Étiquette : Actualités

  • Préparer le chemin

    Préparer le chemin

    Matthieu 3,1-12

    En ce temps d’Avent, à quelles démarches nous invite Jean-Baptiste pour ‘préparer le chemin du Seigneur’ ? Il nous en propose deux.

    Changez de regard !

    Il nous suggère d’abord un changement de regard, une autre manière de considérer Dieu et nos existences. Tel est le sens littéral du verbe grec traduit ici par ‘se convertir’. Et ce changement, c’est de percevoir que ‘le Royaume de Dieu s’est bel et bien approché de nous’.
    Mais, hier comme aujourd’hui, est-il si aisé de capter la proximité du Royaume de Dieu ? A suivre les nouvelles en radio ou en TV, ou sur les réseaux sociaux, on peut en douter. Que d’angoisse et de dépressions, de guerres avec leur lot de souffrances, de déplacés, de blessés et de morts !
    Et, pourtant, en celui qu’il annonce, le Royaume de Dieu se fera tout proche : Jésus, en effet, ira «partout en faisant le bien» (Ac 10,38), pardonnant, soignant et relevant les personnes croisées en chemin, semant la Vie autour de lui. Il s’emploiera ainsi à nous faire découvrir le Royaume comme cet espace où amour et fraternité, paix et justice peuvent se déployer pleinement. Et, surtout, il nous permettra de découvrir Dieu, son Père, comme Heureuse Nouvelle pour l’homme. Certains le comprendront et s’engageront à sa suite ; pour d’autres, la démarche s’avérera difficile.
    Le Baptiste, et Jésus sur les lèvres duquel se retrouvera cette invitation à changer de regard (Mt 04,17), nous invitent donc à être attentifs à tout ce qui, aujourd’hui, près de chez nous comme au loin, se réalise de beau, de bien, de bon, de grand, à toute démarche qui va dans le sens du Royaume de Dieu. Ouvrons les yeux, aiguisons notre regard et semons l’espérance en partageant largement ces découvertes autour de nous !

    Soyez cohérents !

    Revenons à Jean-Baptiste. Ce n’est pas un tendre. Il se montre rude avec lui-même : voyez son accoutrement et son régime alimentaire ! Sa parole aussi peut être vigoureuse et rudoyer sans ménagement. Ainsi l’interpellation aux pharisiens et aux sadducéens : «Engeance de vipères» ! Pas vraiment gentil, ni poli. Que leur reproche-t-il au juste ? Certes pas de se faire baptiser comme les autres, ni de confesser leurs erreurs et leurs manquements ! Mais alors qu’est-ce qui, selon lui, cloche chez eux? Les secouant parce qu’ils ne produisent pas un ‘fruit digne de ce changement de regard’, il leur reproche leur incohérence. Ils semblent, en effet, se contenter de rites et se reposer sur eux, mais ne changent pas leur façon de vivre, cherchant à l’ajuster à de vraies valeurs, posant des choix davantage en accord avec le Royaume de Dieu. Telle est l’autre démarche à laquelle nous invite le prophète : non seulement être attentifs au Royaume qui advient ici et maintenant, mais aussi et surtout prolonger cette découverte dans nos engagements et par toute notre vie. L’espérance en un monde selon le cœur de Dieu – car c’est bien cela le Royaume de Dieu – n’est-elle pas au bout de ce cheminement ?

  • Des socs et des faucilles

    Des socs et des faucilles

    Isaïe
    2, 1-15

    Un peu d’histoire.

    Cette année, durant le temps de l’Avent, un extrait du livre d’Isaïe nous sera proposé en première lecture chaque dimanche. Commençons donc à faire connaissance avec le prophète.

    Isaïe vit au 8ème siècle ACN. A cette époque, le royaume unitaire de Salomon est divisé en deux petits royaumes, depuis près de deux siècles : le royaume d’Israël au Nord, avec Samarie pour capitale, et celui de Juda, au Sud, avec Jérusalem pour capitale. Le prophète et les siens vivent dans le Royaume du Sud ; il est proche de la cour royale et exerce son ministère entre 740 et 701 ACN, sous le règne de plusieurs rois.

    A cette époque, dans la région, le royaume d’Assyrie monte en puissance. Dans un premier temps, les deux petits royaumes ne furent pas inquiétés ; ils vivaient même dans une relative prospérité, entraînant parfois un relâchement des mœurs qui inquiétait le prophète. Plus tard, ils furent menacés : en 721 ACN, le royaume du Nord tomba sous les coups de l’Assyrie, ce qui entraîna la déportation massive de la population, tandis que le Royaume de Juda réussit à résister un bon bout de temps encore.

    Une vision grandiose.

    Dans la Bible, un prophète est d’abord et avant tout un homme de l’écoute du Seigneur et de l’attention aux signes qu’il donne. Etape indispensable avant toute prise de parole pour proclamer autour de lui le message reçu du Seigneur.

