Contempler le Souffle

Contempler le Souffle

Il y a 2000 ans d’ici …

Que s’est-il exactement passé ce jour-là où Jean baptisa Jésus ? A-t-il vu quelque chose de ses yeux de chair et, si oui, qu’a-t-il vu ? Nous ne le saurons jamais car cette page d’Évangile évoque tout autre chose : le regard intérieur, tout nouveau, que porte Jean-Baptiste sur son cousin. Elle nous invite ainsi à nous mettre dans la peau du Baptiste et, avec lui, à poser un regard plus profond sur le Nazaréen. Il s’agit donc d’un regard intérieur, spirituel.

Ce n’est sans doute pas la seule fois que se sont croisés les chemins des deux cousins et que, devenus adultes, ils se rencontrent. Néanmoins, aujourd’hui, le regard que pose le Baptiste sur Jésus est tout autre. Cela le frappe tellement que, par deux fois, il répète : « Moi, je ne le connaissais pas » (vv. 31 et 33).

Il découvre Jésus sous trois angles différents et cherche à en ‘témoigner’ à l’intérieur de sa propre culture. En référence à un célèbre passage d’Isaïe (Is 53,04-06), il le présente comme ’l’Agneau de Dieu’ qui porte et emporte le péché du monde ; il le découvre ensuite inondé du Souffle Saint qui demeure sur lui (v. 32 et 33) et capable de nous le transmettre ; il le révèle enfin comme ‘Fils de Dieu’.

Le Souffle saint demeurant sur lui.

Avec Jean-Baptiste, posons aujourd’hui notre regard sur ce Jésus habité par le Souffle Saint. L’homme de Nazareth n’est pas un impulsif que les circonstances mènent ici ou là. Il ne cherche pas le pouvoir, ni son intérêt. Non ! Il est constamment tourné vers son Père et vers autrui. Sa vie intérieure est forte, constante, nourrie jour après jour. Dans la prière, il s’ouvre au Souffle divin, Lui permettant de l’éclairer ; il se laisse conduire par Lui (Mt 04,01) et, à ce titre, il est pleinement ‘fils de Dieu’, selon la belle expression de S. Paul (Rm 08,14) qui – soit dit en passant – vaut aussi pour nous !

Et moi aujourd’hui … ?

Impossible de ne pas nous poser quelques questions. Je me les pose, et je vous les pose à vous aussi. La première : n’en sommes-nous pas restés au baptême d’eau, celui donné par Jean-Baptiste ‘pour le pardon des péchés’ (Mc 01,04) ? Le regard chrétien ne porte-t-il pas trop souvent sur les fautes, au risque d’engendrer de la culpabilité malsaine ou de conduire à juger et à critiquer autrui plutôt que de pratiquer la correction fraternelle ? N’oublions-nous pas que Jésus ‘baptise dans le Souffle Saint’ ? Sur la croix, il ‘a livré le Souffle’ (Jn 19,10) et, Ressuscité, il nous presse de le ‘recevoir’ (Jn 20,22), de nous laisser habiter par Lui.

Autre question : comment le regard que je porte sur Jésus a-t-il évolué depuis le jour de mon baptême jusqu’à aujourd’hui ? Répondre à cette question requiert un temps d’arrêt, de silence, pour « regarder Jésus venir à nous » (v. 29).
Les titres donnés à Jésus par Jean-Baptiste faisaient référence au Premier Testament et parlaient aux chrétiens de l’époque, généralement familiers de la culture biblique. Ce qui n’est plus le cas de nos jours. Comment dès lors parler de Jésus aujourd’hui ? Comment moi, le présenterais-je avec des mots audibles par nos contemporains ?

« Et moi, je ne le connaissais pas … »

Ne pouvons-nous pas dire cela de cela de nos proches comme de celles et ceux que nous côtoyons au quotidien, que nous croisons souvent sans les rencontrer en vérité ? Cette page d’évangile nous invite à poser sur eux ce regard contemplatif. Souvent, lors des funérailles d’un proche, nous posons un tel regard sur lui et sur sa vie. Pourquoi ne pas prendre le temps de le faire de son vivant ? Quand nous sommes tentés de juger quelqu’un, parfois même de le condamner, pourquoi ne pas essayer de porter sur cette personne un regard neuf, nous demandant comment elle est, elle aussi, habitée, portée par le Souffle Saint ? Des relations, parfois difficiles, pourraient s’en trouver apaisées, relancées, transfigurées.
Pour y parvenir, peut-être convient-il de commencer par nous ouvrir, nous-mêmes, au Souffle de Dieu … Comme Jésus, dans la prière ouvrons-nous à Lui et laissons-nous conduire par Lui.