Auteur/autrice : Brigitte Rigo

  • Réveiller l’espérance

    Réveiller l’espérance

    Isaïe 11, 1-11


    A l’époque d’Isaïe, la situation géopolitique est difficile, voire menaçante. D’abord pour le Royaume d’Israël (Nord) qui prochainement tombera sous la domination assyrienne, mais aussi pour le petit royaume de Juda (Sud). C’est dans ce contexte que le prophète s’exprime publiquement.
    S’il arrive que les prophètes, parlant au nom de Dieu, dénoncent avec vigueur tout ce qui s’écarte du projet divin, cherchant à secouer et réveiller les consciences, ils n’abandonnent jamais leur auditoire à l’inquiétude ou au désespoir. Ils veillent toujours à annoncer des jours meilleurs.
    Ce que fait précisément Isaïe dans le passage qui nous occupe : dans un avenir qui n’est pas précisé, il annonce un roi, descendant de David, dont le règne sera tout différent, plus conforme au désir du Seigneur.
    « Sur lui reposera l’Esprit/Souffle du Seigneur ». Telle sera la différence et l’absolue nouveauté. Et les signes de cet accueil du Souffle de Dieu seront le respect de la justice, càd. des jugements prononcés en connaissance de cause et en vérité, et l’attention aux pauvres et aux exclus, càd. l’inclusion plutôt que la marginalisation. Promesse menue, comme un rameau, très fragile aussi, mais ouvrant à l’Espérance.

    Comme quand « l’Esprit/Souffle de Dieu planait sur les eaux » (Gn 01,02) …

    A nouveau la vision est grandiose. D’abord parce qu’elle dépasse les frontières d’Israël : ce qu’il s’y passe, constitue un signe donnant envie aux autres peuples de faire de même. Ensuite parce qu’elle inclut la création tout entière, hommes et bêtes.
    Impossible dès lors de lire ce passage sans penser à un autre passage biblique, le tout début du livre de la Genèse. Au ‘commencement’, alors que le monde était ‘tohu-bohu’ – chaos indescriptible -, la présence du Souffle de Dieu et de sa Parole allait permettre à chaque élément de l’univers, à chaque personne, d’y trouver sa juste place. A lire ce passage d’Isaïe, on se prend donc à rêver d’un monde nouveau, qui soit l’aube d’un autre ‘commencement’ selon le cœur de Dieu.

    En Jésus, un tournant décisif …

    Des siècles plus tard, un autre prophète, Jean-Baptiste, reprendra la prophétie d’Isaïe, annonçant la venue imminente d’un plus fort que lui, qui baptisera dans l’Esprit/Souffle du Seigneur (Mt 03,11). Et lorsqu’un certain Jésus de Nazareth se présentera à lui pour être baptisé, il sera donné à Jean-Baptiste de voir l’Esprit/le Souffle saint venir reposer sur lui et le désigner comme le Fils bien-aimé en qui le Seigneur a mis tout son amour (Mt 03,16), donnant ainsi à la promesse d’Isaïe son plein accomplissement.

    L’œuvre du Souffle saint en nous.

    Quelle est l’action du Souffle saint en nous ? Notre passage en énumère plusieurs facettes, intimement liées entre elles. Dans la Bible, la sagesse, avant d’être philosophique, est d’abord la manière très concrète de conduire sa vie d’une façon qui fasse sens : le Souffle saint nous conduit sur ce chemin. D’abord en aidant au discernement, cette capacité de repérer ce qui va dans le sens du bon et du bien, dans le sens de la vie et d’un bonheur partagé. De Lui, nous recevons encore conseil, la capacité de choisir ce qui nous tire vers le haut et nous fait grandir, mais aussi force, car Il soutient notre marche, nous aidant à tenir dans la durée, quoi qu’il puisse nous en coûter. Il nous permet enfin d’approfondir la connaissance du Seigneur, Le découvrant comme un Dieu de Vie, qui a souci de l’humain et de l’humanité et de sa création – et nous donnant l’envie d’avoir à Son égard un profond respect

    Utopie hors de notre portée ?

    Ce tableau idyllique a de quoi nous faire rêver. Surtout aujourd’hui où tant de valeurs semblent menacées. Serait-ce hors d’atteinte ? Non, je ne le pense pas. Car tous et toutes, nous sommes invités à être ce rameau fragile. Tous et toutes, nous pouvons apporter notre contribution à cette humanité nouvelle où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme, où l’attention et l’action se porteront vers les plus fragiles et les plus vulnérables, où le souci de l’humain aura la priorité.
    A chacun de nous, en effet, le Souffle saint a été donné : cela est attesté dans bien des sacrements, notamment ceux du baptême et de la confirmation. Oui, assurément, Il est donné, mais est-Il accueilli ? Sans notre accueil, sans notre contribution, Il s’avère impuissant, comme emprisonné et paralysé.
    « Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.
    Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour. »

  • Préparer le chemin

    Préparer le chemin

    Matthieu 3,1-12

    En ce temps d’Avent, à quelles démarches nous invite Jean-Baptiste pour ‘préparer le chemin du Seigneur’ ? Il nous en propose deux.

    Changez de regard !

