Auteur/autrice : Jean Dewandre

  • Riche – Pauvre

    Riche – Pauvre

    Et Jésus retape une fois encore sur le même clou, tout comme le prophète Amos.

    La semaine passée, Jésus nous redisait de ne pas oublier de mettre des priorités dans nos vies, qu’on ne pouvait servir deux maîtres à la fois, à savoir Dieu et les dollars. Aujourd’hui, à travers la parabole du riche et de Lazare, Jésus fait une variation sur le même thème, en ajoutant l’une ou l’autre petite touche supplémentaire.

    Avant d’entrer dans notre parabole, une chose étonnante est de voir qu’un personnage porte un nom alors que l’autre pas ; le pauvre s’appelle Lazare, ce qui signifie « Dieu aide » alors que le riche n’a pas de nom. Cette différence pour dire plusieurs choses :
    + la place privilégiée que les pauvres ont dans le cœur de Dieu,
    + le pauvre, Lazare, est quelqu’un pour Dieu, tandis que le riche, enfermé en lui-même et dans ses biens, ne donne pas à Dieu la possibilité d’entrer en relation avec lui.
    + le riche est sans nom pour nous dire aussi que chacun peut mettre son nom à la place du riche.

    Mais entrons dans notre parabole.

    Dans le premier tableau, on retrouve nos deux personnages qui vivent dans deux mondes bien différents, le riche dans le luxe et les festins quotidiens ; Lazare dans une grande misère. Et entre ces deux mondes, un portail, sorte de frontière infranchissable ! Et tous deux meurent.

    Dans le deuxième tableau, à nouveau deux mondes, mais la situation a complètement changé : Lazare se retrouve maintenant heureux auprès d’Abraham, donc auprès de Dieu, là où règne la joie et la paix, tandis que le riche se retrouve dans un lieu où il est en proie à la torture. Et le riche aperçoit Lazare au loin…

    Avec peut-être plein de questions et de réflexions qui se bousculent dans sa tête : « Mais je ne comprends pas, se dit-il, je n’ai rien fait de mal pour mériter ça, je n’ai pas volé, je n’ai pas tué, j’ai gagné honnêtement ma fortune, je n’ai maltraité personne, … » « Et ce Lazare, pourquoi est-il là-bas, comment est-il là, ce n’était pourtant pas un modèle de perfection, de ce que j’en ai entendu ; juste un pauvre sans ressources que personne ne voyait, toujours couché près de mon portail… »

    Et Abraham de lui souffler au fond de son cœur que c’est là le cœur du problème, « Tu n’as pas vu Lazare qui se tenait là devant ton portail ! Le seul qui le voyait, c’était ce chien qui venait lécher ses blessures. Ton grand train de vie et tous tes festins t’ont empêché d’avoir les yeux ouverts, ils t’ont empêché d’être à l’écoute de Dieu qui te soufflait à l’oreille que tu étais à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. Tu étais trop encombré pour voir Lazare et d’autres comme lui qui avaient tant besoin de ton aide.

    Et un fossé s’est creusé entre vous, celui que tu vois aujourd’hui et qui est devenu infranchissable.

    C’est vrai, tu n’as rien fait pour mériter ces temps difficiles, ces temps de souffrance, mais ils ne sont que la suite de ce que tu as vécu sur la terre, tu t’es éloigné de l’amour de Dieu, tu t’es éloigné de l’amour du prochain ; voilà pourquoi aujourd’hui tu es si éloigné de la table de Dieu. »

    Et là, il comprend notre ami, le riche. Il s’est fait piéger par ses idoles qu’étaient le luxe, les mondanités, les festins en tous genres, sa vie dans son petit univers de cristal.

    Jésus nous redit qu’aimer, ce n’est pas être en ordre avec une loi, avec une conduite. Aimer, c’est avoir les yeux ouverts ! C’est être capable de se mettre à la place de l’autre pour entrer en communion avec lui, l’aider à sortir de sa pauvreté matérielle, de sa pauvreté culturelle et l’accompagner dans sa souffrance.

    Et à la fin de ce deuxième tableau, Jésus aborde une dernière question, celle des signes, celle des miracles et des coups d’éclats. « Envoie Lazare prévenir mes frères, afin qu’ils ne tombent pas dans le même piège, afin qu’eux aussi ne viennent pas dans ce lieu de torture. Si quelqu’un revient de chez les morts, ils changeront de vie. »

    Mais ce n’est pas suffisant ; quand Lazare, le frère de Marie, sortira du tombeau, les gens ne croiront pas davantage en Jésus, ça va même précipiter sa condamnation. Le vrai chemin vers Dieu se découvre à travers l’humble écoute de sa parole, à travers la rencontre de nos frères, et pas seulement ceux que nous choisissons. Et Dieu est là, malheureux, triste de voir, de nous voir passer à côté des vraies richesses, parce que sa toute-puissance nous offre la liberté de lui ouvrir la porte ou de la fermer.

    O Seigneur, apprends- moi le vrai chemin, tiens ma lampe allumée, aide-moi à garder les yeux ouverts.