    Dans le passage lu ce dimanche, le prophète a reçu une vision : tous les peuples convergent vers Jérusalem et vers la ‘Maison de Dieu’ qu’est le Temple. Ils y montent avec une grande soif spirituelle : ils sont à la recherche d’un enseignement du Seigneur qui éclaire leur vie et qui les aide à mettre fin à toutes formes de guerre, de conflit, de division. Tant et si bien qu’ils en viennent à ’recycler’ (eh oui ! nous n’avons rien inventé !!!) leurs armes en faucilles et en socs de charrue. Vision grandiose qui dessine, non pas le terme de l’histoire, mais sa finalité : une humanité enfin réconciliée, qui réussit à dépasser divisions, égoïsmes, concurrences et quêtes de pouvoir.

    Une vision triomphaliste ?

    Cette vision peut être regardée de façon triomphaliste : « Ah ! Le monde entier vient à nous ; nous sommes donc les meilleurs ! » Mais non ! C’est mal lire ce passage ; le prophète termine le récit de cette vision en invitant son peuple à emboîter le pas des autres peuples et à se joindre à leur démarche : en grande humilité, en donnant toute sa place à la Parole du Seigneur et la laissant éclairer notre route « Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. »

    Nous, chrétiens et Eglises de Dieu, nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Nous sommes aussi invités à recevoir cette vision et à nous joindre avec humilité à cette démarche !

    Un message d’une incroyable actualité !

    N’y a-t-il pas là une question adressée à notre monde contemporain où tant de voix prônent de se réarmer et de se préparer à la guerre ?

    Et si la bonne question à se poser était plutôt : comme éviter les guerres et se préparer à la paix ? En commençant dans nos milieux de vie, cherchant inlassablement à mettre fin aux incompréhensions, disputes, guéguerres de toute sorte.

    Non, il ne s’agit pas d’un jour merveilleux à attendre passivement, béatement, mais d’un horizon qui, jour après jour, doit guider nos choix, nos engagements. Que l’écoute régulière de la Parole de Dieu, ‘son enseignement’, vienne réveiller nos consciences et nous rendre vigilants : « Veillez », dira Jésus à ses disciples ; « sortez de votre sommeil », écrira l’apôtre Paul.

  • Veillez

    Veillez

    Mt 24, 37-44
    « Mais quand est-ce qu’il va revenir notre Sauveur ! » se demandent les chrétiens qui vivent leur foi dans un contexte de persécutions et de brimades par les autorités religieuses de leur époque.
    « Vous ne saurez ni le jour ni l’heure » avait dit Jésus à ses amis, les invitant à vivre le moment présent, les invitant à ne pas tomber dans la fièvre des annonces de fin des temps.
    « Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. » nous dit la Parole ce premier jour du temps de l’Avent !
    « Tenez-vous donc prêts, vous aussi ! »
    Et quoi, Jésus, tu nous enfermes dans la peur, l’angoisse ? J’ose croire qu’il ne mange pas de ce pain-là… Il est de l’ordre de la passion amoureuse, de l’ordre de celles et ceux qui se mobilisent constamment pour un être cher, pour une cause juste, pour un projet fédérateur.
    Oui, il est venu il y a près de 2000 ans.
    Oui, nous osons croire à un accomplissement final un jour, ce jour où l’humanité tout entière sera aboutie dans ses capacités relationnelles et humaines.
    Mais en attendant ce jour, pas question de rester les mains dans les poches !
    Notre Sauveur nous attend, là où nous vivons notre quotidien.
    « Veille avec moi, s’il te plaît, pour apporter un peu de lumière, là où la vie apparaît parfois si sombre, là où les médias ne nous montrent souvent que le côté obscur de l’humanité : j’ai besoin de toi ! »
    Mais dis donc, curé, une question : ça fait deux fois que tu parles de « notre Sauveur » : qu’est-ce qui se cache là derrière cet attribut ?
    Comme le disait un ami cette semaine, derrière le mot « sauveur » se cache « quelqu’un qui prend soin d’autrui ».
    Oui, en ce temps de l’Avent, nous célébrons la venue de ce Dieu qui vient à la rencontre des hommes pour prendre soin d’eux, pour les soigner dans leur capacité d’aimer qui est blessée, abîmée, par tant de quêtes qui ne mènent à rien, sinon à dresser les hommes les uns contre les autres : course au pouvoir, recherche de la gloire, accumulation de biens, …Et pour célébrer concrètement cette venue, nous sommes invités à retrousser nos manches :« Ma venue doit te mettre en action, j’ai besoin de toi pour prendre soin de ces humains qui
    vivent en 2025, je n’ai d’autres bras, d’autres cœurs, d’autres oreilles, d’autres regards, que les tiens : s’il te plaît, aide-moi à soigner tant d’humains abîmés.»
    Puissions-nous en ce temps de préparation à la fête de Noël, marcher joyeusement à la suite de notre Sauveur, choisissant ces petits et ces grands gestes concrets, qui offrent du soin, qui soignent, non seulement nos proches, mais aussi ceux que la vie n’a pas épargnés et sontdavantage éprouvés par les obstacles de la vie.
    Bon temps d’Avent à tous.