    Il nous suggère d’abord un changement de regard, une autre manière de considérer Dieu et nos existences. Tel est le sens littéral du verbe grec traduit ici par ‘se convertir’. Et ce changement, c’est de percevoir que ‘le Royaume de Dieu s’est bel et bien approché de nous’.
    Mais, hier comme aujourd’hui, est-il si aisé de capter la proximité du Royaume de Dieu ? A suivre les nouvelles en radio ou en TV, ou sur les réseaux sociaux, on peut en douter. Que d’angoisse et de dépressions, de guerres avec leur lot de souffrances, de déplacés, de blessés et de morts !
    Et, pourtant, en celui qu’il annonce, le Royaume de Dieu se fera tout proche : Jésus, en effet, ira «partout en faisant le bien» (Ac 10,38), pardonnant, soignant et relevant les personnes croisées en chemin, semant la Vie autour de lui. Il s’emploiera ainsi à nous faire découvrir le Royaume comme cet espace où amour et fraternité, paix et justice peuvent se déployer pleinement. Et, surtout, il nous permettra de découvrir Dieu, son Père, comme Heureuse Nouvelle pour l’homme. Certains le comprendront et s’engageront à sa suite ; pour d’autres, la démarche s’avérera difficile.
    Le Baptiste, et Jésus sur les lèvres duquel se retrouvera cette invitation à changer de regard (Mt 04,17), nous invitent donc à être attentifs à tout ce qui, aujourd’hui, près de chez nous comme au loin, se réalise de beau, de bien, de bon, de grand, à toute démarche qui va dans le sens du Royaume de Dieu. Ouvrons les yeux, aiguisons notre regard et semons l’espérance en partageant largement ces découvertes autour de nous !

    Soyez cohérents !

    Revenons à Jean-Baptiste. Ce n’est pas un tendre. Il se montre rude avec lui-même : voyez son accoutrement et son régime alimentaire ! Sa parole aussi peut être vigoureuse et rudoyer sans ménagement. Ainsi l’interpellation aux pharisiens et aux sadducéens : «Engeance de vipères» ! Pas vraiment gentil, ni poli. Que leur reproche-t-il au juste ? Certes pas de se faire baptiser comme les autres, ni de confesser leurs erreurs et leurs manquements ! Mais alors qu’est-ce qui, selon lui, cloche chez eux? Les secouant parce qu’ils ne produisent pas un ‘fruit digne de ce changement de regard’, il leur reproche leur incohérence. Ils semblent, en effet, se contenter de rites et se reposer sur eux, mais ne changent pas leur façon de vivre, cherchant à l’ajuster à de vraies valeurs, posant des choix davantage en accord avec le Royaume de Dieu. Telle est l’autre démarche à laquelle nous invite le prophète : non seulement être attentifs au Royaume qui advient ici et maintenant, mais aussi et surtout prolonger cette découverte dans nos engagements et par toute notre vie. L’espérance en un monde selon le cœur de Dieu – car c’est bien cela le Royaume de Dieu – n’est-elle pas au bout de ce cheminement ?

  • Des socs et des faucilles

    Des socs et des faucilles

    Isaïe
    2, 1-15

    Un peu d’histoire.

    Cette année, durant le temps de l’Avent, un extrait du livre d’Isaïe nous sera proposé en première lecture chaque dimanche. Commençons donc à faire connaissance avec le prophète.

    Isaïe vit au 8ème siècle ACN. A cette époque, le royaume unitaire de Salomon est divisé en deux petits royaumes, depuis près de deux siècles : le royaume d’Israël au Nord, avec Samarie pour capitale, et celui de Juda, au Sud, avec Jérusalem pour capitale. Le prophète et les siens vivent dans le Royaume du Sud ; il est proche de la cour royale et exerce son ministère entre 740 et 701 ACN, sous le règne de plusieurs rois.

    A cette époque, dans la région, le royaume d’Assyrie monte en puissance. Dans un premier temps, les deux petits royaumes ne furent pas inquiétés ; ils vivaient même dans une relative prospérité, entraînant parfois un relâchement des mœurs qui inquiétait le prophète. Plus tard, ils furent menacés : en 721 ACN, le royaume du Nord tomba sous les coups de l’Assyrie, ce qui entraîna la déportation massive de la population, tandis que le Royaume de Juda réussit à résister un bon bout de temps encore.

    Une vision grandiose.

    Dans la Bible, un prophète est d’abord et avant tout un homme de l’écoute du Seigneur et de l’attention aux signes qu’il donne. Etape indispensable avant toute prise de parole pour proclamer autour de lui le message reçu du Seigneur.

    Dans le passage lu ce dimanche, le prophète a reçu une vision : tous les peuples convergent vers Jérusalem et vers la ‘Maison de Dieu’ qu’est le Temple. Ils y montent avec une grande soif spirituelle : ils sont à la recherche d’un enseignement du Seigneur qui éclaire leur vie et qui les aide à mettre fin à toutes formes de guerre, de conflit, de division. Tant et si bien qu’ils en viennent à ’recycler’ (eh oui ! nous n’avons rien inventé !!!) leurs armes en faucilles et en socs de charrue. Vision grandiose qui dessine, non pas le terme de l’histoire, mais sa finalité : une humanité enfin réconciliée, qui réussit à dépasser divisions, égoïsmes, concurrences et quêtes de pouvoir.

    Une vision triomphaliste ?

    Cette vision peut être regardée de façon triomphaliste : « Ah ! Le monde entier vient à nous ; nous sommes donc les meilleurs ! » Mais non ! C’est mal lire ce passage ; le prophète termine le récit de cette vision en invitant son peuple à emboîter le pas des autres peuples et à se joindre à leur démarche : en grande humilité, en donnant toute sa place à la Parole du Seigneur et la laissant éclairer notre route « Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. »

    Nous, chrétiens et Eglises de Dieu, nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Nous sommes aussi invités à recevoir cette vision et à nous joindre avec humilité à cette démarche !

    Un message d’une incroyable actualité !

    N’y a-t-il pas là une question adressée à notre monde contemporain où tant de voix prônent de se réarmer et de se préparer à la guerre ?

    Et si la bonne question à se poser était plutôt : comme éviter les guerres et se préparer à la paix ? En commençant dans nos milieux de vie, cherchant inlassablement à mettre fin aux incompréhensions, disputes, guéguerres de toute sorte.

    Non, il ne s’agit pas d’un jour merveilleux à attendre passivement, béatement, mais d’un horizon qui, jour après jour, doit guider nos choix, nos engagements. Que l’écoute régulière de la Parole de Dieu, ‘son enseignement’, vienne réveiller nos consciences et nous rendre vigilants : « Veillez », dira Jésus à ses disciples ; « sortez de votre sommeil », écrira l’apôtre Paul.

