En approchant de la fin de l’année liturgique, l’Eglise nous propose d’un peu méditer sur la fin des temps.
Jésus reste discret quant à la forme que prendra la fin des temps, il ne donne pas de date, pas de détails descriptifs ou tout autre élément qui pourrait nous mettre sur la piste de ce jour de l’accomplissement.
Cependant, Jésus nous met en garde contre des dangers relatifs à cette question de la fin des temps, il veut nous en rappeler quelques dimensions importantes.
Alors que les disciples sont en train d’admirer la beauté du temple de Jérusalem, qui, il est vrai, faisait partie des sept merveilles du monde à l’époque, Jésus rappelle la fragilité des constructions humaines qui, un jour ou l’autre, finiront par s’écrouler. Très vite alors, les disciples posent la question du « quand cela va-t-il arriver ? », ce qui leur permettrait de se préparer à ces bouleversements, d’être prêts à les vivre. Mais Jésus n’entre pas dans cette problématique, il préfère appeler ses disciples à une vigilance incessante, comme quand il leur a proposé la parabole des dix vierges, « Veillez dans l’attente du retour de l’époux, car vous ne savez quand il reviendra ! » Jésus veut faire de nous des veilleurs, des personnes qui font chaque jour fructifier leurs talents, en accueillant ceux qu’elles rencontrent sur leur route, en leur prêtant une oreille attentive, en prenant du temps pour entrer toujours davantage dans la relation à son Père.
Jésus ne veut pas non plus nous voir entrer dans cette fièvre apocalyptique où l’on passe plus de temps à essayer de savoir quand viendra la fin des temps qu’à vivre l’Evangile, il ne veut pas nous voir entrer dans le giron de tant de faux prophètes qui soi-disant connaissent le dernier jour. Jésus est on ne peut plus clair à ce sujet : « Personne ne connaît le jour, si ce n’est le Père; même le Fils ne le connaît pas ». Il ne sert donc à rien de s’effrayer quand des catastrophes arrivent, quand la guerre sévit dans le monde, ce sont là des choses qui existent depuis la nuit des temps, qui font partie de cette humanité déchirée, ce ne sont pas des annonces de la proximité de la fin !
Devant ces réalités, Jésus veut nous rassurer, il désire nous sortir de la peur qui paralyse pour nous faire entrer dans une dynamique de confiance, dans une dynamique de l’accueil de l’Esprit Saint qui nous aide à faire la volonté du Père. Voilà ce que Jésus nous demande dans ces temps qui sont les derniers, dans ces temps qui sont marqués par le mal, la souffrance, la bêtise et la méchanceté humaines : utilisez ce temps qui vous est donné pour témoigner de l’Evangile plutôt que de vous terrer dans la peur de la fin des temps; utilisez ce temps pour offrir cette part de lumière qui est la vôtre et qui est là pour faire grandir la vie et l’espérance là où vous vivez !
Et Jésus termine par rappeler que cette mission n’a rien d’une promenade de santé, elle est souvent chemin qui passe par la souffrance, comme elle a été chemin de croix pour le Christ lors du vendredi saint. « Nul n’est plus grand que le maître » nous dit Jésus, nous rappelant par là que celui qui le suit passe un jour ou l’autre par la croix. Mais là encore, Jésus se veut rassurant, « Ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire ou à faire, c’est moi qui agirai en vous. » Nous deviendrons alors ce grain de blé tombé en terre qui meurt pour donner beaucoup de fruits, et cela sans aucun mérite de notre part.
Oui, viens, Seigneur Jésus, viens nous aider à grandir dans la confiance pour que nous apprenions à faire la volonté du Père.
Catégorie : Echo de la Parole
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Fin des temps
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Un sanctuaire de Dieu
Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le chef de Jésus, nous ne sommes pas habitués à des prises de position aussi musclées que celle ici racontée. Pourquoi cet accès de colère ? Quel message pouvons-nous retirer de cette page d’évangile, tout comme de l’extrait de la lettre que Paul adresse aux chrétiens de Corinthe. On peut, me semble-t-il, distinguer plusieurs niveaux de sens.
Dieu est gratuit !
Pour les Juifs, le Temple est LE lieu saint pas excellence, signe de la présence du Très-Haut parmi les siens. Il s’agit d’un vaste ensemble, avec différents espaces ; on y accède par l’esplanade où l’on trouve tous les commerces en lien avec les sacrifices ; puis se succèdent trois parvis avec une gradation dans leur caractère sacré : d’abord celui des étrangers qui partagent la foi juive, puis celui des femmes et des enfants, ensuite celui des hommes ; viennent enfin l’espace saint où évoluent prêtres et lévites et le Saint des saints où seul le grand-être pénètre une fois par an.
Comme tout Juif pieux, Jésus monte au Temple avec ses disciples pour célébrer la pâque juive. A son arrivée, il est choqué, outré à la vue de ces commerces défigurant ce lieu de la rencontre avec Dieu, et il s’insurge. Pourquoi ce coup de sang ?
Si le Temple est bien signe de la Présence de Dieu parmi les siens, selon Jésus cette Présence est gratuite, elle est cadeau, non monnayable : il convient tout simplement de s’y ouvrir, de l’accueillir. Finis donc les petits commerces et les marchandages que nous pouvons avoir avec son Père pour ‘acheter’ en quelque sorte ses bienfaits : pardon, guérison, réussite, salut, … Dieu est gratuit, absolument gratuit. Premier niveau de sens.Jésus, Présence de Dieu parmi nous.
Mais les autorités religieuses juives n’en resteront pas là ; elles viennent interroger Jésus, lui demandant ce qui l’autorisait à poser cet acte prophétique. Sa réponse permet de percevoir un deuxième niveau de sens.
Jésus, nous le savons, s’est découvert habité par la Présence divine ; il en a une conscience si vive que, souvent, il se retire dans la solitude, pour s’y ouvrir et l’accueillir. Il a aussi compris qu’à travers lui, cette Présence pourrait rayonner et s’offrir, gratuitement, à tout un chacun : telle serait sa mission.
Ses disciples, eux, mettront du temps à entrer dans ce mystère. Ils ne le découvriront pleinement qu’à la faveur de leurs rencontres avec Jésus ressuscité : leur Maître leur apparaîtra alors comme Présence indestructible de Dieu parmi eux, Présence dont même la mort n’aura eu pas raison. La personne de Jésus devenait ainsi le lieu de la Présence agissante de Dieu, le nouveau Temple en quelque sorte.
