Auteur/autrice : Brigitte Rigo

  • Le sel et la lumière

    Le sel et la lumière

    Ces versets concernant le sel de la terre et la lumière du monde suivent la proclamation des béatitudes par Jésus. Une façon pour l’évangéliste de suggérer que c’est en marchant vers ce bonheur-là que nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Une façon aussi de nous faire comprendre qu’il n’y a de vrai bonheur que partagé avec autrui.

    Notre petit grain de sel.

    Multiples sont les utilisations du sel dans notre quotidien. Evoquons-en quelques-unes. Le sel relève le goût des plats que nous préparons ; sans exagérer toutefois car, nous rappelle-t-on, trop de sel, c’est mauvais pour la santé. Assaisonnée de sel, la nourriture préparée se conserve mieux ; ce qui était particulièrement vrai à l’époque où l’on n’avait ni frigo, ni surgélateur. En période hivernale, le sel est bien utile pour faire fondre la neige et la glace sur nos trottoirs et nos routes. A celui qui a voyagé sous un soleil ardent, on offrait et, dans certaines régions, on offre toujours, un verre d’eau et une pointe de sel : sel de l’hospitalité.
    Indispensable donc le sel. Mais mesurons-nous à quel point, dans la vie courante, un petit grain de sel peut s’avérer précieux ? Dans les relations notamment. Quand la vie et le bonheur autour de nous semblent fragiles, un petit grain de sel – une attention, un sourire, une parole chaleureuse – peut rendre goût à la vie à un cœur triste et illuminer un visage. Quand l’accueil mutuel se fait difficile, quand il y a un froid dans une relation, ou que celle-ci devient glaciale, le petit grain de sel d’une parole positive, d’une petite pointe d’humour peut contribuer à dégeler l’ambiance, ouvrir à l’écoute et à la compréhension mutuelles. Hospitalité du cœur à offrir à autrui en toutes circonstances ! Et que l’apôtre Paul recommandait : «Que votre parole soit toujours aimable, assaisonnée de sel, pour savoir comment vous devez répondre à chacun», lit-on ainsi dans sa lettre aux Colossiens» (04,05-06).

    Des petits lumignons …

    « Ta Parole, Seigneur, est Lumière sur notre route » (Ps 118,105). Et Jésus, « Parole de Dieu faite chair » (Jn 01,14), nous l’a rendue plus proche encore. Nous en faisons l’expérience : Il est « La Lumière du monde » (Jn 08,12). Non pas lumière qui aveugle – tels les phares led de nos voitures -, mais lumière très douce, indiquant un chemin là où il semblait ne pas y avoir d’issue, délivrant de la peur quand l’obscurité et le noir effraient et paralysent.
    Méditer la Parole seul ou avec d’autres éclaire notre cœur et nous permet de devenir lumière à notre tour. Par toute notre vie – «nos bonnes œuvres», dit notre passage. Et la première lecture (Is 58,07-10) en suggère quelques-unes : partager son pain avec qui a faim, accueillir le sans abri, donner des vêtements à qui n’en a pas, faire disparaître le geste accusateur et la parole malveillante, …
    A travers ces paroles et gestes de profonde humanité, nous sommes alors comme de petits lumignons disposés dans la maison pour éclairer celles et ceux avec qui nous vivons. Reflétant ensemble un peu de la lumière divine, nous pouvons aussi être lumière au coeur des obscurités et angoisses de ce monde.
    Ensemble, poursuivons notre marche vers ce bonheur-là !

  • En marche…

    En marche…

    Sur la montagne

    Jésus aimait se retirer dans la montagne : pour prendre du recul et de la hauteur par rapport aux événements ; pour se recueillir dans le silence et prier, laisser Dieu s’approcher de lui. Hier comme aujourd’hui, la montagne représente un des espaces où prendre de la distance par rapport au quotidien. Et, dans la symbolique biblique, si la terre représente le lieu de vie des hommes, le ciel, lui, évoque le séjour de Dieu.
    Comment, dans un quotidien souvent stressant et très rythmé, trouver lieux et temps pour me ‘re-cueillir’, me retrouver en vérité et revenir à Celui qui est notre unique Essentiel ?

    Jésus, nouveau Moïse.

    Cependant, dans l’évangile selon Matthieu, la montagne s’enrichit encore d’une autre symbolique. Elle renvoie au séjour de Moïse sur la montagne (Ex 24,12,13,15). C’est là qu’il a reçu les « dix Paroles » (Décalogue) inscrites sur deux tables de pierre. Aux Hébreux en chemin vers la Terre Promise, elles donnaient des pistes pour vivre la relation au Seigneur et ajuster leurs liens les uns avec les autres. Non pas ‘dix commandements’, mais des conseils d’ami pour nous montrer comment vivre la relation à Dieu et ajuster les relations entre nous.

    En proclamant les Béatitudes, Jésus apparaît ainsi comme le nouveau Moïse. Il ne nous donne pas des injonctions, mais plutôt une feuille de route qui balise le chemin d’un vrai bonheur. Et c’est à partir de sa propre expérience qu’il nous la propose.

    « S’approcher de Jésus ».

    Dans l’auditoire de Jésus, on distingue deux cercles. La foule qui va suivre Jésus dans chacun de ses déplacements, tant les gens ont faim et soif d’une parole qui fasse vivre, qui mette debout. Mais dans cette foule se détache un petit groupe : les quatre disciples que Jésus vient d’appeler. « Ils s’approchèrent de lui », un peu comme on veut s’asseoir aux premiers rangs pour mieux entendre et bien suivre un conférencier, sans être distrait par autre chose.
    Invitation adressée à chacun des disciples que nous sommes de nous ‘approcher’ nous aussi du Maître, assoiffés que nous sommes de L’écouter.

    « En chemin vers le bonheur … »

    André Chouraqui – dans la traduction qu’il donne de ce passage à partir non pas du texte grec, mais de sa traduction en hébreu – remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’. La racine du mot en hébreu le permet, tout comme elle autorise celle de ‘Heureux’. A son exemple, je me risque à une traduction personnelle : ‘En marche vers le bonheur’. Suggérant ainsi qu’il s’agit là d’une dynamique dans laquelle s’engager.
    Résonne alors en nous l’invitation pressante que le Seigneur Dieu, à nouveau par la voix de Moïse, adressa aux Hébreux au moment ils allaient entrer en Terre Promise : « Vois, aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur (…), la bénédiction et la malédiction. De grâce, de grâce, choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance » (Dt 30,15 et 19). Inattendu, ‘in-croyable’, ce Dieu qui ne désire que notre vie et notre bonheur et qui nous presse de choisir le bon chemin ! Quelle heureuse nouvelle !

    « … ceux qui sont à bout de souffle ».

