Accomplir la Loi

Accomplir la Loi

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir la Loi ».
Jésus vient mettre en pleine lumière ce qui dans les commandements conduit à Dieu, en passant par l’accueil de sa Parole.
Cette suprême sagesse, nous dit Saint Paul, est cependant aux antipodes de « la sagesse de ceux qui dominent le monde », ce terme désignant précisément la part d’humanité qui refuse l’éclairage donné par Jésus.
Bien sûr, la justice humaine s’efforce par tous les moyens de défendre les « droits » des individus, et cela est essentiel ; mais pour Jésus, cela est insuffisant : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». 
Jésus n’a nullement l’intention de rajouter d’autres commandements – on n’atteint pas l’amour en multipliant les préceptes – mais il annonce la nécessité d’un saut qualitatif, qui ne peut se réaliser que dans l’Esprit qu’il va répandre au matin de Pentecôte.
Il est remarquable que les exemples cités par Jésus aient tous trait à la violence dans les relations et ses conséquences :

  • la colère menace la vie physique du frère ;
  • l’insulte le blesse profondément dans sa vie psychique ;
  • la malédiction l’exclut du champ religieux ;
  • la concupiscence du regard commet déjà intentionnellement l’adultère, qui fait violence à la relation d’alliance nuptiale ;
  • la répudiation est une violence faite au droit de l’épouse à la fidélité et à la stabilité familiale ;
  • le serment prononcé à la légère, fait violence à la confiance.

La stricte justice se contente de réguler tant bien que mal les formes extérieures de cette violence, mais sans pouvoir ni la déraciner, ni la remplacer par la Charité. Seul l’Esprit peut nous donner d’accomplir cette conversion de la violence à la douceur, la patience, la compassion, la tendresse, bref : à l’amour. Hélas ! trop souvent, nous nous berçons d’illusion quant à la dureté du chemin : les comparaisons de Jésus nous font pressentir la radicalité des changements qu’implique une telle conversion : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne ». 
« L’image du chrétien mutilé, mais sauvé nous montre quelle peut être l’ardeur de cette lutte et prévient toute association abusive entre la grâce et la facilité. La grâce de Dieu n’a pas pour objet de nous éviter les résolutions difficiles, mais de les rendre possibles » (Emile Nicole). L’Esprit m’est donné pour pouvoir faire les choix forts, arracher de ma vie et jeter loin de moi ce qui m’empêche d’être libre de la liberté des enfants de Dieu, même si ce dont j’ai à me séparer est d’un grand prix à mes yeux.
La conversion à laquelle nous invite Jésus, implique aussi de reconnaître qu’en lui, nous sommes tous soeurs et frères, étant enfants d’un même Père. Nous ne nous tenons donc jamais seuls devant Dieu !
Dès lors, comment notre Père pourrait-il se réjouir du don de ses enfants, s’ils sont divisés entre eux? Voilà pourquoi « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande ». Qui de nous est à la hauteur d’une telle exigence ?
Toutes les interpellations lancées par Jésus sont personnelles ; il n’est pas question de couper la main ou le pied de mon frère, ou de lui arracher l’œil : c’est de mon problème qu’il s’agit. Puissions-nous discerner dans ces Paroles déconcertantes un appel à oser nous engager résolument sur le chemin de la vraie liberté, celle de l’amour inconditionnel ; et puissions-nous accueillir la force de l’Esprit pour arracher et jeter loin de nous ce qui menace notre participation à la vie divine, notre héritage.