Catégorie : Echo de la Parole

  • Le sel et la lumière

    Le sel et la lumière

    Ces versets concernant le sel de la terre et la lumière du monde suivent la proclamation des béatitudes par Jésus. Une façon pour l’évangéliste de suggérer que c’est en marchant vers ce bonheur-là que nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Une façon aussi de nous faire comprendre qu’il n’y a de vrai bonheur que partagé avec autrui.

    Notre petit grain de sel.

    Multiples sont les utilisations du sel dans notre quotidien. Evoquons-en quelques-unes. Le sel relève le goût des plats que nous préparons ; sans exagérer toutefois car, nous rappelle-t-on, trop de sel, c’est mauvais pour la santé. Assaisonnée de sel, la nourriture préparée se conserve mieux ; ce qui était particulièrement vrai à l’époque où l’on n’avait ni frigo, ni surgélateur. En période hivernale, le sel est bien utile pour faire fondre la neige et la glace sur nos trottoirs et nos routes. A celui qui a voyagé sous un soleil ardent, on offrait et, dans certaines régions, on offre toujours, un verre d’eau et une pointe de sel : sel de l’hospitalité.
    Indispensable donc le sel. Mais mesurons-nous à quel point, dans la vie courante, un petit grain de sel peut s’avérer précieux ? Dans les relations notamment. Quand la vie et le bonheur autour de nous semblent fragiles, un petit grain de sel – une attention, un sourire, une parole chaleureuse – peut rendre goût à la vie à un cœur triste et illuminer un visage. Quand l’accueil mutuel se fait difficile, quand il y a un froid dans une relation, ou que celle-ci devient glaciale, le petit grain de sel d’une parole positive, d’une petite pointe d’humour peut contribuer à dégeler l’ambiance, ouvrir à l’écoute et à la compréhension mutuelles. Hospitalité du cœur à offrir à autrui en toutes circonstances ! Et que l’apôtre Paul recommandait : «Que votre parole soit toujours aimable, assaisonnée de sel, pour savoir comment vous devez répondre à chacun», lit-on ainsi dans sa lettre aux Colossiens» (04,05-06).

    Des petits lumignons …

    « Ta Parole, Seigneur, est Lumière sur notre route » (Ps 118,105). Et Jésus, « Parole de Dieu faite chair » (Jn 01,14), nous l’a rendue plus proche encore. Nous en faisons l’expérience : Il est « La Lumière du monde » (Jn 08,12). Non pas lumière qui aveugle – tels les phares led de nos voitures -, mais lumière très douce, indiquant un chemin là où il semblait ne pas y avoir d’issue, délivrant de la peur quand l’obscurité et le noir effraient et paralysent.
    Méditer la Parole seul ou avec d’autres éclaire notre cœur et nous permet de devenir lumière à notre tour. Par toute notre vie – «nos bonnes œuvres», dit notre passage. Et la première lecture (Is 58,07-10) en suggère quelques-unes : partager son pain avec qui a faim, accueillir le sans abri, donner des vêtements à qui n’en a pas, faire disparaître le geste accusateur et la parole malveillante, …
    A travers ces paroles et gestes de profonde humanité, nous sommes alors comme de petits lumignons disposés dans la maison pour éclairer celles et ceux avec qui nous vivons. Reflétant ensemble un peu de la lumière divine, nous pouvons aussi être lumière au coeur des obscurités et angoisses de ce monde.
    Ensemble, poursuivons notre marche vers ce bonheur-là !

  • En marche…

    En marche…

    Sur la montagne

    Jésus aimait se retirer dans la montagne : pour prendre du recul et de la hauteur par rapport aux événements ; pour se recueillir dans le silence et prier, laisser Dieu s’approcher de lui. Hier comme aujourd’hui, la montagne représente un des espaces où prendre de la distance par rapport au quotidien. Et, dans la symbolique biblique, si la terre représente le lieu de vie des hommes, le ciel, lui, évoque le séjour de Dieu.
    Comment, dans un quotidien souvent stressant et très rythmé, trouver lieux et temps pour me ‘re-cueillir’, me retrouver en vérité et revenir à Celui qui est notre unique Essentiel ?

    Jésus, nouveau Moïse.

    Cependant, dans l’évangile selon Matthieu, la montagne s’enrichit encore d’une autre symbolique. Elle renvoie au séjour de Moïse sur la montagne (Ex 24,12,13,15). C’est là qu’il a reçu les « dix Paroles » (Décalogue) inscrites sur deux tables de pierre. Aux Hébreux en chemin vers la Terre Promise, elles donnaient des pistes pour vivre la relation au Seigneur et ajuster leurs liens les uns avec les autres. Non pas ‘dix commandements’, mais des conseils d’ami pour nous montrer comment vivre la relation à Dieu et ajuster les relations entre nous.

    En proclamant les Béatitudes, Jésus apparaît ainsi comme le nouveau Moïse. Il ne nous donne pas des injonctions, mais plutôt une feuille de route qui balise le chemin d’un vrai bonheur. Et c’est à partir de sa propre expérience qu’il nous la propose.

    « S’approcher de Jésus ».

    Dans l’auditoire de Jésus, on distingue deux cercles. La foule qui va suivre Jésus dans chacun de ses déplacements, tant les gens ont faim et soif d’une parole qui fasse vivre, qui mette debout. Mais dans cette foule se détache un petit groupe : les quatre disciples que Jésus vient d’appeler. « Ils s’approchèrent de lui », un peu comme on veut s’asseoir aux premiers rangs pour mieux entendre et bien suivre un conférencier, sans être distrait par autre chose.
    Invitation adressée à chacun des disciples que nous sommes de nous ‘approcher’ nous aussi du Maître, assoiffés que nous sommes de L’écouter.

