Une mission inattendue

Une mission inattendue

Voilà deux fois, à une semaine d’intervalle, que les disciples sont barricadés dans la chambre haute, habités par la ‘peur des Juifs’, possédés par elle. Et voilà qu’à deux reprises Jésus Ressuscité se rend présent parmi eux.

« Il est là, au milieu d’eux »

Il prend la place présentée comme la sienne dans le quatrième évangile. C’est cette place-là, en effet, que Jean-Baptiste lui reconnaît d’emblée : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 01,27). C’est encore à cette place-là – délicate, difficile – qu’il se tiendra aux cotés de la femme adultère cernée de toutes parts par scribes et pharisiens (Jn 08, 01-11). Lui donnons-nous, dans nos coeurs, dans nos vies, comme dans nos communautés et nos célébrations, cette place centrale ?

« La paix soit avec vous »

A trois reprises, le Ressuscité leur souhaite la paix. Pourquoi pareille insistance, sinon parce qu’ils sont remplis de panique et que – Jésus le sait – la paix du cœur est souvent au bout d’un long travail intérieur. Comment ne pas comprendre leur panique !? En effet, eux qui ont été si proches de Jésus, comment ne se sentiraient-ils pas menacés à leur tour ? Il se pourrait qu’on leur fasse subir le même sort que leur maître … ou, à tout le moins, d’autres tracasseries. Mais ce n’est peut-être pas la seule raison pour laquelle ce souhait de paix leur est adressé … La suite du récit nous le fait découvrir.

« Ceux à qui vous remettrez les péchés, … »

Surprise ! Ces personnes affolées, retranchées, le Ressuscité va les faire sortir : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » ! Avec la mission de ‘laisser aller les péchés’. Autre surprise ! Pourquoi cette mission-là ? Pourquoi pas celle de proclamer la résurrection de Jésus ? Ne serait-ce pas beaucoup plus important ? Mission donc inattendue, quelque peu étonnante même. A vrai dire, non ! Il suffit de se remémorer les événements qui précèdent pour comprendre l’exacte portée tant du souhait de paix que le Ressuscité leur adresse que de la mission qu’il leur confie. En effet, après le drame auquel ils viennent d’assister et tout ce qu’eux-mêmes ont pu vivre et ressentir dans ces circonstances-là, les disciples en ont des pardons à distribuer !!!
• Pardon à donner d’abord à l’un d’entre eux, Judas, le traître qui a livré leur Maître aux autorités sacerdotales (Jn 13,02 et 18,01-04).
• Pardon ô combien difficile à accorder aux grands prêtres pour avoir déployé tant d’ingéniosité pour faire condamner Jésus à la crucifixion et pour avoir manipulé les foules dans ce but (Jn 18,31 et 40 ; 19,07,12 et 14) ; aussi pour l’avoir nargué alors qu’il agonisait sur la croix (Mc 15,31-32).
• Pardon à offrir aux foules versatiles : après avoir accueilli triomphalement Jésus à son arrivée à Jérusalem (Jn 12,12-14), elles se sont laissé manipuler par leurs autorités religieuses ; parmi elles, certains ont été jusqu’à se moquer du crucifié (Mc 15,29-30).
• Pardonner aussi à Pilate : bien que persuadé de l’innocence de Jésus – par trois fois, il avait dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » (Jn 18,39 et 19,04 et 06) -, il l’a finalement livré aux autorités juives déchaînées.
Mais aussi difficile pardon à se donner à eux-mêmes !
• Pierre pour avoir renié son Maître à trois reprises (Jn18,17,25 et 27).
• Et chacun d’eux pour l’avoir abandonné et l’avoir laissé seul dans ces moments tragiques. Tous à l’exception du disciple bien-aimé présent au pied de la croix.
Dans de telles conditions, pas facile pour eux de retrouver la paix du cœur ! Comment y parvenir ? Le chemin sera long et difficile … Car, avant même de pouvoir dire à autrui « Je te pardonne », ou se le dire à soi-même, il y a tout un travail intérieur à faire pour ‘laisser aller’ ces erreurs, cesser de les ressasser constamment, d’y revenir en boucle.
Occasion pour chacun de nous de nous demander quels seraient les pardons que je n’arrive pas à donner à autrui ou à m’accorder à moi-même ? Parfois même pour de petites blessures.
Sachons aussi que, sur ce chemin, nous pouvons nous accompagner et nous soutenir mutuelle-ment.

« … ils leur seront remis (s.e. par Dieu). »

Personne ne peut pardonner à qui a fait du mal, personne sinon la victime elle-même. Même un juge ne peut le faire à sa place. Même pas Dieu lui-même ! Si le Père est toujours prêt à accorder son pardon à qui, par méchanceté ou par bêtise, a compromis son projet en blessant autrui, il ne peut le faire que si la victime, la personne blessée, se dit prête à pardonner. Souvenons-nous de Jésus : cloué au bois de la croix, il a trouvé en lui la force de pardonner à tous, invitant son Père à le faire à son tour : « Père, remets-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). C’est fort, très fort !

« Accueillez le Souffle Saint. »

Par nos seules forces, il est souvent difficile de parvenir au pardon et de retrouver ainsi la paix du cœur, nous le savons d’expérience. C’est pourquoi le Ressuscité se rend présent parmi ses disciples, et leur souhaite la paix. Outre sa présence et sa paix, Jésus leur offre un autre cadeau : le Souffle Saint. Soufflant sur eux, il les presse d’’accueillir’ ce Souffle. Car celui-ci n’agit pas de façon magique, il ne peut travailler que dans un cœur qui s’ouvre à Lui !
Alors ouvrons nos cœurs à la présence du Ressuscité, donnons-Lui la place centrale qui lui revient. Accueillons aussi le Souffle Saint qu’Il nous offre. Nous pourrons alors recevoir sa paix et – par-delà notre peur, nos ressentiments et nos colères – trouver courage et force pour sortir de nous-mêmes et de nos cénacles et accomplir la mission reçue !
« Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
En toi j’ai trouvé la paix, le bonheur, Esprit saint, inonde mon cœur. »