Ce dimanche, il n’y avait pas de prêtre disponible pour célébrer, nous avons organisé pour notre petite communauté une A.D.A.L. (Assemblée Liturgique Animée par des Laïcs). Il m’est revenu d’y donner un écho à la Parole.Et même deux : un sur la 1° lecture du livre de Zacharie et l’autre à partir de l’évangile du jour.
1- Prophétie de Zacharie
Zch 09,09-10
Une fois n’est pas coutume, quelques mots sur cette lointaine et superbe prophétie.
Un peu d’histoire …
L’existence de l’Israël ancien reposait sur 4 piliers : la Terre Promise, la Royauté, le Temple et la Torah.
Les 50 années d’exil à Babylone (587 – 538 A.C.N.) ont représenté une épreuve majeure pour le peuple d’Israël, car il avait perdu tout cela. Ou presque tout.
• La Terre Promise, le peuple en était éloigné.
• Le Temple, il a été profané, pillé, saccagé, incendié.
• Le Roi a vu assassiner ses fils devant lui, puis on lui a crevé les yeux et on l’déporté à Babylone.
• Seule restait la Torah, l’enseignement du Seigneur. Les exilés s’y accrocheront. Ils remplaceront les sacrifices au Temple par des liturgies de la Parole célébrées le sabbat à la synagogue. Ces célébrations, ils les appelleront ‘sacrifice des lèvres’.
Quelque 50 ans plus tard, une autre grande puissance émerge : la Perse, mettant fin à la domination brutale et dure de Nabuchodono-sor, roi de Babylone. Cyrus, roi de Perse a une tout autre manière de gouverner son empire. Le peuple d’Israël va donc retrouver peu à peu ses 4 points d’appui … Ou presque !
• La Torah, ils l’ont toujours gardée comme un précieux trésor.
• Les exilés sont désormais autorisés à rentrer en Terre Promise, à relever les ruines de Jérusalem.
• Ils peuvent reconstruire le Temple et restaurer le culte.
• Mais il n’y a plus de roi. Ce sont donc les prêtres qui vont prendre les choses en mains.
Le prophète Zacharie.
C’est dans ce contexte postexilique qu’intervient Zacharie (ses débuts vers 520-518 ACN). Son nom signifie ‘Dieu se souvient’ car jamais il n’oublie les siens, ni son alliance ; on peut donc compter sur Lui.
Prophète, Zacharie appartient, semble-t-il, à une famille sacerdotale et, à ce titre, fut sans doute actif dans ce chantier de reconstruction de Jérusalem.
La prophétie de ce jour.
Et voilà que Zacharie annonce la venue d’un roi : le retour donc de ce 4° pilier manquant. Son intuition est assez inouïe et inattendue : un jour viendra, dit-il, où un nouveau roi fera sa joyeuse entrée, mais il sera totalement différent des rois de ce monde.
a) Son style de vie sera simple : rien d’ostentatoire. La ‘sobriété heureuse’, dirait-on de nos jours. Pas de chichis : il vivra comme Mr et Me Tout le monde, se déplacera non pas à cheval, mais à dos d’âne. cheval !
b) Il ne préconisera pas de s’équiper militairement. Au contraire ! Il fera disparaître tout l’arsenal de guerre. Fini le temps de la guerre, non seulement pour Israël, mais aussi pour toutes les nations.
Alors règnera la paix. Oui, la Paix ! Alors, réjouissons-nous dès à présent. Oui, joie et cris de joie !
Mais ce roi promis, c’est Jésus !!!
Toutefois, ce roi d’un genre nouveau tardait à venir. On avait presque cessé de l’attendre.
Mais voilà qu’après la mort de Jésus et la prise de conscience que désormais il était Vivant en Dieu, les premières communautés ont fait un travail de relecture de sa courte vie : à la lumière des Ecritures, elles ont vu en lui la réalisation de cette prophétie de Zacharie.
• N’était-ce pas sur un ânon que ses parents étaient descendus en Egypte pour fuir le massacre des innocents (Mt 02,13-15) ?
• Et, lors de sa montée vers Jérusalem pour célébrer la Pâque juive, n’était-il pas entré dans la ville monté sur un ânon ? (Mt 21,01-11) ?
• Et la foule, n’avait-elle pas reconnu en lui l’homme grâce à qui que le Règne de Dieu s’était enfin vraiment approché ? Ne l’avait-elle pas acclamé comme son roi ?!! (Mt 21,01-10 et Jn 12,12-16).
• Et, lors de son procès, Pilate ne l’avait-il pas interrogé à ce sujet (Jn 18,33) ?
Oui, pour premiers chrétiens, Jésus est le Roi annoncé par Zacharie et c’est Lui que nous sommes invités à accueillir dans nos vies !
Cette prophétie de Zacharie était décidément bien choisie pour introduire la page d’évangile de ce jour !
2- Premier des tout-petits
Mt 11,25-30
Oui, comme le suggère le prophète Zacharie, Jésus fait partie de pauvres et des tout-petits. Nous sommes tellement habitués à parler de lui avec de multiples titres impressionnants : Christ/Messie, Fils de Dieu, Fils de l’Humain, etc, que nous en oublions qu’il est l’un des nôtres et que sa vie fut loin d’être un long fleuve tranquille.