    « En chemin vers le bonheur … »

    André Chouraqui – dans la traduction qu’il donne de ce passage à partir non pas du texte grec, mais de sa traduction en hébreu – remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’. La racine du mot en hébreu le permet, tout comme elle autorise celle de ‘Heureux’. A son exemple, je me risque à une traduction personnelle : ‘En marche vers le bonheur’. Suggérant ainsi qu’il s’agit là d’une dynamique dans laquelle s’engager.
    Résonne alors en nous l’invitation pressante que le Seigneur Dieu, à nouveau par la voix de Moïse, adressa aux Hébreux au moment ils allaient entrer en Terre Promise : « Vois, aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur (…), la bénédiction et la malédiction. De grâce, de grâce, choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance » (Dt 30,15 et 19). Inattendu, ‘in-croyable’, ce Dieu qui ne désire que notre vie et notre bonheur et qui nous presse de choisir le bon chemin ! Quelle heureuse nouvelle !

    « … ceux qui sont à bout de souffle ».

    C’est à eux que pourrait être adressée la première béatitude, sur laquelle je vais m’arrêter. Deux versets du Psaume 142 font entendre l’appel au secours de quelqu’un qui n’en peut plus : d’abord « le souffle en moi s’épuise » (v. 04), puis « je suis à bout de souffle » (v. 07). Mais, plus loin, est partagée la nouvelle d’une guérison : « bienfaisant est ton Souffle – celui de Dieu – ; il me guide en un pays de plaine » (v.10).
    Expérience qui, par moments, est la nôtre : on sent que, peu à peu, on s’épuise, au point de finir par craquer. Qu’est-ce qui, alors, pourrait bien nous permettre de nous relever et de nous remettre en route ? Tournons nos regards vers l’homme de Nazareth qui, dans les béatitudes, parle à partir sa propre expérience. Jésus a accueilli le Souffle Saint qui lui fut donné juste lors de son baptême (Mt 03,16-17) et, désormais, il se laissa conduire par Lui. Ce qui lui permettra de résister aux tentations du Diviseur (Mt 04,01). Et de tenir bon jusqu’au bout : à Gethsémani, à l’approche de sa condamnation et de sa mort, il priera intensément et invitera les disciples qu’il a emmenés à « prier pour ne pas entrer en tentation, car – précise-t-il – le Souffle est plein d’ardeur, mais la chair – càd. l’homme livré à ses seules forces – est faible » (Mt 26,36-44). Alors, quand nous nous sentons dépassés, débordés, n’hésitons pas à chanter :
    « Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
    En toi, j’ai trouvé la joie, le bonheur. Esprit saint, inonde mon cœur. »

  • Proches… et si différents

    Proches… et si différents

    Jean-Baptiste vient d’être incarcéré : Hérode, en effet, n’a pas supporté que le prophète lui dise ses quatre vérités. C’est dans ce contexte difficile que Jésus débute sa mission, et il peut déjà pressentir que les choses ne seront pas nécessairement plus faciles pour lui. « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté » : ainsi pourrait-on paraphraser la chanson de Guy Béart à propos du poète.

    Un message et un style tout autres …

    A première vue, dans l’évangile selon Matthieu, le message de Jésus semble le même que celui de son cousin. Et pourtant il n’en est rien. En effet, si la formule est bien identique – « Convertissez-vous/changez de regard, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 03,02 et 04,17) -, le contenu de la prédication de Jésus, ainsi que sa manière d’être et de faire sont bien différents. Et, comme souvent, la manière et la forme font partie intégrante du contenu. Entre les deux cousins, on peut pointer plusieurs différences. Celles-ci nous concernent aussi ; elles touchent à la manière d’être disciples de Jésus et de faire Eglise.

    Jean-Baptiste vivait en ermite, dans le désert de Judée où il s’était retiré. Là, il accueillait les personnes venant à lui ; il prenait le temps de les écouter, de parler avec elles, les secouant parfois. Jésus, lui, va vers les gens : il bouge et se déplace. Il fait le choix de commencer sa mission en Galilée, une région à la population très mélangée à tous points de vue : socialement, culturellement, religieusement. On n’y rencontre pas nécessairement les ‘bons pratiquants’. Une région qu’en conséquence les responsables religieux méprisaient et regardaient souvent de haut.

    Jean-Baptiste annonçait l’imminence du jugement de Dieu, il avait parfois des paroles fortes et énergiques à l’encontre de celles et ceux qui se sentaient pécheurs. Jésus, lui, rencontre la soif spirituelle des gens en leur faisant découvrir Dieu comme ‘Heureuse Nouvelle’ !!! Voilà qui, finalement, est bien plus tonique !

    Mieux encore : Jésus ne se contente pas de proclamer la proximité de Dieu et de son Royaume : il le fait advenir, le donnant à voir ! Quelle espérance pour les gens ! Et pour tous ! En effet, quand il va à leur rencontre, il est saisi de compassion, bouleversé jusque dans ses entrailles à la vue de leurs souffrances, de leurs détresses, de toutes leurs misères. Et il les prend à bras le corps : il ‘prend soin’ d’eux, selon le sens premier du verbe grec ici employé, ‘thérapeuô’ (qui, en français, donne ‘thérapie’ et ‘thérapeutique’). On ne nous dit rien de tel au sujet du Baptiste.

    Un travail d’équipe, en fraternité !

    Sa mission itinérante, Jésus n’entend pas l’accomplir seul. Il appelle d’autres personnes à se joindre à lui. Elément remarquable : il commence par appeler des frères : Simon et André, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Comme pour inaugurer dès le départ un réseau où existera une vraie fraternité humaine …

    D’emblée, son appel trouve en eux un écho. Pourquoi se sentent-ils ainsi concernés ? Le texte ne le précise pas. Je risque une réponse, la mienne : peut-être parce que la rencontre avec ce Jésus de Nazareth fut pour eux lumineuse, qu’elle jetait sur leur existence une tout autre lumière … Peut-être aussi parce qu’à son contact, ils se sont découverts eux-mêmes ‘repêchés’, guéris, plus vivants.