  • La vraie royauté

    La vraie royauté

    Christ Roi de l’Univers…
    J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette fête instituée tardivement, en 1925, par Pie XI. Jésus, Roi ? Vraiment ? Comment comprendre cette affirmation ?

    « Le Règne de Dieu s’est approché. »

    Pour Jésus, le seul vrai roi, c’est Dieu ! Et le cœur de son message, c’est le Règne, le Royaume, la Royauté de ce Dieu qu’il ose appeler Père. ‘Le Règne de Dieu s’est approché’. (Mc 01,15) : voilà l’Heureuse Nouvelle qu’il proclame dès le début de sa mission et que ses paraboles nous font découvrir (Mt 13). Quand il initie ses disciples à la prière, il les invite à demander : ‘que ton Règne vienne’ (Lc 11,01-04). Jésus, en effet, s’est toujours défendu de voler la vedette à son Père. Ainsi, après la multiplication des pains, quand on veut s’emparer de lui pour le faire roi, il se retire dans la montagne, seul, pour prier (Jn 06,15).
    C’est seulement dans le récit de la passion que les évangiles évoquent une royauté de Jésus, à trois reprises. Le présenter comme roi apparaît d’abord comme un subtile prétexte des autorités juives pour le faire condamner par le pouvoir romain : en effet, se prétendre roi, c’était s’opposer au pouvoir de Rome et à l’empereur (Lc 23,01-03). C’est ensuite une manière d’humilier ce condamné, de se moquer de lui en l’affublant d’une couronne d’épines et d’un manteau pourpre (Mc 15,16-20). Enfin, il y a l’écriteau placé sur la croix qui précise en ces termes le motif da sa condamnation (Lc 23,38).

    La royauté de Jésus

    Si Jésus a proclamé la royauté de son Père, s’il ne s’est jamais lui-même présenté comme roi, il a bel et bien contribué à faire advenir le Règne de Dieu, à nous le rendre plus proche. Ce faisant, il a en quelque sorte exercé la royauté au nom de Celui-ci. Une royauté qui – il le précisera à Pilate – n’est pas ‘selon ce monde’ (Jn 19,36). Il l’a fait en rappelant envers et contre tout le primat de l’amour du prochain, en prenant soin des malades, en libérant les possédés des esclavages qui les tenaient captifs, en se refusant à condamner qui que ce soit, mais – au contraire – en attestant que le pardon de Dieu est donné à qui est prêt à l’accueillir.
    C’est exactement ce qu’Israël attendait de ses rois : qu’ils soient proches des gens, car « nous sommes de tes os et de ta chair » ; et que, tel un ‘berger’, ils les conduisent au nom de Dieu et selon son projet (2 Sam 05,01-03), assurant paix et sécurité à l’intérieur du territoire comme aux frontières, veillant à ce que personne ne manque de l’essentiel, à ce que justice soit rendue, etc…

    Contemplons Jésus crucifié, à l’agonie.

    Ainsi Jésus a-t-il vécu, jour après jour, durant le temps si bref de sa mission. Et ce jusqu’à son dernier souffle. Là éclate sa royauté comme royauté du cœur. En témoignent ses trois dernières paroles. A qui les adresse-t-il ? Remarquons-le d’abord : il ne prend pas la peine de répondre à ceux qui, se moquant de lui, le provoquent : « Sauve-toi, toi-même ! » Jamais, en effet, il n’avait cherché à sauver sa peau ; en revanche, en payant de sa personne, il avait toujours été attentif à offrir largement une Vie qui avait saveur d’éternité, ce qu’on appelle le ‘salut’. 
    Ses dernières paroles sont pour son Père et pour le brigand repenti, crucifié à ses côtés. A son Père, il demande de pardonner à ses bourreaux – il faut le faire !!! –, puis s’abandonne avec confiance entre ses mains (Lc 23,34 et 46). A l’égard du ‘bon larron’, Jésus se montre tout aussi touchant et sublime. Rassemblant ses dernières forces, il se veut attentif à sa prière « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et ne la laisse pas sans réponse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Quelle tendresse ! Quelle noblesse ! Quelle royauté ! Celles du cœur …
    Dans sa réponse, – cela vaut la peine d’être remarqué – Jésus ne fait aucune allusion à ce qui serait ‘son royaume’ ; il évoque le ‘paradis’, ce lieu de beauté et délices où Dieu, à la brise du soir, se promène, à la recherche de l’homme (Gn 03,08). Par ailleurs, il ne promet rien pour un futur lointain, mais pour ‘aujourd’hui’. Superbe promesse qui fait dire à Bossuet : « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le paradis, quel séjour ! »

    Inscrire nos vies dans les pas d’un tel roi …

    De par notre baptême, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de rois et de prophètes. Comme Jésus, ce roi crucifié, apprenons à renoncer à ‘sauver d’abord notre peau’, ouvrons les yeux et les oreilles, les mains, nos cœurs surtout, pour accueillir les blessés de la vie et les personnes en détresse que nous croisons. Offrons-leur un peu de cette Vie que nous-mêmes, nous avons reçue de lui. Alors, nous serons en vérité les disciples de l’homme de Nazareth

  • Un sanctuaire de Dieu

    Un sanctuaire de Dieu

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le chef de Jésus, nous ne sommes pas habitués à des prises de position aussi musclées que celle ici racontée. Pourquoi cet accès de colère ? Quel message pouvons-nous retirer de cette page d’évangile, tout comme de l’extrait de la lettre que Paul adresse aux chrétiens de Corinthe. On peut, me semble-t-il, distinguer plusieurs niveaux de sens.

    Dieu est gratuit !

