Catégorie : Echo de la Parole

  • Contempler le Souffle

    Contempler le Souffle

    Il y a 2000 ans d’ici …

    Que s’est-il exactement passé ce jour-là où Jean baptisa Jésus ? A-t-il vu quelque chose de ses yeux de chair et, si oui, qu’a-t-il vu ? Nous ne le saurons jamais car cette page d’Évangile évoque tout autre chose : le regard intérieur, tout nouveau, que porte Jean-Baptiste sur son cousin. Elle nous invite ainsi à nous mettre dans la peau du Baptiste et, avec lui, à poser un regard plus profond sur le Nazaréen. Il s’agit donc d’un regard intérieur, spirituel.

    Ce n’est sans doute pas la seule fois que se sont croisés les chemins des deux cousins et que, devenus adultes, ils se rencontrent. Néanmoins, aujourd’hui, le regard que pose le Baptiste sur Jésus est tout autre. Cela le frappe tellement que, par deux fois, il répète : « Moi, je ne le connaissais pas » (vv. 31 et 33).

    Il découvre Jésus sous trois angles différents et cherche à en ‘témoigner’ à l’intérieur de sa propre culture. En référence à un célèbre passage d’Isaïe (Is 53,04-06), il le présente comme ’l’Agneau de Dieu’ qui porte et emporte le péché du monde ; il le découvre ensuite inondé du Souffle Saint qui demeure sur lui (v. 32 et 33) et capable de nous le transmettre ; il le révèle enfin comme ‘Fils de Dieu’.

    Le Souffle saint demeurant sur lui.

    Avec Jean-Baptiste, posons aujourd’hui notre regard sur ce Jésus habité par le Souffle Saint. L’homme de Nazareth n’est pas un impulsif que les circonstances mènent ici ou là. Il ne cherche pas le pouvoir, ni son intérêt. Non ! Il est constamment tourné vers son Père et vers autrui. Sa vie intérieure est forte, constante, nourrie jour après jour. Dans la prière, il s’ouvre au Souffle divin, Lui permettant de l’éclairer ; il se laisse conduire par Lui (Mt 04,01) et, à ce titre, il est pleinement ‘fils de Dieu’, selon la belle expression de S. Paul (Rm 08,14) qui – soit dit en passant – vaut aussi pour nous !

    Et moi aujourd’hui … ?

    Impossible de ne pas nous poser quelques questions. Je me les pose, et je vous les pose à vous aussi. La première : n’en sommes-nous pas restés au baptême d’eau, celui donné par Jean-Baptiste ‘pour le pardon des péchés’ (Mc 01,04) ? Le regard chrétien ne porte-t-il pas trop souvent sur les fautes, au risque d’engendrer de la culpabilité malsaine ou de conduire à juger et à critiquer autrui plutôt que de pratiquer la correction fraternelle ? N’oublions-nous pas que Jésus ‘baptise dans le Souffle Saint’ ? Sur la croix, il ‘a livré le Souffle’ (Jn 19,10) et, Ressuscité, il nous presse de le ‘recevoir’ (Jn 20,22), de nous laisser habiter par Lui.

    Autre question : comment le regard que je porte sur Jésus a-t-il évolué depuis le jour de mon baptême jusqu’à aujourd’hui ? Répondre à cette question requiert un temps d’arrêt, de silence, pour « regarder Jésus venir à nous » (v. 29).
    Les titres donnés à Jésus par Jean-Baptiste faisaient référence au Premier Testament et parlaient aux chrétiens de l’époque, généralement familiers de la culture biblique. Ce qui n’est plus le cas de nos jours. Comment dès lors parler de Jésus aujourd’hui ? Comment moi, le présenterais-je avec des mots audibles par nos contemporains ?

    « Et moi, je ne le connaissais pas … »

    Ne pouvons-nous pas dire cela de cela de nos proches comme de celles et ceux que nous côtoyons au quotidien, que nous croisons souvent sans les rencontrer en vérité ? Cette page d’évangile nous invite à poser sur eux ce regard contemplatif. Souvent, lors des funérailles d’un proche, nous posons un tel regard sur lui et sur sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de le faire de son vivant ? Quand nous sommes tentés de juger quelqu’un, parfois même de le condamner, pourquoi ne pas essayer de porter sur cette personne un regard neuf, nous demandant comment elle est, elle aussi, habitée, portée par le Souffle Saint ? Des relations, parfois difficiles, pourraient s’en trouver apaisées, relancées, transfigurées.
    Pour y parvenir, peut-être convient-il de commencer par nous ouvrir, nous-mêmes, au Souffle de Dieu … Comme Jésus, dans la prière ouvrons-nous à Lui et laissons-nous conduire par Lui.