  • Goûter de Noël

    Goûter de Noël

    Chers Aînés,
    Les enfants du KT vous invitent à venir partager leur goûter de Noël
    le mercredi 10 décembre à 15h à la salle de Wanne.
    Nous nous réjouissons de vivre ce moment convivial avec vous.

    Inscription souhaitée pour le 8 décembre auprès de:
    Jean Dewandre : 0475/50 15 86 ou j.dewandre@yahoo.fr
    Sr René-Marie : 0472/46 97 45 ou marthemagain@skynet.be
    Lamboray Marie-Paule : 0491/59 11 22 ou lamboraymp50@gmail.com
    Lakaille Nathalie : 0496/08 80 44 ou nathlakaille@gmail.com

  • La vraie royauté

    La vraie royauté

    Christ Roi de l’Univers…
    J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette fête instituée tardivement, en 1925, par Pie XI. Jésus, Roi ? Vraiment ? Comment comprendre cette affirmation ?

    « Le Règne de Dieu s’est approché. »

    Pour Jésus, le seul vrai roi, c’est Dieu ! Et le cœur de son message, c’est le Règne, le Royaume, la Royauté de ce Dieu qu’il ose appeler Père. ‘Le Règne de Dieu s’est approché’. (Mc 01,15) : voilà l’Heureuse Nouvelle qu’il proclame dès le début de sa mission et que ses paraboles nous font découvrir (Mt 13). Quand il initie ses disciples à la prière, il les invite à demander : ‘que ton Règne vienne’ (Lc 11,01-04). Jésus, en effet, s’est toujours défendu de voler la vedette à son Père. Ainsi, après la multiplication des pains, quand on veut s’emparer de lui pour le faire roi, il se retire dans la montagne, seul, pour prier (Jn 06,15).
    C’est seulement dans le récit de la passion que les évangiles évoquent une royauté de Jésus, à trois reprises. Le présenter comme roi apparaît d’abord comme un subtile prétexte des autorités juives pour le faire condamner par le pouvoir romain : en effet, se prétendre roi, c’était s’opposer au pouvoir de Rome et à l’empereur (Lc 23,01-03). C’est ensuite une manière d’humilier ce condamné, de se moquer de lui en l’affublant d’une couronne d’épines et d’un manteau pourpre (Mc 15,16-20). Enfin, il y a l’écriteau placé sur la croix qui précise en ces termes le motif da sa condamnation (Lc 23,38).

    La royauté de Jésus

    Si Jésus a proclamé la royauté de son Père, s’il ne s’est jamais lui-même présenté comme roi, il a bel et bien contribué à faire advenir le Règne de Dieu, à nous le rendre plus proche. Ce faisant, il a en quelque sorte exercé la royauté au nom de Celui-ci. Une royauté qui – il le précisera à Pilate – n’est pas ‘selon ce monde’ (Jn 19,36). Il l’a fait en rappelant envers et contre tout le primat de l’amour du prochain, en prenant soin des malades, en libérant les possédés des esclavages qui les tenaient captifs, en se refusant à condamner qui que ce soit, mais – au contraire – en attestant que le pardon de Dieu est donné à qui est prêt à l’accueillir.
    C’est exactement ce qu’Israël attendait de ses rois : qu’ils soient proches des gens, car « nous sommes de tes os et de ta chair » ; et que, tel un ‘berger’, ils les conduisent au nom de Dieu et selon son projet (2 Sam 05,01-03), assurant paix et sécurité à l’intérieur du territoire comme aux frontières, veillant à ce que personne ne manque de l’essentiel, à ce que justice soit rendue, etc…

    Contemplons Jésus crucifié, à l’agonie.

    Ainsi Jésus a-t-il vécu, jour après jour, durant le temps si bref de sa mission. Et ce jusqu’à son dernier souffle. Là éclate sa royauté comme royauté du cœur. En témoignent ses trois dernières paroles. A qui les adresse-t-il ? Remarquons-le d’abord : il ne prend pas la peine de répondre à ceux qui, se moquant de lui, le provoquent : « Sauve-toi, toi-même ! » Jamais, en effet, il n’avait cherché à sauver sa peau ; en revanche, en payant de sa personne, il avait toujours été attentif à offrir largement une Vie qui avait saveur d’éternité, ce qu’on appelle le ‘salut’. 
    Ses dernières paroles sont pour son Père et pour le brigand repenti, crucifié à ses côtés. A son Père, il demande de pardonner à ses bourreaux – il faut le faire !!! –, puis s’abandonne avec confiance entre ses mains (Lc 23,34 et 46). A l’égard du ‘bon larron’, Jésus se montre tout aussi touchant et sublime. Rassemblant ses dernières forces, il se veut attentif à sa prière « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et ne la laisse pas sans réponse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Quelle tendresse ! Quelle noblesse ! Quelle royauté ! Celles du cœur …
    Dans sa réponse, – cela vaut la peine d’être remarqué – Jésus ne fait aucune allusion à ce qui serait ‘son royaume’ ; il évoque le ‘paradis’, ce lieu de beauté et délices où Dieu, à la brise du soir, se promène, à la recherche de l’homme (Gn 03,08). Par ailleurs, il ne promet rien pour un futur lointain, mais pour ‘aujourd’hui’. Superbe promesse qui fait dire à Bossuet : « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le paradis, quel séjour ! »