    Pour les Juifs, le Temple est LE lieu saint pas excellence, signe de la présence du Très-Haut parmi les siens. Il s’agit d’un vaste ensemble, avec différents espaces ; on y accède par l’esplanade où l’on trouve tous les commerces en lien avec les sacrifices ; puis se succèdent trois parvis avec une gradation dans leur caractère sacré : d’abord celui des étrangers qui partagent la foi juive, puis celui des femmes et des enfants, ensuite celui des hommes ; viennent enfin l’espace saint où évoluent prêtres et lévites et le Saint des saints où seul le grand-être pénètre une fois par an.
    Comme tout Juif pieux, Jésus monte au Temple avec ses disciples pour célébrer la pâque juive. A son arrivée, il est choqué, outré à la vue de ces commerces défigurant ce lieu de la rencontre avec Dieu, et il s’insurge. Pourquoi ce coup de sang ?
    Si le Temple est bien signe de la Présence de Dieu parmi les siens, selon Jésus cette Présence est gratuite, elle est cadeau, non monnayable : il convient tout simplement de s’y ouvrir, de l’accueillir. Finis donc les petits commerces et les marchandages que nous pouvons avoir avec son Père pour ‘acheter’ en quelque sorte ses bienfaits : pardon, guérison, réussite, salut, … Dieu est gratuit, absolument gratuit. Premier niveau de sens.

    Jésus, Présence de Dieu parmi nous.

    Mais les autorités religieuses juives n’en resteront pas là ; elles viennent interroger Jésus, lui demandant ce qui l’autorisait à poser cet acte prophétique. Sa réponse permet de percevoir un deuxième niveau de sens.
    Jésus, nous le savons, s’est découvert habité par la Présence divine ; il en a une conscience si vive que, souvent, il se retire dans la solitude, pour s’y ouvrir et l’accueillir. Il a aussi compris qu’à travers lui, cette Présence pourrait rayonner et s’offrir, gratuitement, à tout un chacun : telle serait sa mission.
    Ses disciples, eux, mettront du temps à entrer dans ce mystère. Ils ne le découvriront pleinement qu’à la faveur de leurs rencontres avec Jésus ressuscité : leur Maître leur apparaîtra alors comme Présence indestructible de Dieu parmi eux, Présence dont même la mort n’aura eu pas raison. La personne de Jésus devenait ainsi le lieu de la Présence agissante de Dieu, le nouveau Temple en quelque sorte.
    Aujourd’hui, ne sommes-nous pas aussi appelés, à la suite de Jésus et de ses disciples, à percevoir cette Présence – toujours discrète, mais bien réelle – au plus intime de nous-même, comme en toute personne que nous rencontrons ? « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. »
    Dès lors, pourquoi vouloir confiner Dieu, Le reléguer dans un lieu, aussi sacré soit-il ? Ceci vaut non seulement pour les temples – celui de Jérusalem comme tous les autres de par le monde – mais aussi pour les synagogues, pour nos églises et nos chapelles, les mosquées, etc.

    Un sanctuaire de Dieu

    « Vous êtes une maison que Dieu construit, (…) un sanctuaire de Dieu. » Troisième niveau de sens dans le passage de la lettre aux chrétiens de Corinthe : S. Paul y prolonge le message de Jésus d’une autre façon encore. En effet, l’apôtre s’adresse à une communauté de foi. Pour lui, toute communauté de disciples est un sanctuaire de Dieu, habité par son Souffle. C’était déjà ce que Jésus avait donné à entendre : « Quand deux ou trois se trouvent rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi en va-t-il de la communauté de foi qu’est notre Unité Pastorale : elle est, elle aussi, un sanctuaire de Dieu, une maison que Dieu construit.
    Il est bon de nous en souvenir lorsque nous nous retrouvons pour l’eucharistie ou pour un temps de prière communautaire : l’assemblée est alors une forme de la ‘présence réelle’ de Dieu. Il en est de même pour la mission et le témoignage : nous sommes invités à être présence de Dieu parmi les hommes par la qualité de présence et d’amour dont nous rayonnons. Il en sera ainsi à la mesure de notre ouverture au Souffle de Dieu.

  • Simplicité – Vérité

    Simplicité – Vérité

    Une fois encore, Jésus nous invite à réfléchir à notre vie de prière. A l’aide d’une parabole, il attire notre attention sur une possible contrefaçon de la prière. Cette parabole est propre à Luc, comme l’était celle du juge inique et de la veuve.

    Un pharisien et un publicain.
    Notre parabole met en scène deux personnages, un pharisien et un publicain qui se trouvent dans le temple à prier. Les pharisiens constituent un groupe religieux soucieux de vivre à fond leur religion. Ils s’efforcent en effet de respecter les 613 recommandations de la Torah: parmi celles-ci, 248 recommandations positives (« tu feras … ») et 365 négatives (« tu ne feras pas … ») ; on les rencontre à la synagogue chaque sabbat et à Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage (Pâque, Pentecôte, fête des Tentes). Mais cette préoccupation, poussée à l’extrême, les conduit à se couper de leurs semblables qu’ils regardent un peu de haut et évitent de fréquenter. Le mot ‘pharisien’ veut d’ailleurs dire ‘séparé’.

    Quant aux publicains, ils constituent une catégorie socio-professionnelle : ce sont les collecteurs d’impôts. Ils sont plutôt mal vus, car ils perçoivent l’impôt pour l’occupant romain et peu appréciés, car il leur arrive de s’enrichir sur le dos des contribuables. Pensez à Zachée (Lc 19,01-10).

    La prière du pharisien.
    Le pharisien semble s’adresser à Dieu, mais en réalité – selon la lettre même du texte grec – « il prie vers lui-même ». Dans sa prière, rien qui soit vraiment tourné vers Dieu ; il ne paraît pas avoir besoin de Lui car, par lui-même, il parvient à mener une vie parfaite. Sa prière n’est qu’une autosatisfaction déguisée en action de grâce : ‘justification par les œuvres ou par la Loi’, écrira S. Paul. Ce pharisien ne se soucie pas davantage d’autrui. Au contraire, il s’en démarque, ‘s’en sépare’ explicitement, notamment de ce publicain, dans un jugement sans appel. Du risque de se comparer à autrui dans la vie spirituelle.
    Prière pervertie que celle du pharisien – et, par moment, du pharisien qui sommeille en nous – car elle n’est que comparaison et brevet de satisfaction qui le coupe d’autrui. Mais le risque inverse peut aussi guetter la prière : se comparer à autrui peut conduire à se dévaloriser – « je suis nul » -, à ressasser faux pas et erreurs, à se discréditer et s’auto-flageller jusqu’à s’enfoncer dans une culpabilité malsaine. Prenons-y aussi garde !