    Mais en même temps, ces pêcheurs le perçoivent, cet appel implique des ruptures dans leur quotidien. Non pas comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme une nécessité intérieure : ‘laisser là leurs filets de pêcheurs’ (v. 20), ou ‘laisser la barque et leur père’ (v. 22). Cela dans le but de ‘l’accompagner’, selon le sens premier du verbe grec ‘acolouthéô’ (qui donne ‘acolythe’ en français).

    Pas besoin d’être bardés de diplômes et d’avoir un talent de prédicateur ! Lui va les former. « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », leur dit-il. C’est en faisant route avec lui, en se mettant à son école qu’ils découvriront leur nouvelle responsabilité.

    Aujourd’hui, ‘compagnons’ de ce Jésus.

    Nous sommes les disciples de ce Jésus. C’est auprès de lui, en l’écoutant, en le regardant vivre et agir, en nous laissant soigner par lui, que nous apprendrons à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ à notre tour.
    Plutôt que de mettre l’accent sur la participation à la liturgie, certes moment important de ressourcement auquel il était lui-même fidèle, Jésus met en avant une manière d’être au monde, faite de présence, d’attention à l’autre, de profonde humanité. Puissent nos communautés chrétiennes devenir des ‘hôpitaux de campagne’, selon la belle expression du pape François.

  • Contempler le Souffle

    Contempler le Souffle

    Il y a 2000 ans d’ici …

    Que s’est-il exactement passé ce jour-là où Jean baptisa Jésus ? A-t-il vu quelque chose de ses yeux de chair et, si oui, qu’a-t-il vu ? Nous ne le saurons jamais car cette page d’Évangile évoque tout autre chose : le regard intérieur, tout nouveau, que porte Jean-Baptiste sur son cousin. Elle nous invite ainsi à nous mettre dans la peau du Baptiste et, avec lui, à poser un regard plus profond sur le Nazaréen. Il s’agit donc d’un regard intérieur, spirituel.

    Ce n’est sans doute pas la seule fois que se sont croisés les chemins des deux cousins et que, devenus adultes, ils se rencontrent. Néanmoins, aujourd’hui, le regard que pose le Baptiste sur Jésus est tout autre. Cela le frappe tellement que, par deux fois, il répète : « Moi, je ne le connaissais pas » (vv. 31 et 33).

    Il découvre Jésus sous trois angles différents et cherche à en ‘témoigner’ à l’intérieur de sa propre culture. En référence à un célèbre passage d’Isaïe (Is 53,04-06), il le présente comme ’l’Agneau de Dieu’ qui porte et emporte le péché du monde ; il le découvre ensuite inondé du Souffle Saint qui demeure sur lui (v. 32 et 33) et capable de nous le transmettre ; il le révèle enfin comme ‘Fils de Dieu’.

    Le Souffle saint demeurant sur lui.

    Avec Jean-Baptiste, posons aujourd’hui notre regard sur ce Jésus habité par le Souffle Saint. L’homme de Nazareth n’est pas un impulsif que les circonstances mènent ici ou là. Il ne cherche pas le pouvoir, ni son intérêt. Non ! Il est constamment tourné vers son Père et vers autrui. Sa vie intérieure est forte, constante, nourrie jour après jour. Dans la prière, il s’ouvre au Souffle divin, Lui permettant de l’éclairer ; il se laisse conduire par Lui (Mt 04,01) et, à ce titre, il est pleinement ‘fils de Dieu’, selon la belle expression de S. Paul (Rm 08,14) qui – soit dit en passant – vaut aussi pour nous !

    Et moi aujourd’hui … ?

    Impossible de ne pas nous poser quelques questions. Je me les pose, et je vous les pose à vous aussi. La première : n’en sommes-nous pas restés au baptême d’eau, celui donné par Jean-Baptiste ‘pour le pardon des péchés’ (Mc 01,04) ? Le regard chrétien ne porte-t-il pas trop souvent sur les fautes, au risque d’engendrer de la culpabilité malsaine ou de conduire à juger et à critiquer autrui plutôt que de pratiquer la correction fraternelle ? N’oublions-nous pas que Jésus ‘baptise dans le Souffle Saint’ ? Sur la croix, il ‘a livré le Souffle’ (Jn 19,10) et, Ressuscité, il nous presse de le ‘recevoir’ (Jn 20,22), de nous laisser habiter par Lui.

    Autre question : comment le regard que je porte sur Jésus a-t-il évolué depuis le jour de mon baptême jusqu’à aujourd’hui ? Répondre à cette question requiert un temps d’arrêt, de silence, pour « regarder Jésus venir à nous » (v. 29).
    Les titres donnés à Jésus par Jean-Baptiste faisaient référence au Premier Testament et parlaient aux chrétiens de l’époque, généralement familiers de la culture biblique. Ce qui n’est plus le cas de nos jours. Comment dès lors parler de Jésus aujourd’hui ? Comment moi, le présenterais-je avec des mots audibles par nos contemporains ?

    « Et moi, je ne le connaissais pas … »

    Ne pouvons-nous pas dire cela de cela de nos proches comme de celles et ceux que nous côtoyons au quotidien, que nous croisons souvent sans les rencontrer en vérité ? Cette page d’évangile nous invite à poser sur eux ce regard contemplatif. Souvent, lors des funérailles d’un proche, nous posons un tel regard sur lui et sur sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de le faire de son vivant ? Quand nous sommes tentés de juger quelqu’un, parfois même de le condamner, pourquoi ne pas essayer de porter sur cette personne un regard neuf, nous demandant comment elle est, elle aussi, habitée, portée par le Souffle Saint ? Des relations, parfois difficiles, pourraient s’en trouver apaisées, relancées, transfigurées.
    Pour y parvenir, peut-être convient-il de commencer par nous ouvrir, nous-mêmes, au Souffle de Dieu … Comme Jésus, dans la prière ouvrons-nous à Lui et laissons-nous conduire par Lui.