  • Le ciel se déchira

    Le ciel se déchira

    Nous avons vu dimanche dernier lors de la fête de l’Épiphanie que les mages n’avaient pas trouvé Dieu ni dans le temple, ni en regardant le ciel, mais en s’abaissant devant un petit enfant sur la paille. Voici qu’aujourd’hui déjà l’Évangile semble nous contredire en disant : « Du ciel une voix se fait entendre » ! N’est-ce pas la confirmation que Dieu est bien dans le ciel ?
    Relisons alors le texte attentivement. St. Marc précise : « Le ciel se déchira ». Ceci me fait penser au voile du temple qui, lui aussi, se déchira pour signifier justement que Dieu n’est pas, ou n’est plus, ni dans le temple, ni dans le ciel.
    « Le ciel se déchire » justement parce que Dieu veut sortir de ce ciel où les hommes l’ont logé depuis toujours.  Dieu montre qu’il veut habiter notre terre, mais pas n’importe où.  Il ne choisira pas la ville sainte où sont rassemblés tous les prélats, ce n’est pas non plus dans le temple, ni dans la synagogue, mais là au désert, à l’écart de tout, là où se rassemblent les hommes blessés, là où se réunissent tous ceux qui sont broyés par les peines ou le poids de leurs fautes, tous ceux et celles qui ploient sous les contraintes des obligations que toutes les lois religieuses font peser sur eux.  Puis, c’est là, à l’image de Jésus qui s’immerge dans les eaux du Jourdain, que Dieu, déchirant le ciel, s’immerge, lui aussi, au milieu de notre humanité.
    Nous assistons en quelque sorte à la naissance, à la renaissance de Dieu au monde, de Dieu se faisant homme.
    Désormais, Jésus va partir, marcher sur les routes du monde et il va appeler des femmes et des hommes à l’accompagner, toutes celles et tous ceux qui, comme lui, auront l’audace de se mouiller et de plonger au cœur même de l’humanité profonde pour dire et proclamer que Dieu est là, tout proche, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, non seulement un bonheur pour l’au-delà, mais un bonheur dès aujourd’hui.
    Déjà le prophète Isaïe annonçait ce Dieu de bonheur : « Vous qui avez soif, disait-il, voici de l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, manger de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses. » Naturellement poursuit le prophète, pour goûter au bonheur il y a des conditions minimales : « L’homme méchant doit quitter son chemin et l’homme pervers ses pensées ».
    Ce qui est certain, c’est que le Seigneur est riche en pardon. Aussi dramatique que soient notre situation ou les événements de notre vie; l’espérance nous permet de croire qu’un bonheur est toujours possible.

  • Suivre l’étoile

    Suivre l’étoile

    Si nous faisons l’effort de relire tout l’Evangile de l’enfance de Jésus, nous nous apercevrons très vite que sous une apparence naïve, ces récits sont non seulement très symboliques, mais aussi savamment élaborés.
    Il est bon de se rappeler que les Evangiles ont été écrits à l’envers, en commençant par la résurrection, puis la passion, puis la vie publique et enfin les récits de l’enfance de Jésus.
    Ces écrits ont été rédigés par les premières communautés chrétiennes établies pour la plupart en terre païenne. Ils se devaient donc de manifester dès la naissance de Jésus, qu’il n’était pas seulement sauveur d’Israël, ni des plus méprisés de la société, représentés par les bergers, mais qu’il était aussi le Dieu des païens, le Dieu des étrangers qui sont représentés ici par les mages.
    Il est vrai que les légendes, s’inspirant des évangiles apocryphes, ont beaucoup brodé sur ce récit de l’Epiphanie.  L’Evangile est pourtant très sobre et ne donne aucun détail : « Voici que les mages venus d’Orient, arrivèrent à Jérusalem ». Remarquez donc que Matthieu ne précise pas qu’ils étaient trois, ni qu’ils étaient rois, ni qu’ils s’appelaient Melchior, Gaspard et Balthazar, ni encore qu’ils étaient noir, jaune et blanc !
    L’Evangile ne dit pas non plus qu’ils étaient astrologues. Les mages étant plutôt interprètes des songes et des signes. Les mages pour Matthieu sont donc ceux qui ont su reconnaître les signes de Dieu, ici, le signe de l’étoile. 
    Mais alors, qu’est-ce que ce langage symbolique veut nous dire aujourd’hui ? ».  Quel est le message que l’auteur veut nous transmettre ? Qu’est-ce que cela nous révèle de Dieu et de l’Homme ?…
    Ainsi donc, dans la page d’Evangile de ce jour, ne cherchons pas à identifier l’étoile à une pleine lune ou à la comète de Hallet ou autre… Non, cette étoile n’est pas de la voûte céleste, elle est comme le récit : symbolique.  Elle signifie que même les peuples païens ont reconnu en Jésus la lumière qui guide les hommes.
    Cette étoile qui descend sur la crèche montre que le Dieu de Jésus n’est plus à chercher dans le ciel, mais pour le découvrir nous devons baisser notre regard vers la terre.
    Ensuite les mages offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Etranges cadeaux pour un bébé ! L’or passe encore, mais l’encens et la myrrhe ? Ces trois cadeaux ont aussi leur signification : l’or symbolise la royauté, l’encens la divinité et la myrrhe était le parfum avec lequel on ensevelissait les morts. Ils sont les signes de ce que Jésus est reconnu comme Roi, fils de David ; qu’il est Dieu et qu’il va se donner jusqu’à la mort.
    Ce récit contient encore bien d’autres signes tels que cette question des mages : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Cette question nous renvoie déjà à la croix sur laquelle il sera inscrit : « Celui-ci est le roi des Juifs ».
    Terminons par cette opposition entre les chefs religieux d’Israël, qui sont les interprètes officiels des Ecritures, mais qui ne bougent pas, ils restent auprès du temple, et les mages païens qui eux ont découvert le signe de l’étoile qui montre le chemin de Dieu, mais qui, en plus de ce signe, se voient ouvrir les Ecritures qu’ils accueillent dans la foi – ils vont se mettre en route et arriver dans la maison où se trouve Jésus. Cette maison symbolise la jeune Eglise dans laquelle finalement ce sont les païens, les païens au cœur ouvert à tous les signes, qui arrivent les premiers à la rencontre de Jésus, le Fils de Dieu.
    Au seuil de cette année, essayons de découvrir les signes de la présence et de l’amour de Dieu.  Ne levons plus nos yeux vers le haut, vers les étoiles du ciel, car Dieu n’y est pas, il est sur notre route. Avançons et regardons vers le bas, alors nous pourrons le voir, nous agenouiller, nous abaisser, car il est toujours sur la paille aujourd’hui.

