Jésus est venu nous sauver ! Il est notre sauveur ! Nous ne disons pas « notre sauveteur », mais notre « sauveur ». Le sauveteur est celui qui, du bord de la piscine, plonge pour rechercher, de gré ou de force, celui qui coule. Il est drillé pour cela, il agit presque automatiquement. Lorsque nous disons Jésus « sauveur », ce n’est pas du tout la même chose. Quelle est la différence ?
Eh ! bien, il nous arrive parfois, en regardant l’actualité proposée par les médias, de désespérer de nos semblables, peut-être aussi de nous-mêmes, parce qu’il nous semble que jamais nous ne parviendrons à construire une société vraiment humaine, un monde où, enfin, l’homme soit totalement sorti de l’animalité ou encore de la bestialité.
Même si nous sommes conscients de notre médiocrité, tous, nous rêvons d’un monde où l’homme soit vraiment humain. Mais au regard de tout ce qui se passe aujourd’hui, cela nous semble une utopie, il semble que l’animalité qui nous habite prenne toujours le dessus. Nous nous posons alors la question : les hommes, les femmes pourront-ils un jour sortir de cette inhumanité et devenir, enfin, des hommes-humains ?
A cette question Jésus a voulu répondre et nous prouver que « l’homme-humain » existe, qu’il est possible d’être entièrement humain. Cette humanité parfaite il l’a lui-même vécue dans ses engagements, ses compagnonnages, ses actes les plus simples et finalement sa mort.
Si ses compagnons ont reconnu en lui le divin, ce n’est pas à cause d’une marque spéciale ou d’une dévotion particulière, mais par sa manière de vivre.
Nous pouvons donc dire que Jésus est « sauveur » parce qu’il nous a montré un chemin d’humanisation qui mène au divin. Sauvés, nous ne pouvons l’être que par les autres, non pas par un geste magique ni même une piété débordante ; le salut n’est pas non plus un automatisme, il ne peut se réaliser que par la rencontre.
Etre sauvé, c’est rencontrer quelqu’un qui nous touche au point de nous entraîner là où, l’instant d’avant, nous nous croyions dans l’impossibilité d’aller, ou nous rend capable de réaliser ce qui nous paraissait une utopie.
Mais le message de Pâques nous dit aussi que si nous avons eu la chance de croiser l’homme Jésus qui peut donner sens à notre vie, nous devons être, à notre tour, une chance pour les autres qui croisent notre route. Qu’en voyant notre manière de vivre ils puissent dire : « Oui, l’homme-humain existe » et ainsi retrouver le goût de vivre.
Aller crier et proclamer dans les rues : « Jésus est vivant, il est ressuscité » ne sert à rien ; au contraire, cela peut être négatif si notre agir continue à s’enliser dans l’inhumanité.
La véritable spiritualité n’a rien d’une illumination subite, mais s’enracine dans nos actes les plus concrets. D’ailleurs, le ressuscité ne se rencontre pas à Jérusalem, mais en Galilée. Ce qui revient peut-être à dire qu’il se rencontre moins dans les tabernacles de nos églises que dans le quotidien de la vie, là où le visage de l’autre nous interpelle.
La résurrection ne deviendra réelle et visible que par nos engagements, nos actes et nos rencontres de chaque jour.
Joyeuse fête de Pâques.