  • Le ciel se déchira

    Le ciel se déchira

    Nous avons vu dimanche dernier lors de la fête de l’Épiphanie que les mages n’avaient pas trouvé Dieu ni dans le temple, ni en regardant le ciel, mais en s’abaissant devant un petit enfant sur la paille. Voici qu’aujourd’hui déjà l’Évangile semble nous contredire en disant : « Du ciel une voix se fait entendre » ! N’est-ce pas la confirmation que Dieu est bien dans le ciel ?
    Relisons alors le texte attentivement. St. Marc précise : « Le ciel se déchira ». Ceci me fait penser au voile du temple qui, lui aussi, se déchira pour signifier justement que Dieu n’est pas, ou n’est plus, ni dans le temple, ni dans le ciel.
    « Le ciel se déchire » justement parce que Dieu veut sortir de ce ciel où les hommes l’ont logé depuis toujours.  Dieu montre qu’il veut habiter notre terre, mais pas n’importe où.  Il ne choisira pas la ville sainte où sont rassemblés tous les prélats, ce n’est pas non plus dans le temple, ni dans la synagogue, mais là au désert, à l’écart de tout, là où se rassemblent les hommes blessés, là où se réunissent tous ceux qui sont broyés par les peines ou le poids de leurs fautes, tous ceux et celles qui ploient sous les contraintes des obligations que toutes les lois religieuses font peser sur eux.  Puis, c’est là, à l’image de Jésus qui s’immerge dans les eaux du Jourdain, que Dieu, déchirant le ciel, s’immerge, lui aussi, au milieu de notre humanité.
    Nous assistons en quelque sorte à la naissance, à la renaissance de Dieu au monde, de Dieu se faisant homme.
    Désormais, Jésus va partir, marcher sur les routes du monde et il va appeler des femmes et des hommes à l’accompagner, toutes celles et tous ceux qui, comme lui, auront l’audace de se mouiller et de plonger au cœur même de l’humanité profonde pour dire et proclamer que Dieu est là, tout proche, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, non seulement un bonheur pour l’au-delà, mais un bonheur dès aujourd’hui.
    Déjà le prophète Isaïe annonçait ce Dieu de bonheur : « Vous qui avez soif, disait-il, voici de l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, manger de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses. » Naturellement poursuit le prophète, pour goûter au bonheur il y a des conditions minimales : « L’homme méchant doit quitter son chemin et l’homme pervers ses pensées ».
    Ce qui est certain, c’est que le Seigneur est riche en pardon. Aussi dramatique que soient notre situation ou les événements de notre vie; l’espérance nous permet de croire qu’un bonheur est toujours possible.

  • Suivre l’étoile

    Suivre l’étoile

    Si nous faisons l’effort de relire tout l’Evangile de l’enfance de Jésus, nous nous apercevrons très vite que sous une apparence naïve, ces récits sont non seulement très symboliques, mais aussi savamment élaborés.
    Il est bon de se rappeler que les Evangiles ont été écrits à l’envers, en commençant par la résurrection, puis la passion, puis la vie publique et enfin les récits de l’enfance de Jésus.
    Ces écrits ont été rédigés par les premières communautés chrétiennes établies pour la plupart en terre païenne. Ils se devaient donc de manifester dès la naissance de Jésus, qu’il n’était pas seulement sauveur d’Israël, ni des plus méprisés de la société, représentés par les bergers, mais qu’il était aussi le Dieu des païens, le Dieu des étrangers qui sont représentés ici par les mages.
    Il est vrai que les légendes, s’inspirant des évangiles apocryphes, ont beaucoup brodé sur ce récit de l’Epiphanie.  L’Evangile est pourtant très sobre et ne donne aucun détail : « Voici que les mages venus d’Orient, arrivèrent à Jérusalem ». Remarquez donc que Matthieu ne précise pas qu’ils étaient trois, ni qu’ils étaient rois, ni qu’ils s’appelaient Melchior, Gaspard et Balthazar, ni encore qu’ils étaient noir, jaune et blanc !
    L’Evangile ne dit pas non plus qu’ils étaient astrologues. Les mages étant plutôt interprètes des songes et des signes. Les mages pour Matthieu sont donc ceux qui ont su reconnaître les signes de Dieu, ici, le signe de l’étoile. 
    Mais alors, qu’est-ce que ce langage symbolique veut nous dire aujourd’hui ? ».  Quel est le message que l’auteur veut nous transmettre ? Qu’est-ce que cela nous révèle de Dieu et de l’Homme ?…
    Ainsi donc, dans la page d’Evangile de ce jour, ne cherchons pas à identifier l’étoile à une pleine lune ou à la comète de Hallet ou autre… Non, cette étoile n’est pas de la voûte céleste, elle est comme le récit : symbolique.  Elle signifie que même les peuples païens ont reconnu en Jésus la lumière qui guide les hommes.
    Cette étoile qui descend sur la crèche montre que le Dieu de Jésus n’est plus à chercher dans le ciel, mais pour le découvrir nous devons baisser notre regard vers la terre.
    Ensuite les mages offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Etranges cadeaux pour un bébé ! L’or passe encore, mais l’encens et la myrrhe ? Ces trois cadeaux ont aussi leur signification : l’or symbolise la royauté, l’encens la divinité et la myrrhe était le parfum avec lequel on ensevelissait les morts. Ils sont les signes de ce que Jésus est reconnu comme Roi, fils de David ; qu’il est Dieu et qu’il va se donner jusqu’à la mort.
    Ce récit contient encore bien d’autres signes tels que cette question des mages : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Cette question nous renvoie déjà à la croix sur laquelle il sera inscrit : « Celui-ci est le roi des Juifs ».
    Terminons par cette opposition entre les chefs religieux d’Israël, qui sont les interprètes officiels des Ecritures, mais qui ne bougent pas, ils restent auprès du temple, et les mages païens qui eux ont découvert le signe de l’étoile qui montre le chemin de Dieu, mais qui, en plus de ce signe, se voient ouvrir les Ecritures qu’ils accueillent dans la foi – ils vont se mettre en route et arriver dans la maison où se trouve Jésus. Cette maison symbolise la jeune Eglise dans laquelle finalement ce sont les païens, les païens au cœur ouvert à tous les signes, qui arrivent les premiers à la rencontre de Jésus, le Fils de Dieu.
    Au seuil de cette année, essayons de découvrir les signes de la présence et de l’amour de Dieu.  Ne levons plus nos yeux vers le haut, vers les étoiles du ciel, car Dieu n’y est pas, il est sur notre route. Avançons et regardons vers le bas, alors nous pourrons le voir, nous agenouiller, nous abaisser, car il est toujours sur la paille aujourd’hui.

