Auteur/autrice : Brigitte Rigo

  • Je suis…

    Je suis…

    Parabole d’une richesse extraordinaire, susceptible de plusieurs lectures selon que l’on concentre l’attention sur tel ou tel élément. Entre autres choses, il y est question d’une bergerie et de sa porte, de bandits et de voleurs qui y pénètrent par effraction ou du vrai berger qui, lui, entre par la porte, d’un portier qui lui ouvre et, bien sûr des brebis qui, connaissant la voix de leur berger, l’écoutent et le suivent, … Pas simple de déchiffrer ce que cachent ces images ! Perplexité d’hier : « Eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait » (v. 06). Sans doute aussi perplexité de nos jours… C’est pourquoi Jésus prend le temps de déployer le sens de cette parabole, en s’y mettant en scène. Il le fait dans deux directions principales : « Je suis la porte » ; « Je suis le beau berger qui donne sa vie pour ses brebis ».

    « Je suis … »

    L’avez-vous remarqué ? Dans le quatrième évangile, l’expression « Je suis … » suivie d’un attribut se trouve souvent sur les lèvres de Jésus : « Je suis le Pain de vie descendu du ciel » (06,41), « Je suis la Lumière du monde » (08,12), « Je suis la Résurrection et la Vie » (11,25), « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (14,06), « Je suis la Vraie Vigne » (15,01). Ici, Jésus l’utilise à deux reprises : « Je suis la porte » (vv. 07 et 09) et « Je suis le bon/beau berger » (vv. 11 et 14). Voilà qui est très fort ! Pourquoi ? Parce que Dieu s’était présenté ainsi à Moïse et au peuple hébreu : « Je suis qui je suis » (Ex 03,14), « Je suis le Seigneur qui t’ai fait sortir » (Ex. 06,07), « vous saurez que Je suis le Seigneur, votre Dieu » (Ex 16,12), … Ce « Je suis » divin exprimait à la fois une plénitude d’être, une présence à leurs côtés, et la promesse de les faire sortir de la terre d’esclavage et de les accompagner au long de la route de l’Exode.
    Et voilà que Jésus se présente ainsi ! Révélation ! Une question s’impose alors : qui donc est cet homme qui parle ainsi de lui-même et de sa mission ? Qui donc est cet homme auquel on a donné tant de titres. J’en évoque quelques-uns dans le quatrième évangile : le Verbe de Dieu (01,01), l’Agneau de Dieu qui porte et emporte le péché du monde (01,29) ; le Christ ou Messie (04,25), le Prophète (07,41), mon Seigneur et mon Dieu (20,28), etc. Question qui s’est imposée aux contemporains de Jésus et qui les a divisés : « les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles » (v. 19). Question que les disciples eux-mêmes se sont posée maintes fois. Question qui s’impose aussi à nous qui, aujourd’hui, redécouvrons cette parabole.

    « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits. » 

    Au moment même où il se présente comme la Porte, l’évangéliste met sur les lèvres de Jésus ce reproche très dur ! Ces mots font référence à des situations précises. La première est ancienne, évoquée par des prophètes dans l’Ancien Testament, Jérémie (23,01-04) et Ezéchiel (Ez 34,01-06) entre autres. Dieu reproche vertement aux bergers de son peuple – rois et prêtres – d’avoir conduit les siens dans une impasse, celle de l’exil à Babylone (587-538 ACN) ou de la dispersion dans d’autres pays voisins. Reproche, toutefois, suivi d’une bonne nouvelle : Dieu annonce qu’il sera lui-même le berger de son peuple, un berger soucieux de son bien comme de la vie de chacune de ses brebis, et qu’il lui donnera des bergers dignes de ce nom. Nombreux sont dans l’Ancien Testament les passages où Dieu est présenté comme le Berger de son peuple : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23).
    L’autre situation est celle que vit Jésus lui-même : critiqué, diffamé, rejeté, exécuté par les autorités religieuses de son peuple. Il mettra les foules en garde à l’égard des scribes et des pharisiens « qui ferment le Royaume des Cieux devant les hommes » (Mt 23,13). Situation que vont aussi affronter les premiers chrétiens qui seront exclus des synagogues, et même du judaïsme, le livre des Actes en témoigne.
    Bien des questions commencent alors à se poser à nous : pour ne pas m’égarer, qui écouter ? à qui faire confiance ? comment ne pas me laisser attirer par des mirages ? ou me croire assez fort pour affronter seul toutes sortes de difficultés ? Et si j’ai une responsabilité dans la communauté chrétienne, comment ne pas induire autrui en erreur ? Comment ne pas lui indiquer de fausses pistes ?
    Mais surprise ! Pour que nous puissions recevoir et savourer « la Vie en abondance », Jésus se présente à nous et nous invite : venez, ‘Je suis le Chemin’, ‘Je suis la Porte’ qui introduit dans la bergerie. Hésiterons-nous à lui faire confiance ?

    « Je suis la porte … ».

    Il y a une porte à cette bergerie. Et même un portier ! Qui pourrait bien se cacher derrière la figure du portier ? Ne pourrait-on y voir le Père prêt à nous accueillir dans son Royaume ? Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un gardien qui, à sa guise, ouvrirait ou fermerait l’accès à ce domaine ; il s’agit d’un Père qui nous aime et ne nous veut que du bien.
    Jésus, lui, se présente comme la porte qui donne accès à ce Royaume de Béatitude, de Vie, de Paix, de Compassion, ce Royaume ouvert à tous. Pourquoi se présente-t-il ainsi ? C’est qu’il le constate, beaucoup manquent la porte. Parfois parce que, se croyant plus malins que les autres, ils pensent trouver par eux-mêmes le bercail, le chemin qui y mène et la porte qui y donne accès. Ou encore parce qu’ils se laissent engluer par des préoccupations tellement éloignées du Royaume. Et, Jésus le sait, il l’a précisé ailleurs : « Elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la Vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. (Mt 04,13-14). Il le sait d’expérience, lui qui a payé de sa personne, « qui a donné sa vie » jusqu’à mourir cloué sur une croix.

    « Je suis le beau/bon Berger ».

    Jésus est bien plus que la Porte, il est le bon Berger ! Il se fait Présence ! Celle de quelqu’un qui nous connaît en profondeur, comme seul le Père nous connaît. Il est la voix qui nous appelle, celle du berger parti à la recherche de ses brebis parfois perdues, maltraitées, découragées, épuisées. A la recherche de chacune d’entre elles. Il leur permet d’aller et venir en grande liberté et ouvre devant elles un chemin de vie. Ressuscité, il est désormais cette Présence à nos côtés, jour après jour.
    Nous voilà donc invités à L’écouter, à Lui faire confiance, à nous laisser guider par Lui, à faire chemin avec Lui, sûrs qu’il nous mènera au but. La foi, n’est-ce pas tout simplement cela ?

  • Une rencontre lumineuse

    Une rencontre lumineuse

    Difficile quand on vient de perdre un proche – conjoint, parent ou ami – de ne pas repasser en boucle ce que l’on a vécu avec lui, ou à ses côtés dans ses derniers moments ! Surtout si ceux-ci furent marqués par la souffrance ou, pire encore, par la violence, comme ce fut le cas pour Jésus. Difficile aussi, quand il s’agit d’un maître dont on a tant appris et dont on attendait tant, de retrouver l’espérance ! Tout semble ‘foutu’. Voilà ce que vivent ces deux pèlerins.

