Si un croyant de n’importe quelle religion, venait vous dire : « Mes convictions sont absolues, ma foi est une certitude, j’ai la vérité, je suis sans questions… » je pense sincèrement qu’il vous est permis d’en douter.
Le doute, l’incertitude font partie de notre humanité. Nous les retrouvons d’ailleurs présents tout au long des Écritures. Même Jésus se posait des questions, c’est le sens du récit des tentations.
Son inquiétude, nous la retrouvons aussi sur la croix : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Aujourd’hui, c’est Jean-Baptiste, « le plus grand des prophètes » comme dit Jésus, qui dans sa prison est harcelé par le doute : « Est-il celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jean-Baptiste se fait une image bien redoutable du Messie. Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile de dimanche dernier, il prêchait dans le désert « un dieu à la colère qui vient », un dieu qui brûle les pécheurs.
Or voilà Jésus, il n’élève pas la voix ; au contraire, il va au-devant des pécheurs, des pauvres, il console, il guérit, redresse, appelle, …
Sa force est douceur, sa puissance, humilité.
On comprend que Jean-Baptiste soit pris par le doute !
Pour le rassurer Jésus va lui répondre par cet extrait du livre d’Isaïe que nous venons d’entendre : « Lorsque le Messie viendra, les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira, le muet criera de joie, les captifs reviendront, … »
Jésus reprend ces paroles mais avec une différence essentielle, il ne parle plus au futur comme Isaïe, mais au présent : « Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, … »
Ce qui fait la caractéristique de Jésus : il n’annonce plus un salut à venir, mais apporte un salut présent. Rien qu’en cela l’Evangile est une Bonne Nouvelle.
Il y a cependant une objection : comment peut-on parler d’un salut déjà là, lorsqu’on voit l’égoïsme et la haine qui sévissent partout dans le monde. Eh ! bien justement, répond Isaïe, ce n’est qu’au cœur de cette désolation que peut germer l’espérance et il le dit de façon très poétique : « Que le désert et la terre de la soif se réjouissent, que le pays aride exulte et fleurisse ».
Il signifie que l’espérance n’est possible que là où il y a un manque à combler, un appel à exaucer, un besoin, un désir à satisfaire, …
Jésus exprimera cela encore mieux lorsqu’il dira : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, …»
Ce temps de l’Avent a pour objectif de nous rapprocher de toutes celles et tous ceux qui vivent dans l’aridité de leur solitude, qui ont soif de dignité, qui rêvent de devenir un jour des femmes et des hommes comme tout le monde…
L’action « Vivre Ensemble » nous offre aujourd’hui le pouvoir de contribuer à l‘actualisation du salut de Dieu.
Il ne suffit pas de nous lamenter sur le sort de notre société individualiste, il ne suffit pas de rêver d’un avenir plus beau, c’est aujourd’hui, au présent qu’il nous faut construire un salut pour tous.