  • Sainte Famille

    Sainte Famille

    Ce matin, je voudrais vous partager quelques traits de la sainte Famille.
    D’abord, la place centrale de l’enfant dans ce récit.
    Si un amour profond unit Marie et Joseph, il y a dans leur vie un souci très important pour leur enfant.
    L’enfant est menacé et il faut le protéger, l’arracher aux griffes de Hérode ; ceci va engendrer un départ précipité vers une terre étrangère, un séjour assez long à l’étranger, loin de ses racines, loin des siens, en espérant être bien accueillis.
    Eh ! bien en avant ! Pas question de mettre la vie de l’enfant en péril.
    Cette mobilisation pour l’enfant vient bousculer certains choix faits par notre monde :
    Nous, on veut bien un enfant, mais il ne faut pas qu’il vienne trop perturber notre vie de couple.
    Il y a des femmes sans mari qui veulent pour elles une sorte « d’enfant poupée », un enfant rien que pour elle, qui va satisfaire leur besoin de câlins ou leur instinct maternel.
    Il y a les enfants « vitrine », reflet des parents ou les enfants « canaris », chargés de mettre un peu de vie dans la maison.
    Être parent, c’est d’abord donner et se donner à son enfant, et pas l’inverse.
    On appelle parfois Joseph « le père nourricier », c’est donc qu’il a veillé sur Jésus pour qu’il ait de quoi manger, de quoi se vêtir, mais aussi qu’il ait des personnes vers qui se tourner pour recevoir de la tendresse, pour aller verser des larmes de chagrin.
    Pourquoi est-ce parfois si difficile de se dire « Je t’aime » en famille, alors qu’on n’arrête pas de dire à Dieu « Je t’aime » ?
    Marie et Joseph ont aussi veillé à faire grandir en Jésus les valeurs essentielles, c’est l’éducation, avec probablement au centre de ces valeurs, un repère : « Quand tu agis ainsi, as-tu aimé ou manqué d’amour ? »
    Ils ont veillé à ce que Jésus développe ses propres talents, qu’il prenne confiance en lui, qu’il ait sa propre créativité, qu’il puisse devenir un être unique.
    L’enfant n’est pas appelé à être une copie de ses parents ou la réalisation de ce qu’ils n’ont pas pu réaliser ; l’enfant sera son propre projet, il sera un autre.
    Etre parent, c’est aussi faire découvrir à son enfant sa vocation d’enfant de Dieu, sa vocation spirituelle.
    Marie et Joseph ont conscience que cet enfant a une mission spéciale à remplir, ils n’ont pas oublié le projet de Dieu qui est à l’œuvre en leur enfant.
    Et il en va de même pour tous les enfants de la terre, ils ont aussi une mission à remplir au sein de l’humanité.
    Notre monde attend des enfants qu’ils soient utiles à la société, qu’ils aillent vers les produits de consommation, qu’ils développent leur intelligence pour un jour décrocher un job à l’âge adulte, qu’ils rentrent dans le rang.
    Marie et Joseph nous rappellent que ça ne suffit pas, il y a une vocation aussi à découvrir et à construire, celle d’enfant de Dieu.
    Et puis l’enfant rend aussi service à ses parents, combien de parents n’ont pas dit : « Nos enfants nous éduquent autant que nous les éduquons ».
    Si Marie et Joseph ont beaucoup donné à Jésus, ils ont aussi beaucoup reçu de lui, découvrant spécialement en lui le vrai visage de Dieu.
    Les enfants donnent du sens à la vie ; ils donnent du sens au travail quotidien, ils donnent le goût de se battre à certains moments.
    Les enfants donnent à leurs parents de rester jeunes, les parents sont appelés à rester en éveil à ce qui se passe dans l’actualité, dans la mode, dans la musique, dans les médias, …
    Les enfants enrichissent les parents, ils leur apprennent la patience, la responsabilité, l’humilité, la tendresse, le pardon, les remises en question, le sens de l’essentiel quand un enfant ne va pas bien… ; ils leur apprennent à être vrais.
    Les enfants révèlent Dieu, parce qu’ils obligent les parents à se poser la question du sens, la question de la transmission de la foi, et donc ils poussent les parents à faire des choix, à éclairer leur relation à Dieu.
    Les enfants apportent la joie.
     Bonne fête à vous tous, et que le Seigneur nous apprenne à vivre en famille.

  • Appel à l’humanité

    Appel à l’humanité

    Alors que nous sommes à la veille de fêter Noël, le Seigneur vient une fois encore nous demander notre collaboration pour mener à bien son projet de salut pour l’humanité : « Veux-tu bien accueillir le Messie pour le donner au monde ? »
    Devant cet appel à l’humanité, nous avons aujourd’hui la figure de Joseph.

    Pour Joseph, les choses ne sont pas simples.
    Il a comme projet d’épouser Marie, mais elle est choisie par Dieu pour mettre au monde le messie. Tout s’écroule pour Joseph, celle qu’il avait choisie, voilà qu’elle attend un enfant et que Dieu a un autre projet pour elle ; il ne lui reste plus qu’à renoncer à son projet.
    Mais Dieu vient demander à Joseph de collaborer à son projet de salut : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, ta promise, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ».
    Et Joseph fait le pari de la confiance. Il accepte de devenir le père de cet enfant Dieu, sans très bien savoir où tout cela va le mener…

    Une fois encore, Dieu ne vient pas avec des signes « marteau », il appelle à un acte de foi, une démarche de confiance. C’est toute la délicatesse de Dieu qui se manifeste une fois encore : une simple invitation, la liberté laissée à l’homme d’accueillir ou de refuser le projet de Dieu, son projet d’alliance.
    N’est-ce pas la même chose avec l’enfant de la crèche ; ce Jésus né au fond d’une étable, est-ce là une preuve en béton ?

