Dieu a tant aimé le monde

Dieu a tant aimé le monde

Le contexte : la rencontre de Jésus avec Nicodème.

Situées dans leur contexte, ces quelques paroles de Jésus n’en recevront que plus de force. Il fait nuit. Tout est calme, la journée est terminée, la soirée très douce. La lourde chaleur du jour a fait place à une brise légère. Ils sont deux à échanger ce soir-là : Nicodème, le sage et le théologien qui compte parmi le groupe des pharisiens, et Jésus, trentenaire selon la tradition, donc bien jeune encore. Il vient ‘de nuit’, c’est plus discret, mais la précision ne nous informe pas seulement sur l’heure de jour ; elle exprime aussi l’étonnement et les questions qui travaillent le cœur de cet homme.
Chose étonnante, c’est Nicodème, l’aîné, qui vient trouver Jésus. C’est en quelque sorte le monde à l’envers : on s’attendrait à ce que ce soit, le jeune rabbi – à savoir Jésus, qui vienne trouver le théologien chevronné. C’est l’inverse qui se passe. Nicodème le reconnaît : Jésus est autre, sa parole impressionne ; il l’exprime avec grande humilité : Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. ».
Ils se parlent, échangeant à partir des questions de Nicodème et de l’expérience de foi de Jésus. Et nous, venons-nous à Jésus avec nos interrogations, nos doutes ? Y pensons-nous ?

« Dieu a tant aimé le monde … », dit Jésus à cet homme.

Combien d’entre nous ont grandi avec, dans leur arrière conscience, la peur d’un Dieu Juge, prompt à condamner et à punir et qui, comble du sadisme, s’en féliciterait ? 
Et voilà que, s’adressant à Nicodème, membre d’un courant spirituel qui cherche à observer fidèlement les 613 préceptes de la loi mosaïque, Jésus lui parle de Dieu comme de Quelqu’un qui aime passionnément l’humanité ; qui l’aime non pas de façon impersonnelle et globale, mais – au contraire – avec une attention toute personnelle à chacun. Quand l’un de nous se perd, empruntant des chemins sans issues, Il s’en soucie, tant Il désire que chacun de nous vive à fond de la Vie qu’Il nous offre. Quelle révélation !
Qui de nous n’a besoin d’amour, de tendresse et d’amitié, de reconnaissance (au double sens d’attention à sa valeur personnelle et d’expression d’un merci) ? Certains, nous le voyons parfois, ressentent un tel manque d’amour qu’ils le cherchent partout où ils peuvent : dans le perfectionnisme, dans les honneurs ou la vantardise. De toute façon dans l’extériorité ! Ce qui ne peut que les décevoir. Nous savons aussi d’expérience combien un mot marqué par l’animosité peut blesser, tuer l’espoir et la vie, alors qu’une seule parole, un seul geste porté par un amour profond peut remettre debout. Dans les moments de détresse profonde, pensons-nous à nous tourner vers ce Dieu qui aime tant le monde’, non de façon théorique et lointaine, mais au contraire de façon très proche et toute personnelle ?

Les trois ‘visages’ de Dieu pour nous : Père, Frère et Fils, Souffle saint.

En lui-même, Dieu est inconnaissable. Dans les contrées les plus reculées de Chine, on L’appelle  » l’Au-delà de l’au-delà « . D’autres Le désigne comme l’Etre qui transcende tout’, ou comme la Source de Vie qui toujours nous échappe. « Dieu, personne ne l’a jamais vu » est-il écrit dans la première lettre de Jean (01,18).
Dieu est pourtant en relation avec nous, par moments nous en faisons l’expérience. Sa Présence affleure parfois dans nos existences. Elle peut y prendre trois ‘visages’, trois manières d’être en relation avec nous que nous évoquons de façon anthropomorphique, à partir de nos expériences humaines.
Ce ‘Dieu qui est Amour’ (1Jn 04,08 et 16), nous découvrons qu’il nous donne la Vie, cette Vie qui a saveur d’éternité. C’est pourquoi, comme Jésus et à sa suite (Lc 11,02), nous l’appelons ‘Père’. Remarquez, on pourrait aussi parler de Dieu comme d’une Mère, car ses entrailles se retournent quand les siens se perdent, comme le dit Isaïe 49,15 : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas ».
Ce Dieu qui est tout Amour, nous le rencontrons aussi à travers Jésus. Lors de son baptême par Jean, il s’est découvert ‘Fils bien-aimé’ (Mt 03,17) : un fameux tournant dans sa vie ! Dès lors, par sa parole comme par ses actes, il n’a eu de cesse que de manifester l’Amour d’un Dieu qui, loin de nous juger et de nous enfoncer, nous guérit, nous relève, nous sauve. Cet homme de Nazareth, nous le confessons comme ‘Fils de façon absolument unique’. Frère universel par excellence, nous le regardons comme cadeau de Dieu car, à travers Lui, nous nous découvrons fils, nous aussi.
Enfin, ce Dieu tout Amour se donne encore comme Souffle qui donne force, dynamisme, audace ; qui fait entrer toujours davantage dans la Parole de Jésus ; qui est là au plus profond de notre coeur pour nous apporter réconfort et conseil, nous guider par le juste chemin.
Telle peut être notre relation à ce Dieu d’Amour, à la fois Un et Trine. Etre en relation avec ce Dieu-là, accueillir son Amour, le Lui rendre et le partager avec nos frères et soeurs, c’est une nouvelle naissance : c’est ‘naître d’En-haut’, selon la parole de Jésus à Nicodème.