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  • Guérison polémique

    Guérison polémique

    Vive polémique autour de la guérison de l’aveugle-né

    Un récit abrupt, marqué par la violence !
    Ces grandes pages du quatrième évangile, on croit les connaître. Et pourtant, en relisant le récit de la rencontre de Jésus avec l’aveugle-né, j’ai été frappée comme jamais auparavant par la violence présente dans le récit. Aucun personnage n’y échappe, hormis Jésus. Relisons ce récit sous cet angle-là !
    Quel contraste dès l’entame du récit ! D’un côté l’initiative pleine de bienveillance de Jésus : il voit ce malade qui, lui, ne peut le voir ; il prend soin de lui et le guérit. Merveille d’attention et de présence ! Tout à l’opposé de la préoccupation de ses disciples : indifférents à la souffrance de ce malade, ils semblent mus par une curiosité spirituelle, englués dans une casuistique aussi stérile qu’inutile : « Qui a péché, lui ou ses parents ? ». Cécité des disciples et violence de leur indifférence face à la détresse de cette personne.
    Violence dans la réaction des voisins et de ceux qui, hier encore, voyaient cet aveugle mendier. Plutôt que de se réjouir de sa guérison, ils cherchent à vérifier son identité. En outre, il semble que ce soit eux qui l’amènent aux pharisiens, car – ô désobéissance – cette guérison a eu lieu un jour de sabbat. Violence de leur dénonciation. Commence alors un procès en bonne et due forme, avec un premier interrogatoire de l’aveugle guéri.
    Ses parents sont ensuite convoqués et interrogés par les autorités juives. Mais ceux-ci se débinent, sans apporter le moindre soutien à leur fils, … par peur d’être rejetés. Violence dans leur lâcheté !
    Nouvel interrogatoire, plus serré cette fois, de l’ancien aveugle. Violence ici aussi dans le regard dur et sans concession des autorités juives et dans les paroles échangées. Exemples : leur appréciation de Jésus – « Nous savons, nous, que cet humain est un pécheur » (v. 24) – et, plus loin, les mots qu’ils adressent à l’aveugle guéri : « Toi qui es tout entier dans le péché, tu nous fais la leçon ! » (v. 34). Finalement tombe la sentence : lui qui n’a rien fait de mal, le voilà excommunié, exclu du judaïsme.
    Ce n’est pas anodin de pointer les formes de violence multiforme présente dans ce récit ! Elle est en quelque sorte le miroir de bien de nos violences, celles qui parfois nous traversent et s’expriment dans nos échanges interpersonnels, comme celles existant dans les débats qui agitent nos sociétés, même quand celles-ci se veulent démocratiques.

     » Pécheur  » ? Lui ? Moi ?

    Ce qui étonne aussi dans ce récit, c’est le fréquent recours au vocabulaire du ‘péché’. On le retrouve souvent dans les échanges de Jésus avec ses contemporains, notamment dans la bouche des pharisiens : en effet, ceux-ci tenaient à observer fidèlement les 613 préceptes de la Torah et se tenaient à distance de celles et ceux qu’ils regardaient comme pécheurs. Indice d’une obsession ?! Sans doute !
    Ce sera aussi le cas dans le monde catholique : la focalisation sur le péché y fut parfois telle que le péché, même véniel, était regardé comme grave. Ce qui fit que, par un retour de manivelle, l’on n’osait plus guère prononcer ce mot. Or, remarquons-le, dans notre passage, Jésus parle bien de ‘péché’ (v. 41), mais – à la différence des autorités juives – il n’emploie jamais le terme de ‘pécheurs’ … Nuance qui n’est pas sans importance.
    Pour tenter d’y voir plus clair, quelques précisions. Le péché concerne avant tout la sphère religieuse, à savoir notre relation à Dieu et notre engagement pour qu’advienne son Royaume. Revenons ensuite à la racine du mot : aussi bien en hébreu qu’en grec, le verbe ‘pécher’ signifie ‘manquer son but’, ‘rater sa cible’, au sens propre comme au sens figuré. Or, sachons le reconnaitre, dans la manière dont nous conduisons notre vie, il y a des ratés : par manque de discernement, par faiblesse ou suite à un mauvais exemple, … Oui, alors que nous cherchons à mettre nos pas dans ceux de Jésus, il nous arrive de manquer notre cible, de ne pas prendre le bon chemin.
    A ces premières mises au point s’en ajoute une autre. Il y a un monde de différence entre, d’une part, parler de ‘péché’, nommer un péché – comme le faisait Jésus – et, d’autre part, qualifier quelqu’un de ‘pécheur’ – comme le faisaient les autorités juives ! Considérer autrui ou nous-même comme ‘pécheur’, c’est toujours risquer d’identifier la personne à son péché et de porter sur elle un regard bien sombre. Violence du regard qui peut entraîner chez l’autre tristesse, honte, dépréciation de soi, voire dépression. Opportune distinction donc entre ‘péché’ et ‘pécheur’ ! Jésus, lui, n’utilise que le mot ‘péché’, ce qui paraît infiniment plus juste.