    Et lorsque nous partageons le pain et le vin à chaque eucharistie ?
    Dieu donne des signes de sa présence, mais juste assez pour ne pas forcer les portes.
    Et moi, qu’est-ce qui m’aide à entrer dans les projets de Dieu, qu’est-ce qui me freine dans l’accueil de ces projets?

    A travers sa Parole, le Seigneur nous rappelle qu’il a besoin de notre collaboration pour mener à bien son projet de prendre soin de l’humanité, tout comme il a eu besoin de Joseph et Marie pour que son fils devienne homme parmi les hommes, et qu’il puisse prendre soin des hommes de son temps
    Ce matin encore, Dieu nous lance un appel à l’aide : « S’il te plaît, veux-tu m’aider dans mon projet d’amour ? »

    Notre « oui » à Dieu sera alors peut être, comme pour Joseph, simple réponse aux appels de ceux qui nous entourent, comme par exemple :

    • Appel de mon conjoint qui demande un peu plus de tendresse, un peu plus d’attention, un peu plus de présence, un peu plus de reconnaissance dans les tâches effectuées ;
    • Appel des enfants qui attendent une présence affectueuse, des encouragements plutôt que des reproches, la reconnaissance de leurs talents ;
    • Appel de nos parents qui attendent une visite, des nouvelles, parents qui attendent nos confidences parfois, ou de s’entendre dire l’importance qu’ils gardent à nos yeux ;
    • Appel des solidarités de toutes sortes, entre voisins, dans la paroisse, dans notre village, avec ceux qui sont dans le besoin, proches de nous ou plus loin de nous.
  • Doute

    Doute

    Si un croyant de n’importe quelle religion, venait vous dire : « Mes convictions sont absolues, ma foi est une certitude, j’ai la vérité, je suis sans questions… » je pense sincèrement qu’il vous est permis d’en douter.
    Le doute, l’incertitude font partie de notre humanité. Nous les retrouvons d’ailleurs présents tout au long des Écritures. Même Jésus se posait des questions, c’est le sens du récit des tentations.
    Son inquiétude, nous la retrouvons aussi sur la croix : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »
    Aujourd’hui, c’est Jean-Baptiste, « le plus grand des prophètes » comme dit Jésus, qui dans sa prison est harcelé par le doute : « Est-il celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
    Jean-Baptiste se fait une image bien redoutable du Messie. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile de dimanche dernier, il prêchait dans le désert « un dieu à la colère qui vient », un dieu qui brûle les pécheurs.
    Or voilà Jésus, il n’élève pas la voix ; au contraire, il va au-devant des pécheurs, des pauvres, il console, il guérit, redresse, appelle, …
    Sa force est douceur, sa puissance, humilité.
    On comprend que Jean-Baptiste soit pris par le doute !
    Pour le rassurer Jésus va lui répondre par cet extrait du livre d’Isaïe que nous venons d’entendre : « Lorsque le Messie viendra, les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira, le muet criera de joie, les captifs reviendront, … »
    Jésus reprend ces paroles mais avec une différence essentielle, il ne parle plus au futur comme Isaïe, mais au présent : « Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, … »
    Ce qui fait la caractéristique de Jésus : il n’annonce plus un salut à venir, mais apporte un salut présent. Rien qu’en cela l’Evangile est une Bonne Nouvelle.
    Il y a cependant une objection : comment peut-on parler d’un salut déjà là, lorsqu’on voit l’égoïsme et la haine qui sévissent partout dans le monde. Eh ! bien justement, répond Isaïe, ce n’est qu’au cœur de cette désolation que peut germer l’espérance et il le dit de façon très poétique : « Que le désert et la terre de la soif se réjouissent, que le pays aride exulte et fleurisse ».
    Il signifie que l’espérance n’est possible que là où il y a un manque à combler, un appel à exaucer, un besoin, un désir à satisfaire, …
    Jésus exprimera cela encore mieux lorsqu’il dira : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, …»
    Ce temps de l’Avent a pour objectif de nous rapprocher de toutes celles et tous ceux qui vivent dans l’aridité de leur solitude, qui ont soif de dignité, qui rêvent de devenir un jour des femmes et des hommes comme tout le monde…
    L’action « Vivre Ensemble » nous offre aujourd’hui le pouvoir de contribuer à l‘actualisation du salut de Dieu.
    Il ne suffit pas de nous lamenter sur le sort de notre société individualiste, il ne suffit pas de rêver d’un avenir plus beau, c’est aujourd’hui, au présent qu’il nous faut construire un salut pour tous.  

  • Préparer le chemin

    Préparer le chemin

    Matthieu 3,1-12

    En ce temps d’Avent, à quelles démarches nous invite Jean-Baptiste pour ‘préparer le chemin du Seigneur’ ? Il nous en propose deux.

    Changez de regard !