  • Sainte Famille

    Sainte Famille

    Ce matin, je voudrais vous partager quelques traits de la sainte Famille.
    D’abord, la place centrale de l’enfant dans ce récit.
    Si un amour profond unit Marie et Joseph, il y a dans leur vie un souci très important pour leur enfant.
    L’enfant est menacé et il faut le protéger, l’arracher aux griffes de Hérode ; ceci va engendrer un départ précipité vers une terre étrangère, un séjour assez long à l’étranger, loin de ses racines, loin des siens, en espérant être bien accueillis.
    Eh ! bien en avant ! Pas question de mettre la vie de l’enfant en péril.
    Cette mobilisation pour l’enfant vient bousculer certains choix faits par notre monde :
    Nous, on veut bien un enfant, mais il ne faut pas qu’il vienne trop perturber notre vie de couple.
    Il y a des femmes sans mari qui veulent pour elles une sorte « d’enfant poupée », un enfant rien que pour elle, qui va satisfaire leur besoin de câlins ou leur instinct maternel.
    Il y a les enfants « vitrine », reflet des parents ou les enfants « canaris », chargés de mettre un peu de vie dans la maison.
    Être parent, c’est d’abord donner et se donner à son enfant, et pas l’inverse.
    On appelle parfois Joseph « le père nourricier », c’est donc qu’il a veillé sur Jésus pour qu’il ait de quoi manger, de quoi se vêtir, mais aussi qu’il ait des personnes vers qui se tourner pour recevoir de la tendresse, pour aller verser des larmes de chagrin.
    Pourquoi est-ce parfois si difficile de se dire « Je t’aime » en famille, alors qu’on n’arrête pas de dire à Dieu « Je t’aime » ?
    Marie et Joseph ont aussi veillé à faire grandir en Jésus les valeurs essentielles, c’est l’éducation, avec probablement au centre de ces valeurs, un repère : « Quand tu agis ainsi, as-tu aimé ou manqué d’amour ? »
    Ils ont veillé à ce que Jésus développe ses propres talents, qu’il prenne confiance en lui, qu’il ait sa propre créativité, qu’il puisse devenir un être unique.
    L’enfant n’est pas appelé à être une copie de ses parents ou la réalisation de ce qu’ils n’ont pas pu réaliser ; l’enfant sera son propre projet, il sera un autre.
    Etre parent, c’est aussi faire découvrir à son enfant sa vocation d’enfant de Dieu, sa vocation spirituelle.
    Marie et Joseph ont conscience que cet enfant a une mission spéciale à remplir, ils n’ont pas oublié le projet de Dieu qui est à l’œuvre en leur enfant.
    Et il en va de même pour tous les enfants de la terre, ils ont aussi une mission à remplir au sein de l’humanité.
    Notre monde attend des enfants qu’ils soient utiles à la société, qu’ils aillent vers les produits de consommation, qu’ils développent leur intelligence pour un jour décrocher un job à l’âge adulte, qu’ils rentrent dans le rang.
    Marie et Joseph nous rappellent que ça ne suffit pas, il y a une vocation aussi à découvrir et à construire, celle d’enfant de Dieu.
    Et puis l’enfant rend aussi service à ses parents, combien de parents n’ont pas dit : « Nos enfants nous éduquent autant que nous les éduquons ».
    Si Marie et Joseph ont beaucoup donné à Jésus, ils ont aussi beaucoup reçu de lui, découvrant spécialement en lui le vrai visage de Dieu.
    Les enfants donnent du sens à la vie ; ils donnent du sens au travail quotidien, ils donnent le goût de se battre à certains moments.
    Les enfants donnent à leurs parents de rester jeunes, les parents sont appelés à rester en éveil à ce qui se passe dans l’actualité, dans la mode, dans la musique, dans les médias, …
    Les enfants enrichissent les parents, ils leur apprennent la patience, la responsabilité, l’humilité, la tendresse, le pardon, les remises en question, le sens de l’essentiel quand un enfant ne va pas bien… ; ils leur apprennent à être vrais.
    Les enfants révèlent Dieu, parce qu’ils obligent les parents à se poser la question du sens, la question de la transmission de la foi, et donc ils poussent les parents à faire des choix, à éclairer leur relation à Dieu.
    Les enfants apportent la joie.
     Bonne fête à vous tous, et que le Seigneur nous apprenne à vivre en famille.

