Proches… et si différents

Proches… et si différents

Jean-Baptiste vient d’être incarcéré : Hérode, en effet, n’a pas supporté que le prophète lui dise ses quatre vérités. C’est dans ce contexte difficile que Jésus débute sa mission, et il peut déjà pressentir que les choses ne seront pas nécessairement plus faciles pour lui. « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté » : ainsi pourrait-on paraphraser la chanson de Guy Béart à propos du poète.

Un message et un style tout autres …

A première vue, dans l’évangile selon Matthieu, le message de Jésus semble le même que celui de son cousin. Et pourtant il n’en est rien. En effet, si la formule est bien identique – « Convertissez-vous/changez de regard, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 03,02 et 04,17) -, le contenu de la prédication de Jésus, ainsi que sa manière d’être et de faire sont bien différents. Et, comme souvent, la manière et la forme font partie intégrante du contenu. Entre les deux cousins, on peut pointer plusieurs différences. Celles-ci nous concernent aussi ; elles touchent à la manière d’être disciples de Jésus et de faire Eglise.

Jean-Baptiste vivait en ermite, dans le désert de Judée où il s’était retiré. Là, il accueillait les personnes venant à lui ; il prenait le temps de les écouter, de parler avec elles, les secouant parfois. Jésus, lui, va vers les gens : il bouge et se déplace. Il fait le choix de commencer sa mission en Galilée, une région à la population très mélangée à tous points de vue : socialement, culturellement, religieusement. On n’y rencontre pas nécessairement les ‘bons pratiquants’. Une région qu’en conséquence les responsables religieux méprisaient et regardaient souvent de haut.

Jean-Baptiste annonçait l’imminence du jugement de Dieu, il avait parfois des paroles fortes et énergiques à l’encontre de celles et ceux qui se sentaient pécheurs. Jésus, lui, rencontre la soif spirituelle des gens en leur faisant découvrir Dieu comme ‘Heureuse Nouvelle’ !!! Voilà qui, finalement, est bien plus tonique !

Mieux encore : Jésus ne se contente pas de proclamer la proximité de Dieu et de son Royaume : il le fait advenir, le donnant à voir ! Quelle espérance pour les gens ! Et pour tous ! En effet, quand il va à leur rencontre, il est saisi de compassion, bouleversé jusque dans ses entrailles à la vue de leurs souffrances, de leurs détresses, de toutes leurs misères. Et il les prend à bras le corps : il ‘prend soin’ d’eux, selon le sens premier du verbe grec ici employé, ‘thérapeuô’ (qui, en français, donne ‘thérapie’ et ‘thérapeutique’). On ne nous dit rien de tel au sujet du Baptiste.

Un travail d’équipe, en fraternité !

Sa mission itinérante, Jésus n’entend pas l’accomplir seul. Il appelle d’autres personnes à se joindre à lui. Elément remarquable : il commence par appeler des frères : Simon et André, puis Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Comme pour inaugurer dès le départ un réseau où existera une vraie fraternité humaine …

D’emblée, son appel trouve en eux un écho. Pourquoi se sentent-ils ainsi concernés ? Le texte ne le précise pas. Je risque une réponse, la mienne : peut-être parce que la rencontre avec ce Jésus de Nazareth fut pour eux lumineuse, qu’elle jetait sur leur existence une tout autre lumière … Peut-être aussi parce qu’à son contact, ils se sont découverts eux-mêmes ‘repêchés’, guéris, plus vivants.

Mais en même temps, ces pêcheurs le perçoivent, cet appel implique des ruptures dans leur quotidien. Non pas comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme une nécessité intérieure : ‘laisser là leurs filets de pêcheurs’ (v. 20), ou ‘laisser la barque et leur père’ (v. 22). Cela dans le but de ‘l’accompagner’, selon le sens premier du verbe grec ‘acolouthéô’ (qui donne ‘acolythe’ en français).

Pas besoin d’être bardés de diplômes et d’avoir un talent de prédicateur ! Lui va les former. « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », leur dit-il. C’est en faisant route avec lui, en se mettant à son école qu’ils découvriront leur nouvelle responsabilité.

Aujourd’hui, ‘compagnons’ de ce Jésus.

Nous sommes les disciples de ce Jésus. C’est auprès de lui, en l’écoutant, en le regardant vivre et agir, en nous laissant soigner par lui, que nous apprendrons à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ à notre tour.
Plutôt que de mettre l’accent sur la participation à la liturgie, certes moment important de ressourcement auquel il était lui-même fidèle, Jésus met en avant une manière d’être au monde, faite de présence, d’attention à l’autre, de profonde humanité. Puissent nos communautés chrétiennes devenir des ‘hôpitaux de campagne’, selon la belle expression du pape François.