Aujourd’hui, ne sommes-nous pas aussi appelés, à la suite de Jésus et de ses disciples, à percevoir cette Présence – toujours discrète, mais bien réelle – au plus intime de nous-même, comme en toute personne que nous rencontrons ? « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. »
Dès lors, pourquoi vouloir confiner Dieu, Le reléguer dans un lieu, aussi sacré soit-il ? Ceci vaut non seulement pour les temples – celui de Jérusalem comme tous les autres de par le monde – mais aussi pour les synagogues, pour nos églises et nos chapelles, les mosquées, etc.Un sanctuaire de Dieu
« Vous êtes une maison que Dieu construit, (…) un sanctuaire de Dieu. » Troisième niveau de sens dans le passage de la lettre aux chrétiens de Corinthe : S. Paul y prolonge le message de Jésus d’une autre façon encore. En effet, l’apôtre s’adresse à une communauté de foi. Pour lui, toute communauté de disciples est un sanctuaire de Dieu, habité par son Souffle. C’était déjà ce que Jésus avait donné à entendre : « Quand deux ou trois se trouvent rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi en va-t-il de la communauté de foi qu’est notre Unité Pastorale : elle est, elle aussi, un sanctuaire de Dieu, une maison que Dieu construit.
Il est bon de nous en souvenir lorsque nous nous retrouvons pour l’eucharistie ou pour un temps de prière communautaire : l’assemblée est alors une forme de la ‘présence réelle’ de Dieu. Il en est de même pour la mission et le témoignage : nous sommes invités à être présence de Dieu parmi les hommes par la qualité de présence et d’amour dont nous rayonnons. Il en sera ainsi à la mesure de notre ouverture au Souffle de Dieu. -

Comment vivre?
Didier Croonenberghs
Commémorer les défunts, ce n’est pas s’enfermer dans la spirale amère des pourquoi, mais c’est paradoxalement se poser la question du comment ! « Comment vivre? » Comment bien vivre en sachant que nous devons mourir? Comme vivre, en sachant que nous devons bien mourir? Comment être heureux malgré la perte de ceux qui nous aimons?
Parce que la mort met un terme irrémédiable à notre soif d’aimer, elle reste le mystère ultime de notre existence. Et bien que ce soit notre seule certitude sur terre, nous sommes toujours désemparés quand elle survient. Nous sommes comme désarmés, dans un monde qui aime maîtriser, posséder, conserver, immortaliser. Or, la mort, c’est la dépossession par excellence. Certains la fuient, en la taisant. D’autres la défient. Mais bien peu en parlent ouvertement.
Voilà pourquoi il nous faut apprivoiser la mort, l’accueillir, oser peut-être en parler plus souvent, la domestiquer pour mieux vivre, pour découvrir que le temps qui passe est le chemin que prend l’éternité de Dieu pour nous rejoindre.
Le christianisme —permettrez-moi l’expression— a remis la mort au centre, au milieu du village ! Prenez l’exemple des cimetières… Si dans la culture païenne, les morts étaient enterrés à l’extérieur des villes, les chrétiens ont voulu enterrer leurs morts dans le village, autour de l’église. Comme pour manifester ce lien qui nous unit avec tous ceux qui nous précèdent, par-delà la vie éternelle. Un lien, peut-être ténu, mais qu’il nous appartient d’entretenir.
Et si nous éprouvons de la gêne à parler de la mort, c’est peut-être parce qu’au fond de notre coeur, il y a finalement ce sentiment que la mort n’est pas notre destinée. L’amour au fond de nous la défie. Comme pour dire, à l’être aimé qui nous précède, « Je t’aime encore, tu restes bien vivant dans mon coeur, toi, tu ne mourras pas. » Oui, notre amour, notre fidélité peuvent être plus grands que la mort. Et c’est bien au nom de cet amour plus fort que la mort que nous nous rassemblons, dans l’espérance de la résurrection. Nous nous souvenons —en ce jour— d’un proche, d’un ami, d’un mari ou d’une épouse, d’un père ou d’une mère, d’un frère ou d’une soeur, d’un enfant, d’un membre de notre famille, disparus à nos yeux, mais dans la foi, toujours vivants dans notre coeur.
Par-delà la vie éternelle, ils sont des passeurs de vie. Ils ont usé la vie, été peut-être usés par elle, mais ils nous invitent à aimer, à vivre plus intensément la vie, sans pour autant la défier. Peut-être même que leur souvenir rendra le jour de notre grand passage plus facile à traverser. Alors, illusion, rêve ou fuite du réel? Peu importe, pour autant que cette foi en la résurrection qui nous rassemble, nous amène non pas survivre, mais à mieux vivre, à aimer davantage. Nos morts sont, dans les mains de Dieu, des grands vivants qui nous invitent à vivre la vie en abondance, et à éprouver l’urgence d’aimer.
Didier Croonenberghs
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Simplicité – Vérité
Une fois encore, Jésus nous invite à réfléchir à notre vie de prière. A l’aide d’une parabole, il attire notre attention sur une possible contrefaçon de la prière. Cette parabole est propre à Luc, comme l’était celle du juge inique et de la veuve.
Un pharisien et un publicain.
Notre parabole met en scène deux personnages, un pharisien et un publicain qui se trouvent dans le temple à prier. Les pharisiens constituent un groupe religieux soucieux de vivre à fond leur religion. Ils s’efforcent en effet de respecter les 613 recommandations de la Torah: parmi celles-ci, 248 recommandations positives (« tu feras … ») et 365 négatives (« tu ne feras pas … ») ; on les rencontre à la synagogue chaque sabbat et à Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage (Pâque, Pentecôte, fête des Tentes). Mais cette préoccupation, poussée à l’extrême, les conduit à se couper de leurs semblables qu’ils regardent un peu de haut et évitent de fréquenter. Le mot ‘pharisien’ veut d’ailleurs dire ‘séparé’.Quant aux publicains, ils constituent une catégorie socio-professionnelle : ce sont les collecteurs d’impôts. Ils sont plutôt mal vus, car ils perçoivent l’impôt pour l’occupant romain et peu appréciés, car il leur arrive de s’enrichir sur le dos des contribuables. Pensez à Zachée (Lc 19,01-10).
La prière du pharisien.