  • Appel à l’humanité

    Appel à l’humanité

    Alors que nous sommes à la veille de fêter Noël, le Seigneur vient une fois encore nous demander notre collaboration pour mener à bien son projet de salut pour l’humanité : « Veux-tu bien accueillir le Messie pour le donner au monde ? »
    Devant cet appel à l’humanité, nous avons aujourd’hui la figure de Joseph.

    Pour Joseph, les choses ne sont pas simples.
    Il a comme projet d’épouser Marie, mais elle est choisie par Dieu pour mettre au monde le messie. Tout s’écroule pour Joseph, celle qu’il avait choisie, voilà qu’elle attend un enfant et que Dieu a un autre projet pour elle ; il ne lui reste plus qu’à renoncer à son projet.
    Mais Dieu vient demander à Joseph de collaborer à son projet de salut : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, ta promise, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ».
    Et Joseph fait le pari de la confiance. Il accepte de devenir le père de cet enfant Dieu, sans très bien savoir où tout cela va le mener…

    Une fois encore, Dieu ne vient pas avec des signes « marteau », il appelle à un acte de foi, une démarche de confiance. C’est toute la délicatesse de Dieu qui se manifeste une fois encore : une simple invitation, la liberté laissée à l’homme d’accueillir ou de refuser le projet de Dieu, son projet d’alliance.
    N’est-ce pas la même chose avec l’enfant de la crèche ; ce Jésus né au fond d’une étable, est-ce là une preuve en béton ?

    Et lorsque nous partageons le pain et le vin à chaque eucharistie ?
    Dieu donne des signes de sa présence, mais juste assez pour ne pas forcer les portes.
    Et moi, qu’est-ce qui m’aide à entrer dans les projets de Dieu, qu’est-ce qui me freine dans l’accueil de ces projets?

    A travers sa Parole, le Seigneur nous rappelle qu’il a besoin de notre collaboration pour mener à bien son projet de prendre soin de l’humanité, tout comme il a eu besoin de Joseph et Marie pour que son fils devienne homme parmi les hommes, et qu’il puisse prendre soin des hommes de son temps
    Ce matin encore, Dieu nous lance un appel à l’aide : « S’il te plaît, veux-tu m’aider dans mon projet d’amour ? »

    Notre « oui » à Dieu sera alors peut être, comme pour Joseph, simple réponse aux appels de ceux qui nous entourent, comme par exemple :

    • Appel de mon conjoint qui demande un peu plus de tendresse, un peu plus d’attention, un peu plus de présence, un peu plus de reconnaissance dans les tâches effectuées ;
    • Appel des enfants qui attendent une présence affectueuse, des encouragements plutôt que des reproches, la reconnaissance de leurs talents ;
    • Appel de nos parents qui attendent une visite, des nouvelles, parents qui attendent nos confidences parfois, ou de s’entendre dire l’importance qu’ils gardent à nos yeux ;
    • Appel des solidarités de toutes sortes, entre voisins, dans la paroisse, dans notre village, avec ceux qui sont dans le besoin, proches de nous ou plus loin de nous.
  • Doute

    Doute

    Si un croyant de n’importe quelle religion, venait vous dire : « Mes convictions sont absolues, ma foi est une certitude, j’ai la vérité, je suis sans questions… » je pense sincèrement qu’il vous est permis d’en douter.
    Le doute, l’incertitude font partie de notre humanité. Nous les retrouvons d’ailleurs présents tout au long des Écritures. Même Jésus se posait des questions, c’est le sens du récit des tentations.
    Son inquiétude, nous la retrouvons aussi sur la croix : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »
    Aujourd’hui, c’est Jean-Baptiste, « le plus grand des prophètes » comme dit Jésus, qui dans sa prison est harcelé par le doute : « Est-il celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
    Jean-Baptiste se fait une image bien redoutable du Messie. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile de dimanche dernier, il prêchait dans le désert « un dieu à la colère qui vient », un dieu qui brûle les pécheurs.
    Or voilà Jésus, il n’élève pas la voix ; au contraire, il va au-devant des pécheurs, des pauvres, il console, il guérit, redresse, appelle, …
    Sa force est douceur, sa puissance, humilité.
    On comprend que Jean-Baptiste soit pris par le doute !
    Pour le rassurer Jésus va lui répondre par cet extrait du livre d’Isaïe que nous venons d’entendre : « Lorsque le Messie viendra, les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira, le muet criera de joie, les captifs reviendront, … »
    Jésus reprend ces paroles mais avec une différence essentielle, il ne parle plus au futur comme Isaïe, mais au présent : « Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, … »
    Ce qui fait la caractéristique de Jésus : il n’annonce plus un salut à venir, mais apporte un salut présent. Rien qu’en cela l’Evangile est une Bonne Nouvelle.
    Il y a cependant une objection : comment peut-on parler d’un salut déjà là, lorsqu’on voit l’égoïsme et la haine qui sévissent partout dans le monde. Eh ! bien justement, répond Isaïe, ce n’est qu’au cœur de cette désolation que peut germer l’espérance et il le dit de façon très poétique : « Que le désert et la terre de la soif se réjouissent, que le pays aride exulte et fleurisse ».
    Il signifie que l’espérance n’est possible que là où il y a un manque à combler, un appel à exaucer, un besoin, un désir à satisfaire, …
    Jésus exprimera cela encore mieux lorsqu’il dira : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, …»
    Ce temps de l’Avent a pour objectif de nous rapprocher de toutes celles et tous ceux qui vivent dans l’aridité de leur solitude, qui ont soif de dignité, qui rêvent de devenir un jour des femmes et des hommes comme tout le monde…
    L’action « Vivre Ensemble » nous offre aujourd’hui le pouvoir de contribuer à l‘actualisation du salut de Dieu.
    Il ne suffit pas de nous lamenter sur le sort de notre société individualiste, il ne suffit pas de rêver d’un avenir plus beau, c’est aujourd’hui, au présent qu’il nous faut construire un salut pour tous.  