    « Ils faisaient route vers Emmaüs ».

    • Le chemin de ces deux disciples ne se mesure pas au nombre de kilomètres parcourus. Il est surtout intérieur. Il est recherche, questionnement, dans la solitude comme à travers les échanges. Il se fraie un passage entre expériences lumineuses et moments de lourdeur, de désespérance, colères parfois aussi.
    • Comme Jésus ! Lorsqu’il parcourait les routes de Galilée ou montait à Jérusalem : « il faisait route » (Lc 10,38 ; 14,25 ; 17,11), lui aussi. Et, tout en marchant avec d’autres, il leur partageait volontiers son chemin intérieur : non pas savoir abstrait, désincarné, mais son expérience de vie, de la vraie Vie, celle qui a saveur d’éternité.
    • Prendre parfois le temps de s’arrêter, de regarder le chemin parcouru, de rendre grâce au Seigneur ou de L’implorer : voilà qui pourrait opportunément marquer ce temps pascal.

    En chemin, dialogue avec un étranger.

    Durant le carême, les pages d’évangile nous présentaient Jésus marchant en tête, tel un premier de cordée, sur la route ardue qui le menait à Jérusalem et à la mort. Et les disciples, qu’il invitait à ‘marcher derrière lui’, peinaient à le ‘suivre’. Ce dimanche, le récit nous fait découvrir tout autrement Jésus Ressuscité: il est là, marchant avec ces pèlerins, incognito. Il est là, Présence hors du commun par la qualité de son attention et de son écoute. Il peut tout entendre: déceptions, doutes, questionnements, tel celui qu’éveille le partage de femmes ayant reçu cet incroyable message : ‘Il vit’. Il est là, Parole qui jette sur leur vécu une tout autre lumière. Parole à hauteur d’homme, qui se propose sans s’imposer, qui accompagne. ‘Leur cœur est tout brûlant’, mais ‘leurs yeux sont empêchés de Le reconnaître’.

    Halte à l’auberge.

    Halte bien nécessaire pour reprendre souffle et refaire ses forces. Et voilà que les deux compagnons l’invitent : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse ». Qu’exprime cette prière : le désir de poursuivre un échange passionnant avec cet ‘étranger’ ? Le regret de voir leurs chemins se séparer ? Une attention pour cet ‘étranger’ ? Peut-être un peu de tout cela ! Et voilà qu’un geste banal, le plus quotidien qui soit –‘ rompre le pain’ – leur rappelle le dernier repas que Jésus avait pris avec ses amis : la fraction du pain, le sens qu’il avait donné à ce geste – sa vie entièrement offerte, jusqu’au bout, comme un pain rompu et partagé – et l’invitation à faire de même. ‘Leurs yeux s’ouvrent’, enfin ! Moment de communion intense. Présence réelle, mais furtive. « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » (Saint-Exupéry). Ainsi en est-il du Ressuscité pour chacun de nous : Présence au coeur de l’absence, Présence qui ne se perçoit qu’à travers certains signes. Alors ouvrons les yeux du cœur, apprenons à décoder ces signes.

    Retour à Jérusalem.

    Ils ne sont plus les mêmes. Evanouie la tristesse ! Place à une joie et une paix qui se décuplent encore dans le partage avec d’autres disciples de ces moments inattendus et inoubliables.
    Trois temps dans cette rencontre lumineuse.
    Comme dans nos eucharisties. D’abord la liturgie de la Parole qui éclaire notre vécu, indique un chemin, nous ouvre à une espérance renouvelée. Puis le signe de la fraction du pain et la communion intime à la Présence qui s’offre. Enfin, l’envoi en mission, le retour dans le quotidien et le partage de ce vécu intense avec d’autres disciples.
    En mémoire de Lui, rompons nos vies comme un pain partagé et nourrissant ! N’est-ce pas ainsi que naît et grandit une communauté de disciples ?

  • Une mission inattendue

    Une mission inattendue

    Voilà deux fois, à une semaine d’intervalle, que les disciples sont barricadés dans la chambre haute, habités par la ‘peur des Juifs’, possédés par elle. Et voilà qu’à deux reprises Jésus Ressuscité se rend présent parmi eux.

    « Il est là, au milieu d’eux »

    Il prend la place présentée comme la sienne dans le quatrième évangile. C’est cette place-là, en effet, que Jean-Baptiste lui reconnaît d’emblée : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 01,27). C’est encore à cette place-là – délicate, difficile – qu’il se tiendra aux cotés de la femme adultère cernée de toutes parts par scribes et pharisiens (Jn 08, 01-11). Lui donnons-nous, dans nos coeurs, dans nos vies, comme dans nos communautés et nos célébrations, cette place centrale ?

    « La paix soit avec vous »

    A trois reprises, le Ressuscité leur souhaite la paix. Pourquoi pareille insistance, sinon parce qu’ils sont remplis de panique et que – Jésus le sait – la paix du cœur est souvent au bout d’un long travail intérieur. Comment ne pas comprendre leur panique !? En effet, eux qui ont été si proches de Jésus, comment ne se sentiraient-ils pas menacés à leur tour ? Il se pourrait qu’on leur fasse subir le même sort que leur maître … ou, à tout le moins, d’autres tracasseries. Mais ce n’est peut-être pas la seule raison pour laquelle ce souhait de paix leur est adressé … La suite du récit nous le fait découvrir.

    « Ceux à qui vous remettrez les péchés, … »

    Surprise ! Ces personnes affolées, retranchées, le Ressuscité va les faire sortir : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » ! Avec la mission de ‘laisser aller les péchés’. Autre surprise ! Pourquoi cette mission-là ? Pourquoi pas celle de proclamer la résurrection de Jésus ? Ne serait-ce pas beaucoup plus important ? Mission donc inattendue, quelque peu étonnante même. A vrai dire, non ! Il suffit de se remémorer les événements qui précèdent pour comprendre l’exacte portée tant du souhait de paix que le Ressuscité leur adresse que de la mission qu’il leur confie. En effet, après le drame auquel ils viennent d’assister et tout ce qu’eux-mêmes ont pu vivre et ressentir dans ces circonstances-là, les disciples en ont des pardons à distribuer !!!
    • Pardon à donner d’abord à l’un d’entre eux, Judas, le traître qui a livré leur Maître aux autorités sacerdotales (Jn 13,02 et 18,01-04).
    • Pardon ô combien difficile à accorder aux grands prêtres pour avoir déployé tant d’ingéniosité pour faire condamner Jésus à la crucifixion et pour avoir manipulé les foules dans ce but (Jn 18,31 et 40 ; 19,07,12 et 14) ; aussi pour l’avoir nargué alors qu’il agonisait sur la croix (Mc 15,31-32).
    • Pardon à offrir aux foules versatiles : après avoir accueilli triomphalement Jésus à son arrivée à Jérusalem (Jn 12,12-14), elles se sont laissé manipuler par leurs autorités religieuses ; parmi elles, certains ont été jusqu’à se moquer du crucifié (Mc 15,29-30).
    • Pardonner aussi à Pilate : bien que persuadé de l’innocence de Jésus – par trois fois, il avait dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » (Jn 18,39 et 19,04 et 06) -, il l’a finalement livré aux autorités juives déchaînées.
    Mais aussi difficile pardon à se donner à eux-mêmes !
    • Pierre pour avoir renié son Maître à trois reprises (Jn18,17,25 et 27).
    • Et chacun d’eux pour l’avoir abandonné et l’avoir laissé seul dans ces moments tragiques. Tous à l’exception du disciple bien-aimé présent au pied de la croix.
    Dans de telles conditions, pas facile pour eux de retrouver la paix du cœur ! Comment y parvenir ? Le chemin sera long et difficile … Car, avant même de pouvoir dire à autrui « Je te pardonne », ou se le dire à soi-même, il y a tout un travail intérieur à faire pour ‘laisser aller’ ces erreurs, cesser de les ressasser constamment, d’y revenir en boucle.
    Occasion pour chacun de nous de nous demander quels seraient les pardons que je n’arrive pas à donner à autrui ou à m’accorder à moi-même ? Parfois même pour de petites blessures.
    Sachons aussi que, sur ce chemin, nous pouvons nous accompagner et nous soutenir mutuelle-ment.