    Inscrire nos vies dans les pas d’un tel roi …

    De par notre baptême, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de rois et de prophètes. Comme Jésus, ce roi crucifié, apprenons à renoncer à ‘sauver d’abord notre peau’, ouvrons les yeux et les oreilles, les mains, nos cœurs surtout, pour accueillir les blessés de la vie et les personnes en détresse que nous croisons. Offrons-leur un peu de cette Vie que nous-mêmes, nous avons reçue de lui. Alors, nous serons en vérité les disciples de l’homme de Nazareth

  • Conférence Gabriel Ringlet

    Conférence Gabriel Ringlet

    16/12/2025 – 19h30 – Trois-Ponts

    Nous baignons quotidiennement dans des images de mort à travers les médias. Une mort qui apparaît comme « extra-ordinaire », lointaine, abstraite, tandis que les fins de vie « ordinaires » se déroulent souvent dans le silence de lieux clos : « cachez cette mort que je ne saurais voir… »
    Face à la mort de l’autre, face à ma propre mort, une question importante se pose : suis-je capable de mettre la mort au monde ? Personne n’échappe à cet accouchement. Mais comment le faciliter ?
    À travers une conférence grave et légère, tendre et stimulante, le conférencier dira pourquoi il faut parler de la mort quand tout va bien, « quand il fait beau », et en parler, surtout avec les plus jeunes, y compris les tout-petits. Pour mieux vivre précisément. Il évoquera aussi l’accompagnement du mourant et de son entourage expliquant que laisser grandir la mort en soi n’est pas une chose triste, loin de là, mais une manière de mieux vivre l’instant présent.
    Tour à tour aumônier d’hôpital, curé de paroisse et professeur d’université, le conférencier parlera de plusieurs expériences vécues avec des petits, des jeunes et des plus âgés. Fidèle à son habitude, Gabriel Ringlet mêlera réflexion spirituelle et évocation poétique dans une conférence souriante et encourageante où il sera aussi question de la joie.

  • Fin des temps

    Fin des temps

    En approchant de la fin de l’année liturgique, l’Eglise nous propose d’un peu méditer sur la fin des temps.
    Jésus reste discret quant à la forme que prendra la fin des temps, il ne donne pas de date, pas de détails descriptifs ou tout autre élément qui pourrait nous mettre sur la piste de ce jour de l’accomplissement.
    Cependant, Jésus nous met en garde contre des dangers relatifs à cette question de la fin des temps, il veut nous en rappeler quelques dimensions importantes.
    Alors que les disciples sont en train d’admirer la beauté du temple de Jérusalem, qui, il est vrai, faisait partie des sept merveilles du monde à l’époque, Jésus rappelle la fragilité des constructions humaines qui, un jour ou l’autre, finiront par s’écrouler. Très vite alors, les disciples posent la question du « quand cela va-t-il arriver ? », ce qui leur permettrait de se préparer à ces bouleversements, d’être prêts à les vivre. Mais Jésus n’entre pas dans cette problématique, il préfère appeler ses disciples à une vigilance incessante, comme quand il leur a proposé la parabole des dix vierges, « Veillez dans l’attente du retour de l’époux, car vous ne savez quand il reviendra ! » Jésus veut faire de nous des veilleurs, des personnes qui font chaque jour fructifier leurs talents, en accueillant ceux qu’elles rencontrent sur leur route, en leur prêtant une oreille attentive, en prenant du temps pour entrer toujours davantage dans la relation à son Père.
    Jésus ne veut pas non plus nous voir entrer dans cette fièvre apocalyptique où l’on passe plus de temps à essayer de savoir quand viendra la fin des temps qu’à vivre l’Evangile, il ne veut pas nous voir entrer dans le giron de tant de faux prophètes qui soi-disant connaissent le dernier jour. Jésus est on ne peut plus clair à ce sujet : « Personne ne connaît le jour, si ce n’est le Père; même le Fils ne le connaît pas ». Il ne sert donc à rien de s’effrayer quand des catastrophes arrivent, quand la guerre sévit dans le monde, ce sont là des choses qui existent depuis la nuit des temps, qui font partie de cette humanité déchirée, ce ne sont pas des annonces de la proximité de la fin !
    Devant ces réalités, Jésus veut nous rassurer, il désire nous sortir de la peur qui paralyse pour nous faire entrer dans une dynamique de confiance, dans une dynamique de l’accueil de l’Esprit Saint qui nous aide à faire la volonté du Père. Voilà ce que Jésus nous demande dans ces temps qui sont les derniers, dans ces temps qui sont marqués par le mal, la souffrance, la bêtise et la méchanceté humaines : utilisez ce temps qui vous est donné pour témoigner de l’Evangile plutôt que de vous terrer dans la peur de la fin des temps; utilisez ce temps pour offrir cette part de lumière qui est la vôtre et qui est là pour faire grandir la vie et l’espérance là où vous vivez !
    Et Jésus termine par rappeler que cette mission n’a rien d’une promenade de santé, elle est souvent chemin qui passe par la souffrance, comme elle a été chemin de croix pour le Christ lors du vendredi saint. « Nul n’est plus grand que le maître » nous dit Jésus, nous rappelant par là que celui qui le suit passe un jour ou l’autre par la croix. Mais là encore, Jésus se veut rassurant, « Ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire ou à faire, c’est moi qui agirai en vous. » Nous deviendrons alors ce grain de blé tombé en terre qui meurt pour donner beaucoup de fruits, et cela sans aucun mérite de notre part.
    Oui, viens, Seigneur Jésus, viens nous aider à grandir dans la confiance pour que nous apprenions à faire la volonté du Père.