    C’est à eux que pourrait être adressée la première béatitude, sur laquelle je vais m’arrêter. Deux versets du Psaume 142 font entendre l’appel au secours de quelqu’un qui n’en peut plus : d’abord « le souffle en moi s’épuise » (v. 04), puis « je suis à bout de souffle » (v. 07). Mais, plus loin, est partagée la nouvelle d’une guérison : « bienfaisant est ton Souffle – celui de Dieu – ; il me guide en un pays de plaine » (v.10).
    Expérience qui, par moments, est la nôtre : on sent que, peu à peu, on s’épuise, au point de finir par craquer. Qu’est-ce qui, alors, pourrait bien nous permettre de nous relever et de nous remettre en route ? Tournons nos regards vers l’homme de Nazareth qui, dans les béatitudes, parle à partir sa propre expérience. Jésus a accueilli le Souffle Saint qui lui fut donné juste lors de son baptême (Mt 03,16-17) et, désormais, il se laissa conduire par Lui. Ce qui lui permettra de résister aux tentations du Diviseur (Mt 04,01). Et de tenir bon jusqu’au bout : à Gethsémani, à l’approche de sa condamnation et de sa mort, il priera intensément et invitera les disciples qu’il a emmenés à « prier pour ne pas entrer en tentation, car – précise-t-il – le Souffle est plein d’ardeur, mais la chair – càd. l’homme livré à ses seules forces – est faible » (Mt 26,36-44). Alors, quand nous nous sentons dépassés, débordés, n’hésitons pas à chanter :
    « Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
    En toi, j’ai trouvé la joie, le bonheur. Esprit saint, inonde mon cœur. »

  • Proches… et si différents

    Proches… et si différents

    Jean-Baptiste vient d’être incarcéré : Hérode, en effet, n’a pas supporté que le prophète lui dise ses quatre vérités. C’est dans ce contexte difficile que Jésus débute sa mission, et il peut déjà pressentir que les choses ne seront pas nécessairement plus faciles pour lui. « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté » : ainsi pourrait-on paraphraser la chanson de Guy Béart à propos du poète.

    Un message et un style tout autres …

    A première vue, dans l’évangile selon Matthieu, le message de Jésus semble le même que celui de son cousin. Et pourtant il n’en est rien. En effet, si la formule est bien identique – « Convertissez-vous/changez de regard, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 03,02 et 04,17) -, le contenu de la prédication de Jésus, ainsi que sa manière d’être et de faire sont bien différents. Et, comme souvent, la manière et la forme font partie intégrante du contenu. Entre les deux cousins, on peut pointer plusieurs différences. Celles-ci nous concernent aussi ; elles touchent à la manière d’être disciples de Jésus et de faire Eglise.

    Jean-Baptiste vivait en ermite, dans le désert de Judée où il s’était retiré. Là, il accueillait les personnes venant à lui ; il prenait le temps de les écouter, de parler avec elles, les secouant parfois. Jésus, lui, va vers les gens : il bouge et se déplace. Il fait le choix de commencer sa mission en Galilée, une région à la population très mélangée à tous points de vue : socialement, culturellement, religieusement. On n’y rencontre pas nécessairement les ‘bons pratiquants’. Une région qu’en conséquence les responsables religieux méprisaient et regardaient souvent de haut.

    Jean-Baptiste annonçait l’imminence du jugement de Dieu, il avait parfois des paroles fortes et énergiques à l’encontre de celles et ceux qui se sentaient pécheurs. Jésus, lui, rencontre la soif spirituelle des gens en leur faisant découvrir Dieu comme ‘Heureuse Nouvelle’ !!! Voilà qui, finalement, est bien plus tonique !

    Mieux encore : Jésus ne se contente pas de proclamer la proximité de Dieu et de son Royaume : il le fait advenir, le donnant à voir ! Quelle espérance pour les gens ! Et pour tous ! En effet, quand il va à leur rencontre, il est saisi de compassion, bouleversé jusque dans ses entrailles à la vue de leurs souffrances, de leurs détresses, de toutes leurs misères. Et il les prend à bras le corps : il ‘prend soin’ d’eux, selon le sens premier du verbe grec ici employé, ‘thérapeuô’ (qui, en français, donne ‘thérapie’ et ‘thérapeutique’). On ne nous dit rien de tel au sujet du Baptiste.

    Un travail d’équipe, en fraternité !

    Sa mission itinérante, Jésus n’entend pas l’accomplir seul. Il appelle d’autres personnes à se joindre à lui. Elément remarquable : il commence par appeler des frères : Simon et André, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Comme pour inaugurer dès le départ un réseau où existera une vraie fraternité humaine …

    D’emblée, son appel trouve en eux un écho. Pourquoi se sentent-ils ainsi concernés ? Le texte ne le précise pas. Je risque une réponse, la mienne : peut-être parce que la rencontre avec ce Jésus de Nazareth fut pour eux lumineuse, qu’elle jetait sur leur existence une tout autre lumière … Peut-être aussi parce qu’à son contact, ils se sont découverts eux-mêmes ‘repêchés’, guéris, plus vivants.

    Mais en même temps, ces pêcheurs le perçoivent, cet appel implique des ruptures dans leur quotidien. Non pas comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme une nécessité intérieure : ‘laisser là leurs filets de pêcheurs’ (v. 20), ou ‘laisser la barque et leur père’ (v. 22). Cela dans le but de ‘l’accompagner’, selon le sens premier du verbe grec ‘acolouthéô’ (qui donne ‘acolythe’ en français).

    Pas besoin d’être bardés de diplômes et d’avoir un talent de prédicateur ! Lui va les former. « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », leur dit-il. C’est en faisant route avec lui, en se mettant à son école qu’ils découvriront leur nouvelle responsabilité.

    Aujourd’hui, ‘compagnons’ de ce Jésus.

    Nous sommes les disciples de ce Jésus. C’est auprès de lui, en l’écoutant, en le regardant vivre et agir, en nous laissant soigner par lui, que nous apprendrons à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ à notre tour.
    Plutôt que de mettre l’accent sur la participation à la liturgie, certes moment important de ressourcement auquel il était lui-même fidèle, Jésus met en avant une manière d’être au monde, faite de présence, d’attention à l’autre, de profonde humanité. Puissent nos communautés chrétiennes devenir des ‘hôpitaux de campagne’, selon la belle expression du pape François.

  • Contempler le Souffle

    Contempler le Souffle

    Il y a 2000 ans d’ici …

    Que s’est-il exactement passé ce jour-là où Jean baptisa Jésus ? A-t-il vu quelque chose de ses yeux de chair et, si oui, qu’a-t-il vu ? Nous ne le saurons jamais car cette page d’Évangile évoque tout autre chose : le regard intérieur, tout nouveau, que porte Jean-Baptiste sur son cousin. Elle nous invite ainsi à nous mettre dans la peau du Baptiste et, avec lui, à poser un regard plus profond sur le Nazaréen. Il s’agit donc d’un regard intérieur, spirituel.