    « … ils leur seront remis (s.e. par Dieu). »

    Personne ne peut pardonner à qui a fait du mal, personne sinon la victime elle-même. Même un juge ne peut le faire à sa place. Même pas Dieu lui-même ! Si le Père est toujours prêt à accorder son pardon à qui, par méchanceté ou par bêtise, a compromis son projet en blessant autrui, il ne peut le faire que si la victime, la personne blessée, se dit prête à pardonner. Souvenons-nous de Jésus : cloué au bois de la croix, il a trouvé en lui la force de pardonner à tous, invitant son Père à le faire à son tour : « Père, remets-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). C’est fort, très fort !

    « Accueillez le Souffle Saint. »

    Par nos seules forces, il est souvent difficile de parvenir au pardon et de retrouver ainsi la paix du cœur, nous le savons d’expérience. C’est pourquoi le Ressuscité se rend présent parmi ses disciples, et leur souhaite la paix. Outre sa présence et sa paix, Jésus leur offre un autre cadeau : le Souffle Saint. Soufflant sur eux, il les presse d’’accueillir’ ce Souffle. Car celui-ci n’agit pas de façon magique, il ne peut travailler que dans un cœur qui s’ouvre à Lui !
    Alors ouvrons nos cœurs à la présence du Ressuscité, donnons-Lui la place centrale qui lui revient. Accueillons aussi le Souffle Saint qu’Il nous offre. Nous pourrons alors recevoir sa paix et – par-delà notre peur, nos ressentiments et nos colères – trouver courage et force pour sortir de nous-mêmes et de nos cénacles et accomplir la mission reçue !
    « Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
    En toi j’ai trouvé la paix, le bonheur, Esprit saint, inonde mon cœur. »

  • Guérison polémique

    Guérison polémique

    Vive polémique autour de la guérison de l’aveugle-né

    Un récit abrupt, marqué par la violence !
    Ces grandes pages du quatrième évangile, on croit les connaître. Et pourtant, en relisant le récit de la rencontre de Jésus avec l’aveugle-né, j’ai été frappée comme jamais auparavant par la violence présente dans le récit. Aucun personnage n’y échappe, hormis Jésus. Relisons ce récit sous cet angle-là !
    Quel contraste dès l’entame du récit ! D’un côté l’initiative pleine de bienveillance de Jésus : il voit ce malade qui, lui, ne peut le voir ; il prend soin de lui et le guérit. Merveille d’attention et de présence ! Tout à l’opposé de la préoccupation de ses disciples : indifférents à la souffrance de ce malade, ils semblent mus par une curiosité spirituelle, englués dans une casuistique aussi stérile qu’inutile : « Qui a péché, lui ou ses parents ? ». Cécité des disciples et violence de leur indifférence face à la détresse de cette personne.
    Violence dans la réaction des voisins et de ceux qui, hier encore, voyaient cet aveugle mendier. Plutôt que de se réjouir de sa guérison, ils cherchent à vérifier son identité. En outre, il semble que ce soit eux qui l’amènent aux pharisiens, car – ô désobéissance – cette guérison a eu lieu un jour de sabbat. Violence de leur dénonciation. Commence alors un procès en bonne et due forme, avec un premier interrogatoire de l’aveugle guéri.
    Ses parents sont ensuite convoqués et interrogés par les autorités juives. Mais ceux-ci se débinent, sans apporter le moindre soutien à leur fils, … par peur d’être rejetés. Violence dans leur lâcheté !
    Nouvel interrogatoire, plus serré cette fois, de l’ancien aveugle. Violence ici aussi dans le regard dur et sans concession des autorités juives et dans les paroles échangées. Exemples : leur appréciation de Jésus – « Nous savons, nous, que cet humain est un pécheur » (v. 24) – et, plus loin, les mots qu’ils adressent à l’aveugle guéri : « Toi qui es tout entier dans le péché, tu nous fais la leçon ! » (v. 34). Finalement tombe la sentence : lui qui n’a rien fait de mal, le voilà excommunié, exclu du judaïsme.
    Ce n’est pas anodin de pointer les formes de violence multiforme présente dans ce récit ! Elle est en quelque sorte le miroir de bien de nos violences, celles qui parfois nous traversent et s’expriment dans nos échanges interpersonnels, comme celles existant dans les débats qui agitent nos sociétés, même quand celles-ci se veulent démocratiques.

     » Pécheur  » ? Lui ? Moi ?

    Ce qui étonne aussi dans ce récit, c’est le fréquent recours au vocabulaire du ‘péché’. On le retrouve souvent dans les échanges de Jésus avec ses contemporains, notamment dans la bouche des pharisiens : en effet, ceux-ci tenaient à observer fidèlement les 613 préceptes de la Torah et se tenaient à distance de celles et ceux qu’ils regardaient comme pécheurs. Indice d’une obsession ?! Sans doute !
    Ce sera aussi le cas dans le monde catholique : la focalisation sur le péché y fut parfois telle que le péché, même véniel, était regardé comme grave. Ce qui fit que, par un retour de manivelle, l’on n’osait plus guère prononcer ce mot. Or, remarquons-le, dans notre passage, Jésus parle bien de ‘péché’ (v. 41), mais – à la différence des autorités juives – il n’emploie jamais le terme de ‘pécheurs’ … Nuance qui n’est pas sans importance.
    Pour tenter d’y voir plus clair, quelques précisions. Le péché concerne avant tout la sphère religieuse, à savoir notre relation à Dieu et notre engagement pour qu’advienne son Royaume. Revenons ensuite à la racine du mot : aussi bien en hébreu qu’en grec, le verbe ‘pécher’ signifie ‘manquer son but’, ‘rater sa cible’, au sens propre comme au sens figuré. Or, sachons le reconnaitre, dans la manière dont nous conduisons notre vie, il y a des ratés : par manque de discernement, par faiblesse ou suite à un mauvais exemple, … Oui, alors que nous cherchons à mettre nos pas dans ceux de Jésus, il nous arrive de manquer notre cible, de ne pas prendre le bon chemin.
    A ces premières mises au point s’en ajoute une autre. Il y a un monde de différence entre, d’une part, parler de ‘péché’, nommer un péché – comme le faisait Jésus – et, d’autre part, qualifier quelqu’un de ‘pécheur’ – comme le faisaient les autorités juives ! Considérer autrui ou nous-même comme ‘pécheur’, c’est toujours risquer d’identifier la personne à son péché et de porter sur elle un regard bien sombre. Violence du regard qui peut entraîner chez l’autre tristesse, honte, dépréciation de soi, voire dépression. Opportune distinction donc entre ‘péché’ et ‘pécheur’ ! Jésus, lui, n’utilise que le mot ‘péché’, ce qui paraît infiniment plus juste.