  • Dialogue islamo-chrétien

    Dialogue islamo-chrétien

    L’association Solidarité Orient (« petite sœur » belge de L’œuvre d’Orient) et la Commission pour le Dialogue interreligieux du Diocèse de Liège annoncent une conférence qui devrait être très intéressante pour les personnes qui s’intéressent aux relations entre les religions

  • Un sanctuaire de Dieu

    Un sanctuaire de Dieu

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le chef de Jésus, nous ne sommes pas habitués à des prises de position aussi musclées que celle ici racontée. Pourquoi cet accès de colère ? Quel message pouvons-nous retirer de cette page d’évangile, tout comme de l’extrait de la lettre que Paul adresse aux chrétiens de Corinthe. On peut, me semble-t-il, distinguer plusieurs niveaux de sens.

    Dieu est gratuit !

    Pour les Juifs, le Temple est LE lieu saint pas excellence, signe de la présence du Très-Haut parmi les siens. Il s’agit d’un vaste ensemble, avec différents espaces ; on y accède par l’esplanade où l’on trouve tous les commerces en lien avec les sacrifices ; puis se succèdent trois parvis avec une gradation dans leur caractère sacré : d’abord celui des étrangers qui partagent la foi juive, puis celui des femmes et des enfants, ensuite celui des hommes ; viennent enfin l’espace saint où évoluent prêtres et lévites et le Saint des saints où seul le grand-être pénètre une fois par an.
    Comme tout Juif pieux, Jésus monte au Temple avec ses disciples pour célébrer la pâque juive. A son arrivée, il est choqué, outré à la vue de ces commerces défigurant ce lieu de la rencontre avec Dieu, et il s’insurge. Pourquoi ce coup de sang ?
    Si le Temple est bien signe de la Présence de Dieu parmi les siens, selon Jésus cette Présence est gratuite, elle est cadeau, non monnayable : il convient tout simplement de s’y ouvrir, de l’accueillir. Finis donc les petits commerces et les marchandages que nous pouvons avoir avec son Père pour ‘acheter’ en quelque sorte ses bienfaits : pardon, guérison, réussite, salut, … Dieu est gratuit, absolument gratuit. Premier niveau de sens.

    Jésus, Présence de Dieu parmi nous.

    Mais les autorités religieuses juives n’en resteront pas là ; elles viennent interroger Jésus, lui demandant ce qui l’autorisait à poser cet acte prophétique. Sa réponse permet de percevoir un deuxième niveau de sens.
    Jésus, nous le savons, s’est découvert habité par la Présence divine ; il en a une conscience si vive que, souvent, il se retire dans la solitude, pour s’y ouvrir et l’accueillir. Il a aussi compris qu’à travers lui, cette Présence pourrait rayonner et s’offrir, gratuitement, à tout un chacun : telle serait sa mission.
    Ses disciples, eux, mettront du temps à entrer dans ce mystère. Ils ne le découvriront pleinement qu’à la faveur de leurs rencontres avec Jésus ressuscité : leur Maître leur apparaîtra alors comme Présence indestructible de Dieu parmi eux, Présence dont même la mort n’aura eu pas raison. La personne de Jésus devenait ainsi le lieu de la Présence agissante de Dieu, le nouveau Temple en quelque sorte.
    Aujourd’hui, ne sommes-nous pas aussi appelés, à la suite de Jésus et de ses disciples, à percevoir cette Présence – toujours discrète, mais bien réelle – au plus intime de nous-même, comme en toute personne que nous rencontrons ? « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. »
    Dès lors, pourquoi vouloir confiner Dieu, Le reléguer dans un lieu, aussi sacré soit-il ? Ceci vaut non seulement pour les temples – celui de Jérusalem comme tous les autres de par le monde – mais aussi pour les synagogues, pour nos églises et nos chapelles, les mosquées, etc.