    Jésus, ‘Lumière du monde’.

    Une seule personne est infiniment lumineuse dans ce récit : Jésus ! Sa mission, celle que lui a confiée le Père, est d’être ‘Lumière du monde’ : il le sait et agit en conséquence. ‘Lumière’, il le fut pour l’aveugle de naissance qu’il conduisit jusqu’à la confiance de la foi. Il le fut aussi, du moins peut-on l’espérer, pour certains des pharisiens qui osèrent la question : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
    Lumière, Jésus le sera-t-il pour nous qui sommes aussi des aveugles de naissance ? N’est-ce pas grâce à la rencontre avec lui et à l’écoute de sa Parole que nous découvrons peu à peu un autre visage de Dieu : non pas un Dieu prompt à prendre en défaut, à juger ou, pire encore, à condamner, mais un Dieu qui nous aime, qui nous veut du bien, qui souhaite nous voir heureux du bonheur des béatitudes ? Dans cette confiance-là, osons faire la vérité dans nos existences.

    En guise de mise en route …

    La question initiale des disciples – « Qui a péché, lui ou ses parents ? », Jésus n’y répond pas, il se contente d’inviter ses proches : « Il nous faut travailler aux œuvres de Dieu, tant qu’il fait jour ». Avez-vous remarqué ce ‘nous’ ? Une pierre qui tombe dans notre jardin, le mien, le vôtre. L’important, suggère Jésus, c’est d’apporter de la lumière dans notre monde souvent ténébreux, violent, pour que chacun puisse marcher sans trébucher, sans devoir mendier, libre et responsable. Que puis-je faire pour répondre à cette sollicitation de Jésus ? Que vais-je faire ?

  • Se ressourcer

    Se ressourcer

    Une rencontre qui peut nous ressourcer …

    Dans cette belle page du quatrième évangile, il y a – comme souvent dans les évangiles – deux niveaux possibles de lecture : le premier concerne la rencontre de Jésus avec cette femme de Samarie ; le second consiste en une relecture symbolique de ce récit: que nous dit-il de Jésus, de la relation qu’il se propose d’avoir avec chacune et chacun de nous?

    Improbable rencontre.

    Voilà une rencontre totalement inattendue. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que les relations entre Juifs et Samaritains sont très difficiles. Dans le concret de la vie, ce sont des frères ennemis tant au plan politique que religieux. Et cela remonte très loin. La séparation au niveau politique s’est amorcée lors de la succession du roi Salomon en 931 ACN avec la constitution de deux royaumes autonomes : Israël au Nord avec Samarie pour capitale et, au Sud, le petit royaume de Juda avec Jérusalem pour capitale. Plus tard, après l’exil à Babylone (587 – 538 ACN), cette séparation politique s’est doublée d’une séparation au plan religieux. Juifs et Samaritains ont chacun leur temple : les Samaritains sur le mont Garizim, les Juifs sur le mont Sion à Jérusalem. En outre, ils ne reconnaissent pas les mêmes livres religieux : la Bible des Juifs se compose de trois ensembles – la Torah, les Prophètes et les Écrits de sagesse – ; celle des Samaritains ne comporte que le premier ensemble, la Torah. Considérant les Samaritains comme hérétiques et schismatiques, les Juifs ne les fréquentaient pas : cela leur aurait valu de contracter une impureté rituelle.
    Improbable rencontre encore parce qu’habituellement, les femmes ne venaient pas puiser l’eau à l’heure la plus chaude du jour : sortir de la ville et marcher sous l’ardeur du soleil était trop éprouvant : on y venait tôt le matin ou plus tard dans la journée.

    L’étonnante liberté de Jésus.