  • Préparer le chemin

    Préparer le chemin

    Matthieu 3,1-12

    En ce temps d’Avent, à quelles démarches nous invite Jean-Baptiste pour ‘préparer le chemin du Seigneur’ ? Il nous en propose deux.

    Changez de regard !

    Il nous suggère d’abord un changement de regard, une autre manière de considérer Dieu et nos existences. Tel est le sens littéral du verbe grec traduit ici par ‘se convertir’. Et ce changement, c’est de percevoir que ‘le Royaume de Dieu s’est bel et bien approché de nous’.
    Mais, hier comme aujourd’hui, est-il si aisé de capter la proximité du Royaume de Dieu ? A suivre les nouvelles en radio ou en TV, ou sur les réseaux sociaux, on peut en douter. Que d’angoisse et de dépressions, de guerres avec leur lot de souffrances, de déplacés, de blessés et de morts !
    Et, pourtant, en celui qu’il annonce, le Royaume de Dieu se fera tout proche : Jésus, en effet, ira «partout en faisant le bien» (Ac 10,38), pardonnant, soignant et relevant les personnes croisées en chemin, semant la Vie autour de lui. Il s’emploiera ainsi à nous faire découvrir le Royaume comme cet espace où amour et fraternité, paix et justice peuvent se déployer pleinement. Et, surtout, il nous permettra de découvrir Dieu, son Père, comme Heureuse Nouvelle pour l’homme. Certains le comprendront et s’engageront à sa suite ; pour d’autres, la démarche s’avérera difficile.
    Le Baptiste, et Jésus sur les lèvres duquel se retrouvera cette invitation à changer de regard (Mt 04,17), nous invitent donc à être attentifs à tout ce qui, aujourd’hui, près de chez nous comme au loin, se réalise de beau, de bien, de bon, de grand, à toute démarche qui va dans le sens du Royaume de Dieu. Ouvrons les yeux, aiguisons notre regard et semons l’espérance en partageant largement ces découvertes autour de nous !

    Soyez cohérents !

    Revenons à Jean-Baptiste. Ce n’est pas un tendre. Il se montre rude avec lui-même : voyez son accoutrement et son régime alimentaire ! Sa parole aussi peut être vigoureuse et rudoyer sans ménagement. Ainsi l’interpellation aux pharisiens et aux sadducéens : «Engeance de vipères» ! Pas vraiment gentil, ni poli. Que leur reproche-t-il au juste ? Certes pas de se faire baptiser comme les autres, ni de confesser leurs erreurs et leurs manquements ! Mais alors qu’est-ce qui, selon lui, cloche chez eux? Les secouant parce qu’ils ne produisent pas un ‘fruit digne de ce changement de regard’, il leur reproche leur incohérence. Ils semblent, en effet, se contenter de rites et se reposer sur eux, mais ne changent pas leur façon de vivre, cherchant à l’ajuster à de vraies valeurs, posant des choix davantage en accord avec le Royaume de Dieu. Telle est l’autre démarche à laquelle nous invite le prophète : non seulement être attentifs au Royaume qui advient ici et maintenant, mais aussi et surtout prolonger cette découverte dans nos engagements et par toute notre vie. L’espérance en un monde selon le cœur de Dieu – car c’est bien cela le Royaume de Dieu – n’est-elle pas au bout de ce cheminement ?

  • Veillez

    Veillez

    Mt 24, 37-44
    « Mais quand est-ce qu’il va revenir notre Sauveur ! » se demandent les chrétiens qui vivent leur foi dans un contexte de persécutions et de brimades par les autorités religieuses de leur époque.
    « Vous ne saurez ni le jour ni l’heure » avait dit Jésus à ses amis, les invitant à vivre le moment présent, les invitant à ne pas tomber dans la fièvre des annonces de fin des temps.
    « Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. » nous dit la Parole ce premier jour du temps de l’Avent !
    « Tenez-vous donc prêts, vous aussi ! »
    Et quoi, Jésus, tu nous enfermes dans la peur, l’angoisse ? J’ose croire qu’il ne mange pas de ce pain-là… Il est de l’ordre de la passion amoureuse, de l’ordre de celles et ceux qui se mobilisent constamment pour un être cher, pour une cause juste, pour un projet fédérateur.
    Oui, il est venu il y a près de 2000 ans.
    Oui, nous osons croire à un accomplissement final un jour, ce jour où l’humanité tout entière sera aboutie dans ses capacités relationnelles et humaines.
    Mais en attendant ce jour, pas question de rester les mains dans les poches !
    Notre Sauveur nous attend, là où nous vivons notre quotidien.
    « Veille avec moi, s’il te plaît, pour apporter un peu de lumière, là où la vie apparaît parfois si sombre, là où les médias ne nous montrent souvent que le côté obscur de l’humanité : j’ai besoin de toi ! »
    Mais dis donc, curé, une question : ça fait deux fois que tu parles de « notre Sauveur » : qu’est-ce qui se cache là derrière cet attribut ?
    Comme le disait un ami cette semaine, derrière le mot « sauveur » se cache « quelqu’un qui prend soin d’autrui ».
    Oui, en ce temps de l’Avent, nous célébrons la venue de ce Dieu qui vient à la rencontre des hommes pour prendre soin d’eux, pour les soigner dans leur capacité d’aimer qui est blessée, abîmée, par tant de quêtes qui ne mènent à rien, sinon à dresser les hommes les uns contre les autres : course au pouvoir, recherche de la gloire, accumulation de biens, …Et pour célébrer concrètement cette venue, nous sommes invités à retrousser nos manches :« Ma venue doit te mettre en action, j’ai besoin de toi pour prendre soin de ces humains qui
    vivent en 2025, je n’ai d’autres bras, d’autres cœurs, d’autres oreilles, d’autres regards, que les tiens : s’il te plaît, aide-moi à soigner tant d’humains abîmés.»
    Puissions-nous en ce temps de préparation à la fête de Noël, marcher joyeusement à la suite de notre Sauveur, choisissant ces petits et ces grands gestes concrets, qui offrent du soin, qui soignent, non seulement nos proches, mais aussi ceux que la vie n’a pas épargnés et sontdavantage éprouvés par les obstacles de la vie.
    Bon temps d’Avent à tous.