    Il nous suggère d’abord un changement de regard, une autre manière de considérer Dieu et nos existences. Tel est le sens littéral du verbe grec traduit ici par ‘se convertir’. Et ce changement, c’est de percevoir que ‘le Royaume de Dieu s’est bel et bien approché de nous’.
    Mais, hier comme aujourd’hui, est-il si aisé de capter la proximité du Royaume de Dieu ? A suivre les nouvelles en radio ou en TV, ou sur les réseaux sociaux, on peut en douter. Que d’angoisse et de dépressions, de guerres avec leur lot de souffrances, de déplacés, de blessés et de morts !
    Et, pourtant, en celui qu’il annonce, le Royaume de Dieu se fera tout proche : Jésus, en effet, ira «partout en faisant le bien» (Ac 10,38), pardonnant, soignant et relevant les personnes croisées en chemin, semant la Vie autour de lui. Il s’emploiera ainsi à nous faire découvrir le Royaume comme cet espace où amour et fraternité, paix et justice peuvent se déployer pleinement. Et, surtout, il nous permettra de découvrir Dieu, son Père, comme Heureuse Nouvelle pour l’homme. Certains le comprendront et s’engageront à sa suite ; pour d’autres, la démarche s’avérera difficile.
    Le Baptiste, et Jésus sur les lèvres duquel se retrouvera cette invitation à changer de regard (Mt 04,17), nous invitent donc à être attentifs à tout ce qui, aujourd’hui, près de chez nous comme au loin, se réalise de beau, de bien, de bon, de grand, à toute démarche qui va dans le sens du Royaume de Dieu. Ouvrons les yeux, aiguisons notre regard et semons l’espérance en partageant largement ces découvertes autour de nous !

    Soyez cohérents !

    Revenons à Jean-Baptiste. Ce n’est pas un tendre. Il se montre rude avec lui-même : voyez son accoutrement et son régime alimentaire ! Sa parole aussi peut être vigoureuse et rudoyer sans ménagement. Ainsi l’interpellation aux pharisiens et aux sadducéens : «Engeance de vipères» ! Pas vraiment gentil, ni poli. Que leur reproche-t-il au juste ? Certes pas de se faire baptiser comme les autres, ni de confesser leurs erreurs et leurs manquements ! Mais alors qu’est-ce qui, selon lui, cloche chez eux? Les secouant parce qu’ils ne produisent pas un ‘fruit digne de ce changement de regard’, il leur reproche leur incohérence. Ils semblent, en effet, se contenter de rites et se reposer sur eux, mais ne changent pas leur façon de vivre, cherchant à l’ajuster à de vraies valeurs, posant des choix davantage en accord avec le Royaume de Dieu. Telle est l’autre démarche à laquelle nous invite le prophète : non seulement être attentifs au Royaume qui advient ici et maintenant, mais aussi et surtout prolonger cette découverte dans nos engagements et par toute notre vie. L’espérance en un monde selon le cœur de Dieu – car c’est bien cela le Royaume de Dieu – n’est-elle pas au bout de ce cheminement ?

  • Veillez

    Veillez

    Mt 24, 37-44
    « Mais quand est-ce qu’il va revenir notre Sauveur ! » se demandent les chrétiens qui vivent leur foi dans un contexte de persécutions et de brimades par les autorités religieuses de leur époque.
    « Vous ne saurez ni le jour ni l’heure » avait dit Jésus à ses amis, les invitant à vivre le moment présent, les invitant à ne pas tomber dans la fièvre des annonces de fin des temps.
    « Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. » nous dit la Parole ce premier jour du temps de l’Avent !
    « Tenez-vous donc prêts, vous aussi ! »
    Et quoi, Jésus, tu nous enfermes dans la peur, l’angoisse ? J’ose croire qu’il ne mange pas de ce pain-là… Il est de l’ordre de la passion amoureuse, de l’ordre de celles et ceux qui se mobilisent constamment pour un être cher, pour une cause juste, pour un projet fédérateur.
    Oui, il est venu il y a près de 2000 ans.
    Oui, nous osons croire à un accomplissement final un jour, ce jour où l’humanité tout entière sera aboutie dans ses capacités relationnelles et humaines.
    Mais en attendant ce jour, pas question de rester les mains dans les poches !
    Notre Sauveur nous attend, là où nous vivons notre quotidien.
    « Veille avec moi, s’il te plaît, pour apporter un peu de lumière, là où la vie apparaît parfois si sombre, là où les médias ne nous montrent souvent que le côté obscur de l’humanité : j’ai besoin de toi ! »
    Mais dis donc, curé, une question : ça fait deux fois que tu parles de « notre Sauveur » : qu’est-ce qui se cache là derrière cet attribut ?
    Comme le disait un ami cette semaine, derrière le mot « sauveur » se cache « quelqu’un qui prend soin d’autrui ».
    Oui, en ce temps de l’Avent, nous célébrons la venue de ce Dieu qui vient à la rencontre des hommes pour prendre soin d’eux, pour les soigner dans leur capacité d’aimer qui est blessée, abîmée, par tant de quêtes qui ne mènent à rien, sinon à dresser les hommes les uns contre les autres : course au pouvoir, recherche de la gloire, accumulation de biens, …Et pour célébrer concrètement cette venue, nous sommes invités à retrousser nos manches :« Ma venue doit te mettre en action, j’ai besoin de toi pour prendre soin de ces humains qui
    vivent en 2025, je n’ai d’autres bras, d’autres cœurs, d’autres oreilles, d’autres regards, que les tiens : s’il te plaît, aide-moi à soigner tant d’humains abîmés.»
    Puissions-nous en ce temps de préparation à la fête de Noël, marcher joyeusement à la suite de notre Sauveur, choisissant ces petits et ces grands gestes concrets, qui offrent du soin, qui soignent, non seulement nos proches, mais aussi ceux que la vie n’a pas épargnés et sontdavantage éprouvés par les obstacles de la vie.
    Bon temps d’Avent à tous.