    La prière du publicain.
    Le publicain, lui, ne tombe pas dans ce second travers : il n’énumère pas ses ratés, ses fautes. En revanche, conscient de sa pauvreté et ses faiblesses, il s’adresse vraiment à Dieu : il L’appelle au secours, implorant Sa force et Son pardon – « Montre-Toi favorable au pécheur que je suis ». ‘Justification par la foi-confiance’, écrira S. Paul. Une parabole qui est évangile, ‘heureuse nouvelle’. Pourquoi Jésus s’adresse-t-il ainsi à « certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » ? Pour leur faire des reproches, les condamner, les monter du doigt ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas son style ! Quelle est alors son intention ? Il veut les inviter à réfléchir : à jeter un autre regard sur Dieu d’abord et ensuite à chercher ce qui fait sens dans nos vies et leur donne de s’accomplir. Le Père dont parle Jésus, n’attend pas que nous nous tenions toujours sur la pointe des pieds pour parvenir à nous élever jusqu’à Lui ; c’est Lui, notre Dieu, qui fait le chemin inverse, Lui qui vient jusqu’à nous pour nous accompagner dans notre marche, nous éclairer par sa

    Parole, nous nourrir dans l’Eucharistie.

    Comment dès lors prier avec justesse ?
    En nous tenant en vérité et en grande simplicité devant Dieu, comme le publicain. En revoyant notre journée à la lumière de l’amour reçu, partagé ou refusé. En cherchant humblement et patiemment comment progresser sur ce chemin. Bien conscient de la difficulté de prier ainsi, S. Paul, dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de Rome (Rm 08,26-27), leur conseille de s’ouvrir au Souffle Saint, de Le laisser les guider dans la prière et les conduire jour après jour : « Tous ceux qui se laissent conduire par le Souffle de Dieu, ceux-là sont vraiment ses fils » (Rm 08,14). Ces conseils, faisons-les nôtres et « ouvrons nos cœurs au Souffle de Dieu » !

  • Persévérer…

    Persévérer…

    L’importance de la prière dans l’évangile selon Luc.

    L’évangile selon saint Luc donne une place importante à la prière. Il va même jusqu’à nous souffler les mots de la prière. Ainsi avec les cinq cantiques qui jalonnent son évangile de l’enfance (Lc 01 et 02). Lors de la visitation, la surprise d’Elisabeth se transforme en chant de bénédiction (01,42-43), aussitôt suivi par le Magnificat entonné par Marie ((01,46-55). Lors de la naissance de son fils Jean, Zacharie entonne lui aussi un psaume de bénédiction (01,68-79) ; et, à la naissance de Jésus, ce sont les anges dans le ciel qui louent Dieu (02,14). Cette série se termine avec le cantique du vieillard Syméon, si heureux d’avoir tenu dans ses bras le Sauveur (02,29-32). Autant d’explosions de joie et de reconnaissance qui montent vers Dieu. !

    Mais, à côté de ces cantiques où explose la joie, le troisième évangile donne une grande place à la prière de demande. L’avez-vous remarqué : presque toutes les guérisons réalisées par Jésus sont précédées par un appel au secours, une prière adressée au Seigneur : ainsi le cri des malades eux-mêmes – tel celui des dix lépreux (Lc 17,11-19) – ou l’intercession de quelqu’un de son entourage du malade – ainsi Jaïre en faveur de la guérison de sa fille (Lc 08,40-56).

    La prière de demande fait parfois difficulté …

    Pourtant, de nos jours, la prière de demande n’a pas toujours bonne presse. Comment l’expliquer ? Evoquons quelques-unes des objections les plus couramment entendues.

    Certains disent : « Inutile d’adresser à Dieu nos prières de demande : Lui qui nous a façonnés, qui nous aime tels que nous sommes, Il sait parfaitement, et peut-être mieux que nous, ce dont nous avons besoin. Alors pourquoi le Lui demander ? Ne serait-ce pas faire pression sur Lui ? »

    D’autres objectent que, derrière la prière de demande, se cache l’image d’un Dieu ‘Touring Secours’, avec le risque de réduire notre relation avec Lui à nos besoins. Et ils ajoutent : « Ne serait-ce pas à nous de trouver et apporter les solutions aux difficultés rencontrées, les nôtres ou celles d’autrui ? »

    D’autres encore disent : « Dieu est-il vraiment le Tout-Puissant ? Regardez le mal qui prolifère, les cataclysmes ? Pourquoi n’intervient-il pas de façon efficace ? En outre, notre prière ne se heurte-t-elle pas – parfois ou trop souvent – à l’absence de Dieu ou, à tout le moins, à son silence. » Et, de fait, cela en décourage plus d’un !

    Jésus a osé demander et même supplier.

    Jésus sait l’importance et la fécondité de la prière de demande. Quotidiennement, il a fait sienne la prière des Psaumes ; formé à leur école, il sait que son Père peut tout entendre : nos cris de détresse, nos impatiences, nos questions, jusqu’à notre colère et à nos appels à la vengeance. Lui-même, à Gethsémani quelques heures avant le supplice de la croix, criera sa détresse, suppliant que s’éloigne la coupe de la passion (Lc 22, 42). Plus tard, il hurlera son sentiment d’être abandonné (Mc 15,35).

    Le ‘Notre Père’, une prière qui nous bouscule…

    Dans le troisième évangile, Jésus parle souvent de la prière de demande. Notamment à l’aide d’une autre parabole, celle de l’ami importun. Dans les conseils qui suivent (Lc 11,05-13), il invite à « demander, chercher, frapper », sans nous lasser, sûrs que nous serons entendus.

