Je suis…

Je suis…

Parabole d’une richesse extraordinaire, susceptible de plusieurs lectures selon que l’on concentre l’attention sur tel ou tel élément. Entre autres choses, il y est question d’une bergerie et de sa porte, de bandits et de voleurs qui y pénètrent par effraction ou du vrai berger qui, lui, entre par la porte, d’un portier qui lui ouvre et, bien sûr des brebis qui, connaissant la voix de leur berger, l’écoutent et le suivent, … Pas simple de déchiffrer ce que cachent ces images ! Perplexité d’hier : « Eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait » (v. 06). Sans doute aussi perplexité de nos jours… C’est pourquoi Jésus prend le temps de déployer le sens de cette parabole, en s’y mettant en scène. Il le fait dans deux directions principales : « Je suis la porte » ; « Je suis le beau berger qui donne sa vie pour ses brebis ».

« Je suis … »

L’avez-vous remarqué ? Dans le quatrième évangile, l’expression « Je suis … » suivie d’un attribut se trouve souvent sur les lèvres de Jésus : « Je suis le Pain de vie descendu du ciel » (06,41), « Je suis la Lumière du monde » (08,12), « Je suis la Résurrection et la Vie » (11,25), « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (14,06), « Je suis la Vraie Vigne » (15,01). Ici, Jésus l’utilise à deux reprises : « Je suis la porte » (vv. 07 et 09) et « Je suis le bon/beau berger » (vv. 11 et 14). Voilà qui est très fort ! Pourquoi ? Parce que Dieu s’était présenté ainsi à Moïse et au peuple hébreu : « Je suis qui je suis » (Ex 03,14), « Je suis le Seigneur qui t’ai fait sortir » (Ex. 06,07), « vous saurez que Je suis le Seigneur, votre Dieu » (Ex 16,12), … Ce « Je suis » divin exprimait à la fois une plénitude d’être, une présence à leurs côtés, et la promesse de les faire sortir de la terre d’esclavage et de les accompagner au long de la route de l’Exode.
Et voilà que Jésus se présente ainsi ! Révélation ! Une question s’impose alors : qui donc est cet homme qui parle ainsi de lui-même et de sa mission ? Qui donc est cet homme auquel on a donné tant de titres. J’en évoque quelques-uns dans le quatrième évangile : le Verbe de Dieu (01,01), l’Agneau de Dieu qui porte et emporte le péché du monde (01,29) ; le Christ ou Messie (04,25), le Prophète (07,41), mon Seigneur et mon Dieu (20,28), etc. Question qui s’est imposée aux contemporains de Jésus et qui les a divisés : « les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles » (v. 19). Question que les disciples eux-mêmes se sont posée maintes fois. Question qui s’impose aussi à nous qui, aujourd’hui, redécouvrons cette parabole.

« Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits. » 

Au moment même où il se présente comme la Porte, l’évangéliste met sur les lèvres de Jésus ce reproche très dur ! Ces mots font référence à des situations précises. La première est ancienne, évoquée par des prophètes dans l’Ancien Testament, Jérémie (23,01-04) et Ezéchiel (Ez 34,01-06) entre autres. Dieu reproche vertement aux bergers de son peuple – rois et prêtres – d’avoir conduit les siens dans une impasse, celle de l’exil à Babylone (587-538 ACN) ou de la dispersion dans d’autres pays voisins. Reproche, toutefois, suivi d’une bonne nouvelle : Dieu annonce qu’il sera lui-même le berger de son peuple, un berger soucieux de son bien comme de la vie de chacune de ses brebis, et qu’il lui donnera des bergers dignes de ce nom. Nombreux sont dans l’Ancien Testament les passages où Dieu est présenté comme le Berger de son peuple : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23).
L’autre situation est celle que vit Jésus lui-même : critiqué, diffamé, rejeté, exécuté par les autorités religieuses de son peuple. Il mettra les foules en garde à l’égard des scribes et des pharisiens « qui ferment le Royaume des Cieux devant les hommes » (Mt 23,13). Situation que vont aussi affronter les premiers chrétiens qui seront exclus des synagogues, et même du judaïsme, le livre des Actes en témoigne.
Bien des questions commencent alors à se poser à nous : pour ne pas m’égarer, qui écouter ? à qui faire confiance ? comment ne pas me laisser attirer par des mirages ? ou me croire assez fort pour affronter seul toutes sortes de difficultés ? Et si j’ai une responsabilité dans la communauté chrétienne, comment ne pas induire autrui en erreur ? Comment ne pas lui indiquer de fausses pistes ?
Mais surprise ! Pour que nous puissions recevoir et savourer « la Vie en abondance », Jésus se présente à nous et nous invite : venez, ‘Je suis le Chemin’, ‘Je suis la Porte’ qui introduit dans la bergerie. Hésiterons-nous à lui faire confiance ?

« Je suis la porte … ».

Il y a une porte à cette bergerie. Et même un portier ! Qui pourrait bien se cacher derrière la figure du portier ? Ne pourrait-on y voir le Père prêt à nous accueillir dans son Royaume ? Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un gardien qui, à sa guise, ouvrirait ou fermerait l’accès à ce domaine ; il s’agit d’un Père qui nous aime et ne nous veut que du bien.
Jésus, lui, se présente comme la porte qui donne accès à ce Royaume de Béatitude, de Vie, de Paix, de Compassion, ce Royaume ouvert à tous. Pourquoi se présente-t-il ainsi ? C’est qu’il le constate, beaucoup manquent la porte. Parfois parce que, se croyant plus malins que les autres, ils pensent trouver par eux-mêmes le bercail, le chemin qui y mène et la porte qui y donne accès. Ou encore parce qu’ils se laissent engluer par des préoccupations tellement éloignées du Royaume. Et, Jésus le sait, il l’a précisé ailleurs : « Elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la Vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. (Mt 04,13-14). Il le sait d’expérience, lui qui a payé de sa personne, « qui a donné sa vie » jusqu’à mourir cloué sur une croix.

« Je suis le beau/bon Berger ».

Jésus est bien plus que la Porte, il est le bon Berger ! Il se fait Présence ! Celle de quelqu’un qui nous connaît en profondeur, comme seul le Père nous connaît. Il est la voix qui nous appelle, celle du berger parti à la recherche de ses brebis parfois perdues, maltraitées, découragées, épuisées. A la recherche de chacune d’entre elles. Il leur permet d’aller et venir en grande liberté et ouvre devant elles un chemin de vie. Ressuscité, il est désormais cette Présence à nos côtés, jour après jour.
Nous voilà donc invités à L’écouter, à Lui faire confiance, à nous laisser guider par Lui, à faire chemin avec Lui, sûrs qu’il nous mènera au but. La foi, n’est-ce pas tout simplement cela ?