    Un sanctuaire de Dieu

    « Vous êtes une maison que Dieu construit, (…) un sanctuaire de Dieu. » Troisième niveau de sens dans le passage de la lettre aux chrétiens de Corinthe : S. Paul y prolonge le message de Jésus d’une autre façon encore. En effet, l’apôtre s’adresse à une communauté de foi. Pour lui, toute communauté de disciples est un sanctuaire de Dieu, habité par son Souffle. C’était déjà ce que Jésus avait donné à entendre : « Quand deux ou trois se trouvent rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi en va-t-il de la communauté de foi qu’est notre Unité Pastorale : elle est, elle aussi, un sanctuaire de Dieu, une maison que Dieu construit.
    Il est bon de nous en souvenir lorsque nous nous retrouvons pour l’eucharistie ou pour un temps de prière communautaire : l’assemblée est alors une forme de la ‘présence réelle’ de Dieu. Il en est de même pour la mission et le témoignage : nous sommes invités à être présence de Dieu parmi les hommes par la qualité de présence et d’amour dont nous rayonnons. Il en sera ainsi à la mesure de notre ouverture au Souffle de Dieu.

  • Comment vivre?

    Comment vivre?

    Didier Croonenberghs

    Commémorer les défunts, ce n’est pas s’enfermer dans la spirale amère des pourquoi, mais c’est paradoxalement se poser la question du comment ! « Comment vivre? » Comment bien vivre en sachant que nous devons mourir? Comme vivre, en sachant que nous devons bien mourir? Comment être heureux malgré la perte de ceux qui nous aimons?

    Parce que la mort met un terme irrémédiable à notre soif d’aimer, elle reste le mystère ultime de notre existence. Et bien que ce soit notre seule certitude sur terre, nous sommes toujours désemparés quand elle survient. Nous sommes comme désarmés, dans un monde qui aime maîtriser, posséder, conserver, immortaliser. Or, la mort, c’est la dépossession par excellence. Certains la fuient, en la taisant. D’autres la défient. Mais bien peu en parlent ouvertement.

    Voilà pourquoi il nous faut apprivoiser la mort, l’accueillir, oser peut-être en parler plus souvent, la domestiquer pour mieux vivre, pour découvrir que le temps qui passe est le chemin que prend l’éternité de Dieu pour nous rejoindre.

    Le christianisme —permettrez-moi l’expression— a remis la mort au centre, au milieu du village ! Prenez l’exemple des cimetières… Si dans la culture païenne, les morts étaient enterrés à l’extérieur des villes, les chrétiens ont voulu enterrer leurs morts dans le village, autour de l’église. Comme pour manifester ce lien qui nous unit avec tous ceux qui nous précèdent, par-delà la vie éternelle. Un lien, peut-être ténu, mais qu’il nous appartient d’entretenir.

    Et si nous éprouvons de la gêne à parler de la mort, c’est peut-être parce qu’au fond de notre coeur, il y a finalement ce sentiment que la mort n’est pas notre destinée. L’amour au fond de nous la défie. Comme pour dire, à l’être aimé qui nous précède, « Je t’aime encore, tu restes bien vivant dans mon coeur, toi, tu ne mourras pas. » Oui, notre amour, notre fidélité peuvent être plus grands que la mort. Et c’est bien au nom de cet amour plus fort que la mort que nous nous rassemblons, dans l’espérance de la résurrection. Nous nous souvenons —en ce jour— d’un proche, d’un ami, d’un mari ou d’une épouse, d’un père ou d’une mère, d’un frère ou d’une soeur, d’un enfant, d’un membre de notre famille, disparus à nos yeux, mais dans la foi, toujours vivants dans notre coeur.

    Par-delà la vie éternelle, ils sont des passeurs de vie. Ils ont usé la vie, été peut-être usés par elle, mais ils nous invitent à aimer, à vivre plus intensément la vie, sans pour autant la défier. Peut-être même que leur souvenir rendra le jour de notre grand passage plus facile à traverser. Alors, illusion, rêve ou fuite du réel? Peu importe, pour autant que cette foi en la résurrection qui nous rassemble, nous amène non pas survivre, mais à mieux vivre, à aimer davantage. Nos morts sont, dans les mains de Dieu, des grands vivants qui nous invitent à vivre la vie en abondance, et à éprouver l’urgence d’aimer.

    Didier Croonenberghs

  • Simplicité – Vérité

    Simplicité – Vérité

    Une fois encore, Jésus nous invite à réfléchir à notre vie de prière. A l’aide d’une parabole, il attire notre attention sur une possible contrefaçon de la prière. Cette parabole est propre à Luc, comme l’était celle du juge inique et de la veuve.

    Un pharisien et un publicain.
    Notre parabole met en scène deux personnages, un pharisien et un publicain qui se trouvent dans le temple à prier. Les pharisiens constituent un groupe religieux soucieux de vivre à fond leur religion. Ils s’efforcent en effet de respecter les 613 recommandations de la Torah: parmi celles-ci, 248 recommandations positives (« tu feras … ») et 365 négatives (« tu ne feras pas … ») ; on les rencontre à la synagogue chaque sabbat et à Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage (Pâque, Pentecôte, fête des Tentes). Mais cette préoccupation, poussée à l’extrême, les conduit à se couper de leurs semblables qu’ils regardent un peu de haut et évitent de fréquenter. Le mot ‘pharisien’ veut d’ailleurs dire ‘séparé’.