    Mais, avant cela, répondant à la demande des disciples qui ne savent trop comment s’adresser à Dieu, Jésus leur propose le ‘Notre Père’ (Lc 11,01-04). Ce faisant, il nous donne les mots de la prière et, tout en même temps, nous déplace dans notre manière de prier. Avant de prier pour leurs besoins, il leur suggère de se soucier de Dieu : qu’il soit connu et reconnu, qu’advienne et grandisse son Règne, réalisant son projet de vie pour tout un chacun (= sa volonté). L’avions-nous remarqué ? En effet, nous pensons à prier pour nous-même, pour nos proches, mais pensons-nous à prier aussi pour Dieu, lui donnant même la priorité ? C’est précisément ce à quoi Jésus nous invite. C’est ainsi que lui-même priera à Gethsémani : « Non pas ma volonté, mon désir, mais le tien » (Lc 22,42). Du reste, n’est-ce pas dans ce cadre que nos demandes personnelles sont invitées à s’inscrire ?

    Les bienfaits de la prière de demande.

    Mais quels sont les bienfaits de la prière qui se risque – comme le fait la veuve de la parabole – à appeler à l’aide avec insistance, à demander encore et encore ? J’en pointe trois.

    Elle nous permet d’abord de creuser notre propre désir, de le purifier, de l’élargir, de l’ajuster progressivement au vaste projet de Dieu. Oui, la prière persévérante a le pouvoir de creuser en nous, et en chacun, cet espace où Dieu peut se rendre présent et agissant. C’est que nombreuses peuvent être, en nous ou chez autrui, les résistances à la conversion du cœur.

    Autre bénéfice de la prière de demande : nous décentrer de nous-même et nous rendre sensible à la détresse d’autrui. Nous le savons, ici-bas Dieu n’agit pas sans nous : la toute-puissance d’Amour qu’Il est, a besoin de l’amour que nous pouvons offrir, de notre concours, de nos idées, de notre temps et de nos engagements pour que se réalise son projet.

    La prière de demande nous invite aussi à l’attention et à la relecture de vie : le Seigneur ne m’a peut-être pas exaucé comme je le Lui demandais, mais il a néanmoins « ouvert un passage » et rendu possibles, de façon inattendue, d’autres choses belles et bonnes. Prenons-en conscience et remercions-Le. Car c’est ainsi que l’espérance et la confiance, parfois très fragiles, peuvent se frayer un chemin dans nos cœurs.

    Aujourd’hui, à travers la parabole du juge inique et de la veuve, Jésus nous presse de regarder la démarche de cette veuve et, comme elle, de durer dans la supplication : c’est que, selon lui, cela fait partie de la confiance fondamentale inhérente à notre foi.

    Mais, en même temps, il se pose une question et nous la pose : « Quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Entendons-là et, quand vacillent confiance et espérance, une fois encore faisons nôtre la prière des apôtres : « Seigneur, augmente en nous la confiance de la foi ! » (Lc 17,05-06)

  • Guéri ou sauvé?

    Guéri ou sauvé?

    A l’époque, la lèpre – comme les autres problèmes de peau qui lui étaient assimilés – était considérée comme maladie très contagieuse et inguérissable. Elle était de surcroît considérée comme une forme de châtiment envoyé par Dieu. Ce qui faisait des lépreux des personnes doublement exclues. Exclues d’abord de la société : pour éviter tout risque de contagion, les lépreux étaient contraints de vivre hors du village et se tenaient à distance de leurs semblables. Exclues aussi de la vie religieuse à la synagogue et au Temple, car considérées comme impures.

    Une chose frappe dans ce récit de guérison : Jésus respecte tous les codes de l’époque. Il entend les cris de ces lépreux et respecte la distance dans laquelle ils se tiennent. Il ne dispense aucun soin ; il ne peut d’ailleurs pas les toucher : cela entraînerait de facto pour lui la même exclusion que celle de ces malades. Il se contente de leur adresser une seule parole : « Allez vous montrer aux prêtres ». Il appartenait, en effet, aux prêtres de constater la maladie et donc de décréter l’exclusion ; il leur revenait aussi, le cas échéant, de constater la guérison et, par voie de conséquence, de réintégrer la personne guérie dans la vie sociale et religieuse.

    Voilà qui met en évidence la confiance, la foi, dont font preuve ces dix lépreux. Ils ne semblent en rien déçus par l’attitude de Jésus. Bien au contraire ! Sur sa parole, ils se mettent en route pour Jérusalem où, dans le Temple, un prêtre pourra constater leur guérison. Et voilà que ce qu’ils appelaient de leurs cris et espéraient tant, advient : ils sont guéris, purifiés. Ils vont pouvoir reprendre une vie normale, parmi leurs semblables. Merveilleux !

    Des verbes significatifs.

    Dans cette page d’évangile, comme souvent, les verbes sont importants. Quatre d’entre eux ont retenu plus particulièrement mon attention : crier, revenir sur ses pas, rendre grâce et être sauvé.

    « Crier »

    Osons-nous aller vers Dieu ou vers Jésus en criant, parfois même en hurlant notre détresse, notre désarroi, voire notre colère ? Ne nous a-t-on pas appris à être trop sages, trop polis et lissés en sa présence ? Ouvrons le livre des Psaumes, ce recueil de prières de nos frères et soeurs juifs et chrétiens : nous découvrirons qu’il est rempli de cris, exclamations de joie comme cris de souffrance (Ps 04,02 ; Ps 06 : Ps 12 ; etc.). Venons donc à Dieu avec nos propres cris de détresse, de désarroi ou de mal-être, avec nos questionnements, mais aussi avec ceux de notre monde et de l’ensemble de la création qui « gémit dans les douleurs d’un enfantement » (Rom 08.22).

