Échange et prière

Échange et prière

Le contexte.

Au chapitre 18 de son évangile, S. Matthieu place sur les lèvres de Jésus un ensemble de paroles destinées à la communauté chrétienne. A celle de jadis comme à celle d’aujourd’hui. Une communauté de frères et de sœurs au sein de laquelle les difficultés ne pas manquent pas. Jugez-en.

Jésus commence par déplacer une préoccupation des disciples, celle de savoir qui parmi eux serait le plus grand dans le Royaume : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans la Royaume des Cieux » (Mt 18,01-04).

Puis il aborde d’autres questions : d’abord celle des inévitables scandales qui, hier comme aujourd’hui, risquent de faire vaciller la foi des plus fragiles, ensuite celle du regard condescendant, voire méprisant, porté sur les plus petits (Mt 18, 05-10).

Enfin, juste avant notre passage, se trouve la parabole du bon berger qui, avec tendresse et inquiétude, part à la recherche de la brebis qui s’est égarée. Image du Père qui, à travers Jésus comme à travers chacun d’entre nous, se met en quête de l’humain qui se perd (Mt 18,12-14). C’est à la lumière de cette parabole qu’il nous faut entendre la recommandation concernant l’attitude à avoir à l’égard de qui aurait commis un péché, une faute.

Une démarche pour chercher à « gagner son frère pécheur. »

C’est une démarche de frère à frère que propose Jésus. Une initiative qui m’engage : « Va ! ». Une démarche pleine de respect, de délicatesse et de discrétion : « et reprends–le, seul à seul ». Une démarche dont le but est clairement énoncé : « gagner ton frère ».

Manière de faire tellement éloignée de ce qui, parfois ou souvent, se vit dans nos relations, que ce soit en famille, entre amis, au travail ou, plus largement, dans la société ou au sein de nos communautés chrétiennes. Pas question de dénoncer l’attitude de quelqu’un dans des ‘bruits de couloir’, ou de façon publique via la presse ou les réseaux sociaux : cela ressemblerait trop à une fuite devant la difficulté de se parler de personne à personne.

De nos jours, les repères et conseils ne manquent pas pour accomplir fraternellement cette démarche. Tels ceux de la Communication Non-Violente (C.N.V.) : non pas venir avec ses gros sabots, formulant reproches et accusations, encore moins jugeant et condamnant, mais exprimer son étonnement, sa blessure et sa souffrance, chercher sincèrement à comprendre l’attitude du frère, de la sœur.

Un chemin qui peut être long.

Même engagée avec la plus grande fraternité, l’initiative peut ne pas aboutir : ce jour-là, le frère, la sœur, n’est pas disposé à vous écouter, à chercher à comprendre ce qui pourrait avoir blessé ou choqué. Comment alors poursuivre la démarche ? D’autres étapes sont suggérées : d’abord la présence et la médiation d’un ou deux témoins, toujours dans le souci de préserver la discrétion ; ensuite la référence à l’ensemble de la communauté. Bref, il s’agit d’une démarche qui requiert de chacun disponibilité intérieure, écoute mutuelle, humilité, désir de progresser ensemble sur les chemins du Royaume.

En finale, demeure la prière, notamment celle de la communauté. Le temps nécessaire à chacun pour écouter la Parole et se laisser convertir par elle ne nous appartient pas. Alors, prier et demander que la Parole semée fasse son chemin dans le coeur de chacune des parties.

Un chemin d’espérance.

Grâce à ces deux démarches – chercher à faire la vérité entre frères et prier ensemble dans ce but – le message de Jésus ouvre à la l’espérance.

Puissance d’abord de la démarche engagée à l’égard d’un frère ou d’une sœur : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Selon Jésus, elle a saveur d’éternité car le Père la reconnaît, la soutient, la fait sienne. La même parole avait été adressée à Simon-Pierre : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 16,19). Que ce soit pour Simon-Pierre au titre de sa charge ou pour nous au titre de la fraternité dans la foi, nos démarches engagent le ciel… Quelle responsabilité ! Puissance donc de la fraternité qui, dans nos existences, cherche à défaire les nœuds, à créer du lien et même à le renforcer.

Puissance aussi de la prière fraternelle, celle qui se vit au sein du couple, en famille, dans une équipe de foyers, en assemblée chrétienne. Cela grâce à la présence du Ressuscité. Le quatrième évangile y fait lui aussi allusion avec une insistance toute particulière : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera » (Jn 15,16 ; 14,13-14 ; 16,23). Mais avons-nous assez de foi-confiance et d’espérance pour croire en la puissance de la prière fraternelle ?