    Quant aux publicains, ils constituent une catégorie socio-professionnelle : ce sont les collecteurs d’impôts. Ils sont plutôt mal vus, car ils perçoivent l’impôt pour l’occupant romain et peu appréciés, car il leur arrive de s’enrichir sur le dos des contribuables. Pensez à Zachée (Lc 19,01-10).

    La prière du pharisien.
    Le pharisien semble s’adresser à Dieu, mais en réalité – selon la lettre même du texte grec – « il prie vers lui-même ». Dans sa prière, rien qui soit vraiment tourné vers Dieu ; il ne paraît pas avoir besoin de Lui car, par lui-même, il parvient à mener une vie parfaite. Sa prière n’est qu’une autosatisfaction déguisée en action de grâce : ‘justification par les œuvres ou par la Loi’, écrira S. Paul. Ce pharisien ne se soucie pas davantage d’autrui. Au contraire, il s’en démarque, ‘s’en sépare’ explicitement, notamment de ce publicain, dans un jugement sans appel. Du risque de se comparer à autrui dans la vie spirituelle.
    Prière pervertie que celle du pharisien – et, par moment, du pharisien qui sommeille en nous – car elle n’est que comparaison et brevet de satisfaction qui le coupe d’autrui. Mais le risque inverse peut aussi guetter la prière : se comparer à autrui peut conduire à se dévaloriser – « je suis nul » -, à ressasser faux pas et erreurs, à se discréditer et s’auto-flageller jusqu’à s’enfoncer dans une culpabilité malsaine. Prenons-y aussi garde !

    La prière du publicain.
    Le publicain, lui, ne tombe pas dans ce second travers : il n’énumère pas ses ratés, ses fautes. En revanche, conscient de sa pauvreté et ses faiblesses, il s’adresse vraiment à Dieu : il L’appelle au secours, implorant Sa force et Son pardon – « Montre-Toi favorable au pécheur que je suis ». ‘Justification par la foi-confiance’, écrira S. Paul. Une parabole qui est évangile, ‘heureuse nouvelle’. Pourquoi Jésus s’adresse-t-il ainsi à « certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » ? Pour leur faire des reproches, les condamner, les monter du doigt ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas son style ! Quelle est alors son intention ? Il veut les inviter à réfléchir : à jeter un autre regard sur Dieu d’abord et ensuite à chercher ce qui fait sens dans nos vies et leur donne de s’accomplir. Le Père dont parle Jésus, n’attend pas que nous nous tenions toujours sur la pointe des pieds pour parvenir à nous élever jusqu’à Lui ; c’est Lui, notre Dieu, qui fait le chemin inverse, Lui qui vient jusqu’à nous pour nous accompagner dans notre marche, nous éclairer par sa

    Parole, nous nourrir dans l’Eucharistie.

    Comment dès lors prier avec justesse ?
    En nous tenant en vérité et en grande simplicité devant Dieu, comme le publicain. En revoyant notre journée à la lumière de l’amour reçu, partagé ou refusé. En cherchant humblement et patiemment comment progresser sur ce chemin. Bien conscient de la difficulté de prier ainsi, S. Paul, dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de Rome (Rm 08,26-27), leur conseille de s’ouvrir au Souffle Saint, de Le laisser les guider dans la prière et les conduire jour après jour : « Tous ceux qui se laissent conduire par le Souffle de Dieu, ceux-là sont vraiment ses fils » (Rm 08,14). Ces conseils, faisons-les nôtres et « ouvrons nos cœurs au Souffle de Dieu » !

  • Persévérer…

    Persévérer…

    L’importance de la prière dans l’évangile selon Luc.

    L’évangile selon saint Luc donne une place importante à la prière. Il va même jusqu’à nous souffler les mots de la prière. Ainsi avec les cinq cantiques qui jalonnent son évangile de l’enfance (Lc 01 et 02). Lors de la visitation, la surprise d’Elisabeth se transforme en chant de bénédiction (01,42-43), aussitôt suivi par le Magnificat entonné par Marie ((01,46-55). Lors de la naissance de son fils Jean, Zacharie entonne lui aussi un psaume de bénédiction (01,68-79) ; et, à la naissance de Jésus, ce sont les anges dans le ciel qui louent Dieu (02,14). Cette série se termine avec le cantique du vieillard Syméon, si heureux d’avoir tenu dans ses bras le Sauveur (02,29-32). Autant d’explosions de joie et de reconnaissance qui montent vers Dieu. !

    Mais, à côté de ces cantiques où explose la joie, le troisième évangile donne une grande place à la prière de demande. L’avez-vous remarqué : presque toutes les guérisons réalisées par Jésus sont précédées par un appel au secours, une prière adressée au Seigneur : ainsi le cri des malades eux-mêmes – tel celui des dix lépreux (Lc 17,11-19) – ou l’intercession de quelqu’un de son entourage du malade – ainsi Jaïre en faveur de la guérison de sa fille (Lc 08,40-56).

    La prière de demande fait parfois difficulté …

    Pourtant, de nos jours, la prière de demande n’a pas toujours bonne presse. Comment l’expliquer ? Evoquons quelques-unes des objections les plus couramment entendues.