    Jésus, ‘Lumière du monde’.

    Une seule personne est infiniment lumineuse dans ce récit : Jésus ! Sa mission, celle que lui a confiée le Père, est d’être ‘Lumière du monde’ : il le sait et agit en conséquence. ‘Lumière’, il le fut pour l’aveugle de naissance qu’il conduisit jusqu’à la confiance de la foi. Il le fut aussi, du moins peut-on l’espérer, pour certains des pharisiens qui osèrent la question : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
    Lumière, Jésus le sera-t-il pour nous qui sommes aussi des aveugles de naissance ? N’est-ce pas grâce à la rencontre avec lui et à l’écoute de sa Parole que nous découvrons peu à peu un autre visage de Dieu : non pas un Dieu prompt à prendre en défaut, à juger ou, pire encore, à condamner, mais un Dieu qui nous aime, qui nous veut du bien, qui souhaite nous voir heureux du bonheur des béatitudes ? Dans cette confiance-là, osons faire la vérité dans nos existences.

    En guise de mise en route …

    La question initiale des disciples – « Qui a péché, lui ou ses parents ? », Jésus n’y répond pas, il se contente d’inviter ses proches : « Il nous faut travailler aux œuvres de Dieu, tant qu’il fait jour ». Avez-vous remarqué ce ‘nous’ ? Une pierre qui tombe dans notre jardin, le mien, le vôtre. L’important, suggère Jésus, c’est d’apporter de la lumière dans notre monde souvent ténébreux, violent, pour que chacun puisse marcher sans trébucher, sans devoir mendier, libre et responsable. Que puis-je faire pour répondre à cette sollicitation de Jésus ? Que vais-je faire ?

  • Se ressourcer

    Se ressourcer

    Une rencontre qui peut nous ressourcer …

    Dans cette belle page du quatrième évangile, il y a – comme souvent dans les évangiles – deux niveaux possibles de lecture : le premier concerne la rencontre de Jésus avec cette femme de Samarie ; le second consiste en une relecture symbolique de ce récit: que nous dit-il de Jésus, de la relation qu’il se propose d’avoir avec chacune et chacun de nous?

    Improbable rencontre.

    Voilà une rencontre totalement inattendue. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que les relations entre Juifs et Samaritains sont très difficiles. Dans le concret de la vie, ce sont des frères ennemis tant au plan politique que religieux. Et cela remonte très loin. La séparation au niveau politique s’est amorcée lors de la succession du roi Salomon en 931 ACN avec la constitution de deux royaumes autonomes : Israël au Nord avec Samarie pour capitale et, au Sud, le petit royaume de Juda avec Jérusalem pour capitale. Plus tard, après l’exil à Babylone (587 – 538 ACN), cette séparation politique s’est doublée d’une séparation au plan religieux. Juifs et Samaritains ont chacun leur temple : les Samaritains sur le mont Garizim, les Juifs sur le mont Sion à Jérusalem. En outre, ils ne reconnaissent pas les mêmes livres religieux : la Bible des Juifs se compose de trois ensembles – la Torah, les Prophètes et les Écrits de sagesse – ; celle des Samaritains ne comporte que le premier ensemble, la Torah. Considérant les Samaritains comme hérétiques et schismatiques, les Juifs ne les fréquentaient pas : cela leur aurait valu de contracter une impureté rituelle.
    Improbable rencontre encore parce qu’habituellement, les femmes ne venaient pas puiser l’eau à l’heure la plus chaude du jour : sortir de la ville et marcher sous l’ardeur du soleil était trop éprouvant : on y venait tôt le matin ou plus tard dans la journée.

    L’étonnante liberté de Jésus.

    Jésus était monté à Jérusalem avec ses disciples pour y célébrer la Pâque (juive). Les célébrations terminées, il décide de regagner la Galilée. Deux itinéraires s‘offrent à lui : le plus court traverse la Samarie, mais les Juifs pieux préféraient faire tout un détour pour éviter d’être souillés au contact des Samaritains. L’homme de Nazareth, lui, choisit le chemin plus court. Liberté de Jésus qui ne craint pas une telle impureté rituelle ! Pour lui, toute rencontre en vérité, avec qui que ce soit, est bonne et a sa valeur.
    Il est midi, l’heure la plus chaude du jour. Jésus a déjà marché de longues heures, il est fatigué et il a soif. Il s’assied au bord de ce puits pour se reposer et se désaltérer. Comme il n’a pas de cruche, il fait part de sa soif à cette Samaritaine qui vient y chercher de l’eau à cette heure inhabituelle. Ne voyons pas dans l’initiative de Jésus une ‘stratégie missionnaire’ pour chercher à convertir cette femme schismatique et hérétique. Non ! Il a vraiment soif ! A nouveau, liberté de Jésus qui adresse la parole à une Samaritaine dans un endroit public, ce qui, sans être interdit, ne se faisait pas, même s’il s’agissait de sa propre mère !
    Dieu n’a que faire des interdits, des exclusives, des oppositions, des rejets de toutes sortes que religions et spiritualités ont trop souvent multipliées. Jésus l’a compris et le sait, ces interdits ne nous rapprochent pas de ce Dieu qui nous aime tous et qui souhaite nous voir vivre en frères et en sœurs. En Son nom, il prend donc bien des libertés !
    Petit coup d’œil dans le rétroviseur. Ai-je vécu de ces rencontres improbables, inattendues qui m’ont ressourcé, rapproché de Dieu ? Suis-je capable au nom de ma foi de faire preuve de la même liberté que Jésus ?

    Dieu Source.

    Contemplons à présent Jésus assis sur ce puits. Dans l’Ancien Testament, Dieu, que Jésus appelle son Père, est souvent désigné comme ‘la Source d’eau vive’ (Jr 02,13). On peut venir s’y désaltérer, même si on est sans-le-sou : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau. Même si vous n’avez pas d’argent, venez !» (Is 55,01). Jésus lui aussi prend souvent le temps de s’abreuver à cette Source : dans la prière, dans le regard contemplatif qu’il porte sur les personnes et sur la nature. Assis là, il semble faire corps avec cette Source. Il s’y désaltère et, dans le même élan, lui-même devient source d’eau vive pour la Samaritaine : grâce à leur conversation se dégage en elle la source enfouie en chacun. Et la voilà qui, à son tour, devient source pour son entourage.

    En guise de mise en route …

    D’où est-ce que je viens ? Où vais-je ? Quel sens (direction et signification) donner à mon existence ? Où trouver donc une parole qui fasse sens, qui m’éclaire vraiment ? A quelle source me désaltérer pour apaiser ma soif la plus essentielle ? Quels freins me retiennent de prendre ce temps : manque de temps, d’élan, … ? Chacun de nous se pose, un jour ou l’autre, ces questions essentielles.
    Entendons aujourd’hui Jésus qui nous invite, discrètement selon son habitude : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. ». Invitation qu’il renouvellera plus d’une fois :
    « Celui qui croit en moi, n’aura plus jamais soif » (Jn 06,35) ; « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi » (Jn 07,37).
    La rencontre avec Jésus peut dégager, dans nos cœurs souvent étroits ou embourbés, la Source d’eau vive. Avec la femme de Samarie, avec les Samaritains de Sychar, allons vers Jésus la source d’eau vive ! Peut-être deviendrons-nous à notre tour source d’eau vive pour d’autres.

