Si nous faisons l’effort de relire tout l’Evangile de l’enfance de Jésus, nous nous apercevrons très vite que sous une apparence naïve, ces récits sont non seulement très symboliques, mais aussi savamment élaborés.
Il est bon de se rappeler que les Evangiles ont été écrits à l’envers, en commençant par la résurrection, puis la passion, puis la vie publique et enfin les récits de l’enfance de Jésus.
Ces écrits ont été rédigés par les premières communautés chrétiennes établies pour la plupart en terre païenne. Ils se devaient donc de manifester dès la naissance de Jésus, qu’il n’était pas seulement sauveur d’Israël, ni des plus méprisés de la société, représentés par les bergers, mais qu’il était aussi le Dieu des païens, le Dieu des étrangers qui sont représentés ici par les mages.
Il est vrai que les légendes, s’inspirant des évangiles apocryphes, ont beaucoup brodé sur ce récit de l’Epiphanie. L’Evangile est pourtant très sobre et ne donne aucun détail : « Voici que les mages venus d’Orient, arrivèrent à Jérusalem ». Remarquez donc que Matthieu ne précise pas qu’ils étaient trois, ni qu’ils étaient rois, ni qu’ils s’appelaient Melchior, Gaspard et Balthazar, ni encore qu’ils étaient noir, jaune et blanc !
L’Evangile ne dit pas non plus qu’ils étaient astrologues. Les mages étant plutôt interprètes des songes et des signes. Les mages pour Matthieu sont donc ceux qui ont su reconnaître les signes de Dieu, ici, le signe de l’étoile.
Mais alors, qu’est-ce que ce langage symbolique veut nous dire aujourd’hui ? ». Quel est le message que l’auteur veut nous transmettre ? Qu’est-ce que cela nous révèle de Dieu et de l’Homme ?…
Ainsi donc, dans la page d’Evangile de ce jour, ne cherchons pas à identifier l’étoile à une pleine lune ou à la comète de Hallet ou autre… Non, cette étoile n’est pas de la voûte céleste, elle est comme le récit : symbolique. Elle signifie que même les peuples païens ont reconnu en Jésus la lumière qui guide les hommes.
Cette étoile qui descend sur la crèche montre que le Dieu de Jésus n’est plus à chercher dans le ciel, mais pour le découvrir nous devons baisser notre regard vers la terre.
Ensuite les mages offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Etranges cadeaux pour un bébé ! L’or passe encore, mais l’encens et la myrrhe ? Ces trois cadeaux ont aussi leur signification : l’or symbolise la royauté, l’encens la divinité et la myrrhe était le parfum avec lequel on ensevelissait les morts. Ils sont les signes de ce que Jésus est reconnu comme Roi, fils de David ; qu’il est Dieu et qu’il va se donner jusqu’à la mort.
Ce récit contient encore bien d’autres signes tels que cette question des mages : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Cette question nous renvoie déjà à la croix sur laquelle il sera inscrit : « Celui-ci est le roi des Juifs ».
Terminons par cette opposition entre les chefs religieux d’Israël, qui sont les interprètes officiels des Ecritures, mais qui ne bougent pas, ils restent auprès du temple, et les mages païens qui eux ont découvert le signe de l’étoile qui montre le chemin de Dieu, mais qui, en plus de ce signe, se voient ouvrir les Ecritures qu’ils accueillent dans la foi – ils vont se mettre en route et arriver dans la maison où se trouve Jésus. Cette maison symbolise la jeune Eglise dans laquelle finalement ce sont les païens, les païens au cœur ouvert à tous les signes, qui arrivent les premiers à la rencontre de Jésus, le Fils de Dieu.
Au seuil de cette année, essayons de découvrir les signes de la présence et de l’amour de Dieu. Ne levons plus nos yeux vers le haut, vers les étoiles du ciel, car Dieu n’y est pas, il est sur notre route. Avançons et regardons vers le bas, alors nous pourrons le voir, nous agenouiller, nous abaisser, car il est toujours sur la paille aujourd’hui.