Le pharisien semble s’adresser à Dieu, mais en réalité – selon la lettre même du texte grec – « il prie vers lui-même ». Dans sa prière, rien qui soit vraiment tourné vers Dieu ; il ne paraît pas avoir besoin de Lui car, par lui-même, il parvient à mener une vie parfaite. Sa prière n’est qu’une autosatisfaction déguisée en action de grâce : ‘justification par les œuvres ou par la Loi’, écrira S. Paul. Ce pharisien ne se soucie pas davantage d’autrui. Au contraire, il s’en démarque, ‘s’en sépare’ explicitement, notamment de ce publicain, dans un jugement sans appel. Du risque de se comparer à autrui dans la vie spirituelle.
Prière pervertie que celle du pharisien – et, par moment, du pharisien qui sommeille en nous – car elle n’est que comparaison et brevet de satisfaction qui le coupe d’autrui. Mais le risque inverse peut aussi guetter la prière : se comparer à autrui peut conduire à se dévaloriser – « je suis nul » -, à ressasser faux pas et erreurs, à se discréditer et s’auto-flageller jusqu’à s’enfoncer dans une culpabilité malsaine. Prenons-y aussi garde !La prière du publicain.
Le publicain, lui, ne tombe pas dans ce second travers : il n’énumère pas ses ratés, ses fautes. En revanche, conscient de sa pauvreté et ses faiblesses, il s’adresse vraiment à Dieu : il L’appelle au secours, implorant Sa force et Son pardon – « Montre-Toi favorable au pécheur que je suis ». ‘Justification par la foi-confiance’, écrira S. Paul. Une parabole qui est évangile, ‘heureuse nouvelle’. Pourquoi Jésus s’adresse-t-il ainsi à « certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » ? Pour leur faire des reproches, les condamner, les monter du doigt ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas son style ! Quelle est alors son intention ? Il veut les inviter à réfléchir : à jeter un autre regard sur Dieu d’abord et ensuite à chercher ce qui fait sens dans nos vies et leur donne de s’accomplir. Le Père dont parle Jésus, n’attend pas que nous nous tenions toujours sur la pointe des pieds pour parvenir à nous élever jusqu’à Lui ; c’est Lui, notre Dieu, qui fait le chemin inverse, Lui qui vient jusqu’à nous pour nous accompagner dans notre marche, nous éclairer par saParole, nous nourrir dans l’Eucharistie.
Comment dès lors prier avec justesse ?
En nous tenant en vérité et en grande simplicité devant Dieu, comme le publicain. En revoyant notre journée à la lumière de l’amour reçu, partagé ou refusé. En cherchant humblement et patiemment comment progresser sur ce chemin. Bien conscient de la difficulté de prier ainsi, S. Paul, dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de Rome (Rm 08,26-27), leur conseille de s’ouvrir au Souffle Saint, de Le laisser les guider dans la prière et les conduire jour après jour : « Tous ceux qui se laissent conduire par le Souffle de Dieu, ceux-là sont vraiment ses fils » (Rm 08,14). Ces conseils, faisons-les nôtres et « ouvrons nos cœurs au Souffle de Dieu » ! -

Persévérer…
L’importance de la prière dans l’évangile selon Luc.
L’évangile selon saint Luc donne une place importante à la prière. Il va même jusqu’à nous souffler les mots de la prière. Ainsi avec les cinq cantiques qui jalonnent son évangile de l’enfance (Lc 01 et 02). Lors de la visitation, la surprise d’Elisabeth se transforme en chant de bénédiction (01,42-43), aussitôt suivi par le Magnificat entonné par Marie ((01,46-55). Lors de la naissance de son fils Jean, Zacharie entonne lui aussi un psaume de bénédiction (01,68-79) ; et, à la naissance de Jésus, ce sont les anges dans le ciel qui louent Dieu (02,14). Cette série se termine avec le cantique du vieillard Syméon, si heureux d’avoir tenu dans ses bras le Sauveur (02,29-32). Autant d’explosions de joie et de reconnaissance qui montent vers Dieu. !
Mais, à côté de ces cantiques où explose la joie, le troisième évangile donne une grande place à la prière de demande. L’avez-vous remarqué : presque toutes les guérisons réalisées par Jésus sont précédées par un appel au secours, une prière adressée au Seigneur : ainsi le cri des malades eux-mêmes – tel celui des dix lépreux (Lc 17,11-19) – ou l’intercession de quelqu’un de son entourage du malade – ainsi Jaïre en faveur de la guérison de sa fille (Lc 08,40-56).
La prière de demande fait parfois difficulté …
Pourtant, de nos jours, la prière de demande n’a pas toujours bonne presse. Comment l’expliquer ? Evoquons quelques-unes des objections les plus couramment entendues.
Certains disent : « Inutile d’adresser à Dieu nos prières de demande : Lui qui nous a façonnés, qui nous aime tels que nous sommes, Il sait parfaitement, et peut-être mieux que nous, ce dont nous avons besoin. Alors pourquoi le Lui demander ? Ne serait-ce pas faire pression sur Lui ? »
D’autres objectent que, derrière la prière de demande, se cache l’image d’un Dieu ‘Touring Secours’, avec le risque de réduire notre relation avec Lui à nos besoins. Et ils ajoutent : « Ne serait-ce pas à nous de trouver et apporter les solutions aux difficultés rencontrées, les nôtres ou celles d’autrui ? »
D’autres encore disent : « Dieu est-il vraiment le Tout-Puissant ? Regardez le mal qui prolifère, les cataclysmes ? Pourquoi n’intervient-il pas de façon efficace ? En outre, notre prière ne se heurte-t-elle pas – parfois ou trop souvent – à l’absence de Dieu ou, à tout le moins, à son silence. » Et, de fait, cela en décourage plus d’un !
Jésus a osé demander et même supplier.
Jésus sait l’importance et la fécondité de la prière de demande. Quotidiennement, il a fait sienne la prière des Psaumes ; formé à leur école, il sait que son Père peut tout entendre : nos cris de détresse, nos impatiences, nos questions, jusqu’à notre colère et à nos appels à la vengeance. Lui-même, à Gethsémani quelques heures avant le supplice de la croix, criera sa détresse, suppliant que s’éloigne la coupe de la passion (Lc 22, 42). Plus tard, il hurlera son sentiment d’être abandonné (Mc 15,35).
Le ‘Notre Père’, une prière qui nous bouscule…
Dans le troisième évangile, Jésus parle souvent de la prière de demande. Notamment à l’aide d’une autre parabole, celle de l’ami importun. Dans les conseils qui suivent (Lc 11,05-13), il invite à « demander, chercher, frapper », sans nous lasser, sûrs que nous serons entendus.