  • Le sel et la lumière

    Le sel et la lumière

    Ces versets concernant le sel de la terre et la lumière du monde suivent la proclamation des béatitudes par Jésus. Une façon pour l’évangéliste de suggérer que c’est en marchant vers ce bonheur-là que nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Une façon aussi de nous faire comprendre qu’il n’y a de vrai bonheur que partagé avec autrui.

    Notre petit grain de sel.

    Multiples sont les utilisations du sel dans notre quotidien. Evoquons-en quelques-unes. Le sel relève le goût des plats que nous préparons ; sans exagérer toutefois car, nous rappelle-t-on, trop de sel, c’est mauvais pour la santé. Assaisonnée de sel, la nourriture préparée se conserve mieux ; ce qui était particulièrement vrai à l’époque où l’on n’avait ni frigo, ni surgélateur. En période hivernale, le sel est bien utile pour faire fondre la neige et la glace sur nos trottoirs et nos routes. A celui qui a voyagé sous un soleil ardent, on offrait et, dans certaines régions, on offre toujours, un verre d’eau et une pointe de sel : sel de l’hospitalité.
    Indispensable donc le sel. Mais mesurons-nous à quel point, dans la vie courante, un petit grain de sel peut s’avérer précieux ? Dans les relations notamment. Quand la vie et le bonheur autour de nous semblent fragiles, un petit grain de sel – une attention, un sourire, une parole chaleureuse – peut rendre goût à la vie à un cœur triste et illuminer un visage. Quand l’accueil mutuel se fait difficile, quand il y a un froid dans une relation, ou que celle-ci devient glaciale, le petit grain de sel d’une parole positive, d’une petite pointe d’humour peut contribuer à dégeler l’ambiance, ouvrir à l’écoute et à la compréhension mutuelles. Hospitalité du cœur à offrir à autrui en toutes circonstances ! Et que l’apôtre Paul recommandait : «Que votre parole soit toujours aimable, assaisonnée de sel, pour savoir comment vous devez répondre à chacun», lit-on ainsi dans sa lettre aux Colossiens» (04,05-06).

    Des petits lumignons …

    « Ta Parole, Seigneur, est Lumière sur notre route » (Ps 118,105). Et Jésus, « Parole de Dieu faite chair » (Jn 01,14), nous l’a rendue plus proche encore. Nous en faisons l’expérience : Il est « La Lumière du monde » (Jn 08,12). Non pas lumière qui aveugle – tels les phares led de nos voitures -, mais lumière très douce, indiquant un chemin là où il semblait ne pas y avoir d’issue, délivrant de la peur quand l’obscurité et le noir effraient et paralysent.
    Méditer la Parole seul ou avec d’autres éclaire notre cœur et nous permet de devenir lumière à notre tour. Par toute notre vie – «nos bonnes œuvres», dit notre passage. Et la première lecture (Is 58,07-10) en suggère quelques-unes : partager son pain avec qui a faim, accueillir le sans abri, donner des vêtements à qui n’en a pas, faire disparaître le geste accusateur et la parole malveillante, …
    A travers ces paroles et gestes de profonde humanité, nous sommes alors comme de petits lumignons disposés dans la maison pour éclairer celles et ceux avec qui nous vivons. Reflétant ensemble un peu de la lumière divine, nous pouvons aussi être lumière au coeur des obscurités et angoisses de ce monde.
    Ensemble, poursuivons notre marche vers ce bonheur-là !

  • En marche…

    En marche…

    Sur la montagne

    Jésus aimait se retirer dans la montagne : pour prendre du recul et de la hauteur par rapport aux événements ; pour se recueillir dans le silence et prier, laisser Dieu s’approcher de lui. Hier comme aujourd’hui, la montagne représente un des espaces où prendre de la distance par rapport au quotidien. Et, dans la symbolique biblique, si la terre représente le lieu de vie des hommes, le ciel, lui, évoque le séjour de Dieu.
    Comment, dans un quotidien souvent stressant et très rythmé, trouver lieux et temps pour me ‘re-cueillir’, me retrouver en vérité et revenir à Celui qui est notre unique Essentiel ?

    Jésus, nouveau Moïse.

    Cependant, dans l’évangile selon Matthieu, la montagne s’enrichit encore d’une autre symbolique. Elle renvoie au séjour de Moïse sur la montagne (Ex 24,12,13,15). C’est là qu’il a reçu les « dix Paroles » (Décalogue) inscrites sur deux tables de pierre. Aux Hébreux en chemin vers la Terre Promise, elles donnaient des pistes pour vivre la relation au Seigneur et ajuster leurs liens les uns avec les autres. Non pas ‘dix commandements’, mais des conseils d’ami pour nous montrer comment vivre la relation à Dieu et ajuster les relations entre nous.

    En proclamant les Béatitudes, Jésus apparaît ainsi comme le nouveau Moïse. Il ne nous donne pas des injonctions, mais plutôt une feuille de route qui balise le chemin d’un vrai bonheur. Et c’est à partir de sa propre expérience qu’il nous la propose.

    « S’approcher de Jésus ».

    Dans l’auditoire de Jésus, on distingue deux cercles. La foule qui va suivre Jésus dans chacun de ses déplacements, tant les gens ont faim et soif d’une parole qui fasse vivre, qui mette debout. Mais dans cette foule se détache un petit groupe : les quatre disciples que Jésus vient d’appeler. « Ils s’approchèrent de lui », un peu comme on veut s’asseoir aux premiers rangs pour mieux entendre et bien suivre un conférencier, sans être distrait par autre chose.
    Invitation adressée à chacun des disciples que nous sommes de nous ‘approcher’ nous aussi du Maître, assoiffés que nous sommes de L’écouter.

    « En chemin vers le bonheur … »

    André Chouraqui – dans la traduction qu’il donne de ce passage à partir non pas du texte grec, mais de sa traduction en hébreu – remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’. La racine du mot en hébreu le permet, tout comme elle autorise celle de ‘Heureux’. A son exemple, je me risque à une traduction personnelle : ‘En marche vers le bonheur’. Suggérant ainsi qu’il s’agit là d’une dynamique dans laquelle s’engager.
    Résonne alors en nous l’invitation pressante que le Seigneur Dieu, à nouveau par la voix de Moïse, adressa aux Hébreux au moment ils allaient entrer en Terre Promise : « Vois, aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur (…), la bénédiction et la malédiction. De grâce, de grâce, choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance » (Dt 30,15 et 19). Inattendu, ‘in-croyable’, ce Dieu qui ne désire que notre vie et notre bonheur et qui nous presse de choisir le bon chemin ! Quelle heureuse nouvelle !

    « … ceux qui sont à bout de souffle ».

