Comme Jésus, devenir de vivantes icônes de Dieu.
Vous avez dit ‘dialogue’ ?
Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que les Pharisiens tentent de piéger Jésus.
Ce fut le cas à deux reprises déjà, parfois en connivence avec d’autres groupes du judaïsme. Ainsi lorsqu’ils lui ont demandé de confirmer, par un signe venant du ciel, son message et son action (Mt 16,01) ou encore quand ils l’ont interrogé sur la possibilité de répudier sa femme (Mt 19,03).
Dans notre passage, c’est en lien avec des partisans d’Hérode, donc du pouvoir politique, que les Pharisiens cherchent à nouveau à le prendre en défaut pour pouvoir le dénoncer aux autorités, qu’elles soient religieuses ou politiques. Et ils se montrent habiles : ils entament d’abord la conversation avec un concert de louanges adressées au rabbi Jésus (v.16). Puis vient leur question : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » Question perfide. En effet, si Jésus y répond par la négative, ils pourront le dénoncer aux autorités romaines, le présentant comme opposant politique passible d’exécution ; si, à l’inverse, il répond par un ‘oui’, il perdra une part de son audience auprès des personnes engagées dans la résistance (les zélotes, par ex.) et certaines autorités religieuses ne manqueront pas de le voir comme étant trop proche du pouvoir.
Mais Jésus est tellement attentif à ses interlocuteurs qu’il perçoit d’emblée la sincérité ou non d’une démarche. Ici, il le sent d’entrée de jeu, il ne s’agit pas d’une vraie question : ces gens veulent tout bonnement le piéger. D’où sa réaction plutôt vive : ‘Hypocrites’, leur dit-il. Dans les deux sens que ce terme peut avoir en grec : d’abord celui de manque de juge-ment ; celui de fausseté ensuite car ils se cachent derrière un masque et occultent leur projet de mort derrière une belle apparence. Bref, il s’agira ici d’un ‘dialogue de sourds’, nullement d’une rencontre en vérité.
Voilà qui interroge la vérité des sentiments et des motivations avec lesquels chacun de nous vient à Jésus, … et à autrui. Est-ce avec des objections plein la tête que je l’aborde ou est-ce que je cherche vraiment à entrer en dialogue, à approfondir son message dans tous ses aspects, finalement à découvrir qui il est ? Que ce soit dans la foi ou dans la relation à autrui, pas de vraie croissance possible hors d’une démarche sincère.
Dieu ou César ?
Remarquons-le, Jésus n’élude pas leur question : il accepte d’y répondre, mais il le fait de façon subtile et avec une habileté bien supérieure à la leur. Il va élargir le débat, le déplacer, ce qui les laissera confondus et songeurs. En effet, il distingue deux plans : ce monde avec son autonomie propre et les devoirs à remplir pour que la vie en société soit possible, comme payer ses impôts, et, d’autre part, la relation à Dieu.
Ce faisant, il les invite, il nous invite, à ne rien diviniser : ni l’empereur (qui, dans la société de l’époque, avait des prérogatives quasi divines), ni l’argent, ni le pouvoir et les honneurs. Dieu seul est Dieu, absolument transcendant : c’est Lui seul qu’il convient de célébrer ; c’est vers Lui seul que doit monter notre merci et notre reconnaissance.
Suggérant ces deux plans, Jésus ne donne-t-il pas aussi à entendre que le Dieu dont il se fait le héraut, ce Père plein d’une infinie tendresse, n’a rien à voir avec les comportements souvent ambigus des grands de ce monde ?
De qui est cette effigie/image ? …
Le mot ‘image’ dans la Bible est important. Il apparaît dès le premier chapitre de la Genèse : « Et Dieu dit : Faisons l’humain à notre image, selon notre ressemblance (…) et Dieu créa l’humain à son image, à l’image de Dieu, il le créa ; homme et femme il les créa » (01,26-27).
Trois fois répété en deux versets : quelle insistance ! Voilà qui précise d’emblée notre vocation : chercher à rendre l’image de Dieu que chacun de nous est aussi ressemblante et parlante que possible. N’est-ce pas cela aussi ‘rendre à Dieu ce qui est à Dieu’ ?
Un seul y est parvenu à la perfection : Jésus de Nazareth. Paul le rappelle dans sa lettre aux Colossiens : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute la création » (01,15 ; voir aussi Col 03,10). Quelle chance d’avoir les évangiles pour nous permettre de contempler Jésus dans son quotidien, de nous mettre à l’écoute de sa parole ! Cela ne peut que nous aider à lui ressembler et à réaliser notre vocation profonde.
Jésus a accueilli la question des Pharisiens et des Hérodiens, mais n’y a pas répondu. En revanche, il les a déplacés, mettant une balle dans leur jardin, … et dans le nôtre : à l’image de qui est-ce que je veux être ?