    Ce n’est sans doute pas la seule fois que se sont croisés les chemins des deux cousins et que, devenus adultes, ils se rencontrent. Néanmoins, aujourd’hui, le regard que pose le Baptiste sur Jésus est tout autre. Cela le frappe tellement que, par deux fois, il répète : « Moi, je ne le connaissais pas » (vv. 31 et 33).

    Il découvre Jésus sous trois angles différents et cherche à en ‘témoigner’ à l’intérieur de sa propre culture. En référence à un célèbre passage d’Isaïe (Is 53,04-06), il le présente comme ’l’Agneau de Dieu’ qui porte et emporte le péché du monde ; il le découvre ensuite inondé du Souffle Saint qui demeure sur lui (v. 32 et 33) et capable de nous le transmettre ; il le révèle enfin comme ‘Fils de Dieu’.

    Le Souffle saint demeurant sur lui.

    Avec Jean-Baptiste, posons aujourd’hui notre regard sur ce Jésus habité par le Souffle Saint. L’homme de Nazareth n’est pas un impulsif que les circonstances mènent ici ou là. Il ne cherche pas le pouvoir, ni son intérêt. Non ! Il est constamment tourné vers son Père et vers autrui. Sa vie intérieure est forte, constante, nourrie jour après jour. Dans la prière, il s’ouvre au Souffle divin, Lui permettant de l’éclairer ; il se laisse conduire par Lui (Mt 04,01) et, à ce titre, il est pleinement ‘fils de Dieu’, selon la belle expression de S. Paul (Rm 08,14) qui – soit dit en passant – vaut aussi pour nous !

    Et moi aujourd’hui … ?

    Impossible de ne pas nous poser quelques questions. Je me les pose, et je vous les pose à vous aussi. La première : n’en sommes-nous pas restés au baptême d’eau, celui donné par Jean-Baptiste ‘pour le pardon des péchés’ (Mc 01,04) ? Le regard chrétien ne porte-t-il pas trop souvent sur les fautes, au risque d’engendrer de la culpabilité malsaine ou de conduire à juger et à critiquer autrui plutôt que de pratiquer la correction fraternelle ? N’oublions-nous pas que Jésus ‘baptise dans le Souffle Saint’ ? Sur la croix, il ‘a livré le Souffle’ (Jn 19,10) et, Ressuscité, il nous presse de le ‘recevoir’ (Jn 20,22), de nous laisser habiter par Lui.

    Autre question : comment le regard que je porte sur Jésus a-t-il évolué depuis le jour de mon baptême jusqu’à aujourd’hui ? Répondre à cette question requiert un temps d’arrêt, de silence, pour « regarder Jésus venir à nous » (v. 29).
    Les titres donnés à Jésus par Jean-Baptiste faisaient référence au Premier Testament et parlaient aux chrétiens de l’époque, généralement familiers de la culture biblique. Ce qui n’est plus le cas de nos jours. Comment dès lors parler de Jésus aujourd’hui ? Comment moi, le présenterais-je avec des mots audibles par nos contemporains ?

    « Et moi, je ne le connaissais pas … »

    Ne pouvons-nous pas dire cela de cela de nos proches comme de celles et ceux que nous côtoyons au quotidien, que nous croisons souvent sans les rencontrer en vérité ? Cette page d’évangile nous invite à poser sur eux ce regard contemplatif. Souvent, lors des funérailles d’un proche, nous posons un tel regard sur lui et sur sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de le faire de son vivant ? Quand nous sommes tentés de juger quelqu’un, parfois même de le condamner, pourquoi ne pas essayer de porter sur cette personne un regard neuf, nous demandant comment elle est, elle aussi, habitée, portée par le Souffle Saint ? Des relations, parfois difficiles, pourraient s’en trouver apaisées, relancées, transfigurées.
    Pour y parvenir, peut-être convient-il de commencer par nous ouvrir, nous-mêmes, au Souffle de Dieu … Comme Jésus, dans la prière ouvrons-nous à Lui et laissons-nous conduire par Lui.

  • Un signe

    Un signe

    Isaïe 7, 10-16

    Un peu d’histoire ….

    A la mort du roi Salomon (921 ACN), ses fils ne sont pas entendus concernant la succession. Cela a finalement conduit au partage de son royaume : le royaume d’Israël (au Nord) et le royaume de Juda (au Sud). Ce partage n’a pas aplani les tensions. Au temps du prophète Isaïe (VIIIème siècle ACN), elles demeurent vives. Le petit royaume de Juda se trouve, en effet, menacé par celui d’Israël, appuyé par la Syrie
    Dans ce contexte, le Seigneur – par la voix de son prophète – cherche à rassurer le roi Achaz en lui suggérant de Lui demander un signe. Le signe qui, finalement, sera donné, laisse les biblistes perplexes à plus d’un égard. Notamment quant à l’identité de l’enfant annoncé. Selon l’hypothèse la plus probable, il s’agirait d’Ezéchias, le fils aîné d’Achaz, qui fut un grand roi réformateur.

    Demander un signe ?

    Demander un signe, n’est-ce pas mettre le Seigneur à l’épreuve, lui demander de confirmer son soutien, sa présence ? C’est ce que pense le roi Achaz, en conformité avec un passage du Deutéronome (Dt 06,16). Mais ici, c’est le Seigneur lui-même qui, par la voix de son prophète, suggère à Achaz de Lui demander un signe. Dès lors pourquoi hésiter à le faire, et même le refuser carrément ? Aucune raison !

    La question demeure néanmoins importante et délicate ! Quelques éléments de réflexion à partir du N.T.
    Pensons à Zacharie : quand l’ange Gabriel lui annonce qu’Elisabeth et lui, déjà bien avancés en âge, vont avoir un enfant, Zacharie n’en croit pas ses oreilles. Nouvelle tellement inouïe que Zacharie, tout prêtre qu’il est, demande un signe. Cette mise en doute de la promesse du Seigneur lui vaudra de demeurer muet durant les neuf mois de la grossesse de sa femme ! (Lc 01,05-25).
    Lorsque le même ange Gabriel annonce à Marie qu’elle aura bientôt un fils, celle-ci se hasarde à poser une question et elle, à la différence de Zacharie, reçoit une réponse. Etrange, non ! Pourquoi ? Parce que Marie ne demande pas un signe de confirmation, elle cherche à comprendre : « Comment cela va-t-il se faire ? » (Lc 01,26-38). La nuance est importante : croire, c’est d’abord et avant tout faire confiance au Seigneur, le croire sur parole. Mais, comme il nous a dotés d’intelligence, il n’est pas interdit de chercher à comprendre ; c’est même vivement recommandé !
    Autre aspect de la problématique des signes. Des signes nous sont donnés. Et même en abondance (Jn 20,30-31), mais ils sont rarement éclatants. Les percevoir requiert attention et déchiffrement. Or, certains ne les perçoivent pas, d’autres n’arrivent pas à les déchiffrer. Pour le quatrième évangile, les miracles (‘choses étonnantes’) réalisés par Jésus et les guérisons effectuées par ses soins sont des ‘signes’ (Jn 02,11). Aucunement des preuves ! La ‘preuve ‘ (!) en est que certains n’arrivant pas à les déchiffrer, les rejettent : tels des scribes et des pharisiens (Lc 11,14-20). Et même parfois les disciples, ce qui laissera Jésus perplexe (Mc 08,14) …
    Pas de réponse univoque donc. Tout dépend de l’intention de qui demande un signe. En demander comme soutien parce que l’on se sent faible, fragile : pourquoi pas ? Jésus encourage la prière de demande (Lc 11,09-13). En revanche, en demander par manque de confiance dans le Seigneur, cela ne passe pas.
    En tout état de cause, dans nos existences, apprenons à percevoir et à décrypter les signes donnés par le Seigneur. Accueillons-les avec joie et reconnaissance !