  • Un intendant malhonnête

    Un intendant malhonnête

    Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ça ! Voilà que ce Jésus est en train de louer cet intendant malhonnête. Encore une pièce à verser au dossier de son procès. En êtes-vous bien sûr ?

    Reprenons notre histoire, mais deux mille ans plus tard.

    Paul, manager financier, travaille chez Bruyères informatique, une petite PME en plein essor. Tout se passe très bien si ce n’est que depuis un an, Jacques, le PDG de la société, constate des « trous » inexplicables dans les comptes et, après enquête, il découvre que Paul détourne ni vu ni connu, quelques centaines d’euros chaque mois.

    Dans la semaine qui suit, notre PDG convoque son manager financier : Paul, n’essayez pas de vous justifier, j’ai découvert vos magouilles. Je pourrais vous traduire en justice, mais je n’en ferai rien ; je vous donne trois mois pour demander votre démission et pour partir, sans indemnités, bien sûr.

     « Trois mois, trois mois pour faire face à cette nouvelle situation. Pas question pour moi d’aller chômer ou d’être jeté à la rue. Alors tant que j’en ai encore le temps, je vais me faire des amis pour retrouver du boulot après ».

    Quoi de plus simple quand on a encore les comptes en main ?

    Il s’en va alors rencontrer quelques personnes qui ont encore des factures à payer à la société pour leur proposer un petit geste: « Je connais vos difficultés financières actuelles, je vais vous faire une petite remise, pour vous donner un ballon d’oxygène. » Et puis, l’Evangile ne dit-il pas que l’on ne doit pas réclamer les dettes que l’on nous doit ? et le patron ne sera pas trop perdant, il vaut mieux qu’il retouche une partie des factures plutôt que ne rien retoucher du tout dans le cas où ces personnes tomberaient en faillite…

    Mis au courant, le PDG, tout en désapprouvant la malhonnêteté de son comptable, ne put s’empêcher d’admirer son habileté. « Ah, si cet homme pouvait mettre ses talents au service du bien ! » Jésus ne pousse donc pas à la magouille, c’est bien mal le connaître que d’oser croire ça. Jésus est émerveillé devant l’habileté de l’intendant, devant la débrouillardise de Paul. Ils avaient tout perdu, mais ils sont arrivés à retomber sur leurs pattes. Finement jouer messieurs !

    Et Jésus de nous dire : « Ah, si vous aviez autant d’habileté pour faire advenir le Royaume de Dieu, quel dommage que votre imagination et votre matière grise ne soient pas autant utilisées pour les bonnes causes ». « Vous inventez un tas d’astuces pour votre avenir immédiat, n’oubliez pas de préparer votre avenir plus lointain, votre vie éternelle ! » Parce que c’est là qu’est le souci majeur de Jésus : que chaque homme entre dans la vie éternelle ! Par comparaison, Jésus nous redit que l’argent n’est pas grand-chose à côté des demeures éternelles ! « De grâce, n’oubliez pas de vivre les priorités, n’oubliez pas le long terme ».

    Mais Jésus ne condamne pas l’argent, il sait très bien qu’il est nécessaire pour les échanges. Le danger est qu’il ne serve plus dans les échanges, mais devienne une priorité en soi, il sait la menace de l’accumuler et d’en devenir l’esclave. Mon grand-père disait : « L’argent, un bon serviteur, mais un mauvais maître. » C’est ce que Jésus pourrait redire aujourd’hui. Il nous met en garde devant ce faux dieu.

    Alors, soyez intelligent aussi pour préparer votre avenir éternel. Soyez plein d’habileté et d’astuces pour faire fructifier votre vie, vos talents, votre argent, vos avoirs, à long terme, à très long terme. L’argent est bien placé quand il aide à fabriquer de la joie, quand il permet d’aider un peuple à sortir de sa pauvreté, quand il aide un père ou une mère à subvenir aux besoins de sa famille, quand il me permet, pourquoi pas ? de vivre un temps de retraite, …

    Deux, trois chiffres, même si ce n’est pas ma tasse de thé : Un avion de chasse mirage équivaut à un hôpital dans un pays du tiers-monde, le coût d’une année d’enseignement secondaire pour un jeune de la région des grands Lacs au Congo : 250 euros, soit un peu plus de 20 euros par mois ; prix d’une retraite, plus ou moins 45 euros par jour, le tiers de ça à Taizé pour un jeune ou un adulte.

    Alors, intendant fidèle ou intendant désinvolte ?

    Du temps bien investi n’est-ce pas aussi une visite chez une personne seule, malade ; du temps donné dans Saint-Vincent de Paul ou je ne sais quelle ASBL caritative, ou encore dans un service paroissial ; du temps pour réfléchir au comment donner aux gens l’envie de rencontrer Dieu, prendre le temps de rencontrer Dieu dans un cœur à cœur intime, ou en groupe,… ? On serait parfois effaré de voir le rapport qu’il y a entre notre temps donné et celui que l’on garde pour nous.

    Alors, économe avisé ou économe dépassé ?