    Jésus était monté à Jérusalem avec ses disciples pour y célébrer la Pâque (juive). Les célébrations terminées, il décide de regagner la Galilée. Deux itinéraires s‘offrent à lui : le plus court traverse la Samarie, mais les Juifs pieux préféraient faire tout un détour pour éviter d’être souillés au contact des Samaritains. L’homme de Nazareth, lui, choisit le chemin plus court. Liberté de Jésus qui ne craint pas une telle impureté rituelle ! Pour lui, toute rencontre en vérité, avec qui que ce soit, est bonne et a sa valeur.
    Il est midi, l’heure la plus chaude du jour. Jésus a déjà marché de longues heures, il est fatigué et il a soif. Il s’assied au bord de ce puits pour se reposer et se désaltérer. Comme il n’a pas de cruche, il fait part de sa soif à cette Samaritaine qui vient y chercher de l’eau à cette heure inhabituelle. Ne voyons pas dans l’initiative de Jésus une ‘stratégie missionnaire’ pour chercher à convertir cette femme schismatique et hérétique. Non ! Il a vraiment soif ! A nouveau, liberté de Jésus qui adresse la parole à une Samaritaine dans un endroit public, ce qui, sans être interdit, ne se faisait pas, même s’il s’agissait de sa propre mère !
    Dieu n’a que faire des interdits, des exclusives, des oppositions, des rejets de toutes sortes que religions et spiritualités ont trop souvent multipliées. Jésus l’a compris et le sait, ces interdits ne nous rapprochent pas de ce Dieu qui nous aime tous et qui souhaite nous voir vivre en frères et en sœurs. En Son nom, il prend donc bien des libertés !
    Petit coup d’œil dans le rétroviseur. Ai-je vécu de ces rencontres improbables, inattendues qui m’ont ressourcé, rapproché de Dieu ? Suis-je capable au nom de ma foi de faire preuve de la même liberté que Jésus ?

    Dieu Source.

    Contemplons à présent Jésus assis sur ce puits. Dans l’Ancien Testament, Dieu, que Jésus appelle son Père, est souvent désigné comme ‘la Source d’eau vive’ (Jr 02,13). On peut venir s’y désaltérer, même si on est sans-le-sou : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau. Même si vous n’avez pas d’argent, venez !» (Is 55,01). Jésus lui aussi prend souvent le temps de s’abreuver à cette Source : dans la prière, dans le regard contemplatif qu’il porte sur les personnes et sur la nature. Assis là, il semble faire corps avec cette Source. Il s’y désaltère et, dans le même élan, lui-même devient source d’eau vive pour la Samaritaine : grâce à leur conversation se dégage en elle la source enfouie en chacun. Et la voilà qui, à son tour, devient source pour son entourage.

    En guise de mise en route …

    D’où est-ce que je viens ? Où vais-je ? Quel sens (direction et signification) donner à mon existence ? Où trouver donc une parole qui fasse sens, qui m’éclaire vraiment ? A quelle source me désaltérer pour apaiser ma soif la plus essentielle ? Quels freins me retiennent de prendre ce temps : manque de temps, d’élan, … ? Chacun de nous se pose, un jour ou l’autre, ces questions essentielles.
    Entendons aujourd’hui Jésus qui nous invite, discrètement selon son habitude : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. ». Invitation qu’il renouvellera plus d’une fois :
    « Celui qui croit en moi, n’aura plus jamais soif » (Jn 06,35) ; « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi » (Jn 07,37).
    La rencontre avec Jésus peut dégager, dans nos cœurs souvent étroits ou embourbés, la Source d’eau vive. Avec la femme de Samarie, avec les Samaritains de Sychar, allons vers Jésus la source d’eau vive ! Peut-être deviendrons-nous à notre tour source d’eau vive pour d’autres.

  • Quelle originalité?

    Quelle originalité?

    Conférence de Ronald Maton.

    Quelle est l’originalité de l’évangile?

    Prêtre écrivain et aumônier de prison, Ronald Maton nous parlera de réconciliation profonde, de proximité inédite, de connivence vivifiante.

    « Dieu est à la maison » est le titre de son dernier ouvrage.

    Rendez-vous le 8 mars à 16h30 sous le bâtiment du CPAS de Lierneux, rue Vehines 1

