Deux occasions manquées

Deux occasions manquées

Le contexte : l’immense déception de Jésus.

Tension et conflits montent entre les autorités juives et lui. La fête de la Pâque juive approchant, Jésus est monté à Jérusalem, accompagné de ses disciples et de toute une foule. Déçu de voir le commerce envahir ce haut-lieu de prière qu’est le Temple, il en chasse d’abord les vendeurs, puis le voilà qui y enseigne. Les grands-prêtres, maîtres des lieux, et les anciens lui demandent alors par quelle autorité il fait tout cela. S’ensuit un dialogue où, dans le souci de ne pas brusquer ses interlocuteurs, Jésus s’adresse à eux en paraboles.
Aujourd’hui, nous entendons celle des deux fils envoyés à la vigne et dimanche prochain celle des vignerons homicides. Dans cette page d’évangile, on peut distinguer la parabole en elle-même (vv. 28-30), puis le décryptage (vv. 31-32) qu’en donne Jésus à l’intention de ses interlocuteurs. Mon attention a été attirée par des répétés : ces mots-clés sont autant de pierres tombant aujourd’hui dans notre jardin.

« Croire en la Parole »

Première expression importante, ‘croire/faire confiance en la Parole de Dieu’. Celle qui nous vient notamment par des prophètes, tel Jean-Baptiste indiquant ‘le chemin de la justice’. La ‘justice’, dans la Bible, est un concept bien plus large que notre notion de justice. Elle évoque avant tout une manière d’être, faite de ‘justesse’ ; ce qui appelle des ‘ajustements’ progressifs pour que nos relations, toutes nos relations – à Dieu, à autrui et à nous-mêmes – soient positives, fécondes, harmonieuses. Voilà qui est si bien évoqué dans la seconde lecture de S. Paul (Ph. 02,01-05).
Première question qui nous est ainsi adressée : est-ce que je fais confiance à la Parole que Dieu m’adresse ? Y suis-je attentif ? Est-ce que je prends le temps de l’écouter, de la laisser descendre en moi, de m’interpeller ?

 » Se repentir  » ou, plus littéralement,  » changer d’avis « .

Voilà un autre mot répété et ainsi surligné. Avec un peu d’humour, on pourrait entendre, notre proverbe : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Avoir dit ‘non’, dans un premier temps, n’est pas grave, ni déterminant. Ce qui compte, c’est de laisser la Parole nous travailler encore et encore, germer dans nos coeurs et y croître. En son temps, elle donnera ce fruit mûr qu’est notre adhésion, notre ‘oui’. Ce que fit le premier des deux fils.
Ne pouvons-nous pas nous reconnaître, tour à tour, dans chacun des deux fils : tantôt dans celui qui dit ‘oui, oui’, mais ne fait pas ; tantôt dans celui qui commence par dire non, mais qui, ayant pris le temps d’écouter l’invitation qui lui est faite, revient sur son refus et s’engage pour finir dans une transformation profonde.
Autres questions : à quoi aurais-je peut-être trop vite dit ‘oui’, sans être ensuite en cohérence avec mon engagement ? quand j’ai dit ‘non’, quels sont mes blocages et mes refus et à quoi sont-ils dus ?

‘Va travailler aujourd’hui !’

A la fin de chaque célébration eucharistique, le célébrant dit : « Allez, dans la paix du Christ ». Ce qui ne veut pas seulement dire : quittez cette célébration, habités désormais par la paix du Christ. C’est, de façon plus riche, un envoi en mission : « Allez, vous aussi, travailler à la vigne du Père ». Invitation à nous engager, humblement, là où le Seigneur nous a plantés, et à le faire profondément habités par la paix qu’il nous donne, sans jamais nous laisser submerger par la panique.
‘Aujourd’hui’ : voilà un autre petit mot sur lequel je ne m’étais encore jamais arrêtée. C’est chaque jour, et un jour à la fois, que le maître de la vigne m’adresse cette invitation. Y répondre en allant travailler à sa vigne, avancer jour après jour, dans la confiance et la paix que le Seigneur me donne ! Jésus ne nous a-t-il pas déjà dit, dans un tout autre contexte : « A chaque jour suffit sa peine ! » (Mt 06,34) ? Et si, un jour, ma réponse est négative, rien n’est définitivement perdu, tout peut être remis sur le métier, dès le lendemain. Jésus ne dit-il pas : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume ». Quelle bonne Nouvelle : il n’y aura pas d’exclusion ! Certes, certains nous précèdent, mais la porte reste ouverte à tous et à chacun, même si elle nous paraît parfois bien ‘étroite’ (Mt 07,13).
Merveille de (re)découvrir que le Seigneur respectera toujours ma liberté et que, par ailleurs, son accueil demeurera sans borne !