    Un signe dérisoire

    Un signe dérisoire, fragile, à attendre avec confiance.
    Le signe donné à Achaz a de quoi surprendre, tant il est fragile : la naissance imminente d’un fils ! Qu’est-ce que, dans l’immédiat, un enfant peut changer à la situation de ces deux peuples qui sont comme des frères ennemis, toujours prêts à s’entredéchirer ? Rien, si ce n’est avant bien longtemps : le temps de sa gestation, puis de son éducation …
    Cet enfant doit en effet apprendre à ‘choisir le bien et rejeter le mal’. Echo à un texte magnifique du Deutéronome (30,15-20) : « J’ai placé devant toi la Vie et la Mort, la bénédiction et la malédiction, le bonheur et le malheur. (…) De grâce, de grâce, choisis la Vie ! ».
    Tâche quotidienne pour chacun et chacune de nous : dans des circonstances toujours nouvelles, discerner le chemin de la Vie et nous y engager résolument !  

    Emmanuel

    ‘Emmanuel’ – ‘Dieu avec nous’ pour toujours !
    L’évangéliste Matthieu voit dans la naissance de Jésus la réalisation de l’ancienne promesse faite à Achaz : il le note explicitement en conclusion du récit de l’annonciation à Joseph : « La jeune fille concevra, et elle enfantera un fils : on l’appellera du nom d’Emmanuel » (Mt 01,22-23). Et cet évangile, qui s’ouvrait avec cette heureuse nouvelle d’un ‘Dieu avec nous’, se conclut de la même manière : en Jésus ressuscité, Dieu demeure l’Emmanuel : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).
    Nous ne sommes pas seuls sur le chemin de la vraie Vie : le Seigneur, en la présence de Jésus Ressuscité, est et demeure pour toujours à nos côtés. Et même ‘en nous’ : voilà un des aspects de la fête de Noël : notre cœur est en quelque sorte la crèche dans laquelle il désire naître et grandir.

    Très belle fête de la Nativité à chacune et chacun de nous !

  • Hymne à la joie!

    Hymne à la joie!

    Isaïe 35, 1-10

    Une fois de plus, quelle poésie dans ce passage ! Quel lyrisme ! Joie, exultation, allégresse éclatent de partout. L’homme, le monde animal, la nature sont à l’unisson. Que se passe-t-il donc ? Quelle est l’heureuse nouvelle dont le prophète se fait à nouveau le héraut ?

    Un peu d’histoire.

    VIIIème siècle ACN. L’Assyrie est le maître du jeu au plan géopolitique, et le sera pour un bon bout de temps encore. En 721 ACN, le Royaume d’Israël (Nord) est vaincu, et sa population déportée. Le royaume de Juda (Sud), lui, résiste avec courage, cherchant appuis et alliances auprès d’autres puissances, quitte à mettre de côté sa confiance dans le Seigneur. Choix avec lequel Isaïe n’est pas d’accord, mais on ne l’écoute pas.
    En 701 ACN, les armées de Shénnachérib assiégeront Jérusalem, laissant tout, villes et campagnes, complètement dévasté. S’en suivront de très nombreuses années difficiles. Puis, à la domination assyrienne succèdera au VIIème siècle ACN celle de Nabuchodonosor, roi de Babylone. En 587 ACN, celui-ci envahira Jérusalem, entraînant la destruction complète des remparts de la ville et du Temple, ainsi que l’exil de la population à Babylone (587 ACN).
    Cependant, le prophète n’abandonne pas le peuple dans le malheur, il ne le laisse pas s’enfoncer dans le désespoir. Il annonce un retournement de situation, il promet la fin de la captivité et un retour triomphal vers Sion (Jérusalem). Promesse qui deviendra réalité en 538 ACN, lorsque Cyrus, roi de Perse, prendra le leadership dans la région et autorisera le retour des exilés. Dans ce retournement de situation, Isaïe voit la main d’un Dieu qui se fait proche des siens et ‘vient à eux ’, qui souhaite vie et liberté pour chacun et pour tous les peuples. Et qui le réalise à travers Cyrus, un ‘autrement croyant’ et un homme au cœur droit.

    Un langage symbolique.

    Longue sera la route de retour de l’exil : quelque 1000 km à travers le désert. Mais, annonce le prophète, elle sera aisée, tant la joie sera grande. Même les plus handicapés (sourds, muets, boiteux) la parcourront sans difficulté. Une page de la Bible à ne pas lire comme un récit historique au sens actuel du terme, récit dont chacun des détails pourrait être vérifié. De toute évidence, il s’agit là d’un langage imagé, d’ordre symbolique.
    Nous avons perdu la portée symbolique de notre propre langue. Exemples. Quand nous disons : ‘je vois ce que tu veux dire’, nos yeux ne voient rien du tout, mais nous donnons à entendre que nous avons compris le message de notre interlocuteur. Quand, complètement dépassée par mon travail ou mes responsabilités, je m’écrie : ‘je suis totalement noyée’, les flots de la mer ne m’ont pas engloutie, mais pour moi, c’est presque comme si. Amusez-vous à repérer de telles expressions dans notre langue française …
    Ainsi, quand S. Paul évoque l’expérience spirituelle qui l’a bouleversé et retourné, il manque de mots : il dit ‘avoir été emporté au troisième ciel’ (2 Co 12,01-06). Comment ne pas comprendre qu’il s’agit là d’un langage symbolique ?
    Jésus lui-même utilise un tel langage symbolique, quand il parle des pharisiens ‘aveugles’ (Mt 23,17) ou qu’il reproche à ses disciples de ‘voir sans comprendre’ (Mc 14,21).

    En Jésus, un nouvel accomplissement de l’antique promesse.