    L’enjeu est de taille, nous dit Jésus, ce matin, il en va de votre vie, de votre avenir, faites donc preuve d’intelligence et d’habileté pour gérer ce que je vous ai confié. Mais n’oubliez pas de compter sur moi pour vous aider, je suis sur le chemin, avec vous, et je suis là pour vous guider et vous porter quand le chemin se fait trop difficile.

  • Pardonner

    Pardonner

    Attention ! hein, ou le petit Jésus va te punir.

    Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour ramasser toutes ces tuiles ? …

    Ça, ma vieille, tu ne l’emporteras pas au paradis !

    Et je ne sais combien d’expressions que l’on entend, comme celles-là, dans les conversations, pour parler de Dieu. Le Dieu-gendarme qui circule la matraque à la main, épiant les hommes pour cogner celui qui va faire un pas de travers ; le Dieu menaçant et vengeur qui ne supporte pas les faux pas et qui extermine tout ce qui se dresse sur son passage, tous ceux qui sont contre lui.

    Il y a comme qui dirait un « stuut » entre ce Dieu-là et celui que nous révèle Jésus ; c’est à se demander si on a lu le même Evangile. Parce que quand j’entends les paraboles d’aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression que le pécheur serait préféré à l’innocent, que, pour un peu, le juste pourrait être jaloux du traitement que Dieu apporte au pécheur.

    Au départ du passage d’aujourd’hui, on a les scribes et les pharisiens qui font des reproches à Jésus : « Mais comment peux-tu aller vers ces gens-là, comment peux-tu aller manger chez des escrocs, des collabos de l’armée romaine, comment peux-tu te laisser approcher par des prostituées ?  Dieu n’a que faire de ces gens-là et il se chargera de les punir le temps venu ! »

    C’est comme ça que la justice de Dieu était perçue: les pharisiens et les scribes transposaient en Dieu la justice des hommes.

    Jésus vient alors leur révéler que la justice de Dieu n’est pas la justice des hommes, que son cœur est bien différent du nôtre. Il vient leur dire que Dieu ne se réjouit pas seulement devant celui qui est juste, mais aussi devant celui qui se convertit, il se réjouit lorsqu’un pécheur essaye de quitter sa vie de bâton de chaise pour vivre davantage selon la vie que Dieu lui propose.

    En fait, il faut regarder Jésus entouré de tous « ces gens-là », comme nous le dirions, les voir venir écouter le seul homme en Israël qui n’a pas le moindre mépris pour eux. Ils viennent le voir et l’écouter, et leur surprise doit être grande de n’entendre aucun reproche sortir de sa bouche, juste un appel qui leur dit : « Tu peux faire mieux, tu dois faire mieux ».

    Et Jésus raconte ses paraboles, non pas adressées aux pécheurs, mais aux scribes et aux pharisiens.

    « Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perd une, ne laisse les 99 autres dans le désert pour aller après celle qu’il a perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve ? » Cet homme va faire des kilomètres, autant qu’il en faudra, jusqu’à ce qu’il la trouve, et lorsqu’il l’a trouvée, il est tout joyeux et la ramène sur ses épaules. Et plus encore, de retour chez lui, il appelle ses amis pour faire la fête, « Je l’ai retrouvée, ma brebis perdue, arrosons ça ! »

    Cette parabole nous révèle d’abord qu’aucun homme n’est jamais abandonné par Dieu, personne n’est jamais définitivement perdu, puisque Dieu continue inlassablement à le rechercher. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il aime. Et plus encore, il ne se contente pas d’attendre qu’on revienne à lui, il part tout de suite en recherche !
    « Ben oui, et alors ?… ».
    Ben, c’est incroyable, chacun de nous, toute personne, a une valeur unique et inestimable aux yeux de Dieu. Et quand une personne l’abandonne, il continue à s’en préoccuper ; Dieu aime ceux qui ne l’aiment pas, il souffre parce qu’une seule de ses brebis lui donne du souci.

    Cette bonne nouvelle de Jésus, nous la connaissons avec notre tête, mais si peu avec notre cœur ; on n’y croit pas vraiment à ce Dieu-là, il est trop bon …

    Cette parabole nous révèle aussi une autre dimension de Dieu.

    Jésus invite donc les justes entre guillemets à se réjouir avec le berger. Dieu m’invite à me réjouir avec lui, d’autant plus que la brebis perdue, c’est peut-être bien moi.

    La joie de Dieu éclate quand quelqu’un qui est tombé très bas est regagné, et que le troupeau est à nouveau au complet.

    « Vous êtes quand même de drôles d’amis de Dieu » devait leur dire Jésus ; « Pour un peu, vous diriez au berger : laisse-la se perdre, tu en as encore 99, ça suffit amplement ».  « Mais non » leur crie Jésus, « ne savez-vous pas que Dieu veut voir vivre chacun de ses enfants ? » Jésus vient donc leur révéler un autre visage de Dieu ; un Dieu qui pardonne comme il respire et qui appelle les hommes à se réjouir devant ce pardon qui se renouvelle sans cesse. Et mieux encore, il nous appelle à vivre nous aussi le pardon entre nous, comme il nous offre son pardon sans condition. Que cette bonne nouvelle de ce matin entre dans chacune de nos vies et nous pousse à accueillir ce pardon sans cesse offert.