• Né loin de chez lui et placé dans la mangeoire d’animaux, menacé de mort par Hérode dès sa naissance, il a ensuite vécu dans cette petite bourgade, presque inconnue, de Nazareth. « De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? » (Jn 01,46).
• Sa famille n’appartient pas aux classes privilégiées qui, le plus souvent, vivent à Jérusalem ou dans d’autres villes.
• Il n’est pas compté au rang de docteurs en théologie ou en Bible qui n’ont pas besoin de révélation car, eux, ils savent …
• Au contraire, il prend rang d’esclave (Ph 02,06-08), se mettant autant que faire se peut au service de la vie, de l’amour, du pardon, lavant les pieds de ses disciples (Jn 13). Jusqu’à mourir sur une croix, supplice notamment des esclaves.
Un père aimant
Dieu se révèle à lui comme un Père tout aimant.
Oui, Jésus fait partie de ces petits auxquels Dieu se révèle. Alors qu’il est au tournant de la trentaine, voilà que Dieu le gratifie d’une révélation inattendue, extraordinaire : « Tu es mon fils bien-aimé. En toi, j’ai mis tout mon amour » (Mt 03,16-17). Révélation inouïe, au sens propre comme au sens figuré !
Voilà qui change tout ! Cette nouvelle, cette heureuse nouvelle, il ne peut la garder pour lui-même, il faut l’annoncer, il veut la partager partout. Non point pour se mettre en avant ! Mais pour que d’autres, pour que chacune et chacun, se sachent aimés à ce point-là !
Moment charnière : il plaque tout, laisse les siens, et se met à sillonner les routes de Galilée pour clamer cette révélation sur tous les toits. La tâche est immense, tellement grande qu’il s’adjoint d’autres ‘petits’ (Mt 04,18-21).
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre … »
Jésus est un homme de prière, le plus souvent dans la solitude. Mais, dans le passage de ce jour, chose extraordinaire, on le voit et on l’entend prier devant tous, laissant exploser sa joie et clamant son merci à son Père.
Pourquoi ? Parce qu’il constate que Dieu se donne à connaître à d’autres ‘petits’ que lui. Ils le découvrent alors Tout Autre, tellement différent de ce que disent pour docteurs de la Loi et scribe.
Toutefois, Il se révèle à qui a le coeur ouvert, disposé à l’écoute, à se laisser surprendre ! Les sages et les savants aux yeux du monde n’ont souvent aucun besoin de révélation ; ils savent tout, ils connaissent déjà Dieu, du moins le pensent-ils. Pas sûr pourtant…
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau … »
Prière de louange et merci, puis invitation : « Venez à moi ! »
Multiples peuvent être nos fardeaux : poids du quotidien, solitude, maladie ou handicap, fragilités, dépression, soucis de toutes sortes, parfois très matériels.
Mais nous ne sommes pas seuls pour porter ces fardeaux. Jésus est là – nous le croyons – qui chemine à nos côtés, souvent discrètement, silencieusement, tout autant que nous, ses disciples, nous apprenons à marcher avec Lui, à L’accompagner.
Cependant, ce n’est peut-être pas ce fardeau-là que Jésus évoque. Dans la Bible, en effet, la Torah et la Sagesse sont comparées à un joug (Ecclésiaste 51,26-30). Reprenant cette symbolique, Jésus voit dans l’enseignement des scribes et des pharisiens un ‘lourd fardeau à porter qu’eux-mêmes ne remuaient pas du doigt‘ (Mt 23,04). Et, de fait, ces savants en Israël développaient les 10 recommandations fondamentales en 633 préceptes. Jésus, lui, ramène tout à deux recommandations majeures : l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain comme pour soi-même (Mt 22,34-40). Quelle liberté, quelle légèreté !
Ecouter Jésus, chercher à mettre nos pas dans les siens nous ramènera toujours à l’essentiel et allègera ce qui pèse sur nos épaules.
Questionnement personnel.
Dans lequel de ces deux groupes est-ce que je me range ?
• Dans celui des savants qui croient très bien savoir qui est Dieu ? Dans celui de ces sages qui, pire encore, imposent de lourds fardeaux à autrui, au nom même de leurs convictions religieuses ?
• Ou dans celui des tout-petits, conscients de l’infinie grandeur de Dieu et de son immense bonté ?
Peut-être sommes-nous, tour à tour, un peu dans chacun de ces deux groupes, selon les circonstances …
Alors, osons, oui, osons nous poser quelques questions.
• Ai-je à cœur, comme Jésus, d’être toujours à l’écoute de ce Dieu qui, parfois, se dévoile de façon nouvelle, inattendue ? Puis-je encore Le laisser me surprendre et mettre en question ?
• Suis-je aussi à l’écoute de cette part de révélation qui, parfois, m’advient par d’autres croyants ?
Laissons ces questions nous travailler et labourer le coeur !