  • La vraie royauté

    La vraie royauté

    Christ Roi de l’Univers…
    J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette fête instituée tardivement, en 1925, par Pie XI. Jésus, Roi ? Vraiment ? Comment comprendre cette affirmation ?

    « Le Règne de Dieu s’est approché. »

    Pour Jésus, le seul vrai roi, c’est Dieu ! Et le cœur de son message, c’est le Règne, le Royaume, la Royauté de ce Dieu qu’il ose appeler Père. ‘Le Règne de Dieu s’est approché’. (Mc 01,15) : voilà l’Heureuse Nouvelle qu’il proclame dès le début de sa mission et que ses paraboles nous font découvrir (Mt 13). Quand il initie ses disciples à la prière, il les invite à demander : ‘que ton Règne vienne’ (Lc 11,01-04). Jésus, en effet, s’est toujours défendu de voler la vedette à son Père. Ainsi, après la multiplication des pains, quand on veut s’emparer de lui pour le faire roi, il se retire dans la montagne, seul, pour prier (Jn 06,15).
    C’est seulement dans le récit de la passion que les évangiles évoquent une royauté de Jésus, à trois reprises. Le présenter comme roi apparaît d’abord comme un subtile prétexte des autorités juives pour le faire condamner par le pouvoir romain : en effet, se prétendre roi, c’était s’opposer au pouvoir de Rome et à l’empereur (Lc 23,01-03). C’est ensuite une manière d’humilier ce condamné, de se moquer de lui en l’affublant d’une couronne d’épines et d’un manteau pourpre (Mc 15,16-20). Enfin, il y a l’écriteau placé sur la croix qui précise en ces termes le motif da sa condamnation (Lc 23,38).

    La royauté de Jésus

    Si Jésus a proclamé la royauté de son Père, s’il ne s’est jamais lui-même présenté comme roi, il a bel et bien contribué à faire advenir le Règne de Dieu, à nous le rendre plus proche. Ce faisant, il a en quelque sorte exercé la royauté au nom de Celui-ci. Une royauté qui – il le précisera à Pilate – n’est pas ‘selon ce monde’ (Jn 19,36). Il l’a fait en rappelant envers et contre tout le primat de l’amour du prochain, en prenant soin des malades, en libérant les possédés des esclavages qui les tenaient captifs, en se refusant à condamner qui que ce soit, mais – au contraire – en attestant que le pardon de Dieu est donné à qui est prêt à l’accueillir.
    C’est exactement ce qu’Israël attendait de ses rois : qu’ils soient proches des gens, car « nous sommes de tes os et de ta chair » ; et que, tel un ‘berger’, ils les conduisent au nom de Dieu et selon son projet (2 Sam 05,01-03), assurant paix et sécurité à l’intérieur du territoire comme aux frontières, veillant à ce que personne ne manque de l’essentiel, à ce que justice soit rendue, etc…

    Contemplons Jésus crucifié, à l’agonie.

    Ainsi Jésus a-t-il vécu, jour après jour, durant le temps si bref de sa mission. Et ce jusqu’à son dernier souffle. Là éclate sa royauté comme royauté du cœur. En témoignent ses trois dernières paroles. A qui les adresse-t-il ? Remarquons-le d’abord : il ne prend pas la peine de répondre à ceux qui, se moquant de lui, le provoquent : « Sauve-toi, toi-même ! » Jamais, en effet, il n’avait cherché à sauver sa peau ; en revanche, en payant de sa personne, il avait toujours été attentif à offrir largement une Vie qui avait saveur d’éternité, ce qu’on appelle le ‘salut’. 
    Ses dernières paroles sont pour son Père et pour le brigand repenti, crucifié à ses côtés. A son Père, il demande de pardonner à ses bourreaux – il faut le faire !!! –, puis s’abandonne avec confiance entre ses mains (Lc 23,34 et 46). A l’égard du ‘bon larron’, Jésus se montre tout aussi touchant et sublime. Rassemblant ses dernières forces, il se veut attentif à sa prière « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et ne la laisse pas sans réponse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Quelle tendresse ! Quelle noblesse ! Quelle royauté ! Celles du cœur …
    Dans sa réponse, – cela vaut la peine d’être remarqué – Jésus ne fait aucune allusion à ce qui serait ‘son royaume’ ; il évoque le ‘paradis’, ce lieu de beauté et délices où Dieu, à la brise du soir, se promène, à la recherche de l’homme (Gn 03,08). Par ailleurs, il ne promet rien pour un futur lointain, mais pour ‘aujourd’hui’. Superbe promesse qui fait dire à Bossuet : « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le paradis, quel séjour ! »

    Inscrire nos vies dans les pas d’un tel roi …

    De par notre baptême, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de rois et de prophètes. Comme Jésus, ce roi crucifié, apprenons à renoncer à ‘sauver d’abord notre peau’, ouvrons les yeux et les oreilles, les mains, nos cœurs surtout, pour accueillir les blessés de la vie et les personnes en détresse que nous croisons. Offrons-leur un peu de cette Vie que nous-mêmes, nous avons reçue de lui. Alors, nous serons en vérité les disciples de l’homme de Nazareth

