Une seule parabole, des interprétations.
Quand la parabole évoque la violence des vignerons prêts à tout pour s’approprier les fruits de la vigne et l’héritage du maître, je ne puis m’empêcher d’y voir la spirale d’égoïsme et de violence qui gangrène nos sociétés et la scène internationale : vengeance, propos haineux, coups et blessures, meurtres.
Une violence physique qui n’a rien d’une fatalité. Le récent voyage du Pape Léon XIV en France vient de nous le rappeler. On peut se rassembler pour tout autre chose que pour détruire, démolir, attaquer et faire la guerre. Se réunir plutôt pour dialoguer, prier, aider et soulager, susciter et encourager des alternatives constructives, … : en témoignent ce million de personnes, jeunes et moins jeunes, souvent en famille, rassemblées sur les Champs Elysées, ces 80.000 jeunes réunis pour chanter et prier, faire la fête au Stade de France, sans oublier les 150.000 autres réunies à Lourdes, puis le lendemain à Metz. Oui, autant de signes qu’un autre monde est possible !
Mais ne peut-on risquer une autre lecture de cette parabole ? La surexploitation des ressources de la planète, leur accaparement par une minorité ne constituent-ils pas une violence cachée et à bas bruit : celle infligée à la création, ‘notre maison commune’, et aux populations les plus pauvres, peuples entiers et couches de nos populations, abandonnées au bord du chemin ? Ne devenons-nous pas alors ces vignerons prêts à tout ?
« La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22).
Et il est des moments et des lieux où elle se déchaîne, le criant haut et fort : inondations, sécheresse, feux de forêts. Des signes que nous négligeons trop souvent, alors que les scientifiques, depuis des décennies, alertent sur les risques de la surexploitation de notre bonne planète Terre ? Or Dieu nous a placés dans ce jardin luxuriant et de toute beauté pour que nous ‘le cultivions et le préservions’ (Gn 2,15). En cette fête de S. François d’Assise, clôturant ce mois où nous sommes invités à veiller à la sauvegarde de la création, il convient de nous en souvenir. Voilà qui appelle réflexions et réponses au plan personnel et familial et à tous les niveaux de la vie politique. Avons-nous à cœur de nous y engager ?
Le Maître ne s’avoue pas vaincu pour autant.
La parabole se prolonge avec un échange qui met en scène Jésus et les pharisiens. Citant un psaume (Ps 118,22-23), l’évangéliste relit la citation à la lumière de la destinée de Jésus : mis à mort, tout comme le fils de la parabole, il est la ‘pierre rejetée des bâtisseurs’ ; entré dans la plénitude de la Vie par sa résurrection, il est devenu la ‘pierre d’angle’ sur laquelle se construit et se développe un monde nouveau, une humanité totalement autre. Telle est ‘l’œuvre de Dieu, une merveille à nos yeux’. Une lecture, pleine de confiance et d’espérance !
Notre Dieu, suggère-t-elle, a plus d’un tour dans son sac, Il peut encore nous surprendre et faire du neuf ! Il va même jusqu’à recycler la pierre que nous avons rejetée !
Mais ce ne sera pas sans nous. Au contraire, ce sera en partenariat avec nous.De ce monde nouveau, nous pouvons être les ‘pierres vivantes’ (1 Pi 2,4-6) dans la mesure où nous faisons nôtres les choix de Jésus, si différents et éloignés de notre style de vie moderne : contemplation de la création, haltes régulières de prière, sobriété et simplicité, présence aux personnes en souffrance, aux oubliés de nos sociétés consuméristes et ultra-technologiques. Nous en sommes aussi les ‘bâtisseurs’ si, par nos engagements et nos combats toujours non-violents, nous contribuons à rendre ce monde plus équitable et à préserver la beauté de la Création.
« Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.
Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour. »