    Quand, depuis sa prison, Jean-Baptiste se pose des questions de l’identité de Jésus, Matthieu place sur les lèvres de Jésus les mots d’Isaïe : « Les aveugles qui voient, les sourds qui entendent, le boiteux qui bondit, le muet qui crie de joie », y ajoutant « les lépreux qui sont purifiés, les morts sont éveillés, les pauvres reçoivent l’Heureuse Nouvelle ». Une manière d’exprimer que la libération promise et vécue des siècles plus tôt se renouvelle en Jésus et qu’à travers lui, Dieu renouvelle son œuvre libératrice de façon décisive.
    Jésus a pris soin des malades et des personnes en souffrance qu’il croisait. Il en a guéri quelques-uns ; parfois il n’y est pas arrivé, comme à Nazareth, sa ville natale, parce que là manquait la confiance (Mt 13,53-58). Mais ce qu’il a fait, il y a plus de 2000 ans, pour quelques malades de Palestine, le Ressuscité peut l’accomplir pour nous aujourd’hui. Il n’y a pas qu’au plan physique qu’on peut être sourd, aveugle, boiteux ! Surdités et aveuglements existent aussi aux plans spirituel et psychique, tout aussi importants ! Et la rencontre avec le Ressuscité peut nous en guérir : ouvrir nos oreilles à sa Parole, ouvrir nos yeux et notre cœur aux détresses que nous croisons, nous relever quand nous sommes tombés, …
    Occasion pour chacune et chacun de nous de prendre un temps de relecture de vie et de repérer les ‘guérisons’ opérées en nous par sa Présence, sa Parole, son Souffle, ou par la rencontre de l’un de ses témoins. Sans oublier de L’en remercier !!!!

  • Réveiller l’espérance

    Réveiller l’espérance

    Isaïe 11, 1-11


    A l’époque d’Isaïe, la situation géopolitique est difficile, voire menaçante. D’abord pour le Royaume d’Israël (Nord) qui prochainement tombera sous la domination assyrienne, mais aussi pour le petit royaume de Juda (Sud). C’est dans ce contexte que le prophète s’exprime publiquement.
    S’il arrive que les prophètes, parlant au nom de Dieu, dénoncent avec vigueur tout ce qui s’écarte du projet divin, cherchant à secouer et réveiller les consciences, ils n’abandonnent jamais leur auditoire à l’inquiétude ou au désespoir. Ils veillent toujours à annoncer des jours meilleurs.
    Ce que fait précisément Isaïe dans le passage qui nous occupe : dans un avenir qui n’est pas précisé, il annonce un roi, descendant de David, dont le règne sera tout différent, plus conforme au désir du Seigneur.
    « Sur lui reposera l’Esprit/Souffle du Seigneur ». Telle sera la différence et l’absolue nouveauté. Et les signes de cet accueil du Souffle de Dieu seront le respect de la justice, càd. des jugements prononcés en connaissance de cause et en vérité, et l’attention aux pauvres et aux exclus, càd. l’inclusion plutôt que la marginalisation. Promesse menue, comme un rameau, très fragile aussi, mais ouvrant à l’Espérance.

    Comme quand « l’Esprit/Souffle de Dieu planait sur les eaux » (Gn 01,02) …

    A nouveau la vision est grandiose. D’abord parce qu’elle dépasse les frontières d’Israël : ce qu’il s’y passe, constitue un signe donnant envie aux autres peuples de faire de même. Ensuite parce qu’elle inclut la création tout entière, hommes et bêtes.
    Impossible dès lors de lire ce passage sans penser à un autre passage biblique, le tout début du livre de la Genèse. Au ‘commencement’, alors que le monde était ‘tohu-bohu’ – chaos indescriptible -, la présence du Souffle de Dieu et de sa Parole allait permettre à chaque élément de l’univers, à chaque personne, d’y trouver sa juste place. A lire ce passage d’Isaïe, on se prend donc à rêver d’un monde nouveau, qui soit l’aube d’un autre ‘commencement’ selon le cœur de Dieu.

    En Jésus, un tournant décisif …

    Des siècles plus tard, un autre prophète, Jean-Baptiste, reprendra la prophétie d’Isaïe, annonçant la venue imminente d’un plus fort que lui, qui baptisera dans l’Esprit/Souffle du Seigneur (Mt 03,11). Et lorsqu’un certain Jésus de Nazareth se présentera à lui pour être baptisé, il sera donné à Jean-Baptiste de voir l’Esprit/le Souffle saint venir reposer sur lui et le désigner comme le Fils bien-aimé en qui le Seigneur a mis tout son amour (Mt 03,16), donnant ainsi à la promesse d’Isaïe son plein accomplissement.

    L’œuvre du Souffle saint en nous.

    Quelle est l’action du Souffle saint en nous ? Notre passage en énumère plusieurs facettes, intimement liées entre elles. Dans la Bible, la sagesse, avant d’être philosophique, est d’abord la manière très concrète de conduire sa vie d’une façon qui fasse sens : le Souffle saint nous conduit sur ce chemin. D’abord en aidant au discernement, cette capacité de repérer ce qui va dans le sens du bon et du bien, dans le sens de la vie et d’un bonheur partagé. De Lui, nous recevons encore conseil, la capacité de choisir ce qui nous tire vers le haut et nous fait grandir, mais aussi force, car Il soutient notre marche, nous aidant à tenir dans la durée, quoi qu’il puisse nous en coûter. Il nous permet enfin d’approfondir la connaissance du Seigneur, Le découvrant comme un Dieu de Vie, qui a souci de l’humain et de l’humanité et de sa création – et nous donnant l’envie d’avoir à Son égard un profond respect

    Utopie hors de notre portée ?

    Ce tableau idyllique a de quoi nous faire rêver. Surtout aujourd’hui où tant de valeurs semblent menacées. Serait-ce hors d’atteinte ? Non, je ne le pense pas. Car tous et toutes, nous sommes invités à être ce rameau fragile. Tous et toutes, nous pouvons apporter notre contribution à cette humanité nouvelle où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme, où l’attention et l’action se porteront vers les plus fragiles et les plus vulnérables, où le souci de l’humain aura la priorité.
    A chacun de nous, en effet, le Souffle saint a été donné : cela est attesté dans bien des sacrements, notamment ceux du baptême et de la confirmation. Oui, assurément, Il est donné, mais est-Il accueilli ? Sans notre accueil, sans notre contribution, Il s’avère impuissant, comme emprisonné et paralysé.
    « Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.
    Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour. »

  • Préparer le chemin

    Préparer le chemin

    Matthieu 3,1-12

    En ce temps d’Avent, à quelles démarches nous invite Jean-Baptiste pour ‘préparer le chemin du Seigneur’ ? Il nous en propose deux.

    Changez de regard !