  • Un regard transformé

    Un regard transformé

    Quelle aubaine, quel honneur pour les apôtres d’avoir été choisis par Jésus : partout ils sont accueillis et attendus à bras ouverts. Mais malheureusement, très vite ce rêve va tourner au cauchemar. Leur maître ne commence-t-il pas à parler de souffrance et même de mort ! L’enthousiasme du début fait place à la désillusion.
    Jésus ressent très vite la déception de ses amis et pour leur remonter le moral, il les emmène avec lui pour une petite escapade dans un endroit paisible comme au-dessus de cette montagne.
    Là, que s’est-il passé? Très difficile de le savoir. En effet eux-mêmes ne trouvent pas les mots pour exprimer ce qu’ils ont ressenti. Nous avons probablement déjà tous fait la même expérience de vivre quelque chose de tellement profond, que nous ne trouvions pas les mots pour la partager aux autres.
    Le fait est que ces quelques heures passées en intimité avec Jésus ont tellement été riches qu’elles vont transformer leur regard : leur regard sur la vie, mais aussi leur regard sur Jésus. En effet, ce visage qui était marqué par la fatigue et probablement tourmenté par l’inquiétude, ils vont ici le découvrir rayonnant, tellement beau, illuminé, que leurs doutes et leurs propres inquiétudes vont disparaître parce qu’ils ont maintenant la conviction que Jésus est vraiment « le Fils bien aimé de Dieu ».
    Pendant quelques heures ils vont vivre ainsi entre ciel et terre, savourant leur bonheur. Un vrai rêve, qu’ils souhaiteraient d’ailleurs prolonger, s’y installer.
    Mais non, ce n’est pas possible, on ne vit pas dans le rêve, il est temps de redescendre dans la réalité. Sans doute celle-ci n’a pas changé, elle est restée aussi dure qu’avant, mais ce sont eux, les apôtres qui ont changé, ils se sentent maintenant la force d’affronter la vie et d’aller jusqu’au bout de leurs peines.
    Nous avons tous déjà certainement vécu des moments semblables, des moments de bonheur intense durant lesquels on oublie les misères de la vie : soit lors d’une soirée avec des amis, un week-end fabuleux, des vacances sensationnelles, des moments d’amour que l’on voudrait éterniser… la même chose peut-être lors d’une session, d’une petite retraite, …
    Cela signifie que nous aussi comme Pierre, Jacques et Jean, nous avons besoin de temps à autre de faire une petite escale dans notre vie, de prendre quelques distances par rapport à nos ennuis, nos difficultés et même par rapport à nos souffrances. Il est indispensable de nous réserver des moments de proximité, d’intimité avec le Seigneur. Des instants qui nous permettront de transfigurer nos existences parce qu’ils réveilleront en nous la conscience que nous sommes aimés de Dieu, que nous sommes filles et fils de Dieu.
    Ainsi, lorsque nous redescendrons dans la réalité quotidienne, celle-ci n’aura sans doute pas changé, mais c’est nous qui serons transformés et assez forts pour quitter nos campements sécurisants et reprendre la route, même si elle est douloureuse. 
    Tel est le sens du carême : un moment privilégié où l’on refait le plein avec le Seigneur, pour mieux nous tourner vers les autres, surtout vers les défigurés de la vie, ceux qui nous rebutent ou nous font peur, car en eux nous avons, nous aussi, à reconnaître le visage de Dieu, car eux aussi sont fils et filles bien aimés de Dieu.

  • Tentations

    Tentations

    Si nous jetons un coup d’œil sur la page précédant cette histoire de tentations, nous y trouvons le récit du baptême de Jésus : Les cieux s’ouvrent, une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien aimé ».  A ce moment, Jésus prend conscience de sa filiation divine toute particulière.  Ensuite, il part dans le désert pour se préparer à cette tâche exceptionnelle mais là, dans la solitude et le silence, il se pose bien des questions sur cette filiation. « Si tu es Fils de Dieu » se dit-il. Il y a maintenant un ‘si ‘ « Si tu es Fils de Dieu ». Un ‘si’ qui émet un doute, une incertitude, un peu comme s’il se posait la question « Tu penses être fils de Dieu, mais en es-tu si sûr ? » Et puis,  « Que vas-tu en faire ?  User de ton pouvoir comme changer ces pierres en pains ? »
    Cette tentation sournoise que le diable met dans le cœur de Jésus porte donc sur son identité. Elle remet en question sa filiation divine et son rapport à son humanité.
    Car qui peut se prouver à soi-même qu’il est fils d’un tel ou d’un tel, qui peut se prouver qu’il est bien aimé ? Chacun est remis à la parole de celui qui l’a engendré et qui l’aime. Il ne sait pas se le prouver à lui-même.
    C’est parce qu’il sait cela que Jésus s’en réfère à cette phrase des Écritures « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
     
    Un peu plus tard, ayant pris ses distances par rapport aux simples nécessités de la vie telles que le pain, la tentation de Jésus monte un cran plus haut : la tentation du pouvoir, le mirage de la toute-puissance à l’état pur, sans limite. Comme Adam et Eve qui désiraient tout manger, sans limite. Mais, lui dit le diable, il y a une condition « Tu te prosterneras devant moi ».  Quelle ironie ! Jésus exercerait le pouvoir absolu sur l’univers tout en devenant esclave du diable, symboliquement parlant il deviendrait esclave de son propre désir de puissance. 
    Cette tentation, Jésus la connaîtra tout au long de sa vie, car les gens se figuraient qu’il allait prendre le pouvoir et instaurer le Règne de Dieu sur le champ. Même ses disciples lui posent la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas établir le règne pour Israël ? »
    A nouveau, Jésus a recours aux Écritures -le livre du Deutéronome- pour se rappeler le premier commandement : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu lui rendras un culte ».  Il met ainsi fin à cette illusion d’une puissance illimitée qui ne peut être que mortifère.
    Mais la tentation ne le lâche pas facilement. Elle n’est plus maintenant d’ordre économique ni politique, mais elle ressort du domaine religieux.
    « Si tu es vraiment Fils de Dieu » : c’est à nouveau le doute qui revient sur cette déclaration de Dieu lors de son baptême : « Tu es mon Fils bien aimé ». C’est à nouveau le fantasme d’une toute-puissance imaginaire : « Se jeter en bas du temple sans mourir, car les anges de Dieu me porteraient dans leurs mains » !
    Le diable pousse donc la confiance de Jésus jusqu’à l’absurde. Défier Dieu, le mettre à l’épreuve ! Peut-on tester une parole d’amour telle que « Tu es mon fils bien aimé ? »
    Autre chose est de mettre sa confiance en Dieu et autre chose est de mettre Dieu à l’épreuve, le mettre en demeure de le prouver.
     