    C’est à eux que pourrait être adressée la première béatitude, sur laquelle je vais m’arrêter. Deux versets du Psaume 142 font entendre l’appel au secours de quelqu’un qui n’en peut plus : d’abord « le souffle en moi s’épuise » (v. 04), puis « je suis à bout de souffle » (v. 07). Mais, plus loin, est partagée la nouvelle d’une guérison : « bienfaisant est ton Souffle – celui de Dieu – ; il me guide en un pays de plaine » (v.10).
    Expérience qui, par moments, est la nôtre : on sent que, peu à peu, on s’épuise, au point de finir par craquer. Qu’est-ce qui, alors, pourrait bien nous permettre de nous relever et de nous remettre en route ? Tournons nos regards vers l’homme de Nazareth qui, dans les béatitudes, parle à partir sa propre expérience. Jésus a accueilli le Souffle Saint qui lui fut donné juste lors de son baptême (Mt 03,16-17) et, désormais, il se laissa conduire par Lui. Ce qui lui permettra de résister aux tentations du Diviseur (Mt 04,01). Et de tenir bon jusqu’au bout : à Gethsémani, à l’approche de sa condamnation et de sa mort, il priera intensément et invitera les disciples qu’il a emmenés à « prier pour ne pas entrer en tentation, car – précise-t-il – le Souffle est plein d’ardeur, mais la chair – càd. l’homme livré à ses seules forces – est faible » (Mt 26,36-44). Alors, quand nous nous sentons dépassés, débordés, n’hésitons pas à chanter :
    « Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
    En toi, j’ai trouvé la joie, le bonheur. Esprit saint, inonde mon cœur. »

  • Proches… et si différents

    Proches… et si différents

    Jean-Baptiste vient d’être incarcéré : Hérode, en effet, n’a pas supporté que le prophète lui dise ses quatre vérités. C’est dans ce contexte difficile que Jésus débute sa mission, et il peut déjà pressentir que les choses ne seront pas nécessairement plus faciles pour lui. « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté » : ainsi pourrait-on paraphraser la chanson de Guy Béart à propos du poète.

    Un message et un style tout autres …

    A première vue, dans l’évangile selon Matthieu, le message de Jésus semble le même que celui de son cousin. Et pourtant il n’en est rien. En effet, si la formule est bien identique – « Convertissez-vous/changez de regard, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 03,02 et 04,17) -, le contenu de la prédication de Jésus, ainsi que sa manière d’être et de faire sont bien différents. Et, comme souvent, la manière et la forme font partie intégrante du contenu. Entre les deux cousins, on peut pointer plusieurs différences. Celles-ci nous concernent aussi ; elles touchent à la manière d’être disciples de Jésus et de faire Eglise.

    Jean-Baptiste vivait en ermite, dans le désert de Judée où il s’était retiré. Là, il accueillait les personnes venant à lui ; il prenait le temps de les écouter, de parler avec elles, les secouant parfois. Jésus, lui, va vers les gens : il bouge et se déplace. Il fait le choix de commencer sa mission en Galilée, une région à la population très mélangée à tous points de vue : socialement, culturellement, religieusement. On n’y rencontre pas nécessairement les ‘bons pratiquants’. Une région qu’en conséquence les responsables religieux méprisaient et regardaient souvent de haut.

    Jean-Baptiste annonçait l’imminence du jugement de Dieu, il avait parfois des paroles fortes et énergiques à l’encontre de celles et ceux qui se sentaient pécheurs. Jésus, lui, rencontre la soif spirituelle des gens en leur faisant découvrir Dieu comme ‘Heureuse Nouvelle’ !!! Voilà qui, finalement, est bien plus tonique !

    Mieux encore : Jésus ne se contente pas de proclamer la proximité de Dieu et de son Royaume : il le fait advenir, le donnant à voir ! Quelle espérance pour les gens ! Et pour tous ! En effet, quand il va à leur rencontre, il est saisi de compassion, bouleversé jusque dans ses entrailles à la vue de leurs souffrances, de leurs détresses, de toutes leurs misères. Et il les prend à bras le corps : il ‘prend soin’ d’eux, selon le sens premier du verbe grec ici employé, ‘thérapeuô’ (qui, en français, donne ‘thérapie’ et ‘thérapeutique’). On ne nous dit rien de tel au sujet du Baptiste.

    Un travail d’équipe, en fraternité !

    Sa mission itinérante, Jésus n’entend pas l’accomplir seul. Il appelle d’autres personnes à se joindre à lui. Elément remarquable : il commence par appeler des frères : Simon et André, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Comme pour inaugurer dès le départ un réseau où existera une vraie fraternité humaine …

    D’emblée, son appel trouve en eux un écho. Pourquoi se sentent-ils ainsi concernés ? Le texte ne le précise pas. Je risque une réponse, la mienne : peut-être parce que la rencontre avec ce Jésus de Nazareth fut pour eux lumineuse, qu’elle jetait sur leur existence une tout autre lumière … Peut-être aussi parce qu’à son contact, ils se sont découverts eux-mêmes ‘repêchés’, guéris, plus vivants.

    Mais en même temps, ces pêcheurs le perçoivent, cet appel implique des ruptures dans leur quotidien. Non pas comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme une nécessité intérieure : ‘laisser là leurs filets de pêcheurs’ (v. 20), ou ‘laisser la barque et leur père’ (v. 22). Cela dans le but de ‘l’accompagner’, selon le sens premier du verbe grec ‘acolouthéô’ (qui donne ‘acolythe’ en français).

    Pas besoin d’être bardés de diplômes et d’avoir un talent de prédicateur ! Lui va les former. « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », leur dit-il. C’est en faisant route avec lui, en se mettant à son école qu’ils découvriront leur nouvelle responsabilité.

    Aujourd’hui, ‘compagnons’ de ce Jésus.

    Nous sommes les disciples de ce Jésus. C’est auprès de lui, en l’écoutant, en le regardant vivre et agir, en nous laissant soigner par lui, que nous apprendrons à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ à notre tour.
    Plutôt que de mettre l’accent sur la participation à la liturgie, certes moment important de ressourcement auquel il était lui-même fidèle, Jésus met en avant une manière d’être au monde, faite de présence, d’attention à l’autre, de profonde humanité. Puissent nos communautés chrétiennes devenir des ‘hôpitaux de campagne’, selon la belle expression du pape François.

  • Contempler le Souffle

    Contempler le Souffle

    Il y a 2000 ans d’ici …

    Que s’est-il exactement passé ce jour-là où Jean baptisa Jésus ? A-t-il vu quelque chose de ses yeux de chair et, si oui, qu’a-t-il vu ? Nous ne le saurons jamais car cette page d’Évangile évoque tout autre chose : le regard intérieur, tout nouveau, que porte Jean-Baptiste sur son cousin. Elle nous invite ainsi à nous mettre dans la peau du Baptiste et, avec lui, à poser un regard plus profond sur le Nazaréen. Il s’agit donc d’un regard intérieur, spirituel.

    Ce n’est sans doute pas la seule fois que se sont croisés les chemins des deux cousins et que, devenus adultes, ils se rencontrent. Néanmoins, aujourd’hui, le regard que pose le Baptiste sur Jésus est tout autre. Cela le frappe tellement que, par deux fois, il répète : « Moi, je ne le connaissais pas » (vv. 31 et 33).