    Il nous suggère d’abord un changement de regard, une autre manière de considérer Dieu et nos existences. Tel est le sens littéral du verbe grec traduit ici par ‘se convertir’. Et ce changement, c’est de percevoir que ‘le Royaume de Dieu s’est bel et bien approché de nous’.
    Mais, hier comme aujourd’hui, est-il si aisé de capter la proximité du Royaume de Dieu ? A suivre les nouvelles en radio ou en TV, ou sur les réseaux sociaux, on peut en douter. Que d’angoisse et de dépressions, de guerres avec leur lot de souffrances, de déplacés, de blessés et de morts !
    Et, pourtant, en celui qu’il annonce, le Royaume de Dieu se fera tout proche : Jésus, en effet, ira «partout en faisant le bien» (Ac 10,38), pardonnant, soignant et relevant les personnes croisées en chemin, semant la Vie autour de lui. Il s’emploiera ainsi à nous faire découvrir le Royaume comme cet espace où amour et fraternité, paix et justice peuvent se déployer pleinement. Et, surtout, il nous permettra de découvrir Dieu, son Père, comme Heureuse Nouvelle pour l’homme. Certains le comprendront et s’engageront à sa suite ; pour d’autres, la démarche s’avérera difficile.
    Le Baptiste, et Jésus sur les lèvres duquel se retrouvera cette invitation à changer de regard (Mt 04,17), nous invitent donc à être attentifs à tout ce qui, aujourd’hui, près de chez nous comme au loin, se réalise de beau, de bien, de bon, de grand, à toute démarche qui va dans le sens du Royaume de Dieu. Ouvrons les yeux, aiguisons notre regard et semons l’espérance en partageant largement ces découvertes autour de nous !

    Soyez cohérents !

    Revenons à Jean-Baptiste. Ce n’est pas un tendre. Il se montre rude avec lui-même : voyez son accoutrement et son régime alimentaire ! Sa parole aussi peut être vigoureuse et rudoyer sans ménagement. Ainsi l’interpellation aux pharisiens et aux sadducéens : «Engeance de vipères» ! Pas vraiment gentil, ni poli. Que leur reproche-t-il au juste ? Certes pas de se faire baptiser comme les autres, ni de confesser leurs erreurs et leurs manquements ! Mais alors qu’est-ce qui, selon lui, cloche chez eux? Les secouant parce qu’ils ne produisent pas un ‘fruit digne de ce changement de regard’, il leur reproche leur incohérence. Ils semblent, en effet, se contenter de rites et se reposer sur eux, mais ne changent pas leur façon de vivre, cherchant à l’ajuster à de vraies valeurs, posant des choix davantage en accord avec le Royaume de Dieu. Telle est l’autre démarche à laquelle nous invite le prophète : non seulement être attentifs au Royaume qui advient ici et maintenant, mais aussi et surtout prolonger cette découverte dans nos engagements et par toute notre vie. L’espérance en un monde selon le cœur de Dieu – car c’est bien cela le Royaume de Dieu – n’est-elle pas au bout de ce cheminement ?

  • Des socs et des faucilles

    Des socs et des faucilles

    Isaïe
    2, 1-15

    Un peu d’histoire.

    Cette année, durant le temps de l’Avent, un extrait du livre d’Isaïe nous sera proposé en première lecture chaque dimanche. Commençons donc à faire connaissance avec le prophète.

    Isaïe vit au 8ème siècle ACN. A cette époque, le royaume unitaire de Salomon est divisé en deux petits royaumes, depuis près de deux siècles : le royaume d’Israël au Nord, avec Samarie pour capitale, et celui de Juda, au Sud, avec Jérusalem pour capitale. Le prophète et les siens vivent dans le Royaume du Sud ; il est proche de la cour royale et exerce son ministère entre 740 et 701 ACN, sous le règne de plusieurs rois.

    A cette époque, dans la région, le royaume d’Assyrie monte en puissance. Dans un premier temps, les deux petits royaumes ne furent pas inquiétés ; ils vivaient même dans une relative prospérité, entraînant parfois un relâchement des mœurs qui inquiétait le prophète. Plus tard, ils furent menacés : en 721 ACN, le royaume du Nord tomba sous les coups de l’Assyrie, ce qui entraîna la déportation massive de la population, tandis que le Royaume de Juda réussit à résister un bon bout de temps encore.

    Une vision grandiose.

    Dans la Bible, un prophète est d’abord et avant tout un homme de l’écoute du Seigneur et de l’attention aux signes qu’il donne. Etape indispensable avant toute prise de parole pour proclamer autour de lui le message reçu du Seigneur.

    Dans le passage lu ce dimanche, le prophète a reçu une vision : tous les peuples convergent vers Jérusalem et vers la ‘Maison de Dieu’ qu’est le Temple. Ils y montent avec une grande soif spirituelle : ils sont à la recherche d’un enseignement du Seigneur qui éclaire leur vie et qui les aide à mettre fin à toutes formes de guerre, de conflit, de division. Tant et si bien qu’ils en viennent à ’recycler’ (eh oui ! nous n’avons rien inventé !!!) leurs armes en faucilles et en socs de charrue. Vision grandiose qui dessine, non pas le terme de l’histoire, mais sa finalité : une humanité enfin réconciliée, qui réussit à dépasser divisions, égoïsmes, concurrences et quêtes de pouvoir.

    Une vision triomphaliste ?

    Cette vision peut être regardée de façon triomphaliste : « Ah ! Le monde entier vient à nous ; nous sommes donc les meilleurs ! » Mais non ! C’est mal lire ce passage ; le prophète termine le récit de cette vision en invitant son peuple à emboîter le pas des autres peuples et à se joindre à leur démarche : en grande humilité, en donnant toute sa place à la Parole du Seigneur et la laissant éclairer notre route « Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. »

    Nous, chrétiens et Eglises de Dieu, nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Nous sommes aussi invités à recevoir cette vision et à nous joindre avec humilité à cette démarche !

    Un message d’une incroyable actualité !

    N’y a-t-il pas là une question adressée à notre monde contemporain où tant de voix prônent de se réarmer et de se préparer à la guerre ?

    Et si la bonne question à se poser était plutôt : comme éviter les guerres et se préparer à la paix ? En commençant dans nos milieux de vie, cherchant inlassablement à mettre fin aux incompréhensions, disputes, guéguerres de toute sorte.

    Non, il ne s’agit pas d’un jour merveilleux à attendre passivement, béatement, mais d’un horizon qui, jour après jour, doit guider nos choix, nos engagements. Que l’écoute régulière de la Parole de Dieu, ‘son enseignement’, vienne réveiller nos consciences et nous rendre vigilants : « Veillez », dira Jésus à ses disciples ; « sortez de votre sommeil », écrira l’apôtre Paul.

  • La vraie royauté

    La vraie royauté

    Christ Roi de l’Univers…
    J’ai un peu de mal, je l’avoue, avec cette fête instituée tardivement, en 1925, par Pie XI. Jésus, Roi ? Vraiment ? Comment comprendre cette affirmation ?