    « Revenir sur ses pas »

    Lorsqu’il se découvre guéri, le lépreux de Samarie revient sur ses pas plutôt que de poursuivre sa route vers Jérusalem : il chante à tue-tête, reconnaissant la place importante de Dieu (= sa ‘gloire’) dans son existence. Parmi ces dix malades, un seul, un étranger de surcroît, fait la démarche.

    Il est devenu banal de le dire, nous courons après le temps, le rythme de la vie ne cessant de s’accélérer. Dans ce monde devenu un peu fou, prenons-nous parfois le temps de nous arrêter, le temps d’une retraite ou plus brièvement d’une récollection, ou encore le soir pour revoir le vécu de notre journée ? Ayons à cœur de faire régulièrement retour sur notre vécu, pour remercier Dieu et Le chanter quand son amour nous a rejoints à un moment difficile, ou quand son pardon nous a remis en route après que nos pieds aient trébuché.

    « Rendre grâce »

    Ce Samaritain n’est plus uniquement centré sur lui-même et sur la guérison de son corps. Il prend aussi conscience qu’un de ses semblables, en l’occurrence Jésus, est présence et instrument de Dieu sur sa route, et il vient l’en remercier. Ne nous arrive-t-il pas parfois d’être tellement ‘égocentrés’ que nous en oublions de dire merci : c’est comme si tout nous était dû. Comme ce lépreux guéri, apprenons à dire merci à celles et ceux qui, sur notre route et dans notre quotidien, sont des envoyés de Dieu. Cela ne ré-enchanterait-il pas quelque peu la vie de tous les jours ?

    « Etre sauvé »

    Etonnement ! Si les dix lépreux se sont découverts ‘guéris’ et ‘purifiés’, un seul est déclaré ‘sauvé’. Etre sauvé, c’est donc autre chose qu’être guéri ?! Comment comprendre la distinction faite par Jésus ? Voilà qui n’est pas difficile !

    Je me risque à donner une piste. ‘Etre sauvé’ ne serait-ce pas – comme ce Samaritain guéri et purifié – être mieux ajusté dans toutes nos relations :
    – avec Dieu dont on reconnaît la place centrale dans nos existences,
    – avec les autres à travers les relations de proximité qui se tissent dans le quotidien, en apprenant à être attentifs les uns aux autres, à leur donner une place, à les écouter, et à les aimer,
    – et enfin avec soi-même, en étant suffisamment décentré de soi pour se faire serviteur du projet de Dieu ?

    N’est-ce pas ainsi que nous pourrons savourer cette vie qui aura alors valeur d’éternité et chanter à tue-tête avec notre Samaritain ?

  • Appel au secours

    Appel au secours

    Pourquoi cette prière des apôtres ? Pourquoi ce cri de ceux sur qui ont vécu si proches du Maître ? Voilà qui peut surprendre.
    Petite précision d’abord. La foi dont il s’agit, n’a rien à voir avec l’adhésion à un catéchisme ou à des dogmes. Elle est fondamentalement confiance : confiance en Dieu en prenant appui sur Lui, adhésion confiante aux paroles de Jésus. 
    Revenons à notre étonnement : pourquoi cet appel au secours ? Vivre dans une telle confiance, est-ce si difficile ? Comme toujours, il est précieux de jeter un oeil sur le passage précédant (Lc 17,01-04). Montant à Jérusalem pour la pâque juive, Jésus prend le temps de parler avec celles et ceux qui font route avec lui et, plus précisément avec qui cherche à devenir son disciple et à mettre ses pas dans les siens.
    Jésus évoque notamment plusieurs aspects de leur vie en communauté. Dans son souci des plus fragiles, il leur dit : « Faites gaffe de ne pas scandaliser les plus petits, de ne pas être une pierre d’achoppement sur leur chemin de foi ». Il les invite aussi à la ‘correction fraternelle’ : non pas chercher à prendre l’autre en défaut, quitte à oublier la poutre qui est dans notre œil (Lc 06,42), mais – plus justement – chercher à grandir ensemble sur le chemin de la vraie Vie. Démarche incluant la capacité à pardonner à autrui. Plus loin, il les exhorte encore à servir sans rien attendre en retour, ni compliment, ni merci : « Vous êtes de simples serviteurs » (Lc 17,10).
    Ainsi vécut Jésus.
    Il est toujours bon de se le rappeler : parlant ainsi, c’est à partir de sa propre expérience que Jésus parle. Lui-même a fait radicalement confiance à son Père, jusque dans son sentiment d’abandon sur la croix (Mt 27,46). Il a témoigné d’un Dieu aimant passionnément chacun, attendant le retour de la brebis qui s’est égarée, pardonnant toujours (Lc 15, 04). Il s’est mis au service de ce désir du Père, quoi qu’il puisse lui arriver. Se présentant comme « celui qui vient non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10,45), il fut confronté à l’ingratitude, à l’indifférence, au rejet. Lors de son dernier repas, lavant les pieds des disciples, il prit la position d’esclave (Jn 13,03-17).
    A nous qui faisons route avec lui, Jésus n’impose donc rien, il propose le chemin de vie et de bonheur sur lequel il s’est lui-même engagé. « Si vous avez de la foi comme une graine de moutarde, … » Chemin parfois difficile qui nous arrache ce cri : « Augmente en nous la foi ! » Qu’en-est-il pour moi, aujourd’hui ? Dans quelles circonstances la confiance en Dieu s’avère-t-elle difficile ? Nombreuses, en effet, sont par moment les turbulences de nos existences : échec, chômage, gros soucis de santé, mort d’un proche, difficulté de pardonner… Sans compter les grandes questions de toujours, celles du mal et de l’injustice, de la souffrance de l’innocent, de la mort. Tout cela est parfois bien lourd à porter !
    Alors, comme Jésus, avec Lui, apprenons à faire confiance à notre Père, envers et contre tout. Nous vérifierons alors qu’en nous appuyant sur Lui, en nous ouvrant à son Souffle et en nous laissant conduire par Lui (Rm 08,14), il devient possible de vivre des choses dont a priori nous ne nous sentions pas capables. Telle est précisément la démarche à laquelle Paul invite Timothée (1° lecture) : raviver en lui le don qui lui a été fait, celui de ce Souffle de force et d’amour. Oui, ouvrons-Lui largement nos cœurs : devant nous, il ouvrira un passage (Ps 30/31, 09) !

