Hymne à la joie!

Hymne à la joie!

Isaïe 35, 1-10

Une fois de plus, quelle poésie dans ce passage ! Quel lyrisme ! Joie, exultation, allégresse éclatent de partout. L’homme, le monde animal, la nature sont à l’unisson. Que se passe-t-il donc ? Quelle est l’heureuse nouvelle dont le prophète se fait à nouveau le héraut ?

Un peu d’histoire.

VIIIème siècle ACN. L’Assyrie est le maître du jeu au plan géopolitique, et le sera pour un bon bout de temps encore. En 721 ACN, le Royaume d’Israël (Nord) est vaincu, et sa population déportée. Le royaume de Juda (Sud), lui, résiste avec courage, cherchant appuis et alliances auprès d’autres puissances, quitte à mettre de côté sa confiance dans le Seigneur. Choix avec lequel Isaïe n’est pas d’accord, mais on ne l’écoute pas.
En 701 ACN, les armées de Shénnachérib assiégeront Jérusalem, laissant tout, villes et campagnes, complètement dévasté. S’en suivront de très nombreuses années difficiles. Puis, à la domination assyrienne succèdera au VIIème siècle ACN celle de Nabuchodonosor, roi de Babylone. En 587 ACN, celui-ci envahira Jérusalem, entraînant la destruction complète des remparts de la ville et du Temple, ainsi que l’exil de la population à Babylone (587 ACN).
Cependant, le prophète n’abandonne pas le peuple dans le malheur, il ne le laisse pas s’enfoncer dans le désespoir. Il annonce un retournement de situation, il promet la fin de la captivité et un retour triomphal vers Sion (Jérusalem). Promesse qui deviendra réalité en 538 ACN, lorsque Cyrus, roi de Perse, prendra le leadership dans la région et autorisera le retour des exilés. Dans ce retournement de situation, Isaïe voit la main d’un Dieu qui se fait proche des siens et ‘vient à eux ’, qui souhaite vie et liberté pour chacun et pour tous les peuples. Et qui le réalise à travers Cyrus, un ‘autrement croyant’ et un homme au cœur droit.

Un langage symbolique.

Longue sera la route de retour de l’exil : quelque 1000 km à travers le désert. Mais, annonce le prophète, elle sera aisée, tant la joie sera grande. Même les plus handicapés (sourds, muets, boiteux) la parcourront sans difficulté. Une page de la Bible à ne pas lire comme un récit historique au sens actuel du terme, récit dont chacun des détails pourrait être vérifié. De toute évidence, il s’agit là d’un langage imagé, d’ordre symbolique.
Nous avons perdu la portée symbolique de notre propre langue. Exemples. Quand nous disons : ‘je vois ce que tu veux dire’, nos yeux ne voient rien du tout, mais nous donnons à entendre que nous avons compris le message de notre interlocuteur. Quand, complètement dépassée par mon travail ou mes responsabilités, je m’écrie : ‘je suis totalement noyée’, les flots de la mer ne m’ont pas engloutie, mais pour moi, c’est presque comme si. Amusez-vous à repérer de telles expressions dans notre langue française …
Ainsi, quand S. Paul évoque l’expérience spirituelle qui l’a bouleversé et retourné, il manque de mots : il dit ‘avoir été emporté au troisième ciel’ (2 Co 12,01-06). Comment ne pas comprendre qu’il s’agit là d’un langage symbolique ?
Jésus lui-même utilise un tel langage symbolique, quand il parle des pharisiens ‘aveugles’ (Mt 23,17) ou qu’il reproche à ses disciples de ‘voir sans comprendre’ (Mc 14,21).

En Jésus, un nouvel accomplissement de l’antique promesse.

Quand, depuis sa prison, Jean-Baptiste se pose des questions de l’identité de Jésus, Matthieu place sur les lèvres de Jésus les mots d’Isaïe : « Les aveugles qui voient, les sourds qui entendent, le boiteux qui bondit, le muet qui crie de joie », y ajoutant « les lépreux qui sont purifiés, les morts sont éveillés, les pauvres reçoivent l’Heureuse Nouvelle ». Une manière d’exprimer que la libération promise et vécue des siècles plus tôt se renouvelle en Jésus et qu’à travers lui, Dieu renouvelle son œuvre libératrice de façon décisive.
Jésus a pris soin des malades et des personnes en souffrance qu’il croisait. Il en a guéri quelques-uns ; parfois il n’y est pas arrivé, comme à Nazareth, sa ville natale, parce que là manquait la confiance (Mt 13,53-58). Mais ce qu’il a fait, il y a plus de 2000 ans, pour quelques malades de Palestine, le Ressuscité peut l’accomplir pour nous aujourd’hui. Il n’y a pas qu’au plan physique qu’on peut être sourd, aveugle, boiteux ! Surdités et aveuglements existent aussi aux plans spirituel et psychique, tout aussi importants ! Et la rencontre avec le Ressuscité peut nous en guérir : ouvrir nos oreilles à sa Parole, ouvrir nos yeux et notre cœur aux détresses que nous croisons, nous relever quand nous sommes tombés, …
Occasion pour chacune et chacun de nous de prendre un temps de relecture de vie et de repérer les ‘guérisons’ opérées en nous par sa Présence, sa Parole, son Souffle, ou par la rencontre de l’un de ses témoins. Sans oublier de L’en remercier !!!!