Mais, avant cela, répondant à la demande des disciples qui ne savent trop comment s’adresser à Dieu, Jésus leur propose le ‘Notre Père’ (Lc 11,01-04). Ce faisant, il nous donne les mots de la prière et, tout en même temps, nous déplace dans notre manière de prier. Avant de prier pour leurs besoins, il leur suggère de se soucier de Dieu : qu’il soit connu et reconnu, qu’advienne et grandisse son Règne, réalisant son projet de vie pour tout un chacun (= sa volonté). L’avions-nous remarqué ? En effet, nous pensons à prier pour nous-même, pour nos proches, mais pensons-nous à prier aussi pour Dieu, lui donnant même la priorité ? C’est précisément ce à quoi Jésus nous invite. C’est ainsi que lui-même priera à Gethsémani : « Non pas ma volonté, mon désir, mais le tien » (Lc 22,42). Du reste, n’est-ce pas dans ce cadre que nos demandes personnelles sont invitées à s’inscrire ?
Les bienfaits de la prière de demande.
Mais quels sont les bienfaits de la prière qui se risque – comme le fait la veuve de la parabole – à appeler à l’aide avec insistance, à demander encore et encore ? J’en pointe trois.
Elle nous permet d’abord de creuser notre propre désir, de le purifier, de l’élargir, de l’ajuster progressivement au vaste projet de Dieu. Oui, la prière persévérante a le pouvoir de creuser en nous, et en chacun, cet espace où Dieu peut se rendre présent et agissant. C’est que nombreuses peuvent être, en nous ou chez autrui, les résistances à la conversion du cœur.
Autre bénéfice de la prière de demande : nous décentrer de nous-même et nous rendre sensible à la détresse d’autrui. Nous le savons, ici-bas Dieu n’agit pas sans nous : la toute-puissance d’Amour qu’Il est, a besoin de l’amour que nous pouvons offrir, de notre concours, de nos idées, de notre temps et de nos engagements pour que se réalise son projet.
La prière de demande nous invite aussi à l’attention et à la relecture de vie : le Seigneur ne m’a peut-être pas exaucé comme je le Lui demandais, mais il a néanmoins « ouvert un passage » et rendu possibles, de façon inattendue, d’autres choses belles et bonnes. Prenons-en conscience et remercions-Le. Car c’est ainsi que l’espérance et la confiance, parfois très fragiles, peuvent se frayer un chemin dans nos cœurs.
Aujourd’hui, à travers la parabole du juge inique et de la veuve, Jésus nous presse de regarder la démarche de cette veuve et, comme elle, de durer dans la supplication : c’est que, selon lui, cela fait partie de la confiance fondamentale inhérente à notre foi.
Mais, en même temps, il se pose une question et nous la pose : « Quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Entendons-là et, quand vacillent confiance et espérance, une fois encore faisons nôtre la prière des apôtres : « Seigneur, augmente en nous la confiance de la foi ! » (Lc 17,05-06)
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Guéri ou sauvé?
A l’époque, la lèpre – comme les autres problèmes de peau qui lui étaient assimilés – était considérée comme maladie très contagieuse et inguérissable. Elle était de surcroît considérée comme une forme de châtiment envoyé par Dieu. Ce qui faisait des lépreux des personnes doublement exclues. Exclues d’abord de la société : pour éviter tout risque de contagion, les lépreux étaient contraints de vivre hors du village et se tenaient à distance de leurs semblables. Exclues aussi de la vie religieuse à la synagogue et au Temple, car considérées comme impures.
Une chose frappe dans ce récit de guérison : Jésus respecte tous les codes de l’époque. Il entend les cris de ces lépreux et respecte la distance dans laquelle ils se tiennent. Il ne dispense aucun soin ; il ne peut d’ailleurs pas les toucher : cela entraînerait de facto pour lui la même exclusion que celle de ces malades. Il se contente de leur adresser une seule parole : « Allez vous montrer aux prêtres ». Il appartenait, en effet, aux prêtres de constater la maladie et donc de décréter l’exclusion ; il leur revenait aussi, le cas échéant, de constater la guérison et, par voie de conséquence, de réintégrer la personne guérie dans la vie sociale et religieuse.
Voilà qui met en évidence la confiance, la foi, dont font preuve ces dix lépreux. Ils ne semblent en rien déçus par l’attitude de Jésus. Bien au contraire ! Sur sa parole, ils se mettent en route pour Jérusalem où, dans le Temple, un prêtre pourra constater leur guérison. Et voilà que ce qu’ils appelaient de leurs cris et espéraient tant, advient : ils sont guéris, purifiés. Ils vont pouvoir reprendre une vie normale, parmi leurs semblables. Merveilleux !
Des verbes significatifs.
Dans cette page d’évangile, comme souvent, les verbes sont importants. Quatre d’entre eux ont retenu plus particulièrement mon attention : crier, revenir sur ses pas, rendre grâce et être sauvé.
« Crier »
Osons-nous aller vers Dieu ou vers Jésus en criant, parfois même en hurlant notre détresse, notre désarroi, voire notre colère ? Ne nous a-t-on pas appris à être trop sages, trop polis et lissés en sa présence ? Ouvrons le livre des Psaumes, ce recueil de prières de nos frères et soeurs juifs et chrétiens : nous découvrirons qu’il est rempli de cris, exclamations de joie comme cris de souffrance (Ps 04,02 ; Ps 06 : Ps 12 ; etc.). Venons donc à Dieu avec nos propres cris de détresse, de désarroi ou de mal-être, avec nos questionnements, mais aussi avec ceux de notre monde et de l’ensemble de la création qui « gémit dans les douleurs d’un enfantement » (Rom 08.22).
« Revenir sur ses pas »
Lorsqu’il se découvre guéri, le lépreux de Samarie revient sur ses pas plutôt que de poursuivre sa route vers Jérusalem : il chante à tue-tête, reconnaissant la place importante de Dieu (= sa ‘gloire’) dans son existence. Parmi ces dix malades, un seul, un étranger de surcroît, fait la démarche.
Il est devenu banal de le dire, nous courons après le temps, le rythme de la vie ne cessant de s’accélérer. Dans ce monde devenu un peu fou, prenons-nous parfois le temps de nous arrêter, le temps d’une retraite ou plus brièvement d’une récollection, ou encore le soir pour revoir le vécu de notre journée ? Ayons à cœur de faire régulièrement retour sur notre vécu, pour remercier Dieu et Le chanter quand son amour nous a rejoints à un moment difficile, ou quand son pardon nous a remis en route après que nos pieds aient trébuché.