    « Le Règne de Dieu s’est approché. »

    Pour Jésus, le seul vrai roi, c’est Dieu ! Et le cœur de son message, c’est le Règne, le Royaume, la Royauté de ce Dieu qu’il ose appeler Père. ‘Le Règne de Dieu s’est approché’. (Mc 01,15) : voilà l’Heureuse Nouvelle qu’il proclame dès le début de sa mission et que ses paraboles nous font découvrir (Mt 13). Quand il initie ses disciples à la prière, il les invite à demander : ‘que ton Règne vienne’ (Lc 11,01-04). Jésus, en effet, s’est toujours défendu de voler la vedette à son Père. Ainsi, après la multiplication des pains, quand on veut s’emparer de lui pour le faire roi, il se retire dans la montagne, seul, pour prier (Jn 06,15).
    C’est seulement dans le récit de la passion que les évangiles évoquent une royauté de Jésus, à trois reprises. Le présenter comme roi apparaît d’abord comme un subtile prétexte des autorités juives pour le faire condamner par le pouvoir romain : en effet, se prétendre roi, c’était s’opposer au pouvoir de Rome et à l’empereur (Lc 23,01-03). C’est ensuite une manière d’humilier ce condamné, de se moquer de lui en l’affublant d’une couronne d’épines et d’un manteau pourpre (Mc 15,16-20). Enfin, il y a l’écriteau placé sur la croix qui précise en ces termes le motif da sa condamnation (Lc 23,38).

    La royauté de Jésus

    Si Jésus a proclamé la royauté de son Père, s’il ne s’est jamais lui-même présenté comme roi, il a bel et bien contribué à faire advenir le Règne de Dieu, à nous le rendre plus proche. Ce faisant, il a en quelque sorte exercé la royauté au nom de Celui-ci. Une royauté qui – il le précisera à Pilate – n’est pas ‘selon ce monde’ (Jn 19,36). Il l’a fait en rappelant envers et contre tout le primat de l’amour du prochain, en prenant soin des malades, en libérant les possédés des esclavages qui les tenaient captifs, en se refusant à condamner qui que ce soit, mais – au contraire – en attestant que le pardon de Dieu est donné à qui est prêt à l’accueillir.
    C’est exactement ce qu’Israël attendait de ses rois : qu’ils soient proches des gens, car « nous sommes de tes os et de ta chair » ; et que, tel un ‘berger’, ils les conduisent au nom de Dieu et selon son projet (2 Sam 05,01-03), assurant paix et sécurité à l’intérieur du territoire comme aux frontières, veillant à ce que personne ne manque de l’essentiel, à ce que justice soit rendue, etc…

    Contemplons Jésus crucifié, à l’agonie.

    Ainsi Jésus a-t-il vécu, jour après jour, durant le temps si bref de sa mission. Et ce jusqu’à son dernier souffle. Là éclate sa royauté comme royauté du cœur. En témoignent ses trois dernières paroles. A qui les adresse-t-il ? Remarquons-le d’abord : il ne prend pas la peine de répondre à ceux qui, se moquant de lui, le provoquent : « Sauve-toi, toi-même ! » Jamais, en effet, il n’avait cherché à sauver sa peau ; en revanche, en payant de sa personne, il avait toujours été attentif à offrir largement une Vie qui avait saveur d’éternité, ce qu’on appelle le ‘salut’. 
    Ses dernières paroles sont pour son Père et pour le brigand repenti, crucifié à ses côtés. A son Père, il demande de pardonner à ses bourreaux – il faut le faire !!! –, puis s’abandonne avec confiance entre ses mains (Lc 23,34 et 46). A l’égard du ‘bon larron’, Jésus se montre tout aussi touchant et sublime. Rassemblant ses dernières forces, il se veut attentif à sa prière « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » et ne la laisse pas sans réponse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ». Quelle tendresse ! Quelle noblesse ! Quelle royauté ! Celles du cœur …
    Dans sa réponse, – cela vaut la peine d’être remarqué – Jésus ne fait aucune allusion à ce qui serait ‘son royaume’ ; il évoque le ‘paradis’, ce lieu de beauté et délices où Dieu, à la brise du soir, se promène, à la recherche de l’homme (Gn 03,08). Par ailleurs, il ne promet rien pour un futur lointain, mais pour ‘aujourd’hui’. Superbe promesse qui fait dire à Bossuet : « Aujourd’hui, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Dans le paradis, quel séjour ! »

    Inscrire nos vies dans les pas d’un tel roi …

    De par notre baptême, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de rois et de prophètes. Comme Jésus, ce roi crucifié, apprenons à renoncer à ‘sauver d’abord notre peau’, ouvrons les yeux et les oreilles, les mains, nos cœurs surtout, pour accueillir les blessés de la vie et les personnes en détresse que nous croisons. Offrons-leur un peu de cette Vie que nous-mêmes, nous avons reçue de lui. Alors, nous serons en vérité les disciples de l’homme de Nazareth

  • Un sanctuaire de Dieu

    Un sanctuaire de Dieu

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que, dans le chef de Jésus, nous ne sommes pas habitués à des prises de position aussi musclées que celle ici racontée. Pourquoi cet accès de colère ? Quel message pouvons-nous retirer de cette page d’évangile, tout comme de l’extrait de la lettre que Paul adresse aux chrétiens de Corinthe. On peut, me semble-t-il, distinguer plusieurs niveaux de sens.

    Dieu est gratuit !

    Pour les Juifs, le Temple est LE lieu saint pas excellence, signe de la présence du Très-Haut parmi les siens. Il s’agit d’un vaste ensemble, avec différents espaces ; on y accède par l’esplanade où l’on trouve tous les commerces en lien avec les sacrifices ; puis se succèdent trois parvis avec une gradation dans leur caractère sacré : d’abord celui des étrangers qui partagent la foi juive, puis celui des femmes et des enfants, ensuite celui des hommes ; viennent enfin l’espace saint où évoluent prêtres et lévites et le Saint des saints où seul le grand-être pénètre une fois par an.
    Comme tout Juif pieux, Jésus monte au Temple avec ses disciples pour célébrer la pâque juive. A son arrivée, il est choqué, outré à la vue de ces commerces défigurant ce lieu de la rencontre avec Dieu, et il s’insurge. Pourquoi ce coup de sang ?
    Si le Temple est bien signe de la Présence de Dieu parmi les siens, selon Jésus cette Présence est gratuite, elle est cadeau, non monnayable : il convient tout simplement de s’y ouvrir, de l’accueillir. Finis donc les petits commerces et les marchandages que nous pouvons avoir avec son Père pour ‘acheter’ en quelque sorte ses bienfaits : pardon, guérison, réussite, salut, … Dieu est gratuit, absolument gratuit. Premier niveau de sens.

    Jésus, Présence de Dieu parmi nous.