    Il découvre Jésus sous trois angles différents et cherche à en ‘témoigner’ à l’intérieur de sa propre culture. En référence à un célèbre passage d’Isaïe (Is 53,04-06), il le présente comme ’l’Agneau de Dieu’ qui porte et emporte le péché du monde ; il le découvre ensuite inondé du Souffle Saint qui demeure sur lui (v. 32 et 33) et capable de nous le transmettre ; il le révèle enfin comme ‘Fils de Dieu’.

    Le Souffle saint demeurant sur lui.

    Avec Jean-Baptiste, posons aujourd’hui notre regard sur ce Jésus habité par le Souffle Saint. L’homme de Nazareth n’est pas un impulsif que les circonstances mènent ici ou là. Il ne cherche pas le pouvoir, ni son intérêt. Non ! Il est constamment tourné vers son Père et vers autrui. Sa vie intérieure est forte, constante, nourrie jour après jour. Dans la prière, il s’ouvre au Souffle divin, Lui permettant de l’éclairer ; il se laisse conduire par Lui (Mt 04,01) et, à ce titre, il est pleinement ‘fils de Dieu’, selon la belle expression de S. Paul (Rm 08,14) qui – soit dit en passant – vaut aussi pour nous !

    Et moi aujourd’hui … ?

    Impossible de ne pas nous poser quelques questions. Je me les pose, et je vous les pose à vous aussi. La première : n’en sommes-nous pas restés au baptême d’eau, celui donné par Jean-Baptiste ‘pour le pardon des péchés’ (Mc 01,04) ? Le regard chrétien ne porte-t-il pas trop souvent sur les fautes, au risque d’engendrer de la culpabilité malsaine ou de conduire à juger et à critiquer autrui plutôt que de pratiquer la correction fraternelle ? N’oublions-nous pas que Jésus ‘baptise dans le Souffle Saint’ ? Sur la croix, il ‘a livré le Souffle’ (Jn 19,10) et, Ressuscité, il nous presse de le ‘recevoir’ (Jn 20,22), de nous laisser habiter par Lui.

    Autre question : comment le regard que je porte sur Jésus a-t-il évolué depuis le jour de mon baptême jusqu’à aujourd’hui ? Répondre à cette question requiert un temps d’arrêt, de silence, pour « regarder Jésus venir à nous » (v. 29).
    Les titres donnés à Jésus par Jean-Baptiste faisaient référence au Premier Testament et parlaient aux chrétiens de l’époque, généralement familiers de la culture biblique. Ce qui n’est plus le cas de nos jours. Comment dès lors parler de Jésus aujourd’hui ? Comment moi, le présenterais-je avec des mots audibles par nos contemporains ?

    « Et moi, je ne le connaissais pas … »

    Ne pouvons-nous pas dire cela de cela de nos proches comme de celles et ceux que nous côtoyons au quotidien, que nous croisons souvent sans les rencontrer en vérité ? Cette page d’évangile nous invite à poser sur eux ce regard contemplatif. Souvent, lors des funérailles d’un proche, nous posons un tel regard sur lui et sur sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de le faire de son vivant ? Quand nous sommes tentés de juger quelqu’un, parfois même de le condamner, pourquoi ne pas essayer de porter sur cette personne un regard neuf, nous demandant comment elle est, elle aussi, habitée, portée par le Souffle Saint ? Des relations, parfois difficiles, pourraient s’en trouver apaisées, relancées, transfigurées.
    Pour y parvenir, peut-être convient-il de commencer par nous ouvrir, nous-mêmes, au Souffle de Dieu … Comme Jésus, dans la prière ouvrons-nous à Lui et laissons-nous conduire par Lui.

  • Un signe

    Un signe

    Isaïe 7, 10-16

    Un peu d’histoire ….

    A la mort du roi Salomon (921 ACN), ses fils ne sont pas entendus concernant la succession. Cela a finalement conduit au partage de son royaume : le royaume d’Israël (au Nord) et le royaume de Juda (au Sud). Ce partage n’a pas aplani les tensions. Au temps du prophète Isaïe (VIIIème siècle ACN), elles demeurent vives. Le petit royaume de Juda se trouve, en effet, menacé par celui d’Israël, appuyé par la Syrie
    Dans ce contexte, le Seigneur – par la voix de son prophète – cherche à rassurer le roi Achaz en lui suggérant de Lui demander un signe. Le signe qui, finalement, sera donné, laisse les biblistes perplexes à plus d’un égard. Notamment quant à l’identité de l’enfant annoncé. Selon l’hypothèse la plus probable, il s’agirait d’Ezéchias, le fils aîné d’Achaz, qui fut un grand roi réformateur.

    Demander un signe ?

    Demander un signe, n’est-ce pas mettre le Seigneur à l’épreuve, lui demander de confirmer son soutien, sa présence ? C’est ce que pense le roi Achaz, en conformité avec un passage du Deutéronome (Dt 06,16). Mais ici, c’est le Seigneur lui-même qui, par la voix de son prophète, suggère à Achaz de Lui demander un signe. Dès lors pourquoi hésiter à le faire, et même le refuser carrément ? Aucune raison !

    La question demeure néanmoins importante et délicate ! Quelques éléments de réflexion à partir du N.T.
    Pensons à Zacharie : quand l’ange Gabriel lui annonce qu’Elisabeth et lui, déjà bien avancés en âge, vont avoir un enfant, Zacharie n’en croit pas ses oreilles. Nouvelle tellement inouïe que Zacharie, tout prêtre qu’il est, demande un signe. Cette mise en doute de la promesse du Seigneur lui vaudra de demeurer muet durant les neuf mois de la grossesse de sa femme ! (Lc 01,05-25).
    Lorsque le même ange Gabriel annonce à Marie qu’elle aura bientôt un fils, celle-ci se hasarde à poser une question et elle, à la différence de Zacharie, reçoit une réponse. Etrange, non ! Pourquoi ? Parce que Marie ne demande pas un signe de confirmation, elle cherche à comprendre : « Comment cela va-t-il se faire ? » (Lc 01,26-38). La nuance est importante : croire, c’est d’abord et avant tout faire confiance au Seigneur, le croire sur parole. Mais, comme il nous a dotés d’intelligence, il n’est pas interdit de chercher à comprendre ; c’est même vivement recommandé !
    Autre aspect de la problématique des signes. Des signes nous sont donnés. Et même en abondance (Jn 20,30-31), mais ils sont rarement éclatants. Les percevoir requiert attention et déchiffrement. Or, certains ne les perçoivent pas, d’autres n’arrivent pas à les déchiffrer. Pour le quatrième évangile, les miracles (‘choses étonnantes’) réalisés par Jésus et les guérisons effectuées par ses soins sont des ‘signes’ (Jn 02,11). Aucunement des preuves ! La ‘preuve ‘ (!) en est que certains n’arrivant pas à les déchiffrer, les rejettent : tels des scribes et des pharisiens (Lc 11,14-20). Et même parfois les disciples, ce qui laissera Jésus perplexe (Mc 08,14) …
    Pas de réponse univoque donc. Tout dépend de l’intention de qui demande un signe. En demander comme soutien parce que l’on se sent faible, fragile : pourquoi pas ? Jésus encourage la prière de demande (Lc 11,09-13). En revanche, en demander par manque de confiance dans le Seigneur, cela ne passe pas.
    En tout état de cause, dans nos existences, apprenons à percevoir et à décrypter les signes donnés par le Seigneur. Accueillons-les avec joie et reconnaissance !