« Rendre grâce »
Ce Samaritain n’est plus uniquement centré sur lui-même et sur la guérison de son corps. Il prend aussi conscience qu’un de ses semblables, en l’occurrence Jésus, est présence et instrument de Dieu sur sa route, et il vient l’en remercier. Ne nous arrive-t-il pas parfois d’être tellement ‘égocentrés’ que nous en oublions de dire merci : c’est comme si tout nous était dû. Comme ce lépreux guéri, apprenons à dire merci à celles et ceux qui, sur notre route et dans notre quotidien, sont des envoyés de Dieu. Cela ne ré-enchanterait-il pas quelque peu la vie de tous les jours ?
« Etre sauvé »
Etonnement ! Si les dix lépreux se sont découverts ‘guéris’ et ‘purifiés’, un seul est déclaré ‘sauvé’. Etre sauvé, c’est donc autre chose qu’être guéri ?! Comment comprendre la distinction faite par Jésus ? Voilà qui n’est pas difficile !
Je me risque à donner une piste. ‘Etre sauvé’ ne serait-ce pas – comme ce Samaritain guéri et purifié – être mieux ajusté dans toutes nos relations :
– avec Dieu dont on reconnaît la place centrale dans nos existences,
– avec les autres à travers les relations de proximité qui se tissent dans le quotidien, en apprenant à être attentifs les uns aux autres, à leur donner une place, à les écouter, et à les aimer,
– et enfin avec soi-même, en étant suffisamment décentré de soi pour se faire serviteur du projet de Dieu ?N’est-ce pas ainsi que nous pourrons savourer cette vie qui aura alors valeur d’éternité et chanter à tue-tête avec notre Samaritain ?
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Appel au secours
Pourquoi cette prière des apôtres ? Pourquoi ce cri de ceux sur qui ont vécu si proches du Maître ? Voilà qui peut surprendre.
Petite précision d’abord. La foi dont il s’agit, n’a rien à voir avec l’adhésion à un catéchisme ou à des dogmes. Elle est fondamentalement confiance : confiance en Dieu en prenant appui sur Lui, adhésion confiante aux paroles de Jésus.
Revenons à notre étonnement : pourquoi cet appel au secours ? Vivre dans une telle confiance, est-ce si difficile ? Comme toujours, il est précieux de jeter un oeil sur le passage précédant (Lc 17,01-04). Montant à Jérusalem pour la pâque juive, Jésus prend le temps de parler avec celles et ceux qui font route avec lui et, plus précisément avec qui cherche à devenir son disciple et à mettre ses pas dans les siens.
Jésus évoque notamment plusieurs aspects de leur vie en communauté. Dans son souci des plus fragiles, il leur dit : « Faites gaffe de ne pas scandaliser les plus petits, de ne pas être une pierre d’achoppement sur leur chemin de foi ». Il les invite aussi à la ‘correction fraternelle’ : non pas chercher à prendre l’autre en défaut, quitte à oublier la poutre qui est dans notre œil (Lc 06,42), mais – plus justement – chercher à grandir ensemble sur le chemin de la vraie Vie. Démarche incluant la capacité à pardonner à autrui. Plus loin, il les exhorte encore à servir sans rien attendre en retour, ni compliment, ni merci : « Vous êtes de simples serviteurs » (Lc 17,10).
Ainsi vécut Jésus.
Il est toujours bon de se le rappeler : parlant ainsi, c’est à partir de sa propre expérience que Jésus parle. Lui-même a fait radicalement confiance à son Père, jusque dans son sentiment d’abandon sur la croix (Mt 27,46). Il a témoigné d’un Dieu aimant passionnément chacun, attendant le retour de la brebis qui s’est égarée, pardonnant toujours (Lc 15, 04). Il s’est mis au service de ce désir du Père, quoi qu’il puisse lui arriver. Se présentant comme « celui qui vient non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10,45), il fut confronté à l’ingratitude, à l’indifférence, au rejet. Lors de son dernier repas, lavant les pieds des disciples, il prit la position d’esclave (Jn 13,03-17).
A nous qui faisons route avec lui, Jésus n’impose donc rien, il propose le chemin de vie et de bonheur sur lequel il s’est lui-même engagé. « Si vous avez de la foi comme une graine de moutarde, … » Chemin parfois difficile qui nous arrache ce cri : « Augmente en nous la foi ! » Qu’en-est-il pour moi, aujourd’hui ? Dans quelles circonstances la confiance en Dieu s’avère-t-elle difficile ? Nombreuses, en effet, sont par moment les turbulences de nos existences : échec, chômage, gros soucis de santé, mort d’un proche, difficulté de pardonner… Sans compter les grandes questions de toujours, celles du mal et de l’injustice, de la souffrance de l’innocent, de la mort. Tout cela est parfois bien lourd à porter !
Alors, comme Jésus, avec Lui, apprenons à faire confiance à notre Père, envers et contre tout. Nous vérifierons alors qu’en nous appuyant sur Lui, en nous ouvrant à son Souffle et en nous laissant conduire par Lui (Rm 08,14), il devient possible de vivre des choses dont a priori nous ne nous sentions pas capables. Telle est précisément la démarche à laquelle Paul invite Timothée (1° lecture) : raviver en lui le don qui lui a été fait, celui de ce Souffle de force et d’amour. Oui, ouvrons-Lui largement nos cœurs : devant nous, il ouvrira un passage (Ps 30/31, 09) ! -

Riche – Pauvre
Et Jésus retape une fois encore sur le même clou, tout comme le prophète Amos.
La semaine passée, Jésus nous redisait de ne pas oublier de mettre des priorités dans nos vies, qu’on ne pouvait servir deux maîtres à la fois, à savoir Dieu et les dollars. Aujourd’hui, à travers la parabole du riche et de Lazare, Jésus fait une variation sur le même thème, en ajoutant l’une ou l’autre petite touche supplémentaire.
Avant d’entrer dans notre parabole, une chose étonnante est de voir qu’un personnage porte un nom alors que l’autre pas ; le pauvre s’appelle Lazare, ce qui signifie « Dieu aide » alors que le riche n’a pas de nom. Cette différence pour dire plusieurs choses :
+ la place privilégiée que les pauvres ont dans le cœur de Dieu,
+ le pauvre, Lazare, est quelqu’un pour Dieu, tandis que le riche, enfermé en lui-même et dans ses biens, ne donne pas à Dieu la possibilité d’entrer en relation avec lui.
