Une rencontre qui peut nous ressourcer …
Dans cette belle page du quatrième évangile, il y a – comme souvent dans les évangiles – deux niveaux possibles de lecture : le premier concerne la rencontre de Jésus avec cette femme de Samarie ; le second consiste en une relecture symbolique de ce récit: que nous dit-il de Jésus, de la relation qu’il se propose d’avoir avec chacune et chacun de nous?
Improbable rencontre.
Voilà une rencontre totalement inattendue. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que les relations entre Juifs et Samaritains sont très difficiles. Dans le concret de la vie, ce sont des frères ennemis tant au plan politique que religieux. Et cela remonte très loin. La séparation au niveau politique s’est amorcée lors de la succession du roi Salomon en 931 ACN avec la constitution de deux royaumes autonomes : Israël au Nord avec Samarie pour capitale et, au Sud, le petit royaume de Juda avec Jérusalem pour capitale. Plus tard, après l’exil à Babylone (587 – 538 ACN), cette séparation politique s’est doublée d’une séparation au plan religieux. Juifs et Samaritains ont chacun leur temple : les Samaritains sur le mont Garizim, les Juifs sur le mont Sion à Jérusalem. En outre, ils ne reconnaissent pas les mêmes livres religieux : la Bible des Juifs se compose de trois ensembles – la Torah, les Prophètes et les Écrits de sagesse – ; celle des Samaritains ne comporte que le premier ensemble, la Torah. Considérant les Samaritains comme hérétiques et schismatiques, les Juifs ne les fréquentaient pas : cela leur aurait valu de contracter une impureté rituelle.
Improbable rencontre encore parce qu’habituellement, les femmes ne venaient pas puiser l’eau à l’heure la plus chaude du jour : sortir de la ville et marcher sous l’ardeur du soleil était trop éprouvant : on y venait tôt le matin ou plus tard dans la journée.
L’étonnante liberté de Jésus.
Jésus était monté à Jérusalem avec ses disciples pour y célébrer la Pâque (juive). Les célébrations terminées, il décide de regagner la Galilée. Deux itinéraires s‘offrent à lui : le plus court traverse la Samarie, mais les Juifs pieux préféraient faire tout un détour pour éviter d’être souillés au contact des Samaritains. L’homme de Nazareth, lui, choisit le chemin plus court. Liberté de Jésus qui ne craint pas une telle impureté rituelle ! Pour lui, toute rencontre en vérité, avec qui que ce soit, est bonne et a sa valeur.
Il est midi, l’heure la plus chaude du jour. Jésus a déjà marché de longues heures, il est fatigué et il a soif. Il s’assied au bord de ce puits pour se reposer et se désaltérer. Comme il n’a pas de cruche, il fait part de sa soif à cette Samaritaine qui vient y chercher de l’eau à cette heure inhabituelle. Ne voyons pas dans l’initiative de Jésus une ‘stratégie missionnaire’ pour chercher à convertir cette femme schismatique et hérétique. Non ! Il a vraiment soif ! A nouveau, liberté de Jésus qui adresse la parole à une Samaritaine dans un endroit public, ce qui, sans être interdit, ne se faisait pas, même s’il s’agissait de sa propre mère !
Dieu n’a que faire des interdits, des exclusives, des oppositions, des rejets de toutes sortes que religions et spiritualités ont trop souvent multipliées. Jésus l’a compris et le sait, ces interdits ne nous rapprochent pas de ce Dieu qui nous aime tous et qui souhaite nous voir vivre en frères et en sœurs. En Son nom, il prend donc bien des libertés !
Petit coup d’œil dans le rétroviseur. Ai-je vécu de ces rencontres improbables, inattendues qui m’ont ressourcé, rapproché de Dieu ? Suis-je capable au nom de ma foi de faire preuve de la même liberté que Jésus ?
Dieu Source.
Contemplons à présent Jésus assis sur ce puits. Dans l’Ancien Testament, Dieu, que Jésus appelle son Père, est souvent désigné comme ‘la Source d’eau vive’ (Jr 02,13). On peut venir s’y désaltérer, même si on est sans-le-sou : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau. Même si vous n’avez pas d’argent, venez !» (Is 55,01). Jésus lui aussi prend souvent le temps de s’abreuver à cette Source : dans la prière, dans le regard contemplatif qu’il porte sur les personnes et sur la nature. Assis là, il semble faire corps avec cette Source. Il s’y désaltère et, dans le même élan, lui-même devient source d’eau vive pour la Samaritaine : grâce à leur conversation se dégage en elle la source enfouie en chacun. Et la voilà qui, à son tour, devient source pour son entourage.
En guise de mise en route …
D’où est-ce que je viens ? Où vais-je ? Quel sens (direction et signification) donner à mon existence ? Où trouver donc une parole qui fasse sens, qui m’éclaire vraiment ? A quelle source me désaltérer pour apaiser ma soif la plus essentielle ? Quels freins me retiennent de prendre ce temps : manque de temps, d’élan, … ? Chacun de nous se pose, un jour ou l’autre, ces questions essentielles.
Entendons aujourd’hui Jésus qui nous invite, discrètement selon son habitude : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. ». Invitation qu’il renouvellera plus d’une fois :
« Celui qui croit en moi, n’aura plus jamais soif » (Jn 06,35) ; « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi » (Jn 07,37).
La rencontre avec Jésus peut dégager, dans nos cœurs souvent étroits ou embourbés, la Source d’eau vive. Avec la femme de Samarie, avec les Samaritains de Sychar, allons vers Jésus la source d’eau vive ! Peut-être deviendrons-nous à notre tour source d’eau vive pour d’autres.