  • La vraie royauté

    La vraie royauté

    Christ Roi de l’Univers…
    J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette fête instituée tardivement, en 1925, par Pie XI. Jésus, Roi ? Vraiment ? Comment comprendre cette affirmation ?

    « Le Règne de Dieu s’est approché. »

    Pour Jésus, le seul vrai roi, c’est Dieu ! Et le cœur de son message, c’est le Règne, le Royaume, la Royauté de ce Dieu qu’il ose appeler Père. ‘Le Règne de Dieu s’est approché’. (Mc 01,15) : voilà l’Heureuse Nouvelle qu’il proclame dès le début de sa mission et que ses paraboles nous font découvrir (Mt 13). Quand il initie ses disciples à la prière, il les invite à demander : ‘que ton Règne vienne’ (Lc 11,01-04). Jésus, en effet, s’est toujours défendu de voler la vedette à son Père. Ainsi, après la multiplication des pains, quand on veut s’emparer de lui pour le faire roi, il se retire dans la montagne, seul, pour prier (Jn 06,15).
    C’est seulement dans le récit de la passion que les évangiles évoquent une royauté de Jésus, à trois reprises. Le présenter comme roi apparaît d’abord comme un subtile prétexte des autorités juives pour le faire condamner par le pouvoir romain : en effet, se prétendre roi, c’était s’opposer au pouvoir de Rome et à l’empereur (Lc 23,01-03). C’est ensuite une manière d’humilier ce condamné, de se moquer de lui en l’affublant d’une couronne d’épines et d’un manteau pourpre (Mc 15,16-20). Enfin, il y a l’écriteau placé sur la croix qui précise en ces termes le motif da sa condamnation (Lc 23,38).

    La royauté de Jésus

    Si Jésus a proclamé la royauté de son Père, s’il ne s’est jamais lui-même présenté comme roi, il a bel et bien contribué à faire advenir le Règne de Dieu, à nous le rendre plus proche. Ce faisant, il a en quelque sorte exercé la royauté au nom de Celui-ci. Une royauté qui – il le précisera à Pilate – n’est pas ‘selon ce monde’ (Jn 19,36). Il l’a fait en rappelant envers et contre tout le primat de l’amour du prochain, en prenant soin des malades, en libérant les possédés des esclavages qui les tenaient captifs, en se refusant à condamner qui que ce soit, mais – au contraire – en attestant que le pardon de Dieu est donné à qui est prêt à l’accueillir.
    C’est exactement ce qu’Israël attendait de ses rois : qu’ils soient proches des gens, car « nous sommes de tes os et de ta chair » ; et que, tel un ‘berger’, ils les conduisent au nom de Dieu et selon son projet (2 Sam 05,01-03), assurant paix et sécurité à l’intérieur du territoire comme aux frontières, veillant à ce que personne ne manque de l’essentiel, à ce que justice soit rendue, etc…

    Contemplons Jésus crucifié, à l’agonie.

    Ainsi Jésus a-t-il vécu, jour après jour, durant le temps si bref de sa mission. Et ce jusqu’à son dernier souffle. Là éclate sa royauté comme royauté du cœur. En témoignent ses trois dernières paroles. A qui les adresse-t-il ? Remarquons-le d’abord : il ne prend pas la peine de répondre à ceux qui, se moquant de lui, le provoquent : « Sauve-toi, toi-même ! » Jamais, en effet, il n’avait cherché à sauver sa peau ; en revanche, en payant de sa personne, il avait toujours été attentif à offrir largement une Vie qui avait saveur d’éternité, ce qu’on appelle le ‘salut’. 
    Ses dernières paroles sont pour son Père et pour le brigand repenti, crucifié à ses côtés. A son Père, il demande de pardonner à ses bourreaux – il faut le faire !!! –, puis s’abandonne avec confiance entre ses mains (Lc 23,34 et 46). A l’égard du ‘bon larron’, Jésus se montre tout aussi touchant et sublime. Rassemblant ses dernières forces, il se veut attentif à sa prière « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et ne la laisse pas sans réponse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Quelle tendresse ! Quelle noblesse ! Quelle royauté ! Celles du cœur …
    Dans sa réponse, – cela vaut la peine d’être remarqué – Jésus ne fait aucune allusion à ce qui serait ‘son royaume’ ; il évoque le ‘paradis’, ce lieu de beauté et délices où Dieu, à la brise du soir, se promène, à la recherche de l’homme (Gn 03,08). Par ailleurs, il ne promet rien pour un futur lointain, mais pour ‘aujourd’hui’. Superbe promesse qui fait dire à Bossuet : « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le paradis, quel séjour ! »

    Inscrire nos vies dans les pas d’un tel roi …

    De par notre baptême, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de rois et de prophètes. Comme Jésus, ce roi crucifié, apprenons à renoncer à ‘sauver d’abord notre peau’, ouvrons les yeux et les oreilles, les mains, nos cœurs surtout, pour accueillir les blessés de la vie et les personnes en détresse que nous croisons. Offrons-leur un peu de cette Vie que nous-mêmes, nous avons reçue de lui. Alors, nous serons en vérité les disciples de l’homme de Nazareth