Le ciel se déchira

Le ciel se déchira

Nous avons vu dimanche dernier lors de la fête de l’Épiphanie que les mages n’avaient pas trouvé Dieu ni dans le temple, ni en regardant le ciel, mais en s’abaissant devant un petit enfant sur la paille. Voici qu’aujourd’hui déjà l’Évangile semble nous contredire en disant : « Du ciel une voix se fait entendre » ! N’est-ce pas la confirmation que Dieu est bien dans le ciel ?
Relisons alors le texte attentivement. St. Marc précise : « Le ciel se déchira ». Ceci me fait penser au voile du temple qui, lui aussi, se déchira pour signifier justement que Dieu n’est pas, ou n’est plus, ni dans le temple, ni dans le ciel.
« Le ciel se déchire » justement parce que Dieu veut sortir de ce ciel où les hommes l’ont logé depuis toujours.  Dieu montre qu’il veut habiter notre terre, mais pas n’importe où.  Il ne choisira pas la ville sainte où sont rassemblés tous les prélats, ce n’est pas non plus dans le temple, ni dans la synagogue, mais là au désert, à l’écart de tout, là où se rassemblent les hommes blessés, là où se réunissent tous ceux qui sont broyés par les peines ou le poids de leurs fautes, tous ceux et celles qui ploient sous les contraintes des obligations que toutes les lois religieuses font peser sur eux.  Puis, c’est là, à l’image de Jésus qui s’immerge dans les eaux du Jourdain, que Dieu, déchirant le ciel, s’immerge, lui aussi, au milieu de notre humanité.
Nous assistons en quelque sorte à la naissance, à la renaissance de Dieu au monde, de Dieu se faisant homme.
Désormais, Jésus va partir, marcher sur les routes du monde et il va appeler des femmes et des hommes à l’accompagner, toutes celles et tous ceux qui, comme lui, auront l’audace de se mouiller et de plonger au cœur même de l’humanité profonde pour dire et proclamer que Dieu est là, tout proche, un Dieu qui veut le bonheur de l’homme, non seulement un bonheur pour l’au-delà, mais un bonheur dès aujourd’hui.
Déjà le prophète Isaïe annonçait ce Dieu de bonheur : « Vous qui avez soif, disait-il, voici de l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, manger de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses. » Naturellement poursuit le prophète, pour goûter au bonheur il y a des conditions minimales : « L’homme méchant doit quitter son chemin et l’homme pervers ses pensées ».
Ce qui est certain, c’est que le Seigneur est riche en pardon. Aussi dramatique que soient notre situation ou les événements de notre vie; l’espérance nous permet de croire qu’un bonheur est toujours possible.