quand il s’agit d’un maître dont on a tant appris et dont on attendait tant, de retrouver l’espérance ! Tout semble ‘foutu’. Voilà ce que vivent ces deux pèlerins.

    « Ils faisaient route vers Emmaüs ».

    • Le chemin de ces deux disciples ne se mesure pas au nombre de kilomètres parcourus. Il est surtout intérieur. Il est recherche, questionnement, dans la solitude comme à travers les échanges. Il se fraie un passage entre expériences lumineuses et moments de lourdeur, de désespérance, colères parfois aussi.
    • Comme Jésus ! Lorsqu’il parcourait les routes de Galilée ou montait à Jérusalem : « il faisait route » (Lc 10,38 ; 14,25 ; 17,11), lui aussi. Et, tout en marchant avec d’autres, il leur partageait volontiers son chemin intérieur : non pas savoir abstrait, désincarné, mais son expérience de vie, de la vraie Vie, celle qui a saveur d’éternité.
    • Prendre parfois le temps de s’arrêter, de regarder le chemin parcouru, de rendre grâce au Seigneur ou de L’implorer : voilà qui pourrait opportunément marquer ce temps pascal.

    En chemin, dialogue avec un étranger.

    Durant le carême, les pages d’évangile nous présentaient Jésus marchant en tête, tel un premier de cordée, sur la route ardue qui le menait à Jérusalem et à la mort. Et les disciples, qu’il invitait à ‘marcher derrière lui’, peinaient à le ‘suivre’. Ce dimanche, le récit nous fait découvrir tout autrement Jésus Ressuscité: il est là, marchant avec ces pèlerins, incognito. Il est là, Présence hors du commun par la qualité de son attention et de son écoute. Il peut tout entendre: déceptions, doutes, questionnements, tel celui qu’éveille le partage de femmes ayant reçu cet incroyable message : ‘Il vit’. Il est là, Parole qui jette sur leur vécu une tout autre lumière. Parole à hauteur d’homme, qui se propose sans s’imposer, qui accompagne. ‘Leur cœur est tout brûlant’, mais ‘leurs yeux sont empêchés de Le reconnaître’.

    Halte à l’auberge.

    Halte bien nécessaire pour reprendre souffle et refaire ses forces. Et voilà que les deux compagnons l’invitent : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse ». Qu’exprime cette prière : le désir de poursuivre un échange passionnant avec cet ‘étranger’ ? Le regret de voir leurs chemins se séparer ? Une attention pour cet ‘étranger’ ? Peut-être un peu de tout cela ! Et voilà qu’un geste banal, le plus quotidien qui soit –‘ rompre le pain’ – leur rappelle le dernier repas que Jésus avait pris avec ses amis : la fraction du pain, le sens qu’il avait donné à ce geste – sa vie entièrement offerte, jusqu’au bout, comme un pain rompu et partagé – et l’invitation à faire de même. ‘Leurs yeux s’ouvrent’, enfin ! Moment de communion intense. Présence réelle, mais furtive. « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » (Saint-Exupéry). Ainsi en est-il du Ressuscité pour chacun de nous : Présence au coeur de l’absence, Présence qui ne se perçoit qu’à travers certains signes. Alors ouvrons les yeux du cœur, apprenons à décoder ces signes.

    Retour à Jérusalem.

    Ils ne sont plus les mêmes. Evanouie la tristesse ! Place à une joie et une paix qui se décuplent encore dans le partage avec d’autres disciples de ces moments inattendus et inoubliables.
    Trois temps dans cette rencontre lumineuse.
    Comme dans nos eucharisties. D’abord la liturgie de la Parole qui éclaire notre vécu, indique un chemin, nous ouvre à une espérance renouvelée. Puis le signe de la fraction du pain et la communion intime à la Présence qui s’offre. Enfin, l’envoi en mission, le retour dans le quotidien et le partage de ce vécu intense avec d’autres disciples.
    En mémoire de Lui, rompons nos vies comme un pain partagé et nourrissant ! N’est-ce pas ainsi que naît et grandit une communauté de disciples ?