    Jésus a ainsi épuisé toutes les formes de tentations. Si nous sommes attentifs nous remarquerons qu’elles convergent toutes vers un même centre, et ce centre, ce n’est pas Dieu, mais « soi-même ».
    Le diable, ce qui signifie « le diviseur », celui qui divise, tente de dissocier la filiation divine de Jésus et sa filiation humaine.
    Par cette histoire des tentations, l’évangéliste dénonce ainsi une manière erronée de concevoir la relation entre Dieu et l’homme. Il nous montre que Dieu n’est pas au-dessus de nous avec une puissance magique, mais il est à l’intérieur, au plus profond de notre humanité, au cœur même de nos réalités humaines.
    N’est-ce pas d’ailleurs en vivant en plénitude toutes nos limites humaines jusque dans l’exclusion, l’incompréhension, le mépris, la souffrance et la mort que Jésus montrera qu’il est vraiment Fils de Dieu ?

  • Haïti:

    Haïti:

    Dans le cadre du Carême de partage consacré cette année à Haïti, Bernadette et Pierre-Dominique RUYSSEN engagés à fond dans Haïti-Farnières seront nos invités le mardi 10 mars, à 19h30, à l’église de Trois-Ponts

  • Accomplir la Loi

    Accomplir la Loi

    « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir la Loi ».
    Jésus vient mettre en pleine lumière ce qui dans les commandements conduit à Dieu, en passant par l’accueil de sa Parole.
    Cette suprême sagesse, nous dit Saint Paul, est cependant aux antipodes de « la sagesse de ceux qui dominent le monde », ce terme désignant précisément la part d’humanité qui refuse l’éclairage donné par Jésus.
    Bien sûr, la justice humaine s’efforce par tous les moyens de défendre les « droits » des individus, et cela est essentiel ; mais pour Jésus, cela est insuffisant : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». 
    Jésus n’a nullement l’intention de rajouter d’autres commandements – on n’atteint pas l’amour en multipliant les préceptes – mais il annonce la nécessité d’un saut qualitatif, qui ne peut se réaliser que dans l’Esprit qu’il va répandre au matin de Pentecôte.
    Il est remarquable que les exemples cités par Jésus aient tous trait à la violence dans les relations et ses conséquences :

    • la colère menace la vie physique du frère ;
    • l’insulte le blesse profondément dans sa vie psychique ;
    • la malédiction l’exclut du champ religieux ;
    • la concupiscence du regard commet déjà intentionnellement l’adultère, qui fait violence à la relation d’alliance nuptiale ;
    • la répudiation est une violence faite au droit de l’épouse à la fidélité et à la stabilité familiale ;
    • le serment prononcé à la légère, fait violence à la confiance.

    La stricte justice se contente de réguler tant bien que mal les formes extérieures de cette violence, mais sans pouvoir ni la déraciner, ni la remplacer par la Charité. Seul l’Esprit peut nous donner d’accomplir cette conversion de la violence à la douceur, la patience, la compassion, la tendresse, bref : à l’amour. Hélas ! trop souvent, nous nous berçons d’illusion quant à la dureté du chemin : les comparaisons de Jésus nous font pressentir la radicalité des changements qu’implique une telle conversion : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne ». 
    « L’image du chrétien mutilé, mais sauvé nous montre quelle peut être l’ardeur de cette lutte et prévient toute association abusive entre la grâce et la facilité. La grâce de Dieu n’a pas pour objet de nous éviter les résolutions difficiles, mais de les rendre possibles » (Emile Nicole). L’Esprit m’est donné pour pouvoir faire les choix forts, arracher de ma vie et jeter loin de moi ce qui m’empêche d’être libre de la liberté des enfants de Dieu, même si ce dont j’ai à me séparer est d’un grand prix à mes yeux.
    La conversion à laquelle nous invite Jésus, implique aussi de reconnaître qu’en lui, nous sommes tous soeurs et frères, étant enfants d’un même Père. Nous ne nous tenons donc jamais seuls devant Dieu !
    Dès lors, comment notre Père pourrait-il se réjouir du don de ses enfants, s’ils sont divisés entre eux? Voilà pourquoi « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande ». Qui de nous est à la hauteur d’une telle exigence ?
    Toutes les interpellations lancées par Jésus sont personnelles ; il n’est pas question de couper la main ou le pied de mon frère, ou de lui arracher l’œil : c’est de mon problème qu’il s’agit. Puissions-nous discerner dans ces Paroles déconcertantes un appel à oser nous engager résolument sur le chemin de la vraie liberté, celle de l’amour inconditionnel ; et puissions-nous accueillir la force de l’Esprit pour arracher et jeter loin de nous ce qui menace notre participation à la vie divine, notre héritage.