  • Fin des temps

    Fin des temps

    En approchant de la fin de l’année liturgique, l’Eglise nous propose d’un peu méditer sur la fin des temps.
    Jésus reste discret quant à la forme que prendra la fin des temps, il ne donne pas de date, pas de détails descriptifs ou tout autre élément qui pourrait nous mettre sur la piste de ce jour de l’accomplissement.
    Cependant, Jésus nous met en garde contre des dangers relatifs à cette question de la fin des temps, il veut nous en rappeler quelques dimensions importantes.
    Alors que les disciples sont en train d’admirer la beauté du temple de Jérusalem, qui, il est vrai, faisait partie des sept merveilles du monde à l’époque, Jésus rappelle la fragilité des constructions humaines qui, un jour ou l’autre, finiront par s’écrouler. Très vite alors, les disciples posent la question du « quand cela va-t-il arriver ? », ce qui leur permettrait de se préparer à ces bouleversements, d’être prêts à les vivre. Mais Jésus n’entre pas dans cette problématique, il préfère appeler ses disciples à une vigilance incessante, comme quand il leur a proposé la parabole des dix vierges, « Veillez dans l’attente du retour de l’époux, car vous ne savez quand il reviendra ! » Jésus veut faire de nous des veilleurs, des personnes qui font chaque jour fructifier leurs talents, en accueillant ceux qu’elles rencontrent sur leur route, en leur prêtant une oreille attentive, en prenant du temps pour entrer toujours davantage dans la relation à son Père.
    Jésus ne veut pas non plus nous voir entrer dans cette fièvre apocalyptique où l’on passe plus de temps à essayer de savoir quand viendra la fin des temps qu’à vivre l’Evangile, il ne veut pas nous voir entrer dans le giron de tant de faux prophètes qui soi-disant connaissent le dernier jour. Jésus est on ne peut plus clair à ce sujet : « Personne ne connaît le jour, si ce n’est le Père; même le Fils ne le connaît pas ». Il ne sert donc à rien de s’effrayer quand des catastrophes arrivent, quand la guerre sévit dans le monde, ce sont là des choses qui existent depuis la nuit des temps, qui font partie de cette humanité déchirée, ce ne sont pas des annonces de la proximité de la fin !
    Devant ces réalités, Jésus veut nous rassurer, il désire nous sortir de la peur qui paralyse pour nous faire entrer dans une dynamique de confiance, dans une dynamique de l’accueil de l’Esprit Saint qui nous aide à faire la volonté du Père. Voilà ce que Jésus nous demande dans ces temps qui sont les derniers, dans ces temps qui sont marqués par le mal, la souffrance, la bêtise et la méchanceté humaines : utilisez ce temps qui vous est donné pour témoigner de l’Evangile plutôt que de vous terrer dans la peur de la fin des temps; utilisez ce temps pour offrir cette part de lumière qui est la vôtre et qui est là pour faire grandir la vie et l’espérance là où vous vivez !
    Et Jésus termine par rappeler que cette mission n’a rien d’une promenade de santé, elle est souvent chemin qui passe par la souffrance, comme elle a été chemin de croix pour le Christ lors du vendredi saint. « Nul n’est plus grand que le maître » nous dit Jésus, nous rappelant par là que celui qui le suit passe un jour ou l’autre par la croix. Mais là encore, Jésus se veut rassurant, « Ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire ou à faire, c’est moi qui agirai en vous. » Nous deviendrons alors ce grain de blé tombé en terre qui meurt pour donner beaucoup de fruits, et cela sans aucun mérite de notre part.
    Oui, viens, Seigneur Jésus, viens nous aider à grandir dans la confiance pour que nous apprenions à faire la volonté du Père.

  • Un sanctuaire de Dieu

    Un sanctuaire de Dieu

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le chef de Jésus, nous ne sommes pas habitués à des prises de position aussi musclées que celle ici racontée. Pourquoi cet accès de colère ? Quel message pouvons-nous retirer de cette page d’évangile, tout comme de l’extrait de la lettre que Paul adresse aux chrétiens de Corinthe. On peut, me semble-t-il, distinguer plusieurs niveaux de sens.

    Dieu est gratuit !

    Pour les Juifs, le Temple est LE lieu saint pas excellence, signe de la présence du Très-Haut parmi les siens. Il s’agit d’un vaste ensemble, avec différents espaces ; on y accède par l’esplanade où l’on trouve tous les commerces en lien avec les sacrifices ; puis se succèdent trois parvis avec une gradation dans leur caractère sacré : d’abord celui des étrangers qui partagent la foi juive, puis celui des femmes et des enfants, ensuite celui des hommes ; viennent enfin l’espace saint où évoluent prêtres et lévites et le Saint des saints où seul le grand-être pénètre une fois par an.
    Comme tout Juif pieux, Jésus monte au Temple avec ses disciples pour célébrer la pâque juive. A son arrivée, il est choqué, outré à la vue de ces commerces défigurant ce lieu de la rencontre avec Dieu, et il s’insurge. Pourquoi ce coup de sang ?
    Si le Temple est bien signe de la Présence de Dieu parmi les siens, selon Jésus cette Présence est gratuite, elle est cadeau, non monnayable : il convient tout simplement de s’y ouvrir, de l’accueillir. Finis donc les petits commerces et les marchandages que nous pouvons avoir avec son Père pour ‘acheter’ en quelque sorte ses bienfaits : pardon, guérison, réussite, salut, … Dieu est gratuit, absolument gratuit. Premier niveau de sens.

    Jésus, Présence de Dieu parmi nous.

