Sur la montagne
Jésus aimait se retirer dans la montagne : pour prendre du recul et de la hauteur par rapport aux événements ; pour se recueillir dans le silence et prier, laisser Dieu s’approcher de lui. Hier comme aujourd’hui, la montagne représente un des espaces où prendre de la distance par rapport au quotidien. Et, dans la symbolique biblique, si la terre représente le lieu de vie des hommes, le ciel, lui, évoque le séjour de Dieu.
Comment, dans un quotidien souvent stressant et très rythmé, trouver lieux et temps pour me ‘re-cueillir’, me retrouver en vérité et revenir à Celui qui est notre unique Essentiel ?
Jésus, nouveau Moïse.
Cependant, dans l’évangile selon Matthieu, la montagne s’enrichit encore d’une autre symbolique. Elle renvoie au séjour de Moïse sur la montagne (Ex 24,12,13,15). C’est là qu’il a reçu les « dix Paroles » (Décalogue) inscrites sur deux tables de pierre. Aux Hébreux en chemin vers la Terre Promise, elles donnaient des pistes pour vivre la relation au Seigneur et ajuster leurs liens les uns avec les autres. Non pas ‘dix commandements’, mais des conseils d’ami pour nous montrer comment vivre la relation à Dieu et ajuster les relations entre nous.
En proclamant les Béatitudes, Jésus apparaît ainsi comme le nouveau Moïse. Il ne nous donne pas des injonctions, mais plutôt une feuille de route qui balise le chemin d’un vrai bonheur. Et c’est à partir de sa propre expérience qu’il nous la propose.
« S’approcher de Jésus ».
Dans l’auditoire de Jésus, on distingue deux cercles. La foule qui va suivre Jésus dans chacun de ses déplacements, tant les gens ont faim et soif d’une parole qui fasse vivre, qui mette debout. Mais dans cette foule se détache un petit groupe : les quatre disciples que Jésus vient d’appeler. « Ils s’approchèrent de lui », un peu comme on veut s’asseoir aux premiers rangs pour mieux entendre et bien suivre un conférencier, sans être distrait par autre chose.
Invitation adressée à chacun des disciples que nous sommes de nous ‘approcher’ nous aussi du Maître, assoiffés que nous sommes de L’écouter.
« En chemin vers le bonheur … »
André Chouraqui – dans la traduction qu’il donne de ce passage à partir non pas du texte grec, mais de sa traduction en hébreu – remplace ‘Heureux’ par ‘En marche’. La racine du mot en hébreu le permet, tout comme elle autorise celle de ‘Heureux’. A son exemple, je me risque à une traduction personnelle : ‘En marche vers le bonheur’. Suggérant ainsi qu’il s’agit là d’une dynamique dans laquelle s’engager.
Résonne alors en nous l’invitation pressante que le Seigneur Dieu, à nouveau par la voix de Moïse, adressa aux Hébreux au moment ils allaient entrer en Terre Promise : « Vois, aujourd’hui, j’ai placé devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur (…), la bénédiction et la malédiction. De grâce, de grâce, choisis la vie, afin de vivre, toi et ta descendance » (Dt 30,15 et 19). Inattendu, ‘in-croyable’, ce Dieu qui ne désire que notre vie et notre bonheur et qui nous presse de choisir le bon chemin ! Quelle heureuse nouvelle !
« … ceux qui sont à bout de souffle ».
C’est à eux que pourrait être adressée la première béatitude, sur laquelle je vais m’arrêter. Deux versets du Psaume 142 font entendre l’appel au secours de quelqu’un qui n’en peut plus : d’abord « le souffle en moi s’épuise » (v. 04), puis « je suis à bout de souffle » (v. 07). Mais, plus loin, est partagée la nouvelle d’une guérison : « bienfaisant est ton Souffle – celui de Dieu – ; il me guide en un pays de plaine » (v.10).
Expérience qui, par moments, est la nôtre : on sent que, peu à peu, on s’épuise, au point de finir par craquer. Qu’est-ce qui, alors, pourrait bien nous permettre de nous relever et de nous remettre en route ? Tournons nos regards vers l’homme de Nazareth qui, dans les béatitudes, parle à partir sa propre expérience. Jésus a accueilli le Souffle Saint qui lui fut donné juste lors de son baptême (Mt 03,16-17) et, désormais, il se laissa conduire par Lui. Ce qui lui permettra de résister aux tentations du Diviseur (Mt 04,01). Et de tenir bon jusqu’au bout : à Gethsémani, à l’approche de sa condamnation et de sa mort, il priera intensément et invitera les disciples qu’il a emmenés à « prier pour ne pas entrer en tentation, car – précise-t-il – le Souffle est plein d’ardeur, mais la chair – càd. l’homme livré à ses seules forces – est faible » (Mt 26,36-44). Alors, quand nous nous sentons dépassés, débordés, n’hésitons pas à chanter :
« Inonde mon cœur, inonde mon cœur, Esprit saint, inonde mon cœur,
En toi, j’ai trouvé la joie, le bonheur. Esprit saint, inonde mon cœur. »