+ le riche est sans nom pour nous dire aussi que chacun peut mettre son nom à la place du riche.Mais entrons dans notre parabole.
Dans le premier tableau, on retrouve nos deux personnages qui vivent dans deux mondes bien différents, le riche dans le luxe et les festins quotidiens ; Lazare dans une grande misère. Et entre ces deux mondes, un portail, sorte de frontière infranchissable ! Et tous deux meurent.
Dans le deuxième tableau, à nouveau deux mondes, mais la situation a complètement changé : Lazare se retrouve maintenant heureux auprès d’Abraham, donc auprès de Dieu, là où règne la joie et la paix, tandis que le riche se retrouve dans un lieu où il est en proie à la torture. Et le riche aperçoit Lazare au loin…
Avec peut-être plein de questions et de réflexions qui se bousculent dans sa tête : « Mais je ne comprends pas, se dit-il, je n’ai rien fait de mal pour mériter ça, je n’ai pas volé, je n’ai pas tué, j’ai gagné honnêtement ma fortune, je n’ai maltraité personne, … » « Et ce Lazare, pourquoi est-il là-bas, comment est-il là, ce n’était pourtant pas un modèle de perfection, de ce que j’en ai entendu ; juste un pauvre sans ressources que personne ne voyait, toujours couché près de mon portail… »
Et Abraham de lui souffler au fond de son cœur que c’est là le cœur du problème, « Tu n’as pas vu Lazare qui se tenait là devant ton portail ! Le seul qui le voyait, c’était ce chien qui venait lécher ses blessures. Ton grand train de vie et tous tes festins t’ont empêché d’avoir les yeux ouverts, ils t’ont empêché d’être à l’écoute de Dieu qui te soufflait à l’oreille que tu étais à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. Tu étais trop encombré pour voir Lazare et d’autres comme lui qui avaient tant besoin de ton aide.
Et un fossé s’est creusé entre vous, celui que tu vois aujourd’hui et qui est devenu infranchissable.
C’est vrai, tu n’as rien fait pour mériter ces temps difficiles, ces temps de souffrance, mais ils ne sont que la suite de ce que tu as vécu sur la terre, tu t’es éloigné de l’amour de Dieu, tu t’es éloigné de l’amour du prochain ; voilà pourquoi aujourd’hui tu es si éloigné de la table de Dieu. »
Et là, il comprend notre ami, le riche. Il s’est fait piéger par ses idoles qu’étaient le luxe, les mondanités, les festins en tous genres, sa vie dans son petit univers de cristal.
Jésus nous redit qu’aimer, ce n’est pas être en ordre avec une loi, avec une conduite. Aimer, c’est avoir les yeux ouverts ! C’est être capable de se mettre à la place de l’autre pour entrer en communion avec lui, l’aider à sortir de sa pauvreté matérielle, de sa pauvreté culturelle et l’accompagner dans sa souffrance.
Et à la fin de ce deuxième tableau, Jésus aborde une dernière question, celle des signes, celle des miracles et des coups d’éclats. « Envoie Lazare prévenir mes frères, afin qu’ils ne tombent pas dans le même piège, afin qu’eux aussi ne viennent pas dans ce lieu de torture. Si quelqu’un revient de chez les morts, ils changeront de vie. »
Mais ce n’est pas suffisant ; quand Lazare, le frère de Marie, sortira du tombeau, les gens ne croiront pas davantage en Jésus, ça va même précipiter sa condamnation. Le vrai chemin vers Dieu se découvre à travers l’humble écoute de sa parole, à travers la rencontre de nos frères, et pas seulement ceux que nous choisissons. Et Dieu est là, malheureux, triste de voir, de nous voir passer à côté des vraies richesses, parce que sa toute-puissance nous offre la liberté de lui ouvrir la porte ou de la fermer.
O Seigneur, apprends- moi le vrai chemin, tiens ma lampe allumée, aide-moi à garder les yeux ouverts.
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Un intendant malhonnête
Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ça ! Voilà que ce Jésus est en train de louer cet intendant malhonnête. Encore une pièce à verser au dossier de son procès. En êtes-vous bien sûr ?
Reprenons notre histoire, mais deux mille ans plus tard.
Paul, manager financier, travaille chez Bruyères informatique, une petite PME en plein essor. Tout se passe très bien si ce n’est que depuis un an, Jacques, le PDG de la société, constate des « trous » inexplicables dans les comptes et, après enquête, il découvre que Paul détourne ni vu ni connu, quelques centaines d’euros chaque mois.
Dans la semaine qui suit, notre PDG convoque son manager financier : Paul, n’essayez pas de vous justifier, j’ai découvert vos magouilles. Je pourrais vous traduire en justice, mais je n’en ferai rien ; je vous donne trois mois pour demander votre démission et pour partir, sans indemnités, bien sûr.
« Trois mois, trois mois pour faire face à cette nouvelle situation. Pas question pour moi d’aller chômer ou d’être jeté à la rue. Alors tant que j’en ai encore le temps, je vais me faire des amis pour retrouver du boulot après ».
Quoi de plus simple quand on a encore les comptes en main ?
Il s’en va alors rencontrer quelques personnes qui ont encore des factures à payer à la société pour leur proposer un petit geste: « Je connais vos difficultés financières actuelles, je vais vous faire une petite remise, pour vous donner un ballon d’oxygène. » Et puis, l’Evangile ne dit-il pas que l’on ne doit pas réclamer les dettes que l’on nous doit ? et le patron ne sera pas trop perdant, il vaut mieux qu’il retouche une partie des factures plutôt que ne rien retoucher du tout dans le cas où ces personnes tomberaient en faillite…
Mis au courant, le PDG, tout en désapprouvant la malhonnêteté de son comptable, ne put s’empêcher d’admirer son habileté. « Ah, si cet homme pouvait mettre ses talents au service du bien ! » Jésus ne pousse donc pas à la magouille, c’est bien mal le connaître que d’oser croire ça. Jésus est émerveillé devant l’habileté de l’intendant, devant la débrouillardise de Paul. Ils avaient tout perdu, mais ils sont arrivés à retomber sur leurs pattes. Finement jouer messieurs !
Et Jésus de nous dire : « Ah, si vous aviez autant d’habileté pour faire advenir le Royaume de Dieu, quel dommage que votre imagination et votre matière grise ne soient pas autant utilisées pour les bonnes causes ». « Vous inventez un tas d’astuces pour votre avenir immédiat, n’oubliez pas de préparer votre avenir plus lointain, votre vie éternelle ! » Parce que c’est là qu’est le souci majeur de Jésus : que chaque homme entre dans la vie éternelle ! Par comparaison, Jésus nous redit que l’argent n’est pas grand-chose à côté des demeures éternelles ! « De grâce, n’oubliez pas de vivre les priorités, n’oubliez pas le long terme ».