    Mais les autorités religieuses juives n’en resteront pas là ; elles viennent interroger Jésus, lui demandant ce qui l’autorisait à poser cet acte prophétique. Sa réponse permet de percevoir un deuxième niveau de sens.
    Jésus, nous le savons, s’est découvert habité par la Présence divine ; il en a une conscience si vive que, souvent, il se retire dans la solitude, pour s’y ouvrir et l’accueillir. Il a aussi compris qu’à travers lui, cette Présence pourrait rayonner et s’offrir, gratuitement, à tout un chacun : telle serait sa mission.
    Ses disciples, eux, mettront du temps à entrer dans ce mystère. Ils ne le découvriront pleinement qu’à la faveur de leurs rencontres avec Jésus ressuscité : leur Maître leur apparaîtra alors comme Présence indestructible de Dieu parmi eux, Présence dont même la mort n’aura eu pas raison. La personne de Jésus devenait ainsi le lieu de la Présence agissante de Dieu, le nouveau Temple en quelque sorte.
    Aujourd’hui, ne sommes-nous pas aussi appelés, à la suite de Jésus et de ses disciples, à percevoir cette Présence – toujours discrète, mais bien réelle – au plus intime de nous-même, comme en toute personne que nous rencontrons ? « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. »
    Dès lors, pourquoi vouloir confiner Dieu, Le reléguer dans un lieu, aussi sacré soit-il ? Ceci vaut non seulement pour les temples – celui de Jérusalem comme tous les autres de par le monde – mais aussi pour les synagogues, pour nos églises et nos chapelles, les mosquées, etc.

    Un sanctuaire de Dieu

    « Vous êtes une maison que Dieu construit, (…) un sanctuaire de Dieu. » Troisième niveau de sens dans le passage de la lettre aux chrétiens de Corinthe : S. Paul y prolonge le message de Jésus d’une autre façon encore. En effet, l’apôtre s’adresse à une communauté de foi. Pour lui, toute communauté de disciples est un sanctuaire de Dieu, habité par son Souffle. C’était déjà ce que Jésus avait donné à entendre : « Quand deux ou trois se trouvent rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi en va-t-il de la communauté de foi qu’est notre Unité Pastorale : elle est, elle aussi, un sanctuaire de Dieu, une maison que Dieu construit.
    Il est bon de nous en souvenir lorsque nous nous retrouvons pour l’eucharistie ou pour un temps de prière communautaire : l’assemblée est alors une forme de la ‘présence réelle’ de Dieu. Il en est de même pour la mission et le témoignage : nous sommes invités à être présence de Dieu parmi les hommes par la qualité de présence et d’amour dont nous rayonnons. Il en sera ainsi à la mesure de notre ouverture au Souffle de Dieu.

  • Comment vivre?

    Comment vivre?

    Didier Croonenberghs

    Commémorer les défunts, ce n’est pas s’enfermer dans la spirale amère des pourquoi, mais c’est paradoxalement se poser la question du comment ! « Comment vivre? » Comment bien vivre en sachant que nous devons mourir? Comme vivre, en sachant que nous devons bien mourir? Comment être heureux malgré la perte de ceux qui nous aimons?

    Parce que la mort met un terme irrémédiable à notre soif d’aimer, elle reste le mystère ultime de notre existence. Et bien que ce soit notre seule certitude sur terre, nous sommes toujours désemparés quand elle survient. Nous sommes comme désarmés, dans un monde qui aime maîtriser, posséder, conserver, immortaliser. Or, la mort, c’est la dépossession par excellence. Certains la fuient, en la taisant. D’autres la défient. Mais bien peu en parlent ouvertement.

    Voilà pourquoi il nous faut apprivoiser la mort, l’accueillir, oser peut-être en parler plus souvent, la domestiquer pour mieux vivre, pour découvrir que le temps qui passe est le chemin que prend l’éternité de Dieu pour nous rejoindre.

    Le christianisme —permettrez-moi l’expression— a remis la mort au centre, au milieu du village ! Prenez l’exemple des cimetières… Si dans la culture païenne, les morts étaient enterrés à l’extérieur des villes, les chrétiens ont voulu enterrer leurs morts dans le village, autour de l’église. Comme pour manifester ce lien qui nous unit avec tous ceux qui nous précèdent, par-delà la vie éternelle. Un lien, peut-être ténu, mais qu’il nous appartient d’entretenir.

    Et si nous éprouvons de la gêne à parler de la mort, c’est peut-être parce qu’au fond de notre coeur, il y a finalement ce sentiment que la mort n’est pas notre destinée. L’amour au fond de nous la défie. Comme pour dire, à l’être aimé qui nous précède, « Je t’aime encore, tu restes bien vivant dans mon coeur, toi, tu ne mourras pas. » Oui, notre amour, notre fidélité peuvent être plus grands que la mort. Et c’est bien au nom de cet amour plus fort que la mort que nous nous rassemblons, dans l’espérance de la résurrection. Nous nous souvenons —en ce jour— d’un proche, d’un ami, d’un mari ou d’une épouse, d’un père ou d’une mère, d’un frère ou d’une soeur, d’un enfant, d’un membre de notre famille, disparus à nos yeux, mais dans la foi, toujours vivants dans notre coeur.

    Par-delà la vie éternelle, ils sont des passeurs de vie. Ils ont usé la vie, été peut-être usés par elle, mais ils nous invitent à aimer, à vivre plus intensément la vie, sans pour autant la défier. Peut-être même que leur souvenir rendra le jour de notre grand passage plus facile à traverser. Alors, illusion, rêve ou fuite du réel? Peu importe, pour autant que cette foi en la résurrection qui nous rassemble, nous amène non pas survivre, mais à mieux vivre, à aimer davantage. Nos morts sont, dans les mains de Dieu, des grands vivants qui nous invitent à vivre la vie en abondance, et à éprouver l’urgence d’aimer.

    Didier Croonenberghs