  • Tout miser sur Jésus

    Tout miser sur Jésus

    Un moment particulier ….

    Jésus est au nombre des pèlerins qui marchent vers Jérusalem, pour y célébrer la fête de la Pâque juive. Il semble marcher en tête de la caravane. Pour lui, l’heure est grave, sa vie est en jeu, il le pressent : par deux fois déjà, il a évoqué la perspective de sa mort prochaine (Luc 09,22 et 09,43-45). Se retournant, il s’adresse à celles et ceux qui, dans cette foule, désireraient être comptés au nombre de ses disciples. Il évoque des choix àfaire : lui donner la priorité dans ses relations, porter sa croix – même ‘chaque jour’ (Lc 09,23), renoncer à tout ce qui nous appartient.

    Propos rudes, déconcertants, peut-être même imbuvables. Le moins qu’on puisse dire, c’est que, s’exprimant ainsi, Jésus ne se soucie guère de son audience … Certains pourraient dire : « Mais pour qui se prend-il, celui-là ?! ». Il y a là de quoi décourager plus d’un de se mettre à sa suite ! Dès lors, comment comprendre ces paroles rugueuses ? Que peuvent-elles nous dire aujourd’hui ?

    Des clés de lecture.

    Il est bon de le rappeler : à l’époque, il n’existait ni carnet, ni de crayon ; pas davantage d’enregistreur ni de smartphone. Des années après, c’est l’évangéliste qui, éclairé par le Souffle Saint, place ces paroles sur les lèvres de Jésus. Elles sont en quelque sorte un écho de sa foi, de son expérience de croyant.

    Autre rappel : l’évangéliste ne nous livre ni une injonction, ni une obligation qui viendrait de Jésus lui-même. Non, il nous transmet une invitation, ou le conseil d’un grand frère dans la foi. Avec lui nous pourrions chanter : « Tu es là au coeur de nos vies et c’est toi qui nous fais vivre » (L 102). Jésus ne s’est d’ailleurs jamais mis en avant : c’est de ce Dieu qu’il appelait ‘Père’ et de son désir de vie pleine pour chacun qu’il parle ; c’est pour Le rejoindre dans la prière qu’il se retire souvent. C’est donc vers Lui qu’il veut tourner nos regards. Il s’est aussi refusé à nous imposer quoi que ce soit. Il s’est contenté de proclamer l‘heureuse nouvelle’ d’un Dieu qui nous aime passionnément et qui souhaite vivants et heureux, et il a agi pour donner corps à ce désir.

    Une expérience personnelle.

    En me laissant travailler par ces paroles, un souvenir, déjà lointain, refait surface. Je participe à une session de formation à la relation avec l’Evangile comme balise. Un matin, l’animateur remet à chaque participant une feuille A4 avec une série de cercles concentriques de plus en plus larges et nous invite, en partant du centre, à y situer chacune des personnes avec qui nous sommes en relation, y inscrivant leur prénom. Lorsque nous nous retrouvons après un temps personnel, l’animateur nous fait découvrir deux choses importantes : pas de hiérarchie dans l’amour, mais des priorités.

    Première découverte : il n’y pas de hiérarchie dans l’amour. Pour Jésus, l’agapè – qui est tout autre chose que l’affection que nous avons pour telle ou telle personne – sera toujours de vouloir la vie et le bonheur de l’autre, quel qu’il soit.

    Seconde découverte : s’il n’y a pas de hiérarchie dans l’amour, il y a bien des priorités dans nos relations. Cela tient au fait de notre condition d’êtres humains limités : limites de temps, de forces, etc. Au nombre de ces priorités, celles et ceux dont nous partageons la vie au quotidien : parents, enfants, amis, collègues de travail. Mais qui dit priorités, dit aussi choix … et, en conséquence, renoncements. Des renoncements parfois ‘crucifiants’. Quand unde vos tout proches est gravement malade, vous renoncez spontanément à bien des sollicitations pour être à ses côtés, le soigner, lui manifester tendresse et amour.

    « Dieu fait de nous en Jésus-Christ, des êtres libres » (K 34)

    Selon le témoignage de S. Luc, faire le choix d’être disciple de Jésus, de marcher à sa suite, c’est donc lui donner la toute première place dans nos existences, tout miser sur lui et sur son message et, en conséquence, être disposé à faire, comme lui, des choix dans la ligne de l’Évangile. Car ses disciples, Jésus les veut libres et engagés :
    – libres dans leurs relations,
    – libres par rapport à eux-mêmes et capables d’en payer le prix,
    – libres par rapport aux biens qui, parfois, nous possèdent, plus que nous ne les possédons.

    Comment tenir sur le long terme ?

    Ajuster notre existence à ce choix peut par moments s’avérer une démarche difficile. C’est pourquoi, avant même de nous lancer dans pareille aventure, et même régulièrement à la faveur, par exemple, d’une retraite, il est conseillé de s’asseoir et de prendre le temps de chercher comment tenir bon dans la durée. C’est ce que, selon moi, suggèrent les deux petites paraboles de celui qui veut construire une tour ou du roi qui s’apprête à partir en guerre.

    Qu’est-ce qui effectivement pourrait m’aider, nous aider, à tenir dans la durée ? Ne l’oublions pas, nous pouvons compter sur la force de la prière et de l’eucharistie : l’ouverture au Souffle de Dieu et la communion avec Jésus constituent un puissant soutien. De même, le partage avec d’autres chrétiens – au sein de la communauté chrétienne locale, dans un groupe biblique ou une équipe de foyer, …- nous éclairera, nous aidera à nous recentrer sur lui et soutiendra notre élan.