  • Messes

    Messes

    Messe communautaire le dimanche 1er mars à Rahier

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  • Le sel et la lumière

    Le sel et la lumière

    Ces versets concernant le sel de la terre et la lumière du monde suivent la proclamation des béatitudes par Jésus. Une façon pour l’évangéliste de suggérer que c’est en marchant vers ce bonheur-là que nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Une façon aussi de nous faire comprendre qu’il n’y a de vrai bonheur que partagé avec autrui.

    Notre petit grain de sel.

    Multiples sont les utilisations du sel dans notre quotidien. Evoquons-en quelques-unes. Le sel relève le goût des plats que nous préparons ; sans exagérer toutefois car, nous rappelle-t-on, trop de sel, c’est mauvais pour la santé. Assaisonnée de sel, la nourriture préparée se conserve mieux ; ce qui était particulièrement vrai à l’époque où l’on n’avait ni frigo, ni surgélateur. En période hivernale, le sel est bien utile pour faire fondre la neige et la glace sur nos trottoirs et nos routes. A celui qui a voyagé sous un soleil ardent, on offrait et, dans certaines régions, on offre toujours, un verre d’eau et une pointe de sel : sel de l’hospitalité.
    Indispensable donc le sel. Mais mesurons-nous à quel point, dans la vie courante, un petit grain de sel peut s’avérer précieux ? Dans les relations notamment. Quand la vie et le bonheur autour de nous semblent fragiles, un petit grain de sel – une attention, un sourire, une parole chaleureuse – peut rendre goût à la vie à un cœur triste et illuminer un visage. Quand l’accueil mutuel se fait difficile, quand il y a un froid dans une relation, ou que celle-ci devient glaciale, le petit grain de sel d’une parole positive, d’une petite pointe d’humour peut contribuer à dégeler l’ambiance, ouvrir à l’écoute et à la compréhension mutuelles. Hospitalité du cœur à offrir à autrui en toutes circonstances ! Et que l’apôtre Paul recommandait : «Que votre parole soit toujours aimable, assaisonnée de sel, pour savoir comment vous devez répondre à chacun», lit-on ainsi dans sa lettre aux Colossiens» (04,05-06).

    Des petits lumignons …

    « Ta Parole, Seigneur, est Lumière sur notre route » (Ps 118,105). Et Jésus, « Parole de Dieu faite chair » (Jn 01,14), nous l’a rendue plus proche encore. Nous en faisons l’expérience : Il est « La Lumière du monde » (Jn 08,12). Non pas lumière qui aveugle – tels les phares led de nos voitures -, mais lumière très douce, indiquant un chemin là où il semblait ne pas y avoir d’issue, délivrant de la peur quand l’obscurité et le noir effraient et paralysent.
    Méditer la Parole seul ou avec d’autres éclaire notre cœur et nous permet de devenir lumière à notre tour. Par toute notre vie – «nos bonnes œuvres», dit notre passage. Et la première lecture (Is 58,07-10) en suggère quelques-unes : partager son pain avec qui a faim, accueillir le sans abri, donner des vêtements à qui n’en a pas, faire disparaître le geste accusateur et la parole malveillante, …
    A travers ces paroles et gestes de profonde humanité, nous sommes alors comme de petits lumignons disposés dans la maison pour éclairer celles et ceux avec qui nous vivons. Reflétant ensemble un peu de la lumière divine, nous pouvons aussi être lumière au coeur des obscurités et angoisses de ce monde.
    Ensemble, poursuivons notre marche vers ce bonheur-là !

  • En marche…

    En marche…

    Sur la montagne

    Jésus aimait se retirer dans la montagne : pour prendre du recul et de la hauteur par rapport aux événements ; pour se recueillir dans le silence et prier, laisser Dieu s’approcher de lui. Hier comme aujourd’hui, la montagne représente un des espaces où prendre de la distance par rapport au quotidien. Et, dans la symbolique biblique, si la terre représente le lieu de vie des hommes, le ciel, lui, évoque le séjour de Dieu.
    Comment, dans un quotidien souvent stressant et très rythmé, trouver lieux et temps pour me ‘re-cueillir’, me retrouver en vérité et revenir à Celui qui est notre unique Essentiel ?

    Jésus, nouveau Moïse.

