De la dynamite

De la dynamite

Vous savez que j’aime souvent rappeler que l’Évangile, c’est de la dynamite, que cette Parole ne peut pas nous laisser indifférents et qu’elle n’est sûrement pas là pour nous brosser dans le sens du poil. Eh bien, je me dis qu’aujourd’hui, Jésus vient une fois encore nous provoquer : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ». Dieu est-il à ce point tyrannique qu’il exigerait un amour exclusif ?

« Qui veut garder sa vie la perdra », mais n’est-ce pas tout le contraire de nos aspirations les plus profondes ? … 

La grande tentation serait alors de ne pas s’y arrêter, de faire marcher notre filtre qui élimine si facilement ce qui nous apparaît comme impossible et de ne garder que ce qui nous semble réalisable. 

Pourquoi ne pas plutôt s’interroger sur ce que Jésus veut nous dire au-delà de ces formules provocantes ? … 

Jésus nous invite-t-il à rejeter nos parents, nos enfants, ceux qui nous entourent ? Bien sûr que non, il ne vient pas pour rejeter les commandements que son Père a donnés au peuple d’Israël, il ne remet pas en question le commandement d’honorer son père et sa mère. Il viendrait même plutôt pour nous appeler à aimer davantage ; et d’ailleurs, n’est-ce pas l’amour qui est au cœur de sa mission, au cœur de la bonne nouvelle qu’il annonce. Alors quoi, où veut-il en venir ?

Jésus nous invite peut-être à mettre des priorités. Ne nous demande-t-il pas de mettre l’amour de Dieu à la première place ? Et pourquoi donc, allez-vous me dire, ne faut-il pas d’abord aimer sa famille, son conjoint, ceux qui nous entourent.

Non, nous dit Jésus, aime d’abord le Père et tout le reste suivra. C’est tout le paradoxe : plus nous aimerons le Père, plus nous aimerons les autres, car c’est le Père qui est la source de l’amour, c’est lui qui nous fera découvrir ce que c’est qu’« aimer », ce qu’est l’amour qui fait grandir et qui rend libre, cela en nous proposant d’accueillir celui qui est son visage, son Fils Jésus.

Et Jésus va dans le même sens quand il nous dit de renoncer à nous-même pour grandir, non pas que nous devons nous dévaloriser, mais il nous invite à tourner notre regard et notre cœur vers les autres comme lui l’a fait, plutôt qu’à le tourner vers nous-même.

Jésus nous invite à un décentrement qui n’a rien de facile ; croire qu’en misant sur le Père, on va décrocher le gros lot, non pas celui de 100 millions de la loterie nationale, mais le gros lot de la vie éternelle dès aujourd’hui, c’est-à-dire une vie qui bien évidemment n’évitera pas les problèmes et les chutes, mais une vie qui sera habitée d’une joie profonde qui nous aidera à reprendre le chemin jour après jour.

Alors que nous allons tous bientôt partir en vacances, oserons-nous tenter l’expérience : miser davantage sur Dieu et croire qu’il nous comblera au-delà de nos attentes ?