Mais Jésus ne condamne pas l’argent, il sait très bien qu’il est nécessaire pour les échanges. Le danger est qu’il ne serve plus dans les échanges, mais devienne une priorité en soi, il sait la menace de l’accumuler et d’en devenir l’esclave. Mon grand-père disait : « L’argent, un bon serviteur, mais un mauvais maître. » C’est ce que Jésus pourrait redire aujourd’hui. Il nous met en garde devant ce faux dieu.
Alors, soyez intelligent aussi pour préparer votre avenir éternel. Soyez plein d’habileté et d’astuces pour faire fructifier votre vie, vos talents, votre argent, vos avoirs, à long terme, à très long terme. L’argent est bien placé quand il aide à fabriquer de la joie, quand il permet d’aider un peuple à sortir de sa pauvreté, quand il aide un père ou une mère à subvenir aux besoins de sa famille, quand il me permet, pourquoi pas ? de vivre un temps de retraite, …
Deux, trois chiffres, même si ce n’est pas ma tasse de thé : Un avion de chasse mirage équivaut à un hôpital dans un pays du tiers-monde, le coût d’une année d’enseignement secondaire pour un jeune de la région des grands Lacs au Congo : 250 euros, soit un peu plus de 20 euros par mois ; prix d’une retraite, plus ou moins 45 euros par jour, le tiers de ça à Taizé pour un jeune ou un adulte.
Alors, intendant fidèle ou intendant désinvolte ?
Du temps bien investi n’est-ce pas aussi une visite chez une personne seule, malade ; du temps donné dans Saint-Vincent de Paul ou je ne sais quelle ASBL caritative, ou encore dans un service paroissial ; du temps pour réfléchir au comment donner aux gens l’envie de rencontrer Dieu, prendre le temps de rencontrer Dieu dans un cœur à cœur intime, ou en groupe,… ? On serait parfois effaré de voir le rapport qu’il y a entre notre temps donné et celui que l’on garde pour nous.
Alors, économe avisé ou économe dépassé ?
L’enjeu est de taille, nous dit Jésus, ce matin, il en va de votre vie, de votre avenir, faites donc preuve d’intelligence et d’habileté pour gérer ce que je vous ai confié. Mais n’oubliez pas de compter sur moi pour vous aider, je suis sur le chemin, avec vous, et je suis là pour vous guider et vous porter quand le chemin se fait trop difficile.
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Pardonner
Attention ! hein, ou le petit Jésus va te punir.
Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour ramasser toutes ces tuiles ? …
Ça, ma vieille, tu ne l’emporteras pas au paradis !
Et je ne sais combien d’expressions que l’on entend, comme celles-là, dans les conversations, pour parler de Dieu. Le Dieu-gendarme qui circule la matraque à la main, épiant les hommes pour cogner celui qui va faire un pas de travers ; le Dieu menaçant et vengeur qui ne supporte pas les faux pas et qui extermine tout ce qui se dresse sur son passage, tous ceux qui sont contre lui.
Il y a comme qui dirait un « stuut » entre ce Dieu-là et celui que nous révèle Jésus ; c’est à se demander si on a lu le même Evangile. Parce que quand j’entends les paraboles d’aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression que le pécheur serait préféré à l’innocent, que, pour un peu, le juste pourrait être jaloux du traitement que Dieu apporte au pécheur.
Au départ du passage d’aujourd’hui, on a les scribes et les pharisiens qui font des reproches à Jésus : « Mais comment peux-tu aller vers ces gens-là, comment peux-tu aller manger chez des escrocs, des collabos de l’armée romaine, comment peux-tu te laisser approcher par des prostituées ? Dieu n’a que faire de ces gens-là et il se chargera de les punir le temps venu ! »
C’est comme ça que la justice de Dieu était perçue: les pharisiens et les scribes transposaient en Dieu la justice des hommes.
Jésus vient alors leur révéler que la justice de Dieu n’est pas la justice des hommes, que son cœur est bien différent du nôtre. Il vient leur dire que Dieu ne se réjouit pas seulement devant celui qui est juste, mais aussi devant celui qui se convertit, il se réjouit lorsqu’un pécheur essaye de quitter sa vie de bâton de chaise pour vivre davantage selon la vie que Dieu lui propose.
En fait, il faut regarder Jésus entouré de tous « ces gens-là », comme nous le dirions, les voir venir écouter le seul homme en Israël qui n’a pas le moindre mépris pour eux. Ils viennent le voir et l’écouter, et leur surprise doit être grande de n’entendre aucun reproche sortir de sa bouche, juste un appel qui leur dit : « Tu peux faire mieux, tu dois faire mieux ».
Et Jésus raconte ses paraboles, non pas adressées aux pécheurs, mais aux scribes et aux pharisiens.
« Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perd une, ne laisse les 99 autres dans le désert pour aller après celle qu’il a perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve ? » Cet homme va faire des kilomètres, autant qu’il en faudra, jusqu’à ce qu’il la trouve, et lorsqu’il l’a trouvée, il est tout joyeux et la ramène sur ses épaules. Et plus encore, de retour chez lui, il appelle ses amis pour faire la fête, « Je l’ai retrouvée, ma brebis perdue, arrosons ça ! »
Cette parabole nous révèle d’abord qu’aucun homme n’est jamais abandonné par Dieu, personne n’est jamais définitivement perdu, puisque Dieu continue inlassablement à le rechercher. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il aime. Et plus encore, il ne se contente pas d’attendre qu’on revienne à lui, il part tout de suite en recherche !
« Ben oui, et alors ?… ».
Ben, c’est incroyable, chacun de nous, toute personne, a une valeur unique et inestimable aux yeux de Dieu. Et quand une personne l’abandonne, il continue à s’en préoccuper ; Dieu aime ceux qui ne l’aiment pas, il souffre parce qu’une seule de ses brebis lui donne du souci.Cette bonne nouvelle de Jésus, nous la connaissons avec notre tête, mais si peu avec notre cœur ; on n’y croit pas vraiment à ce Dieu-là, il est trop bon …
Cette parabole nous révèle aussi une autre dimension de Dieu.
Jésus invite donc les justes entre guillemets à se réjouir avec le berger. Dieu m’invite à me réjouir avec lui, d’autant plus que la brebis perdue, c’est peut-être bien moi.