    Cependant, dans l’évangile selon Matthieu, la montagne s’enrichit encore d’une autre symbolique. Elle renvoie au séjour de Moïse sur la montagne (Ex 24,12,13,15). C’est là qu’il a reçu les « dix Paroles » (Décalogue) inscrites sur deux tables de pierre. Aux Hébreux en chemin vers la Terre Promise, elles donnaient des pistes pour vivre la relation au Seigneur et ajuster leurs liens les uns avec les autres. Non pas ‘dix commandements’, mais des conseils d’ami pour nous montrer comment vivre la relation à Dieu et ajuster les relations entre nous.

    En proclamant les Béatitudes, Jésus apparaît ainsi comme le nouveau Moïse. Il ne nous donne pas des injonctions, mais plutôt une feuille de route qui balise le chemin d’un vrai bonheur. Et c’est à partir de sa propre expérience qu’il nous la propose.

    « S’approcher de Jésus ».

    Dans l’auditoire de Jésus, on distingue deux cercles. La foule qui va suivre Jésus dans chacun de ses déplacements, tant les gens ont faim et soif d’une parole qui fasse vivre, qui mette debout. Mais dans cette foule se détache un petit groupe : les quatre disciples que Jésus vient d’appeler. « Ils s’approchèrent de lui », un peu comme on veut s’asseoir aux premiers rangs pour mieux entendre et bien suivre un conférencier, sans être distrait par autre chose.
    Invitation adressée à chacun des disciples que nous sommes de nous ‘approcher’ nous aussi du Maître, assoiffés que nous sommes de L’écouter.

    « En chemin vers le bonheur … »

    André Chouraqui – dans la traduction qu’il donne de ce passage à partir non pas du texte grec, mais de sa traduction en hébreu – remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’. La racine du mot en hébreu le permet, tout comme elle autorise celle de ‘Heureux’. A son exemple, je me risque à une traduction personnelle : ‘En marche vers le bonheur’. Suggérant ainsi qu’il s’agit là d’une dynamique dans laquelle s’engager.
    Résonne alors en nous l’invitation pressante que le Seigneur Dieu, à nouveau par la voix de Moïse, adressa aux Hébreux au moment ils allaient entrer en Terre Promise : « Vois, aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur (…), la bénédiction et la malédiction. De grâce, de grâce, choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance » (Dt 30,15 et 19). Inattendu, ‘in-croyable’, ce Dieu qui ne désire que notre vie et notre bonheur et qui nous presse de choisir le bon chemin ! Quelle heureuse nouvelle !

    « … ceux qui sont à bout de souffle ».

    C’est à eux que pourrait être adressée la première béatitude, sur laquelle je vais m’arrêter. Deux versets du Psaume 142 font entendre l’appel au secours de quelqu’un qui n’en peut plus : d’abord « le souffle en moi s’épuise » (v. 04), puis « je suis à bout de souffle » (v. 07). Mais, plus loin, est partagée la nouvelle d’une guérison : « bienfaisant est ton Souffle – celui de Dieu – ; il me guide en un pays de plaine » (v.10).
    Expérience qui, par moments, est la nôtre : on sent que, peu à peu, on s’épuise, au point de finir par craquer. Qu’est-ce qui, alors, pourrait bien nous permettre de nous relever et de nous remettre en route ? Tournons nos regards vers l’homme de Nazareth qui, dans les béatitudes, parle à partir sa propre expérience. Jésus a accueilli le Souffle Saint qui lui fut donné juste lors de son baptême (Mt 03,16-17) et, désormais, il se laissa conduire par Lui. Ce qui lui permettra de résister aux tentations du Diviseur (Mt 04,01). Et de tenir bon jusqu’au bout : à Gethsémani, à l’approche de sa condamnation et de sa mort, il priera intensément et invitera les disciples qu’il a emmenés à « prier pour ne pas entrer en tentation, car – précise-t-il – le Souffle est plein d’ardeur, mais la chair – càd. l’homme livré à ses seules forces – est faible » (Mt 26,36-44). Alors, quand nous nous sentons dépassés, débordés, n’hésitons pas à chanter :
    « Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
    En toi, j’ai trouvé la joie, le bonheur. Esprit saint, inonde mon cœur. »

  • Il était une Foi… des femmes en chemin

    Il était une Foi… des femmes en chemin

    Comme tout juif, Jésus lisait les textes de l’Ancien Testament. Il les mémorisait et les méditait. Ils l’ont façonné.

    En prélude, nous vous proposons notre interprétation d’un des textes de l’Ancien Testament et nous poursuivrons avec
    d’autres textes des Évangiles

    Des histoires de femmes racontées à travers nos yeux de
    femmes… Ah les femmes ! Les bonnes femmes ! A chaque fois que Jésus en rencontre une, sa parole résonne ; chacune d’elles grandit, touche un peu plus à l’autonomie, à sa liberté d’être et Lui, chemine en écho.

    Jésus se serait-il révélé au monde si les femmes ne L’avaient pas révélé à Lui-même ?