    Un signe dérisoire

    Un signe dérisoire, fragile, à attendre avec confiance.
    Le signe donné à Achaz a de quoi surprendre, tant il est fragile : la naissance imminente d’un fils ! Qu’est-ce que, dans l’immédiat, un enfant peut changer à la situation de ces deux peuples qui sont comme des frères ennemis, toujours prêts à s’entredéchirer ? Rien, si ce n’est avant bien longtemps : le temps de sa gestation, puis de son éducation …
    Cet enfant doit en effet apprendre à ‘choisir le bien et rejeter le mal’. Echo à un texte magnifique du Deutéronome (30,15-20) : « J’ai placé devant toi la Vie et la Mort, la bénédiction et la malédiction, le bonheur et le malheur. (…) De grâce, de grâce, choisis la Vie ! ».
    Tâche quotidienne pour chacun et chacune de nous : dans des circonstances toujours nouvelles, discerner le chemin de la Vie et nous y engager résolument !  

    Emmanuel

    ‘Emmanuel’ – ‘Dieu avec nous’ pour toujours !
    L’évangéliste Matthieu voit dans la naissance de Jésus la réalisation de l’ancienne promesse faite à Achaz : il le note explicitement en conclusion du récit de l’annonciation à Joseph : « La jeune fille concevra, et elle enfantera un fils : on l’appellera du nom d’Emmanuel » (Mt 01,22-23). Et cet évangile, qui s’ouvrait avec cette heureuse nouvelle d’un ‘Dieu avec nous’, se conclut de la même manière : en Jésus ressuscité, Dieu demeure l’Emmanuel : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).
    Nous ne sommes pas seuls sur le chemin de la vraie Vie : le Seigneur, en la présence de Jésus Ressuscité, est et demeure pour toujours à nos côtés. Et même ‘en nous’ : voilà un des aspects de la fête de Noël : notre cœur est en quelque sorte la crèche dans laquelle il désire naître et grandir.

    Très belle fête de la Nativité à chacune et chacun de nous !

  • Hymne à la joie!

    Hymne à la joie!

    Isaïe 35, 1-10

    Une fois de plus, quelle poésie dans ce passage ! Quel lyrisme ! Joie, exultation, allégresse éclatent de partout. L’homme, le monde animal, la nature sont à l’unisson. Que se passe-t-il donc ? Quelle est l’heureuse nouvelle dont le prophète se fait à nouveau le héraut ?

    Un peu d’histoire.

    VIIIème siècle ACN. L’Assyrie est le maître du jeu au plan géopolitique, et le sera pour un bon bout de temps encore. En 721 ACN, le Royaume d’Israël (Nord) est vaincu, et sa population déportée. Le royaume de Juda (Sud), lui, résiste avec courage, cherchant appuis et alliances auprès d’autres puissances, quitte à mettre de côté sa confiance dans le Seigneur. Choix avec lequel Isaïe n’est pas d’accord, mais on ne l’écoute pas.
    En 701 ACN, les armées de Shénnachérib assiégeront Jérusalem, laissant tout, villes et campagnes, complètement dévasté. S’en suivront de très nombreuses années difficiles. Puis, à la domination assyrienne succèdera au VIIème siècle ACN celle de Nabuchodonosor, roi de Babylone. En 587 ACN, celui-ci envahira Jérusalem, entraînant la destruction complète des remparts de la ville et du Temple, ainsi que l’exil de la population à Babylone (587 ACN).
    Cependant, le prophète n’abandonne pas le peuple dans le malheur, il ne le laisse pas s’enfoncer dans le désespoir. Il annonce un retournement de situation, il promet la fin de la captivité et un retour triomphal vers Sion (Jérusalem). Promesse qui deviendra réalité en 538 ACN, lorsque Cyrus, roi de Perse, prendra le leadership dans la région et autorisera le retour des exilés. Dans ce retournement de situation, Isaïe voit la main d’un Dieu qui se fait proche des siens et ‘vient à eux ’, qui souhaite vie et liberté pour chacun et pour tous les peuples. Et qui le réalise à travers Cyrus, un ‘autrement croyant’ et un homme au cœur droit.

    Un langage symbolique.

    Longue sera la route de retour de l’exil : quelque 1000 km à travers le désert. Mais, annonce le prophète, elle sera aisée, tant la joie sera grande. Même les plus handicapés (sourds, muets, boiteux) la parcourront sans difficulté. Une page de la Bible à ne pas lire comme un récit historique au sens actuel du terme, récit dont chacun des détails pourrait être vérifié. De toute évidence, il s’agit là d’un langage imagé, d’ordre symbolique.
    Nous avons perdu la portée symbolique de notre propre langue. Exemples. Quand nous disons : ‘je vois ce que tu veux dire’, nos yeux ne voient rien du tout, mais nous donnons à entendre que nous avons compris le message de notre interlocuteur. Quand, complètement dépassée par mon travail ou mes responsabilités, je m’écrie : ‘je suis totalement noyée’, les flots de la mer ne m’ont pas engloutie, mais pour moi, c’est presque comme si. Amusez-vous à repérer de telles expressions dans notre langue française …
    Ainsi, quand S. Paul évoque l’expérience spirituelle qui l’a bouleversé et retourné, il manque de mots : il dit ‘avoir été emporté au troisième ciel’ (2 Co 12,01-06). Comment ne pas comprendre qu’il s’agit là d’un langage symbolique ?
    Jésus lui-même utilise un tel langage symbolique, quand il parle des pharisiens ‘aveugles’ (Mt 23,17) ou qu’il reproche à ses disciples de ‘voir sans comprendre’ (Mc 14,21).

    En Jésus, un nouvel accomplissement de l’antique promesse.

    Quand, depuis sa prison, Jean-Baptiste se pose des questions de l’identité de Jésus, Matthieu place sur les lèvres de Jésus les mots d’Isaïe : « Les aveugles qui voient, les sourds qui entendent, le boiteux qui bondit, le muet qui crie de joie », y ajoutant « les lépreux qui sont purifiés, les morts sont éveillés, les pauvres reçoivent l’Heureuse Nouvelle ». Une manière d’exprimer que la libération promise et vécue des siècles plus tôt se renouvelle en Jésus et qu’à travers lui, Dieu renouvelle son œuvre libératrice de façon décisive.
    Jésus a pris soin des malades et des personnes en souffrance qu’il croisait. Il en a guéri quelques-uns ; parfois il n’y est pas arrivé, comme à Nazareth, sa ville natale, parce que là manquait la confiance (Mt 13,53-58). Mais ce qu’il a fait, il y a plus de 2000 ans, pour quelques malades de Palestine, le Ressuscité peut l’accomplir pour nous aujourd’hui. Il n’y a pas qu’au plan physique qu’on peut être sourd, aveugle, boiteux ! Surdités et aveuglements existent aussi aux plans spirituel et psychique, tout aussi importants ! Et la rencontre avec le Ressuscité peut nous en guérir : ouvrir nos oreilles à sa Parole, ouvrir nos yeux et notre cœur aux détresses que nous croisons, nous relever quand nous sommes tombés, …
    Occasion pour chacune et chacun de nous de prendre un temps de relecture de vie et de repérer les ‘guérisons’ opérées en nous par sa Présence, sa Parole, son Souffle, ou par la rencontre de l’un de ses témoins. Sans oublier de L’en remercier !!!!