La joie de Dieu éclate quand quelqu’un qui est tombé très bas est regagné, et que le troupeau est à nouveau au complet.
« Vous êtes quand même de drôles d’amis de Dieu » devait leur dire Jésus ; « Pour un peu, vous diriez au berger : laisse-la se perdre, tu en as encore 99, ça suffit amplement ». « Mais non » leur crie Jésus, « ne savez-vous pas que Dieu veut voir vivre chacun de ses enfants ? » Jésus vient donc leur révéler un autre visage de Dieu ; un Dieu qui pardonne comme il respire et qui appelle les hommes à se réjouir devant ce pardon qui se renouvelle sans cesse. Et mieux encore, il nous appelle à vivre nous aussi le pardon entre nous, comme il nous offre son pardon sans condition. Que cette bonne nouvelle de ce matin entre dans chacune de nos vies et nous pousse à accueillir ce pardon sans cesse offert.
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Tout miser sur Jésus
Un moment particulier ….
Jésus est au nombre des pèlerins qui marchent vers Jérusalem, pour y célébrer la fête de la Pâque juive. Il semble marcher en tête de la caravane. Pour lui, l’heure est grave, sa vie est en jeu, il le pressent : par deux fois déjà, il a évoqué la perspective de sa mort prochaine (Luc 09,22 et 09,43-45). Se retournant, il s’adresse à celles et ceux qui, dans cette foule, désireraient être comptés au nombre de ses disciples. Il évoque des choix àfaire : lui donner la priorité dans ses relations, porter sa croix – même ‘chaque jour’ (Lc 09,23), renoncer à tout ce qui nous appartient.
Propos rudes, déconcertants, peut-être même imbuvables. Le moins qu’on puisse dire, c’est que, s’exprimant ainsi, Jésus ne se soucie guère de son audience … Certains pourraient dire : « Mais pour qui se prend-il, celui-là ?! ». Il y a là de quoi décourager plus d’un de se mettre à sa suite ! Dès lors, comment comprendre ces paroles rugueuses ? Que peuvent-elles nous dire aujourd’hui ?
Des clés de lecture.
Il est bon de le rappeler : à l’époque, il n’existait ni carnet, ni de crayon ; pas davantage d’enregistreur ni de smartphone. Des années après, c’est l’évangéliste qui, éclairé par le Souffle Saint, place ces paroles sur les lèvres de Jésus. Elles sont en quelque sorte un écho de sa foi, de son expérience de croyant.
Autre rappel : l’évangéliste ne nous livre ni une injonction, ni une obligation qui viendrait de Jésus lui-même. Non, il nous transmet une invitation, ou le conseil d’un grand frère dans la foi. Avec lui nous pourrions chanter : « Tu es là au coeur de nos vies et c’est toi qui nous fais vivre » (L 102). Jésus ne s’est d’ailleurs jamais mis en avant : c’est de ce Dieu qu’il appelait ‘Père’ et de son désir de vie pleine pour chacun qu’il parle ; c’est pour Le rejoindre dans la prière qu’il se retire souvent. C’est donc vers Lui qu’il veut tourner nos regards. Il s’est aussi refusé à nous imposer quoi que ce soit. Il s’est contenté de proclamer l‘heureuse nouvelle’ d’un Dieu qui nous aime passionnément et qui souhaite vivants et heureux, et il a agi pour donner corps à ce désir.
Une expérience personnelle.
En me laissant travailler par ces paroles, un souvenir, déjà lointain, refait surface. Je participe à une session de formation à la relation avec l’Evangile comme balise. Un matin, l’animateur remet à chaque participant une feuille A4 avec une série de cercles concentriques de plus en plus larges et nous invite, en partant du centre, à y situer chacune des personnes avec qui nous sommes en relation, y inscrivant leur prénom. Lorsque nous nous retrouvons après un temps personnel, l’animateur nous fait découvrir deux choses importantes : pas de hiérarchie dans l’amour, mais des priorités.
Première découverte : il n’y pas de hiérarchie dans l’amour. Pour Jésus, l’agapè – qui est tout autre chose que l’affection que nous avons pour telle ou telle personne – sera toujours de vouloir la vie et le bonheur de l’autre, quel qu’il soit.
Seconde découverte : s’il n’y a pas de hiérarchie dans l’amour, il y a bien des priorités dans nos relations. Cela tient au fait de notre condition d’êtres humains limités : limites de temps, de forces, etc. Au nombre de ces priorités, celles et ceux dont nous partageons la vie au quotidien : parents, enfants, amis, collègues de travail. Mais qui dit priorités, dit aussi choix … et, en conséquence, renoncements. Des renoncements parfois ‘crucifiants’. Quand unde vos tout proches est gravement malade, vous renoncez spontanément à bien des sollicitations pour être à ses côtés, le soigner, lui manifester tendresse et amour.
« Dieu fait de nous en Jésus-Christ, des êtres libres » (K 34)
Selon le témoignage de S. Luc, faire le choix d’être disciple de Jésus, de marcher à sa suite, c’est donc lui donner la toute première place dans nos existences, tout miser sur lui et sur son message et, en conséquence, être disposé à faire, comme lui, des choix dans la ligne de l’Évangile. Car ses disciples, Jésus les veut libres et engagés :
– libres dans leurs relations,
– libres par rapport à eux-mêmes et capables d’en payer le prix,
– libres par rapport aux biens qui, parfois, nous possèdent, plus que nous ne les possédons.Comment tenir sur le long terme ?
Ajuster notre existence à ce choix peut par moments s’avérer une démarche difficile. C’est pourquoi, avant même de nous lancer dans pareille aventure, et même régulièrement à la faveur, par exemple, d’une retraite, il est conseillé de s’asseoir et de prendre le temps de chercher comment tenir bon dans la durée. C’est ce que, selon moi, suggèrent les deux petites paraboles de celui qui veut construire une tour ou du roi qui s’apprête à partir en guerre.
Qu’est-ce qui effectivement pourrait m’aider, nous aider, à tenir dans la durée ? Ne l’oublions pas, nous pouvons compter sur la force de la prière et de l’eucharistie : l’ouverture au Souffle de Dieu et la communion avec Jésus constituent un puissant soutien. De même, le partage avec d’autres chrétiens – au sein de la communauté chrétienne locale, dans un groupe biblique ou une équipe de foyer, …- nous éclairera, nous aidera à nous recentrer sur lui et soutiendra notre élan.