    Venu pour les Juifs, Il comprend que sa parole touche chacune et chacun,

  • Proches… et si différents

    Proches… et si différents

    Jean-Baptiste vient d’être incarcéré : Hérode, en effet, n’a pas supporté que le prophète lui dise ses quatre vérités. C’est dans ce contexte difficile que Jésus débute sa mission, et il peut déjà pressentir que les choses ne seront pas nécessairement plus faciles pour lui. « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté » : ainsi pourrait-on paraphraser la chanson de Guy Béart à propos du poète.

    Un message et un style tout autres …

    A première vue, dans l’évangile selon Matthieu, le message de Jésus semble le même que celui de son cousin. Et pourtant il n’en est rien. En effet, si la formule est bien identique – « Convertissez-vous/changez de regard, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 03,02 et 04,17) -, le contenu de la prédication de Jésus, ainsi que sa manière d’être et de faire sont bien différents. Et, comme souvent, la manière et la forme font partie intégrante du contenu. Entre les deux cousins, on peut pointer plusieurs différences. Celles-ci nous concernent aussi ; elles touchent à la manière d’être disciples de Jésus et de faire Eglise.

    Jean-Baptiste vivait en ermite, dans le désert de Judée où il s’était retiré. Là, il accueillait les personnes venant à lui ; il prenait le temps de les écouter, de parler avec elles, les secouant parfois. Jésus, lui, va vers les gens : il bouge et se déplace. Il fait le choix de commencer sa mission en Galilée, une région à la population très mélangée à tous points de vue : socialement, culturellement, religieusement. On n’y rencontre pas nécessairement les ‘bons pratiquants’. Une région qu’en conséquence les responsables religieux méprisaient et regardaient souvent de haut.

    Jean-Baptiste annonçait l’imminence du jugement de Dieu, il avait parfois des paroles fortes et énergiques à l’encontre de celles et ceux qui se sentaient pécheurs. Jésus, lui, rencontre la soif spirituelle des gens en leur faisant découvrir Dieu comme ‘Heureuse Nouvelle’ !!! Voilà qui, finalement, est bien plus tonique !

    Mieux encore : Jésus ne se contente pas de proclamer la proximité de Dieu et de son Royaume : il le fait advenir, le donnant à voir ! Quelle espérance pour les gens ! Et pour tous ! En effet, quand il va à leur rencontre, il est saisi de compassion, bouleversé jusque dans ses entrailles à la vue de leurs souffrances, de leurs détresses, de toutes leurs misères. Et il les prend à bras le corps : il ‘prend soin’ d’eux, selon le sens premier du verbe grec ici employé, ‘thérapeuô’ (qui, en français, donne ‘thérapie’ et ‘thérapeutique’). On ne nous dit rien de tel au sujet du Baptiste.

    Un travail d’équipe, en fraternité !

    Sa mission itinérante, Jésus n’entend pas l’accomplir seul. Il appelle d’autres personnes à se joindre à lui. Elément remarquable : il commence par appeler des frères : Simon et André, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Comme pour inaugurer dès le départ un réseau où existera une vraie fraternité humaine …

    D’emblée, son appel trouve en eux un écho. Pourquoi se sentent-ils ainsi concernés ? Le texte ne le précise pas. Je risque une réponse, la mienne : peut-être parce que la rencontre avec ce Jésus de Nazareth fut pour eux lumineuse, qu’elle jetait sur leur existence une tout autre lumière … Peut-être aussi parce qu’à son contact, ils se sont découverts eux-mêmes ‘repêchés’, guéris, plus vivants.

    Mais en même temps, ces pêcheurs le perçoivent, cet appel implique des ruptures dans leur quotidien. Non pas comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme une nécessité intérieure : ‘laisser là leurs filets de pêcheurs’ (v. 20), ou ‘laisser la barque et leur père’ (v. 22). Cela dans le but de ‘l’accompagner’, selon le sens premier du verbe grec ‘acolouthéô’ (qui donne ‘acolythe’ en français).

    Pas besoin d’être bardés de diplômes et d’avoir un talent de prédicateur ! Lui va les former. « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », leur dit-il. C’est en faisant route avec lui, en se mettant à son école qu’ils découvriront leur nouvelle responsabilité.

    Aujourd’hui, ‘compagnons’ de ce Jésus.

    Nous sommes les disciples de ce Jésus. C’est auprès de lui, en l’écoutant, en le regardant vivre et agir, en nous laissant soigner par lui, que nous apprendrons à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ à notre tour.
    Plutôt que de mettre l’accent sur la participation à la liturgie, certes moment important de ressourcement auquel il était lui-même fidèle, Jésus met en avant une manière d’être au monde, faite de présence, d’attention à l’autre, de profonde humanité. Puissent nos communautés chrétiennes devenir des ‘hôpitaux de campagne’, selon la belle expression du pape François.