    Mais les autorités religieuses juives n’en resteront pas là ; elles viennent interroger Jésus, lui demandant ce qui l’autorisait à poser cet acte prophétique. Sa réponse permet de percevoir un deuxième niveau de sens.
    Jésus, nous le savons, s’est découvert habité par la Présence divine ; il en a une conscience si vive que, souvent, il se retire dans la solitude, pour s’y ouvrir et l’accueillir. Il a aussi compris qu’à travers lui, cette Présence pourrait rayonner et s’offrir, gratuitement, à tout un chacun : telle serait sa mission.
    Ses disciples, eux, mettront du temps à entrer dans ce mystère. Ils ne le découvriront pleinement qu’à la faveur de leurs rencontres avec Jésus ressuscité : leur Maître leur apparaîtra alors comme Présence indestructible de Dieu parmi eux, Présence dont même la mort n’aura eu pas raison. La personne de Jésus devenait ainsi le lieu de la Présence agissante de Dieu, le nouveau Temple en quelque sorte.
    Aujourd’hui, ne sommes-nous pas aussi appelés, à la suite de Jésus et de ses disciples, à percevoir cette Présence – toujours discrète, mais bien réelle – au plus intime de nous-même, comme en toute personne que nous rencontrons ? « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. »
    Dès lors, pourquoi vouloir confiner Dieu, Le reléguer dans un lieu, aussi sacré soit-il ? Ceci vaut non seulement pour les temples – celui de Jérusalem comme tous les autres de par le monde – mais aussi pour les synagogues, pour nos églises et nos chapelles, les mosquées, etc.

    Un sanctuaire de Dieu

    « Vous êtes une maison que Dieu construit, (…) un sanctuaire de Dieu. » Troisième niveau de sens dans le passage de la lettre aux chrétiens de Corinthe : S. Paul y prolonge le message de Jésus d’une autre façon encore. En effet, l’apôtre s’adresse à une communauté de foi. Pour lui, toute communauté de disciples est un sanctuaire de Dieu, habité par son Souffle. C’était déjà ce que Jésus avait donné à entendre : « Quand deux ou trois se trouvent rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi en va-t-il de la communauté de foi qu’est notre Unité Pastorale : elle est, elle aussi, un sanctuaire de Dieu, une maison que Dieu construit.
    Il est bon de nous en souvenir lorsque nous nous retrouvons pour l’eucharistie ou pour un temps de prière communautaire : l’assemblée est alors une forme de la ‘présence réelle’ de Dieu. Il en est de même pour la mission et le témoignage : nous sommes invités à être présence de Dieu parmi les hommes par la qualité de présence et d’amour dont nous rayonnons. Il en sera ainsi à la mesure de notre ouverture au Souffle de Dieu.

  • Simplicité – Vérité

    Simplicité – Vérité

    Une fois encore, Jésus nous invite à réfléchir à notre vie de prière. A l’aide d’une parabole, il attire notre attention sur une possible contrefaçon de la prière. Cette parabole est propre à Luc, comme l’était celle du juge inique et de la veuve.

    Un pharisien et un publicain.
    Notre parabole met en scène deux personnages, un pharisien et un publicain qui se trouvent dans le temple à prier. Les pharisiens constituent un groupe religieux soucieux de vivre à fond leur religion. Ils s’efforcent en effet de respecter les 613 recommandations de la Torah: parmi celles-ci, 248 recommandations positives (« tu feras … ») et 365 négatives (« tu ne feras pas … ») ; on les rencontre à la synagogue chaque sabbat et à Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage (Pâque, Pentecôte, fête des Tentes). Mais cette préoccupation, poussée à l’extrême, les conduit à se couper de leurs semblables qu’ils regardent un peu de haut et évitent de fréquenter. Le mot ‘pharisien’ veut d’ailleurs dire ‘séparé’.

    Quant aux publicains, ils constituent une catégorie socio-professionnelle : ce sont les collecteurs d’impôts. Ils sont plutôt mal vus, car ils perçoivent l’impôt pour l’occupant romain et peu appréciés, car il leur arrive de s’enrichir sur le dos des contribuables. Pensez à Zachée (Lc 19,01-10).

    La prière du pharisien.
    Le pharisien semble s’adresser à Dieu, mais en réalité – selon la lettre même du texte grec – « il prie vers lui-même ». Dans sa prière, rien qui soit vraiment tourné vers Dieu ; il ne paraît pas avoir besoin de Lui car, par lui-même, il parvient à mener une vie parfaite. Sa prière n’est qu’une autosatisfaction déguisée en action de grâce : ‘justification par les œuvres ou par la Loi’, écrira S. Paul. Ce pharisien ne se soucie pas davantage d’autrui. Au contraire, il s’en démarque, ‘s’en sépare’ explicitement, notamment de ce publicain, dans un jugement sans appel. Du risque de se comparer à autrui dans la vie spirituelle.
    Prière pervertie que celle du pharisien – et, par moment, du pharisien qui sommeille en nous – car elle n’est que comparaison et brevet de satisfaction qui le coupe d’autrui. Mais le risque inverse peut aussi guetter la prière : se comparer à autrui peut conduire à se dévaloriser – « je suis nul » -, à ressasser faux pas et erreurs, à se discréditer et s’auto-flageller jusqu’à s’enfoncer dans une culpabilité malsaine. Prenons-y aussi garde !

    La prière du publicain.
    Le publicain, lui, ne tombe pas dans ce second travers : il n’énumère pas ses ratés, ses fautes. En revanche, conscient de sa pauvreté et ses faiblesses, il s’adresse vraiment à Dieu : il L’appelle au secours, implorant Sa force et Son pardon – « Montre-Toi favorable au pécheur que je suis ». ‘Justification par la foi-confiance’, écrira S. Paul. Une parabole qui est évangile, ‘heureuse nouvelle’. Pourquoi Jésus s’adresse-t-il ainsi à « certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » ? Pour leur faire des reproches, les condamner, les monter du doigt ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas son style ! Quelle est alors son intention ? Il veut les inviter à réfléchir : à jeter un autre regard sur Dieu d’abord et ensuite à chercher ce qui fait sens dans nos vies et leur donne de s’accomplir. Le Père dont parle Jésus, n’attend pas que nous nous tenions toujours sur la pointe des pieds pour parvenir à nous élever jusqu’à Lui ; c’est Lui, notre Dieu, qui fait le chemin inverse, Lui qui vient jusqu’à nous pour nous accompagner dans notre marche, nous éclairer par sa

    Parole, nous nourrir dans l’Eucharistie.

    Comment dès lors prier avec justesse ?
    En nous tenant en vérité et en grande simplicité devant Dieu, comme le publicain. En revoyant notre journée à la lumière de l’amour reçu, partagé ou refusé. En cherchant humblement et patiemment comment progresser sur ce chemin. Bien conscient de la difficulté de prier ainsi, S. Paul, dans la lettre qu’il adresse aux chrétiens de Rome (Rm 08,26-27), leur conseille de s’ouvrir au Souffle Saint, de Le laisser les guider dans la prière et les conduire jour après jour : « Tous ceux qui se laissent conduire par le Souffle de Dieu, ceux-là sont vraiment ses fils » (Rm 08,14). Ces conseils, faisons-les nôtres et « ouvrons nos cœurs au Souffle de Dieu » !