    Certains disent : « Inutile d’adresser à Dieu nos prières de demande : Lui qui nous a façonnés, qui nous aime tels que nous sommes, Il sait parfaitement, et peut-être mieux que nous, ce dont nous avons besoin. Alors pourquoi le Lui demander ? Ne serait-ce pas faire pression sur Lui ? »

    D’autres objectent que, derrière la prière de demande, se cache l’image d’un Dieu ‘Touring Secours’, avec le risque de réduire notre relation avec Lui à nos besoins. Et ils ajoutent : « Ne serait-ce pas à nous de trouver et apporter les solutions aux difficultés rencontrées, les nôtres ou celles d’autrui ? »

    D’autres encore disent : « Dieu est-il vraiment le Tout-Puissant ? Regardez le mal qui prolifère, les cataclysmes ? Pourquoi n’intervient-il pas de façon efficace ? En outre, notre prière ne se heurte-t-elle pas – parfois ou trop souvent – à l’absence de Dieu ou, à tout le moins, à son silence. » Et, de fait, cela en décourage plus d’un !

    Jésus a osé demander et même supplier.

    Jésus sait l’importance et la fécondité de la prière de demande. Quotidiennement, il a fait sienne la prière des Psaumes ; formé à leur école, il sait que son Père peut tout entendre : nos cris de détresse, nos impatiences, nos questions, jusqu’à notre colère et à nos appels à la vengeance. Lui-même, à Gethsémani quelques heures avant le supplice de la croix, criera sa détresse, suppliant que s’éloigne la coupe de la passion (Lc 22, 42). Plus tard, il hurlera son sentiment d’être abandonné (Mc 15,35).

    Le ‘Notre Père’, une prière qui nous bouscule…

    Dans le troisième évangile, Jésus parle souvent de la prière de demande. Notamment à l’aide d’une autre parabole, celle de l’ami importun. Dans les conseils qui suivent (Lc 11,05-13), il invite à « demander, chercher, frapper », sans nous lasser, sûrs que nous serons entendus.

    Mais, avant cela, répondant à la demande des disciples qui ne savent trop comment s’adresser à Dieu, Jésus leur propose le ‘Notre Père’ (Lc 11,01-04). Ce faisant, il nous donne les mots de la prière et, tout en même temps, nous déplace dans notre manière de prier. Avant de prier pour leurs besoins, il leur suggère de se soucier de Dieu : qu’il soit connu et reconnu, qu’advienne et grandisse son Règne, réalisant son projet de vie pour tout un chacun (= sa volonté). L’avions-nous remarqué ? En effet, nous pensons à prier pour nous-même, pour nos proches, mais pensons-nous à prier aussi pour Dieu, lui donnant même la priorité ? C’est précisément ce à quoi Jésus nous invite. C’est ainsi que lui-même priera à Gethsémani : « Non pas ma volonté, mon désir, mais le tien » (Lc 22,42). Du reste, n’est-ce pas dans ce cadre que nos demandes personnelles sont invitées à s’inscrire ?

    Les bienfaits de la prière de demande.

    Mais quels sont les bienfaits de la prière qui se risque – comme le fait la veuve de la parabole – à appeler à l’aide avec insistance, à demander encore et encore ? J’en pointe trois.

    Elle nous permet d’abord de creuser notre propre désir, de le purifier, de l’élargir, de l’ajuster progressivement au vaste projet de Dieu. Oui, la prière persévérante a le pouvoir de creuser en nous, et en chacun, cet espace où Dieu peut se rendre présent et agissant. C’est que nombreuses peuvent être, en nous ou chez autrui, les résistances à la conversion du cœur.

    Autre bénéfice de la prière de demande : nous décentrer de nous-même et nous rendre sensible à la détresse d’autrui. Nous le savons, ici-bas Dieu n’agit pas sans nous : la toute-puissance d’Amour qu’Il est, a besoin de l’amour que nous pouvons offrir, de notre concours, de nos idées, de notre temps et de nos engagements pour que se réalise son projet.

    La prière de demande nous invite aussi à l’attention et à la relecture de vie : le Seigneur ne m’a peut-être pas exaucé comme je le Lui demandais, mais il a néanmoins « ouvert un passage » et rendu possibles, de façon inattendue, d’autres choses belles et bonnes. Prenons-en conscience et remercions-Le. Car c’est ainsi que l’espérance et la confiance, parfois très fragiles, peuvent se frayer un chemin dans nos cœurs.

    Aujourd’hui, à travers la parabole du juge inique et de la veuve, Jésus nous presse de regarder la démarche de cette veuve et, comme elle, de durer dans la supplication : c’est que, selon lui, cela fait partie de la confiance fondamentale inhérente à notre foi.

    Mais, en même temps, il se pose une question et nous la pose : « Quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Entendons-là et, quand vacillent confiance et espérance, une fois encore faisons nôtre la prière des apôtres : « Seigneur, augmente en nous la confiance de la foi ! » (Lc 17,05-06)